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            Par Cherche midi, publié le 15/05/2019
            Aude Ceccarelli : l'interview

            Vingt-neuf semaines et des poussières d’étoiles est le récit d’une perte. L’auteure retrace le parcours de sa troisième grossesse : la joie, l’annonce à l’entourage, et la découverte d’une malformation qui conduira à la décision de ne pas faire naître son enfant. Après le diagnostic, la recherche de solutions médicales, il y a la décision d’interrompre la grossesse. Expatriée dans un lointain pays d’Asie centrale, elle affronte la tristesse, le manque permanent de l’enfant parti trop tôt, la solitude et le vide. Puis il y a la reconstruction. C’est ce qu’Aude Ceccarelli a vécu. Un témoignage poignant, qui nous touche en plein cœur. Nous avons rencontré l’auteure dont l’ouvrage est paru le 28 mars 2019 aux éditions du cherche midi.

             « – Ah, mais tu parles, toi, maintenant ?
            - Ben oui, je parle. Je te parle.
            - J’aime entendre ta petite voix, mon bébé.
            - Non, toi tu parles, moi j’écoute. Je veux que tu me racontes le plus joli moment de notre histoire à tous les deux. Raconte, maman.
            - Pst pst… des jolis moments il y en a eu, mais pas beaucoup.
            - Mais tu sais quoi : je crois que j’ai été heureuse, en août 2013.
            - Vas-y, raconte-moi ça. »

            Vous écrivez avec émotion et sincérité, agrémentant parfois ce récit d’échanges imaginaires avec votre enfant, de lettres de médecins, de dialogues avec votre famille et vos proches …. Pourquoi cette alternance ?

            En effet, à la narration classique je mêle des monologues intérieurs, pensées, réflexions, mes échanges avec les médecins et des dialogues avec mon bébé. Je fais référence aux souvenirs heureux, aux naissances de mes deux autres enfants, à leurs expressions drôles, pour entrer dans le propos de manière légère et imagée. Il me semblait important de partager des expériences positives liées à la parentalité et à la grossesse : le choix prénom, la joie, l’attente, la surprise et l’amour infini qui comble chaque femme lorsque l’enfant naît.

            J’ai cherché à être très visuelle dans mon écriture, avec une pointe d’humour quand cela était possible. Et parfois, comme vous le soulignez, je m’adresse directement à mon bébé, nous dialoguons rien que tous les deux, comme s’il était tout près de moi, dans une intimité qui nous unit.

             

            Vingt-neuf semaines et des poussières d’étoiles est-il votre premier livre ?

            Ce témoignage n’est pas mon premier livre. En 2017, j’ai publié un récit de voyage (Kazakhstan, chroniques vagabondes, aux éditions Olizane) qui présente, sous forme ludique et légère, les aspects les plus divers d’un pays complètement méconnu. Bien avant cela, entre 2007 et 2010, lorsque j’habitais à Bombay, je tenais un blog dans lequel je retraçais les aventures tragicomiques d’une expatriée dans l’Inde contemporaine.

            En parallèle, je travaille sur d’autres textes, j’ai achevé un roman sur l’expatriation et je poursuis l’écriture d’un récit sur la maladie d’Alzheimer. Le voyage et le mouvement restent le fil conducteur dans mon travail. Aujourd’hui, j’écris et je fais écrire : j’anime des groupes d’écriture spontanée pour amener chacun à révéler ses talents, idées et projets.

            Vingt-neuf semaines et des poussières d’étoiles m’a confirmé ce que je savais déjà : un besoin fort de mettre l’écriture au centre de ma nouvelle vie. Ce livre n’est donc pas mon premier exercice d’écriture, mais il m’a permis d’admettre ce dont j’avais vraiment envie et a été de ce point de vue une révélation sur le chemin de la reconstruction positive.

            Pouvez-vous nous parler de cette belle expression que vous utilisez dans le titre, « poussières d’étoiles » ?

            Vingt-neuf semaines de grossesse et pas de bébé, suite à un choix crucial.

            « Poussières d’étoiles » évoque pour moi l’idée immatérielle et poétique du lointain, de la dissolution, de l’absolu et de l’éternité, comme les étoiles qui brillent toujours, dans un ciel plus ou moins clair. J’ai trouvé cette métaphore pour faire comprendre à mes deux fils pourquoi leur petit frère, David, n’était pas là en famille parmi nous. Dire l’interruption médicale de grossesse aurait été trop brutal pour des enfants si jeunes. Voici comment je leur présente l’absence du bébé (extrait tiré du livre) :

            Plus tard, ils comprendront. Plus tard. À ces questions, je réponds toujours de la même façon, avec des phrases simples, des gestes que j’ai mis au point et que tes frères reproduisent : « Le bébé était malade, les docteurs l’ont emporté, il est devenu poussière d’étoiles. Regarde, je te montre : tu poses un peu de poussière d’étoiles au creux de ta main. Voilà, comme ça. Tu vois comme elle brille ? Et ensuite, tu souffles et elle s’envole tout là-haut. Il est au ciel, David. » Avec tes frères, ça marche, cette petite histoire.

