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Par Sonatine, publié le 06/08/2021

Celle qui brûle : Quelques questions à Paula Hawkins !

L'incroyable succès de La Fille du train, les femmes de ses romans, les secrets d'un bon polar...  Nous avons eu la chance de nous entretenir avec Paula Hawkins, qui nous livre ici les dessous de l'écriture de son nouveau thriller événement Celle qui brûle !

Vous avez écrit La Fille du train et Au fond de l’eau, qui ont tous les deux eu énormément de succès. Est-ce que cela a influencé la manière dont vous avez abordé l’écriture de Celle qui brûle ?

Paula Hawkins : Le succès de La Fille du train m’a fait l’effet d’une bombe. Lorsque Au fond de l’eau a été publié, j’étais mieux préparée. J’ai pris du temps pour moi avant de commencer à écrire Celle qui brûle, et après quelques faux départs, j’ai trouvé mon chemin jusqu’à l’histoire que je voulais raconter. À ce moment-là, j’avais réussi à me réserver assez de temps et d’espace pour écrire sans trop penser à la réception du livre ou aux attentes qu’il pourrait susciter. Je me suis juste concentrée sur les personnages et l’histoire que je voulais raconter.

 

Dans vos romans Au fond de l’eau et Celle qui brûle, vous écrivez sur des femmes qui ont des profils et parcours atypiques. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette volonté de mettre en lumière la diversité des féminités ?

PH : Dans tous mes livres je m’attache à créer des personnages aux caractères nuancés. Je me concentre principalement sur les femmes, leur rôle dans la société et la manière dont elles sont perçues. Je trouve fascinant que, malgré les progrès autour de l’égalité des genres, on continue d’attendre toujours la même chose des femmes : elles doivent toujours sourire et être jolies et aimables et féminines et agréables et dociles et maternelles et accommodantes… J’ai toujours été intéressée par ces femmes qui ne répondent pas à ces injonctions, par choix ou par défaillance. Qu’est-ce que cela dit d’elles et de la manière dont elles mènent leur barque ?

Je veux créer des personnages au carrefour de différents rôles : pas seulement des mères ou des amantes, des victimes ou des coupables. Je veux faire savoir qu’elles peuvent être tout cela à la fois.

 

Celle qui brûle se passe à Londres, mais toute l’action se déroule dans le même quartier, avec une atmosphère de petite ville, loin du Londres qu’on peut communément se représenter. Pourquoi ce choix ?

PH : Mes romans se concentrent surtout sur les vies intérieures d’une poignée de personnages, ce qui les motive et leurs interactions, donc je pense qu’ils susciteront toujours plus ou moins un sentiment d’intimité et de claustrophobie. C’est pourquoi je n’essaie pas de représenter Londres comme une entité à part entière – je pense que c’est presque impossible à faire, surtout avec un thriller psychologique avec peu de personnages.

Je veux créer un esprit de lieu dans mes romans – la banlieue dans La Fille du train, une ville isolée dans Au fond de l’eau. Dans ce roman-ci, je me suis focalisée sur le centre de Londres, mais à travers un quartier très particulier, près du canal, l’un des nombreux endroits de Londres où on peut voir les riches vivre près de personnes plus pauvres. Un de ces endroits où, même si vous êtes au centre d’une ville densément peuplée, il est possible de se sentir assez isolé.

 

Quel élément est le plus important pour écrire un bon thriller ? Les personnages, l’intrigue, les rebondissements, le cadre ?

PH : Mes livres commencent toujours avec un personnage. Dans La Fille du train, j’ai débuté avec Rachel, et dans Celle qui brûle, avec Laura. Je crois que ce que j’apprécie le plus, c’est créer un personnage et ensuite décider comment cette personne en est arrivée là, et quelles sont les possibilités pour son avenir. Trouver le personnage, et ensuite trouver l’histoire qui lui est la mieux adaptée.

Cela dit, je sais que les lecteurs de polars ont certaines attentes quand ils choisissent un roman et vous voulez répondre à ces demandes – instiller un mystère et du suspense –, mais vous voulez aussi les surprendre. Pas seulement en termes de retournements de situation, mais aussi avec les codes du genre. Parfois je ne veux pas faire ce qu’on attend, je veux faire l’inverse de ce qu’on demande à un auteur de polars. J’aime laisser des questions sans réponse, des problèmes irrésolus. Je pense que cela peut être très satisfaisant pour le lecteur puisque cela laisse de la place à l’imagination.

 

L’un des éléments narratifs qu’on a adoré dans votre livre, et qui participe à son originalité, est l’insertion d’un roman dans le roman, écrit par un auteur de polars peu scrupuleux. Pourquoi avoir choisi ce personnage, qui est le seul homme du roman dont vous adoptez le point de vue ?

PH : Je trouve Théo fascinant, c’est presque un personnage tragi-comique à mes yeux. Comme Carla, il a subi une immense perte, mais il a réagi assez différemment. Il ne s’est pas retiré du monde, il a plutôt essayé de s’immerger dans son travail. Lorsqu’il comprend qu’il ne peut pas écrire, il récupère l’idée de quelqu’un d’autre. Ce qui est intéressant c’est que Théo se justifie assez facilement – il n’a pas utilisé les mots de Miriam, il n’a rien fait d’illégal, c’est un artiste ! Il a le droit de prendre des idées et de les transformer ! Mais cette forme d’habilitation repose sur le fait qu’il est un homme blanc issu de la classe moyenne, et en plus de cela il a eu du succès, donc il bénéficie du sentiment de protection que l’argent peut apporter. Je pense que si une chose sauve Théo, c’est son amour pour Carla, à la fois dévorant et profondément altruiste.

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