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Par Pocket, publié le 02/06/2020

Charlye Ménétrier McGrath : "Mon rêve de jeunesse, c'était d'écrire des romans"

Alors que paraissent dans le même temps Les Sales gosses chez Pocket, et son second livre, Les Imbéciles heureux, chez Fleuve, c’est avec fougue et intelligence que la pétulante Charlye Ménétrier McGrath a répondu à nos questions.

Couronnée du Prix Écrire auféminin en 2016 pour une nouvelle prometteuse, Charlye Ménétrier McGrath a, depuis, signé Les Sales gosses – paru l’an dernier aux éditions Fleuve – et désormais disponible chez Pocket. Un premier roman dont le rythme enlevé et la surprenante héroïne ont séduit un lectorat amateur d’humour et d’introspection. Les Imbéciles heureux, son deuxième ouvrage, dissèque les tourments et espoirs d’un groupe d’amis au tournant de leur vie. L’écriture vive, amoureuse des dialogues, de l’auteure lyonnaise, donne un relief tout particulier à cette galerie de personnages chahutés par l’existence.

Votre premier roman, Les Sales gosses, paraît aux éditions Pocket au même moment que votre second livre ; quel effet cela vous procure-t-il ?

C’est un sacré bazar dans ma tête ces jours-ci : joie, angoisse, excitation, stress, euphorie et panique s’entremêlent. La sortie de mon deuxième roman, Les Imbéciles heureux, rend un peu plus réel ce rêve de jeunesse que je réalise depuis quelques années, comme si cela n’était plus dû à un coup de chance ou à un malentendu. Les Sales gosses chez Pocket, c’est aussi un moment très important : le format de poche est celui qui restera et sera disponible dans le temps. C’est l’occasion d’élargir mon lectorat ; c’est un peu comme tout recommencer avec les belles surprises et les appréhensions que cela implique. D’un point de vue plus personnel, en tant que lectrice compulsive, mes bibliothèques sont remplies de romans Pocket alors y ajouter le mien, c’est complètement dingue.

Quel regard portez-vous aujourd’hui sur le succès des Sales gosses, sur cette première incursion dans le monde littéraire ?

Tout est allé à une vitesse folle ces trois dernières années. Je ne sais pas si l’on peut parler de succès parce que je suis encore toute jeune dans le monde de l’édition. Je n’ai pas les codes ni les repères mais je mesure ma chance. Mon roman a non seulement été édité par une maison (Fleuve) qui correspond à mes valeurs – engagement, fidélité et audace – mais en plus, il a rencontré de nombreux lecteurs et lectrices. J'étais loin d'imaginer à quel point cela pouvait être gratifiant, de s’entendre dire par un ou une inconnu.e que son roman l’avait fait rire, pleurer, réfléchir ou juste permis d’oublier son quotidien pendant quelques heures.

Si Les Sales gosses avaient pour héroïne une vieille dame, Les Imbéciles heureux réunit, lui, toute une galerie de personnages, à la manière d’un film choral. Quel a été le point de départ de ce nouveau roman ? Comment avez-vous abordé ce changement de focale, entre un point de vue unique et l’alternance entre plusieurs voix ?

Les dynamiques de groupes et les alliances inconscientes me fascinent depuis l’adolescence. Je suis assez solitaire mais j’ai aussi un besoin viscéral de ma clique, de mes proches. L’appartenance est au cœur de mes histoires. Pour ces deux romans, au départ, il y a juste une situation qui me trotte dans le crâne sans que je puisse m’en débarrasser. Pour Les Sales gosses, il s’agit d’une vieille dame trop bien élevée pour se montrer ouvertement en colère par son placement en maison de retraite et pour Les Imbéciles heureux, ce sont des amis de longue date qui, pour pouvoir avancer dans la vie, doivent se confronter aux jeunes gens enthousiastes qu’ils étaient lorsqu'ils se sont rencontrés. Dans les deux cas, j’ai attendu que la narration vienne me chercher.