             

             « J’écris des mots, quelques lignes, des bribes par-ci par-là, quand tu m’apparais, quand tu te trouves sur mon chemin. J’ai toujours un petit carnet dans mon sac et un stylo à portée de main, au cas où tu surgirais. »

            Quand avez-vous décidé d’écrire ce livre ? L’avez-vous rédigé d’une traite ou est-ce le fruit d’une longue réflexion ?

            Les faits que je mentionne dans mon livre datent de 2013, lorsque j’étais expatriée à Almaty, au Kazakhstan. J’ai commencé à écrire ce texte par fragments en 2016, je l’ai terminé en août 2017, à Paris. Je n’avais pas l’intention particulière d’écrire sur ce moment douloureux de ma vie de femme et de maman, j’avais d’autres projets d’écriture en préparation. Pourtant, les mots se sont présentés à moi, alors je les ai saisis. Une jolie phrase, une idée forte, je la notais de manière frénétique, comme si mon enfant me parlait. Ce texte m’est venu sans que je ne demande rien. J’ai laissé faire. Ensuite, quand j’avais un moment, je réécrivais ces phrases et je déployais le récit. Puis j’ai assemblé et retravaillé chacun de ces fragments.

            Il y a comme un aspect magique et inexplicable dans l’écriture, on parle parfois « d’inspiration » ; pour moi c’est bien plus fort que ça, je dirais que c’était une nécessité viscérale. Comme je le dis dans mon texte : Mais comme il faut bien qu’il reste quelque chose de toi et de mon/ton/notre histoire, je n’ai pas eu d’autre choix que de l’écrire.

            Je n’ai pas trop réfléchi, donc. J’ai écrit, c’est tout.



             « Tu es le + 1 qui m'a fait comprendre ma vraie chance, celle d'avoir des enfants en bonne santé. Même si ton absence ne se guérit pas comme ça et qu'il y aura toujours dans un coin de ma tête un pourquoi ? »

            Pensez-vous que ce témoignage permettra aux parents ayant également vécu ce drame de se sentir moins isolés ?

            Oui, mon idée était de poser des mots forts, sans filtre, sur ce que j’ai ressenti, en espérant qu’ils fassent écho dans le cœur de parents qui ont vécu un drame similaire. Je traite du deuil périnatal, j’ai tenu cependant à ne pas entrer dans une démarche d’écriture thérapeutique ou de journal intime. La perte d’un enfant, peu importe les causes (IVG, fausse couche, mort subite du nourrisson) est un sujet sociétal sur lequel on s’exprime peu, hors de la famille. Je pense que de nombreuses femmes pourront se reconnaître dans les petits détails intimes, mais aussi très communs, que je livre au fil du texte, qu’elles aient subi ou non une interruption thérapeutique de grossesse.

            Dans mon parcours médical douloureux, il y a eu des attentions qui m’ont touchée : le cliché de mon enfant que les médecins m’ont remis après l’accouchement, les empreintes de ses petites mains et de ses petits pieds imprimés sur un carton, et l’inscription au livret de famille. Cela montre l’évolution de l’accompagnement médical et psychologique du deuil périnatal. J’ai aussi mentionné dans mon récit (sous forme de notes de bas de page) des détails légaux et médicaux, comme le protocole hospitalier, le contenu de la loi sur l’IVG de 1975, la possibilité d’obtenir un acte d’état civil pour son enfant né sans vie (depuis 1993). Mon intention était d’aider des parents avec des éclairages précis.

            Mais ce que j’espère surtout avec ce livre, c’est que d’autres parents puissent reconnaître leurs propres émotions (colère, sidération, tristesse, recherche vaine de réconfort). J’écris sur des situations vécues par tous : les phrases maladroites qu’on entend dans son entourage, la détresse immense et le vide que l’on ressent lorsque l’enfant n’est pas là ou plus là, les pourquoi sans réponses.

            Après la douleur, il y a la reconstruction, possible, avec du temps et de la gratitude pour ce que l’on a déjà. C’est aussi le message que je tenais à transmettre. Dans mon cas, c’est ma famille, mes deux enfants, et l’écriture qui m’ont conduite sur ce nouveau chemin.

             

                                                                   

            Cherche midi
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