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Par Presses de la Cité, publié le 13/01/2021

Claire Blanchard : "Je me suis rendu compte qu'il y avait un manque au niveau de la littérature française"

Dans La Danse de la tarentule, Claire Blanchard nous livre un roman bouleversant où Emilie, petite fille puis jeune fille, raconte, avec parfois la drôlerie du désespoir, l’emprise d’une mère toxique sur ses enfants.

Comment d’une recherche au départ personnelle sur la psychogénéalogie, est né cette histoire ?

Au départ, je voulais écrire un roman à trois voix dans lequel s’exprimaient une grand-mère, une mère et une fille. C’était un roman autobiographique qui entendait parler de la difficile transmission de l’image de la femme et de la maternité dans une famille normale, en s’appuyant sur les principes de la psychogénéalogie, à savoir la transmission des traumas de génération en génération, de manière inconsciente. Durant six mois, j’ai écrit cent pages de ce roman-là, avant de m’apercevoir qu’il ne fonctionnait pas du tout parce qu’il me manquait une structure. J’ai alors abandonné cette première idée pour inventer des personnages, une histoire. Et je me suis sentie tout de suite beaucoup plus à l’aise. En allant dans l’exagération des malaises, des émotions, je me suis libérée, et la question de la maltraitance infantile est apparue. Je me suis rendu compte qu’il y avait un manque au niveau de la littérature française. Qu’on ne donnait jamais la parole aux petites filles. Que la littérature dite classique n’avait retenu que des histoires de petits garçons : Vipère au PoingPoil de Carotte, pour ne citer que les plus célèbres. J’ai voulu combler ce manque, de manière tout à fait anodine.

Combien de livres avez-vous lus, de films avez-vous vus pour creuser ce sujet de la maltraitance maternelle ? Était-ce avant de commencer l’écriture ? Ou aussi au fil de l’écriture ?

J’ai lu énormément de livres et vu bon nombre de films pour approfondir le sujet. Aussi bien avant que pendant l’écriture du roman, et ils m’ont tous plus ou moins inspirée. Pour commencer, j’ai lu la plupart des classiques traitant de ce sujet : Poil de Carotte, de Jules Renard, qui m’a inspiré le nom de famille d’Émilie Renard, ainsi que le physique d’Anthony, l’ami d’enfance d’Émilie. Ensuite, Vipère au Poing, d’Hervé Bazin, à qui j’ai emprunté le grand-père entomologiste, la grand-mère acariâtre, qui est une sorte de Folcoche. En ce qui concerne les films parlant de l’enfance cabossée, j’ai vu les 400 coups de Truffaut, l’Enfance nue de Pialat, qui m’ont aidé à créer le personnage de Jean-Baptiste. Sinon, j’ai beaucoup aimé les personnages féminins des films suivants : Le Grand Chemin, de Hubert, l’Effrontée, avec Charlotte Gainsbourg. Ils m’ont en partie inspiré le personnage d’Émilie. En ce qui concerne les livres de psychologie, j’ai compris beaucoup de choses grâce aux livres d’Alice Miller, notamment C’est pour ton bien , sur les racines du mal dans la société. J’ai également lu le livre de PC Racamier, L’inceste et l’incestuel

Dans l’actualité, en 2013, j’ai été profondément touchée par les tristes récits de Céline Raphaël, pianiste virtuose maltraitée par son père, et celui de la maman de Marion Fraisse, harcelée à l’école… Pour finir, le titre arachnéen m’est apparu en voyant le film d’animation Coraline, qui montre une mère symboliquement schizophrène, sous la forme d’une araignée maléfique. Il y a également l’œuvre de la plasticienne Louise Bourgeois, Maman, représentant une araignée géante, devant les musées d’arts d’Ottawa, de Bilbao…

Quels sont vos rituels d’écriture ?

Un bon thé, mon ordinateur, et un chat au creux des coudes… Non, plus sérieusement, je prépare très en amont l’histoire que je vais écrire. J’aime vraiment avoir une base documentaire la plus complète possible, afin de recréer l’illusion de la réalité et ne pas me tromper. Ensuite, j’imagine les personnages, les liens qui les lient. Ils prennent vie. Puis j’invente la trame, très précise, même si je la change au cours de la rédaction. Cela me rassure et me donne un cadre. J’écris tous les jours, de préférence le matin, tôt.

Combien de versions avant d’arriver au manuscrit définitif ?

Je ne sais pas s’il faut compter le tout premier roman raté comme une première version de l’histoire, puisque je n’ai rien gardé. En dehors de cet embryon, je pense qu’il en existe quatre : un premier jet, écrit de 2010 à 2011, que j’ai seulement repris fin 2012. Ensuite, en 2013, j’ai réécrit durant un an une seconde version assez proche de la version finale. Je l’ai encore retravaillée en 2018 en lissant le style, ce qui fait trois versions. C’est celle qui a été publié en autoédition numérique. La version qui paraît aux Presses de la Cité est donc la quatrième version.

La Danse de la tarentule
La Danse de la tarentule raconte l’éveil douloureux d’une enfant éperdue d’adoration pour sa mère, monstre pervers au masque trop charmant. Dans ce roman, qui dit avec grande justesse l’enfance, Emilie émeut tout autant que sa volonté de rompre le cercle des violences familiales impressionne. Le jour où cette mère impose la tragédie, Emilie s’échappe de ses rets et ne la reverra pas de son vivant.

Presses de la Cité