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            Par Lisez, publié le 07/12/2018
            Isabelle Desesquelles : "Je n'ai jamais douté que l'on pouvait tout écrire"

            Isabelle Desesquelles vient de remporter le Prix Femina des lycéens pour Je voudrais que la nuit me prenne (Belfond), un roman intimiste et bouleversant. Rencontre avec une magicienne des mots.

            C’est un livre qui évoque des sujets difficiles mais qui le fait avec légèreté et poésie. C’est l’histoire de Clémence, une fillette de huit ans qui grandit auprès d’une mère fantaisiste et d’un père qui lui apprend à regarder le monde autrement. Mais bientôt le bonheur et l’innocence sont mis en péril. Raconté par une petite fille mais prenant le point de vue d’une adulte, Je voudrais que la nuit me prenne, dernier roman d’Isabelle Desesquelles, a conquis le jury du 3e Prix Femina des lycéens. Une récompense qui a touché au cœur l’autrice.


            Vous venez de remporter le Prix Femina des lycéens. Comment vous sentez-vous ?

            Je ressens une grande joie et un trouble en fait. Les deux sont mélangés. Il y a la joie d’être là où je désirais être depuis que j’ai 8 ans, c'est-à-dire l’âge de Clémence, l’héroïne de mon livre. Et puis il y a le trouble d’y être arrivée. C’est un trouble très heureux. Paul Valéry a dit des mots qui sont pour moi une sorte de mantra : "Tenir ses rêves éveillé". J’ai l’impression de tenir mon rêve éveillée depuis l’annonce de ce prix.

            Avoir été couronnée par un jury de lycéens a-t-il une résonnance particulière pour vous ?

            Oui, une résonnance immense. C’est une fierté particulière parce que ce sont de jeunes gens de 17 ans et pour moi c’est l’âge où l’on ne triche pas. Recevoir un prix de la part de personnes dont on sait qu’elles ont été touchées uniquement par le livre et ce qu’il a suscité en elles est pour moi une immense satisfaction. Et puis 17 ans c’est l’âge de tous les possibles et ça donne toute la valeur à ce prix. Ils ont primé un livre dont le sujet n’est pas gagné mais qui me ressemble. Je ne peux pas ne pas écrire sur ce qui est essentiel. Et eux me donnent cette magnifique réponse qui me montre qu’il ne faut jamais hésiter ou céder à ce qui ne nous est pas essentiel. Ce qui m’est essentiel depuis que j’écris c’est de laisser une empreinte chez ceux qui me lisent et c’est ce qui prévaut sur tout le reste. Aujourd’hui, ce sont eux, ces jeunes gens, qui ont laissé sur moi une empreinte qui sera là tout le temps.

            Et puis il y a cet espoir que donne un prix pour la libraire que j’ai été pendant 15 ans. Je sais le pouvoir du bandeau rouge. Parfois, je pouvais le regretter. Tous les libraires vous le diront : le livre il est là, il n’a pas de bandeau. Puis le prix est annoncé, des personnes viennent pour l’acheter dans les heures qui suivent, le bandeau n’est pas encore arrivé chez le libraire et les gens ne veulent le livre qu’avec le bandeau. C’est très troublant. Donc pour moi ce prix c’est quelque chose qui ne s’achète pas.

            Dans vos romans, vous vous intéressez aux relations familiales, à leur complexité, à leurs origines mais aussi au deuil. Qu’est-ce qui vous captive particulièrement dans ces sujets-là ?

            Ce qui m’intéresse c’est ce que l’on appelle la mémoire archaïque, c'est-à-dire la mémoire qui précède chaque être humain. Ce n’est pas celle que déposent en nous nos parents ou l’éducation qu’ils nous donnent. La mémoire archaïque c’est celle qui continue d’irriguer tous ceux qui nous ont précédé depuis des générations et des générations. Ça me fascine que l’on soit le fruit de cela. Et puis ça porte un nombre de mystères, de tabous, de non-dits et de secrets assez fou. Fouiller ces secrets-là, pour l’auteure que je suis, éprise de fiction, c’est un pouvoir magnifique. Tous mes livres ont en commun de s’intéresser à cet instant très précis où une personne va prendre conscience de ce qui l’a précédé. Et en général ce qui naît de cela c’est la perte de l’innocence. Moi ce que j’aime c’est saisir cela. Non pas de le raconter mais de le faire ressentir.

            Les critiques et les lycéens qui vous ont remis le prix ont salué votre façon de raconter une histoire par les yeux d’une petite fille mais en prenant le point de vue d’une adulte. Comment avez-vous mêlé l’innocence à la maturité ?

            Quand j’ai commencé à écrire ce livre, j’entendais dans ma tête la voix de cette petite fille qui n’est plus une enfant. Elle était là, elle m’abritait et je l’abritais depuis longtemps. D’une certaine façon elle me réclamait de l’écrire. Je dirais qu’il y avait une évidence, c’est que j’allais écrire l’enfance au bord du précipice. Je voulais aller le plus loin possible jusqu’au bord de ce précipice. Mais pour moi, ce précipice ce n’est pas un vide, ce sont des ailes. Grâce à elles, Clémence voit, comprend, vit. Avec ce prix, ce que me renvoient ces lycéens c’est quelque chose d’éminemment littéraire. Car c’était un parti pris que de trouver la voix d’une petite fille de 8 ans qui n’est pas celle d’une enfant. Que le lecteur me suive là-dedans sans jamais douter que cette voix est juste c’est toute la beauté de la littérature. C’est mon dixième livre pour adultes et en fait je n’ai jamais douté que l’on pouvait tout dire, tout écrire si on est du côté du littéraire.

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