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Par 10/18, publié le 22/10/2019

Derrière "Mon chien Stupide", le film : John Fante, l'idole

Alors que sort le 30 octobre sur grand écran l'adaptation par Yvan Attal du roman-culte de John Fante Mon chien Stupide, retour sur la situation particulière de ce bijou d'humour désabusé dans la carrière chahutée de l'un des précurseurs supposés de la Beat Generation – idole de Charles Bukowski.

Il aura fallu au public français attendre la mort en 1983, à 74 ans, du monstre sacré John Fante pour découvrir enfin en France son œuvre riche, hilarante, mais surtout éclairante sur les affres créatifs d'un fils d'immigrés italiens élevé à l'ombre étouffante de l'Oncle Sam. Des romans (Quatuor Bandini avec Bandini, La route de Los Angeles, Demande à la poussière, Rêves de Bunker Hill ; Cycle Molise constitué par Les compagnons de la grappe et Mon chien Stupide) ou recueils de nouvelles (Le Vin de la jeunesse, Grosse faim) où l'autofiction à peine dissimulée le dispute à un humour frontal, où l'art romanesque autorise à forcer le trait jusqu'au grotesque, provoquant les situations les plus délirantes.

A l'instar de toutes celles occasionnées par ce Stupide, un "très gros chien au poil fourni, marron et noir, (…) à la sombre gueule d'ours", un "traîne-savates" priapique déboulant un soir de pluie dans la vie d'Henry J. Molise, écrivain en panne d'inspiration et en permanent conflit larvé contre son épouse et sa progéniture. Incarné à l'écran par Yvan Attal, le très égocentrique "Henri" va devoir imposer à sa femme dépressive, ici rebaptisée "Cécile" (et campée par Charlotte Gainsbourg), et à ses quatre enfants turbulents (dont Panayotis Pascot), qu'il "aurait joyeusement échangés contre une Porsche neuve", un nouveau venu encombrant à trogne massive : Stupide.

Fante, entre littérature et cinéma

Ironie de l'Histoire : même en son propre pays, John Fante, rejeton d'une famille corsetée dans la religion, ne fut pas toujours prophète. Ce qui le poussa, après le succès relatif de ses écrits des années 30, à se consacrer à l'écriture de scénarios pour Hollywood - dont le (prophétique ?) Mes six amours et mon chien de Gower Champion (1963), dans lequel une actrice épuisée se prend d'affection pour un cocktail de marmaille et de canidé.

"Écrire des scénarios était plus facile et rapportait plus de fric, monologue justement Molise dans Mon chien Stupide (aussi disponible en version audio chez Lizzie) ; il me suffisait de torcher une sorte de schéma unidimensionnel (...) La formule de base était toujours la même : de la bagarre et du cul. Quand c'était terminé, vous donniez ça à d'autres gens qui bousillaient votre travail pour essayer d'en faire un film."

L'adaptation par Yvan Attal (une production Same Player, Montauk Films, Good Times Productions, coproduit par France 2 cinéma et distribué par Studio Canal) vient ici rappeler que l'indéniable adulation internationale dont fait aujourd'hui l'objet John Fante ne sera véritablement intervenue qu'après sa mort, notamment grâce aux efforts acharnés de son cadet Charles Bukowski, autre "cinglé de la littérature". Mon chien Stupide ne sera d'ailleurs publié qu'en 1985, après sa mort, en même temps que L'Orgie et La route de Los Angeles, et la tardive traduction de ses œuvres en français, disponibles en intégralité chez 10/18.

10/18
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