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Par Philéas, publié le 13/09/2021

Espé : "L'Agence des invisibles, c'est un vrai travail de création collective"

Depuis plus de vingt ans, Espé, dessinateur diplômé de l’Ecole des Beaux-Arts de Toulouse, navigue sur les eaux riches de la bande dessinée franco-belge dont il devient un noble représentant malgré quelques réalisations plus intimistes dans le roman graphique. Il est l’initiateur de la rencontre entre Marc Levy et Sylvain Runberg et signe les dessins du fruit de cette collaboration : L'Agence des invisibles.

Vous êtes celui grâce à qui l’équipe de L’Agence des invisibles a pu se constituer. Comment est-ce arrivé ?

J’ai connu Marc lorsque j’ai dessiné l’adaptation de son roman Sept jours pour une éternité. C’était il y a 11 ans durant lesquels nous nous sommes envoyés lui ses romans et moi mes BD. Depuis un petit moment je lui rabâchais que s’il voulait se lancer dans l’écriture d’un scénario original pour une BD qu’il n’hésite pas à m’en parler car j’ai toujours été persuadé qu’avec son écriture il y avait quelque chose à faire dans la BD. Lui me parlait plutôt d’adaptations de romans mais pour l’avoir déjà fait j’avais envie de tenter autre chose avec lui. Et puis il y a quelques années, il m’a envoyé le pitch de L’Agence des invisibles et j’ai trouvé ça incroyable. Ça a muri mais je n’avais pas le temps de réaliser un découpage d’autant que c’est un long travail de scénariste. Marc et son emploi du temps chargé ne pouvait non plus s’y coller. Et puis j’ai fait la connaissance de Sylvain Runberg, le hasard des rencontres, avec qui le courant est immédiatement passé par le biais de notre passion pour le vélo. Je l’ai tout de suite pressenti comme co-scénariste potentiel sur le projet de L’Agence des invisibles. Il a accepté de s’occuper du découpage et de créer un scénario BD à partir du pitch de Marc, un profond travail d’auteur constitué de recherches et de création. C’est ainsi que tout a commencé.

Travailler avec 2 scénaristes qui ont chacun leur personnalité, leur vision, leur profil, est-ce plus contraignant que de travailler avec un seul scénariste ?

Oui et non. C’est une expérience très particulière car on se retrouve sans arrêt dans une partie de ping-pong entre Sylvain et Marc. Les idées fusent et moi je suis un peu entre les deux. Je capte tout et en même temps je les laisse travailler. Ce qui est difficile dans ce genre de projets c’est plutôt la petite tension de travailler sans les décevoir avec deux grands noms, Marc évidemment pour la littérature et Sylvain qui est une star dans notre domaine. Bien que ce soit deux individualités fortes, leur bienveillance et leur respect font que ça se passe très bien. En même temps je ne suis pas juste au milieu de monstres sacrés, je fais pleinement partie du trio et je me sens écouté dans mes propositions. Globalement c’est un réel plaisir de travailler sur ce projet car il y a une profonde émulation de l’équipe et un vrai travail de création collective. Mon rôle est d’essayer de retranscrire au mieux l’univers qu’ils imaginent. Pour ce premier épisode c’est d’autant plus formidable pour moi que j’ai l’impression d’être dans un genre de pilote de série TV où on met en place tous les personnages, les décors et autres éléments d’un nouvel univers.

Au-delà de la complexité de travailler avec deux scénaristes avec deux fois plus d’idées, deux fois plus de retours ou de validations, ce premier album est réalisé sur 80 planches. Est-ce beaucoup plus long à réaliser ?

Oui effectivement c’est plus long. D’abord il n’y a pas que deux niveaux de validation parce qu’il y a notre éditeur qui est aussi très présent. On peut dire qu’il y a un cercle de 5 / 6 personnes qui gravitent autour des décisions du projet. Cela fait une vingtaine d’année que j’exerce ce métier et je crois que je n’aurais pas pu le faire il y a une dizaine d’années car je pense que pour ce genre de projets il faut une certaine maturité dans sa façon de travailler, de s’organiser et même dans la manière d’adopter un trait adapté à ce mode de travail. Par exemple je sais que chacune de mes planches est toujours livrée brute c’est-à-dire qu’elle est susceptible d’être modifiée en permanence. J’utilise donc différents outils pour me permettre d’optimiser ces allers-retours. Ça fait aussi partie du métier et ça, je sais aujourd’hui le gérer. Honnêtement un jeune auteur aurait eu à mon avis beaucoup plus de mal. Avec l’expérience je prends les choses avec beaucoup de recul et de philosophie. Il y a des corrections ? Je les réalise. Il n’y en a pas ? On avance. Et ça se passe très bien.

De quelle liberté disposez-vous au sein de votre trio concernant la création graphique de l’album ?

Même si la réalisation visuelle est pleinement mon domaine, nous avons pleinement assumé le travail de création graphique à trois. En particulier pour les personnages, nous avons fait face à un véritable casting. Nous avons tous des idées différentes et il faut savoir conjuguer toutes les particularités des principaux héros de l’agence ainsi que celles des personnages secondaires qui restent très importants. Il faut donc constamment faire un genre de mix des idées. Je fais beaucoup de propositions et on échange jusqu’à trouver la solution satisfaisante. C’est un vrai travail d’équipe. Je ne reste jamais campé sur mes positions, même si un personnage me tient particulièrement à cœur. Si ça ne convient pas aux autres alors je ne l’impose pas, je le redessine autrement.

La mise en scène ça c’est vraiment mon travail. Je reçois un découpage brut, un séquençage de chaque planche par case. Je vois si je coupe une case en deux parce que ça me parle plus, si c’est plus dynamique, si je peux synthétiser des actions. Mon métier c’est surtout ça : donner du dynamisme, faire vivre les pages, faire vivre les personnages, trouver les bons angles, jouer sur l’encrage etc. Par exemple je voulais avoir un encrage fort sur cet album à la manière du dynamisme de cer-tains comics. Je me suis vraiment régalé avec tout ça. Enfin, j’ai même trouvé une véritable évolution de mon trait parce que je ne me suis pas contenté d’apposer un style établi. Je me suis beaucoup plus lâché en pensant "j’y vais et on verra". Et ça leur à plu. D’ailleurs je me rends compte que je suis de plus en plus à l’aise pour dessiner cette série ce qui veut dire que je n’ai pas fait le mauvais choix.

Avez-vous déjà une idée de ce que sera la suite de cette aventure ?

Aucune idée. Moi j’avance au jour le jour, page après page. Je fais mes petits dessins patates, mes roughs et mes compositions à partir de mes échanges avec Marc et Sylvain. Je fais mon story-board. Je propose un univers graphique, et à chaque validation je réalise mes planches. Normalement on part sur deux albums de plus. Il y a déjà des personnages que l’on veut développer et des histoires que l’on veut raconter. Mais je n’en dis pas plus. Maintenant il y a de nombreux paramètres qui vont décider de l’avenir de la série en commençant par le public car c’est toujours le lecteur qui décide finalement. Si le lecteur le veut, si cette série doit continuer, alors je ferai ça avec un très grand plaisir évidemment.

L'Agence des Invisibles - Enquête 1 : Friedrich Müller
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Julia Müller débarque à New York pour savoir ce qui est arrivé à son père, Friedrich Müller, navigateur dans la Luftwaffe disparu avec son bombardier en 1941.
L’Agence des Invisibles est réputée comme la meilleure quand il s’agit de retrouver des personnes disparues.

Philéas

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