Quant au changement de focale, à force de tourner la situation que j'avais envie de développer, j’ai fini par entendre une sorte de confession, celle d’une vieille dame. Le journal intime s’est alors imposé sans que je m’en rende compte. Pour Les Imbéciles heureux, quand je pensais à ce que j’avais envie d’écrire, j’entendais des bribes de conversations entre les trois personnages féminins, un peu comme si j’épiais leurs discussions. J’aurais été bien incapable de choisir celle à laquelle j’allais emprunter les mots, d’où la forme chorale. Je deviens mystique là, non ? (rires)

Les Imbéciles heureux abordent les rêves et les désillusions d’un groupe d’amis avec un accent fort mis sur les personnages féminins. Comment avez-vous travaillé ces personnalités, toutes à un tournant de leur vie ?

Je fêtais mes 40 ans lorsque j’ai commencé l’écriture des Imbéciles heureux. Autour de moi, mes amis semblaient traverser une période de ras le bol généralisé. À force de discuter de ce que la vie avait fait de nous ou plutôt de ce que nous étions en train de faire de nos vies, j’ai eu envie de creuser un peu le sujet. Dans les grandes lignes, mon premier roman (Les Sales gosses) traitait du fait qu’il n’y a pas d’âge pour se réinventer et s’adonner à ce qui nous fait vraiment vibrer. Pour mon deuxième roman, j’ai eu envie de continuer cette réflexion sur les rêves de jeunesse et les regrets mais, cette fois-ci, d’un point de vue plus proche de ma réalité. Mes amis se chercheront certainement parmi Les Imbéciles heureux mais je n’ai pris que les points communs et les différences de nos parcours de vie pour fabriquer mes personnages. En revanche, l’amitié qui les lie est clairement nourrie de celle que je partage avec eux.

 

Les Imbéciles heureux s’interroge sur la vie qui se construit en emportant avec elle les rêves de jeunesse. Entre mélancolie et espoir, le livre invite à la réflexion sur nos propres désirs. Était-ce une façon pour vous de réfléchir à votre parcours et à cette nouvelle vie d’auteure ?

La plupart du temps, une fois adulte, ce sont les deuils, les maladies, les ruptures – les accidents de la vie, en somme – qui nous poussent à nous remettre en question. J’ai l’impression (et cela a été mon cas) qu’il faut qu’un drame survienne pour que l’on cesse d’être spectateur de notre propre existence et que l’on en devienne vraiment l’acteur principal, voire idéalement le réalisateur. Se dire "j’ai failli y passer" ou "je ne me croyais pas capable de me relever d’un truc pareil", c’est un sacré moteur pour reprendre les rênes et tenter enfin de réaliser son rêve de jeunesse. Le mien était d’écrire des romans. Mon ami, Mehdi Kruger, slame dans son texte "Le jour se lève", une phrase que j’adore : "La vie devrait être parsemée de panneaux : vous êtes ici". Je crois qu’avec ces quelques mots, il a tout dit !

Entretenez-vous des velléités d’écriture pour le théâtre et le cinéma, le plaisir d’écriture des dialogues étant relativement notable dans votre travail ? 

Faire parler mes personnages entre eux, c’est ce que je préfère dans le processus créatif. C’est là où l’écriture devient pour moi la plus fluide. Je suis une incorrigible bavarde alors peut-être que ceci explique cela. Il serait fantastique d’ecrire pour le théâtre ou le cinéma mais pour le moment je me concentre sur l’écriture du prochain roman.

Un sentiment vif de communauté et de partage ressort de vos deux livres, or écrire est une activité très solitaire. Comment ce nouveau métier vous nourrit-il, à quel point a-t-il changé la relation que vous avez avec vos amis, votre famille ?

Professionnellement, j’ai fait le choix de me consacrer entièrement à l’écriture pour le moment. J’écris régulièrement et assidûment à des "horaires de bureau", ce qui me permet d’être disponible pour les miens. Quand je retrouve mes proches, parfois, j’ai l’impression que je débarque avec tous mes personnages et j’essaie autant que possible de les tenir à distance. En fait, je ne saurais pas dire si ce nouveau métier a vraiment changé mes relations avec ma famille et mes amis car je n'ai pas assez de recul. C’est à eux qu’il faudrait poser la question et je ne manquerai pas de le faire…

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