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Par Cherche midi, publié le 08/10/2020

Jean-Christophe Berthain : "La ZOF en 1945 est un exemple-type de période passionnante et injustement méconnue"

Dans ce premier roman très documenté, Jean-Christophe Berthain explore l’Allemagne post-défaite de 1945 avec un héros attachant, qui dit bien les vives blessures amenées par le conflit mondial. Nourri de dialogues aux atours cinématographiques, ZOF 1945 propose une passionnante plongée historique dans une période occultée.

Septembre 1945. Après huit ans de bons et loyaux services à Londres, René Valenton, officier du Renseignement, est affecté dans la Zone d’Occupation Française en Allemagne (ZOF), dont la capitale est Baden-Baden. Les Français occupent désormais un pays dont ils viennent de subir le joug. Valenton vit ainsi le quotidien de l’Allemagne "année zéro". Violence, combines et trafics, traque ou recyclage de nazis, jeux politiques et règlements de comptes, survie et amours interdites, conflits entre Alliés et prémisses de la Guerre froide : la ZOF est une étrange planète. Rencontre avec l'auteur Jean-Christophe Berthain.


Quels sont les prémices de cet ouvrage ? Qu’est-ce qui, dans cette période très particulière de l’immédiate après-guerre, vous intéressait ?

L’un de mes grands-parents était officier supérieur en poste dans la ZOF de 1945 à 1949. Il m’a raconté son expérience et m’a confié ses documents d’époque (textes, photos, etc.) lorsque j’étais encore jeune ; j’ai trouvé ça captivant. Son jugement était mitigé : selon lui, la ZOF était un "mal nécessaire" (punir puis sécuriser) et, dans le même temps, une expérience passionnante bien qu’heurtée. C’était un militaire gaulliste qui croyait en une Europe pacifiée. Toutefois, il avait des Allemands une vision assez pessimiste, compte tenu des drames familiaux causés par ces derniers. Enfin, il n’était pas dupe du jeu trouble de nos alliés anglo-américains et de nos futurs adversaires soviétiques.

Par ailleurs, le seul ouvrage intéressant consacré à la ZOF est déjà ancien : il est signé de Marc Hillel et date de 1984 ; c’est un document qui m’a également aidé dans l’écriture. Enfin, les périodes d’immédiate après-guerre sont rarement évoquées alors qu’elles préfigurent les conditions dans lesquelles l’avenir se bâtit après le chaos. En ce sens, la ZOF à l’hiver 1945 est un exemple-type de ces périodes passionnantes et injustement méconnues.


ZOF 1945 est richement documenté et a sans nul doute fait l’objet de longues recherches de votre part. Pourquoi vous être tourné vers la fiction ?

Oui, les recherches documentaires furent longues et variées, mais toujours passionnantes. Outre les archives de ma famille, l’accès à des publications d’époque ou à des travaux ultérieurs fut capital. Enfin, il était utile de me rendre sur place pour "sentir" l’ambiance, les lieux, les territoires, les caractères, même longtemps après la période évoquée dans le roman. J’ai donc fait plusieurs périples en Allemagne du sud-ouest. La fiction autorise une exploration des faits à hauteur d’homme et sans les contraintes trop fastidieuses et rébarbatives (tant pour l’auteur que pour le lecteur) du travail d’historien à proprement parler.


Comment avez-vous approché l’écriture du personnage principal – avec notamment une narration à la première personne assez surprenante – et l’introduction de figures ayant réellement existées ?

J’aimais l’idée de "convoquer" dans une même histoire des personnages de fiction (Valenton, Metzer…) et des personnalités réelles (Edgar Morin, Pierre Bourdan…). Cela donnait de la chair au texte et évitait un récit trop linéaire et factuel. Cela permettait aussi d’évoquer plus facilement des ressentis et des opinions d’époque que le seul travail d’historien n’aurait su traduire.


Le roman comporte beaucoup de dialogues et un certain sens de l’humour qui lui confèrent quelque chose de très vif et vivant, même si on fait un saut de 60 ans en arrière. Comment avez-vous travaillé les interactions orales entre les personnages ?

J’ai modestement tenté de me projeter dans cette époque en imaginant comment moi ou d’autres auraient réagi, et ce en tenant bien compte de l’esprit d’alors, tant allemand que français. Les documents étudiés m’y ont aidé. L’écriture, plutôt visuelle, m’autorisait donc à scénariser ces situations entre des personnages qui représentent un prisme assez large des opinons d’alors (entre pardon et vengeance, entre arrogance et soumission, entre duplicité et sincérité). C’était une façon « d’éditorialiser » les situations et de les rendre plus attractives pour le lecteur, selon moi.


Envisagez-vous de poursuivre l’écriture en empruntant à des périodes historiques ?

Je ne serais pas opposé à écrire la suite de ZOF 1945 car, dès début 1946, la ZOF connaît de profonds bouleversements historiques, politiques, militaires, diplomatiques, économiques et quotidiens qui en font, je crois, une mine inépuisable de situations palpitantes. On y apprendrait encore beaucoup de choses peu connues. Certains des personnages pourraient survivre à cette suite, d’autres disparaître, quelques nouveaux arriver, toujours en conjuguant fiction et réalité, au plus près des faits et de l’histoire.


ZOF 1945
Septembre 1945. René Valenton, officier du Renseignement, quitte Londres après huit ans de bons et loyaux services pour être affecté dans la Zone d’Occupation Française en Allemagne (ZOF, capitale Baden-Baden). Il assiste à l’étonnant retournement qui voit les Français occuper un pays dont ils viennent de subir le joug. Une Allemagne dévastée jouxte une France exsangue. Pour les Allemands, c’est un amer destin de servir un maître qui a faim. Pour les Français, c’est tantôt une parenthèse enchantée, tantôt un panier de crabes. Valenton vit le quotidien de l’Allemagne « année zéro » : certains se vengent des Boches, d’autres se vengent de la vie. Tous découvrent que l’après-guerre, ce n’est pas la paix retrouvée. Violence, combines et trafics, traque ou recyclage de nazis, jeux politiciens et règlements de comptes, survie et amours interdites, conflits entre Alliés et prémisses de la Guerre froide : la ZOF est une étrange planète. Valenton y croise des salauds et des gens formidables, parmi lesquels Edgar Morin.

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