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Par Pocket jeunesse, publié le 17/03/2020

"C'est pas ma faute" : le roman jeunesse féministe de Samantha Bailly et Anne-Fleur Multon

Dans C’est pas ma faute, thriller adolescent publié aux Editions Pocket Jeunesse le 12 mars, Samantha Bailly et Anne-Fleur Multon mettent en avant les valeurs de solidarité, sororité et bienveillance face aux mirages et autres dangers des réseaux sociaux. 

Lolita est une adolescente à succès. Un clic, et sa vie se retrouve sur YouTube… Prudence est sa plus grande fan. Elle est fascinée par l’univers girly de la star. Quand Lolita disparaît brutalement des réseaux, Prudence panique et se lance à sa recherche. Entre disparition et enquête, caméras et écrans, mensonges et vérité, Prudence et Lolita dansent un ballet qui pourrait se révéler mortel.

Un livre féministe et engagé

Si le public visé est les jeunes adolescents à partir de 12 ans, C’est pas ma faute s’adresse à tous. Il vise à sensibiliser les lecteurs, et particulièrement les plus jeunes qui grandissent avec l’omniprésence des réseaux sociaux sur lesquels ils consacrent un temps conséquent, face à des thèmes aussi pertinents que la précocité et la surexposition médiatique, le cyber-harcèlement, l’emprise du smartphone, la dépendance à Internet, l’absence de pensées critiques, la solitude ou la vulnérabilité en lien avec ceux-ci.

"C’est pas ma faute, tout ça. J’ai fait mon possible. Tout mon possible avec les ressources que j’avais. Pour survivre. J’ai tout donné, tout, pour m’en sortir, pour construire un truc qui ressemble à une vie. Et je suis toute seule avec ces souvenirs vivants, si vivants qu’ils me sautent à la gorge. C’est pas juste. C’est pas juste que je prenne tous les coups, que je ne puisse jamais me défendre, répondre."

Les autrices incitent fortement à la réflexion face aux risques avérés des technologies modernes et la nécessité de recouper les informations avec des sites fiables. Elles présentent C’est pas ma faute comme "un livre féministe qui cherche à apporter des solutions aux problèmes auxquels ils vont être confrontés dans leur vie d’adulte".

"Tu le veux ce contrat, non ? C’est la chance de ta vie. Vas-y écarte les jambes."

Cette volonté est parfaitement traduite par l’écriture sans fard, vraie, franche des deux autrices.

À travers Lolita et Prudence, les deux héroïnes aussi vivantes qu’attachantes, le lecteur est ancré dans sa réalité quotidienne.

Les dangers des réseaux sociaux

Le choix de la narration à deux voix permet d’avoir un double regard sur le monde actuel. Celui de Lolita raconte sa perte de contrôle et les raisons qui l’ont poussée à disparaître. Celui de Prudence se transforme au fil des pages de fan numéro 1 à enquêtrice prête à tout au moment de la disparition de l’influenceuse, y compris mettre entre parenthèses sa propre vie.

Cet arc narratif pose inéluctablement des questions sur la valeur du regard des autres. Jusqu’où est-on prêt à aller pour valoriser son ego ? pour donner satisfaction à ses fans ? Quelle image est-on prêt à "se construire" pour réussir ?

"Je sais que certains rêvent de ça. D’être suivis par des centaines de milliers de personnes (sur les réseaux sociaux). D’avoir l’attention. De recevoir des centaines de messages par jour. Franchement, je vous le dis : y’a rien à voir, circulez. C’est dur. C’est violent. On ne s’appartient plus. Les gens se comportent avec vous comme si vous n’étiez pas un être humain."

La tyrannie de l’image, le besoin de rester sur le podium, en haut de la vague sont autant de pressions mentales insoupçonnées.

"Je ne me rendais pas compte de mon influence. Je ne pensais pas que ma visibilité, et les partenariats que je pouvais faire, le temps que je donnais aux marques, tout ça, c’était du travail, et il y en a qui en ont profité, évidemment."

Les deux autrices le démontrent avec la chute vertigineuse de Lolita. Elles soulignent par la même l’absence de protection des mineurs sur Internet. L’Assemblée nationale s’est d’ailleurs récemment saisie du sujet et une proposition de loi pour encadrer le travail des enfants youtubeurs et influenceurs a été votée en février dernier. 

Sororité, Bienveillance, Entraide

Pour répondre à ces défis d’éducation, Samantha Bailly et Anne-Fleur Multon optent pour les valeurs traditionnelles à l’ancienne. Elles mettent en avant leurs côtés universels et salvateurs.

"Aimer, ce n’est pas seulement aimer bien, c’est surtout comprendre." Françoise Sagan

Face à l’isolement, elles démontrent toutes les vertus de l’entraide et de la bienveillance. En crise de confiance et en totale perte de repères, Lolita plonge dans la dépression et l’anorexie mentale. Idole incontournable, elle est « zappée », elle est remplacée dans son rôle d’égérie pour la marque Cardinal. Elle n’est qu’un pion, une marionnette à l’usage exclusif des marques.

Néanmoins, Lolita peut compter sur le soutien inconditionnel de Prudence, la seule à ne pas l’abandonner. La sororité est la troisième valeur forte de ce roman.

"Tout ça, je l’ai réalisé il n’y a pas si longtemps, grâce à une amie. Une abonnée, à la base. […] Ben oui Pru, c’est grâce à toi aussi, tout ça ! C’est grâce à toi que j’ai compris ce que c’était une véritable amitié. […] J’ai compris qu’être entouré de gens bienveillants, c’est important. De gens qui s’inquiètent pour vous, vraiment. Qui vous laissent pas tomber, même quand vous avez l’impression, vous de ne plus valoir grand-chose."

Ensemble, elles vont affronter leurs démons, surmonter leurs peurs. Lolita et Prudence vont regagner de la confiance en elles, être fières de nouveau de ceux qu’elles représentent. Oser faire face au regard des autres, oser revendiquer sa différence et oser « se battre » pour la faire accepter sont trois thématiques fortes du roman.

Samantha Bailly et Anne-Fleur Multon ne tombent point dans les clichés ou les jugements tout au long des chapitres. À l’inverse, C’est pas ma faute est un guide offrant des situations concrètes, des cas pratiques pour les affronter et en triompher.


Haletant et addictif, C’est pas ma faute est un livre féministe qui brosse un portrait de la jeunesse du XXIe siècle. Samantha Bailly et Anne-Fleur Multon sensibilisent face aux dangers d’Internet ainsi que les graves risques d’addictions aux réseaux sociaux pour la santé physique et mentale des jeunes. Elles sont à la fois convaincantes sur les solutions apportées et sur la façon de les amener. Elles offrent aux parents des clés pertinentes pour l’éducation de leurs enfants et transmettent à ses derniers l’importance des valeurs telles que l’entraide, la bienveillance et la sororité.

Pocket jeunesse