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Par Fleuve éditions, publié le 20/12/2021

Interview Claire Renaud

Après L’Ange et le violoncelle, Claire Renaud publie chez Fleuve Éditions La Valse des petits pas, en janvier 2022. Elle revient en quelques mots sur les thèmes principaux de ce nouveau roman, comme l’émancipation féminine, et l’amour dans tous ses états.

Dans votre roman, vous décrivez des couples très différents, et une fois le livre refermé on a à la fois l’impression d’avoir lu plusieurs histoires différentes, mais d’une certaine façon, d’avoir lu les évolutions d’une sorte de couple universel. Était-ce votre intention ?

Oui, je voulais décrire différents couples à différents stades de leur histoire d’amour, de la rencontre à la rupture, et même à la disparition d’un des membres du couple. En passant par l’incompréhension, la tromperie, l’habitude, la lassitude, l’annonce d’un enfant, le quotidien, le sexe, bref, tout ce qui fait et défait une histoire d’amour. C’est une sorte de tableau de l’amour dans tous ses états, ou de récit choral sur l’état amoureux, ses pauvretés et ses richesses.

 

Votre roman est construit comme une danse presque concentrique entre les couples du restaurant et le couple central des serveurs. Comment vous est venue l’idée de cette construction et comment êtes-vous parvenue à éviter l’écueil de la juxtaposition d’histoires particulières pour tout lier ?

L’idée est venue de la lecture de La Ronde de Schnitzler où l’auteur prend pour chaque scène deux personnages et à la scène suivante, il en garde un et en introduit un nouveau. Pour finir sur le personnage initial. Il y a dans ce dispositif une circularité qui m’intéressait. Et qui est bien à l’œuvre dans une histoire d’amour. Dans toute relation, il y a des étapes, des sortes de passages obligés, des topoï, des lieux communs : la rencontre, la première fois, la première dispute… Et qui recommence quand un amour prend fin et qu’un autre lui succède (même si au moment de la rupture, on souffre incommensurablement et on jure de ne pas recommencer). Et c’est d’ailleurs ce qui blesse les amoureux naissants : ils voudraient inventer de nouveaux gestes, de nouveaux mots, pour inaugurer leur amour et en dire l’unicité, le miraculeux. Mais ils sont obligés de se servir de gestes et de mots déjà utilisés, voire usés. Nous tournoyons dans une valse permanente des sentiments.

Pour ce qui est d’éviter la juxtaposition de saynètes indépendantes, le couple du barman et de la serveuse, qu’on retrouve entre chaque chapitre/couple, m’a aidé à établir du liant, de la colle même, et à bâtir l’intrigue. Par ailleurs, les tables et ce qui s’y passe influent sur les autres tables, c’est-à-dire que personne n’est sur une île à faire face à l’autre et à vivre son moment. Des regards sont échangés entre tables, des événements sont interprétés, des choses sont fantasmées, ce qui fait que tout influe sur tout, et que le départ de la femme au début pose question à la mère de famille installée, que le couple qui se dévore des yeux interroge le désir d’un couple plus tranquille, que la solitude du veuf sert de repoussoir ou d’attraction aux couples qui se déchirent. Les projections et les interactions entre les tables servent donc également de liant. Chacun est acteur et spectateur dans cette valse.

 

Il y a la scène marquante de cette femme qui se lève et décide de refuser ce qui lui est imposé, le poids de la domination par les habitudes, mais plus largement votre roman porte un parfum d’émancipation, de force féminine dans le couple. C’est notamment le cas de la serveuse qui mène la danse et inverse le rapport classique de la séduction. On sent que ce thème est extrêmement important pour vous.

Alors effectivement, les femmes ont un rôle important dans ce texte, elles sont des personnages à part entière, elles ne se contentent pas de suivre ou de subir leur histoire, elles la prennent en main, elles réinventent l’amour (cf. ce très bel essai récent de Mona Chollet). Je pense que l’image de la femme qui se lève et s’en va au début, en plus d’être un clin d’œil, ou plutôt un hommage à Adèle Haenel aux Césars et à son « On se lève et on se casse ! », donne un peu le ton de tout le roman : il y a des choses que les femmes ne sont plus prêtes à accepter, des rapports de domination qu’il convient d’abolir, des initiatives qui peuvent être prises, des schémas qui peuvent être transgressés, inversés, déconstruits (dans le cas du premier pas et de la séduction, notamment). Et pourtant, la route est encore longue, et cette femme au début vacille et tremble : il n’est pas si facile de « réinventer » les choses et de se lancer dans l’inconnu.

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