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        Par Sonatine, publié le 09/04/2018
        Exorcisme, horreur et actualités : l'interview de Paul Tremblay

        Possession est certes un livre d'exorcisme, mais c'est surtout un hommage au genre de l'horreur. Sorti en mars 2018 en France, c'est le premier roman de l'auteur américain Paul Tremblay. Focus sur un roman pas comme les autres, qui dépasse les frontières du genre.

         

        Vous avez un diplôme de mathématiques et pourtant vous êtes écrivain. Comment expliquez-vous ça ?

        On me le demande souvent… Enfant, je ne lisais pas beaucoup pour le plaisir. J’étais bon élève et lisais toujours ce que les profs me demandaient, mais je passais mon temps libre à regarder la télévision, des films (principalement des comédies ou des films d’horreur), ou à jouer au basket seul dans l’allée. Au lycée, la matière où j’étais le plus fort étaient les mathématiques, et je m’y suis tenu quand je suis allé à l’université. Il s’avère que j’ai suivi un cours de littérature durant mon dernier semestre universitaire et j’ai beaucoup aimé ça. Une nouvelle en particulier m’a coupé le souffle : Where Are You Going? Where Have You Been? de Joyce Carol Oates. Je me souviens m’être dit « Je ne savais pas que les gens écrivaient de telles histoires ». Peu après, ma petite amie (qui est désormais ma femme) m’a offert Le Fléau de Stephen King pour mon 21e anniversaire. Comme l’histoire d’Oates, ce roman a été une révélation. Je l’ai dévoré. Pendant mes deux années suivantes à l’université du Vermont où je peinais à obtenir mon master de mathématiques, je suis devenu un lecteur vorace. J’ai lu tout ce que j’ai pu de King puis je suis passé à Peter Straub, Clive Barker, encore du Oates, Shirley Jackson, Kurt Vonnegut et d’autres. Je suis sorti de l’université avec un diplôme de maths, mais j’avais également une passion pour la lecture, qui deviendrait bientôt un étrange besoin d’essayer d’écrire mes propres histoires.

         

        Pour une histoire d’horreur, votre livre est effrayant (de toute évidence), mais aussi très facile à lire, précis et bien documenté. Est-ce lié au fait que vous étiez effrayé par les livres et les films d’horreur quand vous étiez enfant/adolescent ?

        Merci pour ces mots gentils. J’ai toujours été fan d’horreur, et Possession peut être lu comme une déclaration d’amour au genre, mais aussi sa critique. J’étais ce qu’on appelait un trouillard pendant mon enfance. J’avais peur du noir, peur de descendre dans notre cave sinistre, peur de monter seul dans ma chambre (je demandais souvent à mon petit frère de monter l’escalier avant moi, et s’il survivait je savais que je pouvais le suivre), et j’ai souffert de cauchemars constants (Les Dents de la mer, la guerre nucléaire et Freddy Kruger sont ceux qui revenaient le plus souvent). Évidemment, rien de tout ça ne m’empêchait de regarder tous les films d’horreur que je pouvais. Il y avait une émission à la télé locale intitulée Creature Double Feature quand j’étais très jeune, qui passait le samedi après-midi. Le premier film était généralement un Godzilla ou un Kaiju, et le second était un classique en noir et blanc ou une production de la Hammer. Pendant ma préadolescence et mon adolescence, la télé par câble (qui était une nouveauté pour nous dans les années 1980) a pris le dessus et est devenue ma source de films d’horreur, même si je les regardais souvent entre mes doigts. La peur et la fascination font partie intégrante du fait d’être fan du genre.

         

        Dans Possession, vous parlez d’horreur et d’exorcisme, mais pas seulement. Il y est aussi question de voyeurisme, du fait que la télé occupe une grande place dans notre vie, d’extrémisme… Était-il important pour vous d’aborder de tels sujets très contemporains ?

        Oui, je voulais absolument que l’histoire reflète notre époque complexe. Ce n’est pas vraiment un spoiler, mais une fois que j’ai su que je ne répondrai pas explicitement à la question « est-ce-qu’il-se-passe-quelque-chose-de-surnaturel-ou-non », tout dans le roman a servi à construire cette ambigüité centrale. Filtrer les événements à travers le passage du temps, les souvenirs d’un enfant, et la lentille déformante de la téléréalité et de la culture Internet semblaient un bon moyen pour maintenir le lecteur en déséquilibre et retourner certaines conventions du genre. L’horreur vit dans l’ambigüité et c’est là que je voulais qu’aille mon histoire. J’espère que le roman fonctionne aussi en tant que commentaire de notre réalité et de notre identité, deux sujets beaucoup plus délicats, malléables et, oui, ambigus que nous n’aimons l’admettre.

         

        Avec le nouveau film Ça, la série de Netflix Stranger Things, le succès de Stephen King, le genre de l’horreur commence à toucher le grand public, à travers des œuvres de grande qualité. En même temps, nous voyons un tas de films d’horreur qui utilisent des procédés classiques et qui ne fonctionnent plus tellement. Est-ce le signe d’une nouvelle « ère de l’horreur » ?

        Je suis sûr que chaque écrivain a pensé représenter un grand bond en avant dans son genre. Ceci dit, je pense que nous sommes au milieu d’un âge d’or de l’horreur, voire d’une véritable renaissance. Pour moi, la popularité auprès du grand public n’est que la partie visible de l’iceberg. Trop de films d’Hollywood aux productions léchées reposent encore sur des clichés et des scènes censées vous faire sursauter, et oui, ils sont populaires, mais ils ne sont pas la raison de la vogue de l’horreur. Nombre d’œuvres d’horreur osées, diverses et - si j’ose dire- progressives qui interpellent le lecteur/spectateur de manière plus recherchée sont des productions indépendantes, ou moins tapageuses, particulièrement quand il s’agit de films. Parmi mes films récents préférés il y a Lake Mungo, It Follows, Morse, Sauna et Mister Badadook. Quant aux écrivains d’horreur, il faut lire Victor LaValle, John Langan, Laird Barron, Nadia Bulkin, Mariana Enriquez, Stephen Graham Jones et Livia Llewellyn.

         

        Sans révéler trop de détails, la fin de votre livre est vraiment perturbante. Quelques lecteurs ont avoué ne pas avoir beaucoup dormi après avoir fini Possession parce qu’ils y pensaient. Avez-vous un mot pour eux ? Peut-être pour les réconforter ?

        J’adore le fait que vous décriviez la fin de mon livre comme perturbante. Ça me plaît ! (Est-ce que c’est affreux ?) Ça semblera peut-être une confession bizarre, mais j’ai vraiment du mal à dire si ce que j’écris est effrayant ou non. Ce qui fait peur est aussi subjectif que l’humour, je pense. Donc j’essaie à la place de déstabiliser ou perturber le lecteur, de lui faire ressentir quelque chose émotionnellement. Le lecteur s’en souviendra beaucoup plus longtemps que d’un bref choc ou une frayeur.

        J’aimerais avoir quelques paroles réconfortantes. Hum. Qu’est-ce que vous dites de ceci : Merry et Marjorie vous passent le bonjour !

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