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Par Seghers, publié le 30/06/2021

Héloïse Guay de Bellissen dévoile son prochain roman

À l'occasion de la parution prochaine de Crions, c'est le jour du fracas aux éditions Seghers le 19 août, Héloïse Guay de Bellissen dévoile la genèse de son nouveau roman, inscrit dans le réel, ainsi que ses inspirations.

 

Qu’est-ce qui se trouve aux prémices de ce livre ? Racontez-nous la genèse de votre roman.

Un livre, ça part toujours d’un cri, et pour celui-ci tout particulièrement. Ce qui arrive au monde actuellement, cette privation de liberté, m’a poussée à chercher en moi à quel moment de ma vie j’avais été absolument libre… Je me suis raccrochée à ça, et ce « ça » c’était mon adolescence. En même temps, j’ai découvert que notre liberté d’alors se jouait au péril de notre propre avenir… Et je me suis rendu compte aussi que mon histoire faisait écho à une autre... C’est assez terrible qu’en France au XIXe siècle, il y ait eu une cinquantaine de bagnes pour enfants et qu’on en parle si peu. Je me suis souvenue qu’un des amis de ma bande d’adolescents, avait parlé de ces bagnes justement. Alors j’ai voulu comprendre qui ils étaient, et qui nous étions, eux et nous, à des époques différentes. Qu’est ce qui nous rassemblait ? Qu’est ce qui nous différenciait ?

 

Parlez-nous des recherches que vous avez entreprises dans la préparation de Crions, c’est le jour du fracas.

D’abord, j’ai sondé mes souvenirs et ceux de mes amis d’enfance. Quand je parlais avec eux de ce futur livre, nous passions des fous rires à un sentiment de tragédie assez facilement. Parce qu’il y avait quelque chose de radical dans les années 1990. Nous avons été adolescents dans un monde qui basculait totalement, et vers un progrès fou : les téléphones mobiles, internet, la télévision à outrance... Tout allait changer, mais nous étions encore entre l’ancien monde et le nouveau qui se pointait. C’était une époque floue, et c’est d’ailleurs pour ça que des mouvements musicaux comme le grunge ou la fusion sont apparus, avec des chansons dont les textes hurlaient des choses engagées et très poétiques. Ces années-là, c’était comme si une vague menaçait de nous engloutir… mais elle ne le faisait jamais vraiment. 

D’autre part, j’ai raconté l’histoire d’une troupe d’adolescents qui étaient comme notre miroir, des enfants bagnards qui avaient vécu sur une île située à quelques kilomètres seulement de notre collège. Cette île, c’est l’île du Levant, où, en 1866, une poignée d’entre eux se sont insurgés. Ces gamins-là, mal nés et exploités, sont des sortes d’oubliés de l’Histoire. Mais parce qu’ils se sont révoltés, il restait une trace judiciaire que j’ai pu retrouver aux archives départementales de Draguignan. Le procès, leurs dépositions, les témoignages sur la vie à la colonie. C’est comme ça que j’ai eu la chance de les rencontrer.

 

Dans votre roman, nous suivons les enfants du pénitencier pour mineurs sur l’île du Levant en 1866 et un groupe d’adolescents dont vous faisiez partie dans les années 1990. Qu’avez-vous retrouvé de vous dans l’histoire du pénitencier pour mineurs ?

Dans le livre, j’écris qu’un de mes amis qui avait entendu parler de ce bagne nous avait balancé, à notre troupe d’amis : « Les gamins de l’île du levant, c’est nous ! » Nous étions des adolescents à ce moment-là, mais j’ai toujours voulu comprendre ce qu’il avait sous-entendu. Aujourd’hui, j’ai compris, et c’est là toute la force de la littérature, quand elle te permet de comprendre quelque chose de toi qui est quelque chose du monde. Ces petits bagnards sont comme des ancêtres à qui on doit le respect et qu’on doit écouter si on tend bien l’oreille.  Dans tous les bagnes de l’époque, il y a eu des révoltes, des évasions massives, et nous cent trente ans plus tard, nous étions comme eux, au même âge. Notre besoin de liberté était incommensurable, jusqu’à nous pousser à exploser nos vies futures, et même malheureusement parfois celles des autres.

 

Dans le contexte actuel des révoltes culturelles, sociales, raciales et sanitaires, que pensez-vous de la jeunesse d’aujourd’hui ? Quels échos peut-on trouver avec les jeunesses présentes dans votre roman ?

Quand j’étais adolescente, mes amis et moi nous donnions tout à la liberté : notre corps, notre âme, nos mots, coûte que coûte, quitte à gâcher nos vies. Nous voulions fuir notre condition et ce monde qui voulait faire de nous des adultes formatés. Et ces gamins prisonniers étaient comme nous. Finalement, aujourd’hui, nous en sommes encore là, la jeunesse doit accepter un emprisonnement forcé, mais aussi se plier à une conformité. Comment peut-elle s’exprimer, se déployer dans cette crise ? Peut-on construire une destinée quand on ne se sent pas libre ? Ce sont de vastes questions. Moi, je dirais qu’elle va devoir se révolter et « arracher avec ses dents son petit lambeau de bonheur », comme Antigone.

 

En tant qu’autrice, comment réussir à retranscrire et raconter l’histoire – la vraie, la vôtre et celle des autres ? Pourquoi est-ce si important dans votre métier d’écrivaine ?

Même si le récit est romancé j’essaie que ce soit toujours un mélange réel-fictionnel. C’est comme un tissage, mais j’avoue que ce n’est pas simple au départ, parce que lorsqu’on veut rester dans le vrai, comme j’ai toujours cherché à le faire à chaque roman, on se doit une honnêteté intellectuelle, à soi et aux autres. C’est important, parce que le travail de l’écrivain, c’est de transmettre un sentiment juste, pour que le lecteur sorte de sa lecture un peu amoché, retourné, pensif, et qu’il croie à ce qu’il vient de vivre à travers le livre. On se doit d’être vrai dans ce qu’on écrit.

 

Quels sont vos projets futurs ?

 J’ai une idée mais je la garde pour mon éditeur et moi pour le moment…

 

Pour terminer, Crions, c’est le jour du fracas est le premier titre des éditions Seghers depuis leur indépendance retrouvée et la relance de la maison historique, avec une nouvelle charte graphique notamment. Que signifie pour vous de rejoindre cette maison ?

Quand on pense aux Editions Seghers, on pense Eluard ou Aragon, donc à la poésie, et à Pierre Seghers qui était un poète lui aussi et un résistant littéraire pendant la seconde guerre mondiale. C’est une maison d’édition prestigieuse et magnifique, et cette nouvelle charte graphique rend tellement bien hommage à l’héritage de Pierre Seghers, avec une touche de modernité… Alors avoir le privilège d’être la première de la résurrection de cette belle maison, que dire ? Crions, c’est le jour de la joie !

Seghers

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