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Par Robert Laffont, publié le 25/09/2019

5 questions à Nataël Trapp

Nataël Trapp nous présente Les 7 vies de Léo Belami, son premier roman young adult. 

Nataël Trapp est né en 1982 et ne s’en est jamais totalement remis. Il aime les balades à la montagne, la métaphysique et les histoires qui finissent bien. Il habite en France avec sa compagne et leurs trois enfants. Vous pouvez le suivre et découvrir son univers sur Instagram @nataeltrapp

Nous lui avons posé quelques questions sur son roman et son processus d'écriture.

  • Parlez-nous de votre roman… À quoi peut-on s'attendre et comment vous est venue l'idée ?

Franchement, ce livre est construit pour être un grand-huit : il faut donc s'attendre à tout ! Le but, c'était de faire quelque chose de fun : un roman qui nous fasse trembler, rire, vibrer, qui nous surprenne et nous fasse réfléchir, tout ça en même temps ! Je voulais aussi que ce soit une lecture addictive, que les lecteurs ne puissent pas le lâcher avant la fin !

Pour y arriver, je me suis inspiré des structures de séries télé : chaque chapitre est comme un nouvel épisode, avec ses rebondissements, ses surprises, ses sous-intrigues, etc.

Quant à l'idée, elle m'est venue par vagues. J'ai d'abord eu envie d'écrire un thriller, puis j'ai pensé à faire une intrigue sur deux périodes, avec un voyage temporel. Je trouvais ça intéressant d'avoir une partie suspense/fantastique (1988) et une partie romance (2018). C'était un peu un défi pour moi car les deux genres ne fonctionnent pas du tout de la même façon. Il fallait donc trouver le bon équilibre.

Et puis enfin les personnages me sont venus peu à peu, ils se sont révélés d'eux-mêmes. Là encore, il a fallu trouver le bon équilibre entre leur côté stéréotypé tout droit sorti d'un teen movie américain (la reine de beauté du lycée, le bad boy, le geek, etc.) et la réalité sociale, bien française, dans laquelle ils évoluent.

  • Et votre personnage principal, qui est-il ?

Léo est un lycéen de dix-sept ans, qui vit en 2018 dans la petite ville de Valmy-sur-lac, et prépare son bac français. C'est un garçon sensible, pas totalement à l'écart mais un peu solitaire. Il est plutôt mûr pour son âge, car la situation familiale chez lui est loin d'être idéale. Son père est au chômage et sa mère travaille dans un minable magasin de chaussures. Pas de quoi rêver ! Ça l'a fait grandir un peu plus vite que la moyenne, et surtout, ça l'a fait réfléchir sur l'importance des choix que l'on fait dans la vie. Ses parents seraient-ils aussi malheureux s'ils ne s'étaient pas rencontrés ? S'ils avaient pris d'autres décisions à d'autres moments ?

Pendant tout le roman, Léo va être amené à réfléchir à ces questions et à s'interroger sur sa propre existence. Qu'est-ce qu'être heureux ? Comment réussir sa vie ? Est-ce qu'on peut échapper à la situation sociale dans laquelle on grandit et parvenir à s'accomplir ?

Léo est le personnage médian du livre, celui qui fait le lien entre tous les autres. Nécessairement, il a une personnalité un peu moins affirmée que certains des autres adolescents qu'il côtoie : il n'est pas aussi créatif que Belinda, ni aussi déjanté qu'Areski. C'est juste un ado lambda, un peu maladroit, pas très à l'aise avec les filles, pas fixé sur ce qu'il veut faire de sa vie, pas toujours sûr d'être à sa place... Je me suis pas mal inspiré de ma propre adolescence pour tout ça ! :)

La folle semaine qu'il va passer entre 1988 et 2018 a un peu un côté initiatique : il va traverser les épreuves et trouver des réponses à ses questions existentielles.

  • L'histoire alterne entre 1988 et 2018 - pourquoi les années 80 ? 

D'abord, les années 80, c'est une partie de mon enfance ! J'ai pas mal de nostalgie pour cette époque, même si mes souvenirs sont sans doute en partie reconstitués.

Ensuite, pour des raisons scénaristiques : je voulais que Léo se retrouve confronté aux versions adolescentes de ses propres parents. Nécessairement, il fallait donc que l'intrigue se déroule entre 1985 et 1990.

Enfin, Les 7 vies de Léo Belami, c'est aussi un hommage à la culture pop. Et les eighties, quand même, ça reste un âge d'or ! Après, dans les années 90 (que j'adore aussi), sont venues les cultures alternatives, le grunge, tout ça, et il a fallu choisir son camp. Mais dans les années 80, il y avait une cohésion totale entre la musique, le cinéma, la mode, etc. Tout ça marchait ensemble et contribuait à créer un univers incroyablement cohérent et submersif, surtout quand on est adolescent.

