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Par Laura Domenge, publié le 11/02/2019

6 remarques que vous avez déjà entendues et qui prouvent qu'il existe un sexisme féminin

Si vous aussi vous en avez marre des piques de votre belle-mère lorsque vous osez reprendre deux radis quand son fils s'enfile tranquillou tous les apéricubes sans se manger une réflexion, Laura Domenge vous propose de quoi dézinguer de toute urgence ce sexisme féminin !

Après la publication de la tribune défendant le droit d'importuner dans Le Monde du 9 janvier 2018 - tribune signée par 100 femmes -, et au vu des réactions d'encouragement qu'elle suscitait auprès des mères et belles-mères de son entourage, Laura Domenge a découvert qu'il existait un sexisme féminin. Ou au féminin si vous préférez.


Si nous ne sommes pas unies dans ce combat pour que les femmes soient plus respectées et considérées qu'elles ne l'ont été jusqu'alors, comment comptons-nous persuader le reste du monde que ce combat est juste ? Après cet éveil de conscience, tout à coup, j'ai réalisé l'enfer du sexisme ordinaire aux dîners de famille : de la double dose de patates servies aux gars contre les radis sans beurre servis aux filles à la critique de la tenue "trop courte" de la nièce, en passant par les réflexions sur l'activité extrascolaire "pas assez virile" du petit-fils...

Allez, je vous sers un petit florilège des plus belles perles sexistes de ma belle-mère ?

Et si je t'offrais un Thermomix pour Noël ?

Euh... non, pourquoi ça ? On reconnaît tous l'importance du partage des tâches à la maison, mais pas le père Noël apparemment. 

Encore une qui a couché pour réussir !

... commente-t-elle en regardant une présentatrice du JT. C'est évident. Une femme, pire encore, une femme jolie, ne peut pas réussir par ses propres moyens. On tolère X années de médiocrité télévisuelle essentiellement masculine, mais une nana à la carrière impeccable, suffit que sa langue fourche une seule fois pour qu'on comprenne qu'elle n'était qu'une imposture, bien sûr.

J'espère que tu vas moins travailler quand tu auras un p'tit. Tu sais, un gamin, ça a besoin de sa maman.

Bon, supposons que... je fasse un enfant avec ton fils. Il aura besoin de sa maman... et de son papa ! Ce n'est pas parce que les pubs pour les couches s'adressent "aux mamans qui prennent soin de leur bébé" qu'il faut les croire et faire parole d'or. Aujourd'hui, si c'est moi qui arrête de travailler...perso, j'sais pas comment on va le nourrir et l'habiller, le marmot ! Le temps de la bonne petite ménagère au foyer, épouse du vaillant travailleur qui va chasser le bifteak au supermarché a bien changé. Si l'enfant se fait à deux, il s'élève à deux et on l'aime à deux !

Oh, ça va, c'est un garçon, il peut rester torse nu.

Dès qu'un rayon de soleil apparaît, c'est la folie du torse poil. Et vas-y qu'on exhibe sa tablette ou sa brioche, et pas seulement au goûter.

- Oui, mais il fait chaud !

- Oh, mais moi aussi, j'ai chaud, je te fous pas pour autant mon nibard dans la tronche au p'tit déj !

A côté de ça, une maman qui veut allaiter se couvre d'écharpes, de torchons, de soutiens-gorge zippés, se tord dans des positions dignes d'un Picasso et se prend malgré tout des remarques. Alors qu'elle, si elle laisse apparaître un bout de chair, c'est pour nourrir son enfant !

Cette mode des jeans moulants... On ne sait plus qui est une fille ni qui est un garçon.

Ah... La mode, la mode, la mode.

On aurait pu dire la même chose des toges des Romains, des pagnes des pharaons, des talons de Louis XIV, du maquillage de Louis XVI... Et pourtant, c'est aux jeans slim qu'elle en veut ! Si certains sont sapés comme jamais, d'autres ne sont jamais sapés... So what ? Après tout, chacun est libre de disposer de son corps, et de l'habiller (ou de le déshabiller) comme bon lui semble, sans que cela soit attaché à une pseudo masculinité-féminité. Car, si l'habit ne fait pas le moine, il fait encore moins l'homme ou la femme. En revanche, il peut être révélateur de bon ou de (très) mauvais goût...

De mon temps, quand le patron nous disait au boulot "elle est belle, ta jupe, ma p'tite cocotte", on n'en faisait pas tout un plat.

Alors, je ne sais pas comment c'était "de votre temps", ma belle-mère adorée, mais du nôtre, les femmes ne sont ni des cocottes, ni des poulettes, ni des biches ou autres animaux parfaits pour une fable de La Fontaine, mais pas pour le milieu du travail. De même, sentir un regard insistant ou subir les sous-entendus graveleux de la part de son employeur ou d'un collègue, témoignent d'un manque de professionnalisme évident qui rabaisse l'employée à un statut de femme, et non de collègue.

Alors, effectivement, "de votre temps", ce n'était pas comme ça. Mais, à votre époque, un merveilleux chocolat s'appelait une "tête de nègre", on n'allait pas chez l'épicier mais chez "l'arabe du coin" et vous trouviez que le coiffeur "était un pédé, mais très sympa".

Donc, on récapitule : les temps changent, et HEUREUSEMENT !


Merci, fallait pas – Le Sexisme expliqué à ma belle-mère
"Encore une qui a couché pour réussir..."
"Quelle piplette ! Une vraie gonzesse, celui-là !"
"J'ai prévu double ration de patates : il y a beaucoup d'hommes à table !"

Toutes ces petites phrases...

Ma belle-mère, je l'adore... Elle est même plutôt progressiste sur plein de trucs ! Et pourtant, il y a une chose sur laquelle elle est restée à l'âge de pierre : c'est l'égalité hommes/femmes.
Du coup, j'ai entrepris de lui expliquer, gentiment, tous les sous-entendus que ces petites phrases insinuent l'air de rien, et qui nous réduisent, gentiment toujours, nous les meufs, à des petites choses qui doivent rester à leur place.

A bon entendeur !
 

Laura Domenge
Laura Domenge
Comédienne et humoriste

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