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Par Cherche midi, publié le 26/10/2020

Fabienne Legrand : « L'exercice ne m'a pas épuisée, je l'ai vécu comme un cadeau à mon fils »

Vaste témoignage émaillé de larmes et d’humour, Kourrage Antoine se lit d’une seule traite, en retenant son souffle, en communion totale avec l’émotion plurielle qui traverse l’auteure. Rencontre avec Fabienne Legrand, qui livre un premier récit biographique bouleversant.

Illustratrice et auteure d’albums de dessins d’humour (dont Un été au Cap Ferret, J’ai deux amours, mon sac et Paris ainsi que Absolument Fabuleuse, tous parus au cherche midi), Fabienne Legrand se jette corps et âme dans un journal de bord biographique. Kourrage Antoine revient sur le parcours de son fils, victime d’une méningite rare et hospitalisé du jour au lendemain. On y suit les réflexions – tantôt drôles tantôt révoltées – d’une mère face à la menace de la mort.


Vous proposez un récit extrêmement personnel ; à quel moment vous êtes-vous décidée à vous lancer ?

J’ai commencé à prendre des notes très précises au bout de 5 jours de réanimation. L’enchaînement chaotique des évènements, la faute médicale, les montées et dégringolades successives ont fait qu’il était capital que je consigne les faits, que l’issue soit positive ou non. Dans ces moments parfois très longs en salle d’attente, j’ai commencé à dessiner ce qui me faisait rire malgré tout, à noter des détails qui n’étaient pas de l’ordre médical mais du ressenti.

Quel a été le parcours du livre, notamment vis-à-vis du cherche midi, qui vous accompagne habituellement sur des albums ?

Une petite partie de mes écrits a servi à alimenter régulièrement la page Facebook « Kourrage Antoine » pour donner des nouvelles à nos proches, mais je n’y mettais que ce qui m’arrangeait, l’idée de rester positive et optimiste primant sur la réalité crue de notre quotidien. Ce n’est que plusieurs mois plus tard, quand il était sorti d’affaire, que j’ai promis à Antoine de lui mettre par écrit la totalité de l’aventure. Pom Bessot, mon éditrice, m’a proposé de m’accompagner dans ce projet. Je me demandais franchement pour qui je me prenais à prétendre publier un livre… J’ai douté jusqu’au bout mais Pom a tenu bon et m’a beaucoup encouragée.

Malgré le sujet très sérieux, vous insufflez beaucoup d’humour au texte. Comment trouver un équilibre et ne pas « sombrer » dans la douleur brute lors de l’écriture ?

Dans les pires situations, mon cerveau se met toujours dans un mode étrange destiné à me protéger de toute évidence, et alors je vois une partie de la réalité de manière absurde, caricaturale, et j’en ris. Tous les accidents ou drames de ma vie se sont déroulés ainsi. Je repense à cette scène terrifiante où je retrouve mon fils intubé : la vision de ces bas blancs de contention sur ses cuisses minuscules me fait alors pouffer de rire intérieurement. Ou celle où nous attendons la sortie du bloc opératoire d’Antoine et où je ris en voyant passer un cuisinier qui fait rouler un container de cantine, imaginant qu’on nous le ramène ainsi, en boîte de conserve. La situation est tout ce qu’il y a de plus dramatique, mais je ne vois que le ridicule, l’absurde de l’instant.

Y a-t-il des œuvres – qu’elles soient littéraires ou issues d’autres pratiques artistiques – que vous avez consultées, qui ont nourri votre travail sur Kourrage Antoine ?

Je me suis interdit d’essayer de me nourrir d’autres lectures tant je doutais de ma capacité à l’écrit. Le seul ouvrage qui m’a réconfortée une fois que tout avait été rédigé, c’est le livre d’Emmanuèle Bernheim, Tout s’est bien passé, que j’ai lu d’une traite. C’est Antoine qui me l’avait conseillé. Je me suis rendu compte que je n’avais pas du tout fait attention au style d’écriture du livre alors que je trouve celui-ci formidable ; je m’étais laissée emporter par l’histoire, le ressenti. J’ai alors accepté que je devais arrêter avec ce complexe du style littéraire, que l’histoire devait primer.

Quelle a été la réaction de vos proches à la lecture du livre ?

Il y a eu beaucoup d’émotion. Mes proches, membres de la famille et amis, mais aussi l’entourage plus large, m’ont poussée depuis le début dans cet exercice. Beaucoup m’ont dit qu’ils n’avaient pas réalisé que le parcours avait été si tortueux, la page Facebook masquant une bonne partie de la réalité. Lorsque je l’ai fermée, certains m’ont dit : « Tu nous abandonnes alors ? », et m’ont soufflé qu’il serait précieux de pouvoir se replonger dans cette histoire à travers un livre. Je suis heureuse de leur offrir aujourd’hui. Le personnel médical a également été touché par Kourrage Antoine et leurs messages m’ont émue aux larmes.

Quelles sont les leçons que vous tirez de ce projet qu’on imagine extrêmement épuisant, émotionnellement parlant ?

J’en tire une immense joie, celle de pouvoir enfin passer à autre chose, de libérer mon cerveau de cases remplies par trop d’informations. L’exercice ne m’a pas épuisée, bien au contraire, je l’ai vécu comme l’idée de faire un cadeau à Antoine, à mes autres enfants et mes proches. C’était aussi une façon de dire merci à quantité de personnes qui nous ont aidées. Ce qui m’a épuisée c’est le fait de combattre mon regard sur ma propre écriture, de l’accepter, et maintenant d’accepter que d’autres auront un regard dessus. Ça a été un exercice intéressant et très instructif sur l’orgueil, l’estime de soi…

Et pour la suite ?

Je souhaite me plonger dans la forme du roman graphique. Ce serait un bon compromis entre le dessin d’humour pur et le roman, mais avec un challenge personnel côté graphique pour sortir de mon style actuel très travaillé. L’idée d’une collaboration avec mon fils Antoine nous est venue pendant le confinement, une écriture à quatre mains…


Kourrage Antoine
Antoine, dix-sept ans, mon p'tit con, mon trouduc, mon bout d'moi, mon fils.
Cette nuit d'août 2014, mon p'tit couillon n'est pas frais.
Fièvre, vomissements, douleurs au thorax. Un diagnostic farfelu de gastro est posé par un clown aux urgences qui jure avoir fait médecine. On aurait envie de rire avec lui mais c'est la glissade vertigineuse dans le coma, la confusion, et l'alunissage miraculeux en réanimation. Le verdict tombe, méningite foudroyante d'un type improbable, W135, on aimerait que ça soit de la science-fiction mais le pronostic vital est engagé, c'est moche.
Dans ma tête, une phrase se met en boucle : « ça n'est pas possible ! ». Alors je fais ce que j'ai toujours fait quand j'ai peur, je ris, et parfois, les autres, autour rient avec moi. Dans la débandade, pendant qu'Antoine l'indestructible joue au yoyo entre la vie et la mort, on se mobilise. La guerre des nerfs s'installe. La résistance s'organise, une chaîne de solidarité se déploie dans l'amour et l'humour et, au travers des réseaux sociaux, l'espoir vient s'appeler « Kourrage Antoine ».

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