Donc, pour le scénario, je trouvais que ça fonctionnait bien. Quand Léo se retrouve en 1988, il se retrouve vraiment dans un monde clos, un monde qui tourne en circuit fermé. Il est littéralement enfermé dans cette époque. Ça n'aurait pas fonctionné aussi bien, me semble-t-il, avec les années 1970 ou les années 1990.

La seule autre période qui, à mon sens, est un peu comparable au niveau de la culture teen, ce sont les années 50-60. Mais là, ça nous aurait fait remonter vraiment trop loin !

  •  Quelle est la "vie" de Léo que vous avez préféré écrire ?

C'est difficile de répondre à cette question car j'ai mis un peu de moi dans presque tous les personnages. Je dois dire tout de même que j'aime beaucoup le trio des mean girls de 1988 : Capucine, Victoire et Jessica.

Jessica, bien sûr, est le personnage le plus complexe du livre. C'est autour d'elle que tourne l'intrigue. J'aime la façon dont elle est à la fois une vraie garce et une personne au fond assez vulnérable, qui cache sa fragilité et cherche à se donner une assurance.

J'ai aussi beaucoup de tendresse pour Capucine et Victoire. Lorsque Léo se réveille dans la vie de Capucine, il prend conscience des difficultés que cela suppose, d'être une fille (surtout en 1988, on est encore assez loin de l'ère #MeToo). C'est ce qui va l'aider, plus tard, à mieux comprendre sa propre mère. Voilà d'ailleurs un autre personnage que j'aime beaucoup : la mère de Léo en 2018. Tout comme Belinda et Valentine.

Même si le personnage principal des 7 vies de Léo Belami est un garçon, ce sont vraiment les filles qui portent le livre !

Quant à la "vie" que j'ai le plus aimé écrire, d'un point de vue technique, c'est sans doute la dernière, celle de Jessica. Parce qu'il y a la montée en suspense, la lente progression vers le moment fatidique, puis la révélation finale. En tant qu'auteur, je me suis beaucoup amusé !

  •  Votre top 5 des meilleurs films ou séries sur les voyages dans le temps ?

Je cite pas mal de mes références cinématographiques dans le livre, et le personnage de Belinda donne même son top 5 ! Je vous renvoie donc à la page 67 du roman... et à la place, je vais vous donner mon top des meilleurs livres de voyages dans le temps !

En fait, il y a particulièrement deux romans qui m'ont marqué étant adolescent : Le jeune homme, la mort et le temps de Richard Matheson et La Patrouille du temps de Poul Anderson. Ce sont deux classiques incontournables de la SF, par des auteurs un peu oubliés en France mais qui sont très connus aux États-Unis. Il y a aussi des histoires très amusantes de voyages dans le temps chez Ray Bradbury, un autre écrivain de la même génération.

Je pense que ces livres ont beaucoup influencé des auteurs plus récents comme Stephen King qui a lui-même écrit un très bon roman de voyage dans le temps (22/11/63) ou Tim Powers qui a écrit le classique absolu du voyage dans le temps des années 80 : Les voies d'Anubis.

Plus récemment, j'ai adoré ce que J.K. Rowling a fait du thème de la boucle temporelle dans Le prisonnier d'Azkaban (big up à ceux qui pensent que c'est le meilleur tome de la série !) C'est un mécanisme qui fonctionne très bien également dans Miss Peregrine et les enfants particuliers.

Il y a pas mal d'œuvres de fiction japonaises qui travaillent aussi autour du concept de temps et de temporalité. Deux me viennent particulièrement à l'esprit : le splendide manga Quartier lointain de Jiro Taniguchi et le court roman La Traversée du temps de Yasutaka Tsutsui. Pour moi, ce sont deux classiques, qu'on peut lire à tout âge.

En France, notre tradition littéraire est un peu différente. Cela ne nous empêche pas d'avoir la plus belle page de voyage dans le temps de toute la littérature mondiale : quand Marcel Proust mange sa fameuse madeleine et se retrouve projeté instantanément dans l'époque oubliée de son enfance. Pas besoin de machine à remonter le temps ou de DeLorean volante : juste une tasse de thé. Magnifique !

Les 7 vies de Léo Belami

Léo, 17 ans, jeune homme solitaire et sans histoires, compte les heures avant la fin des cours. Il se prépare pour la fête du lycée, organisée cette année en hommage à Jessica Stein, une élève assassinée trente ans auparavant.
Mais lorsqu’il se réveille le lendemain matin, c’est dans la vie d’un autre, dans la maison d’un autre… en 1988.
Au gré d’allers-retours entre 1988 et 2018 dans des corps différents, Léo va tout tenter pour empêcher ce meurtre et découvrir l’identité du tueur. Pourra-t-il changer le destin ?
À la croisée de Riverdale et de Stranger Things, Les 7 Vies de Léo Belami est un thriller dont vous ne ressortirez pas indemne !

Robert Laffont