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Par Plon, publié le 21/02/2018

"L'Académie des âmes abîmées" : Thierry Cohen répare les adolescents tourmentés

Dans L’Académie des âmes abîmées, Thierry Cohen imagine une école secrète qui s’est donné une mission délicate mais nécessaire : aider les adolescents démolis par la vie à se reconstruire. L’auteur se confie sur ce nouveau roman aussi sensible que dans l’air du temps.

Dans L’Académie des âmes abîmées, Thierry Cohen imagine une école secrète qui s’est donné une mission délicate mais nécessaire : aider les adolescents démolis par la vie à se reconstruire. L’auteur se confie sur ce nouveau roman aussi sensible que dans l’air du temps.

À l’Académie des âmes abîmées, des jeunes blessés par la vie sont réunis pour réapprendre à vivre et reprendre confiance en eux selon une pédagogie très particulière. Comment est née l’idée de cet étrange lieu, de ce livre même ? Quel message avez-vous eu envie de transmettre ?

L’idée de cette Académie est née de mon expérience de père. Face à mes enfants, j’ai pu constater à quel point les connaissances transmises par l’école ne les préparaient pas à affronter les difficultés de la vie. Or, l’école est parfois le lieu où l’on doit faire face aux premières déviances : les tensions sociales, les bagarres, les injures… J’ai donc tenté de leur transmettre ce que j’avais appris, l’expérience et les compétences acquises face aux épreuves, les stratégies pour se défendre moralement et physiquement contre les agressions… Et j’ai imaginé une école où l’on enseignerait tout cela à des jeunes victimes de la cruauté humaine, où on leur réapprendrait à vivre, à évoluer en société, à survivre parmi les prédateurs.

Cette Académie est un modèle idéal. On y enseigne certes les matières classiques mais également d’autres plus particulières et pourtant essentielles : l’analyse comportementale, l’expression orale, les nouvelles technologies, les techniques de manipulation mentale, etc. Et ce, afin que les élèves sachent se défendre et se mouvoir sans crainte dans la société. Mais elle n’est pas qu’une école, elle est également une confrérie dont ceux qui en sortent aident ceux qui arrivent, victimes de viols, de harcèlement, de la cruauté d’autres jeunes ou de parents indignes. C’est donc aussi un projet social fondé sur la solidarité, l’empathie, mais exempt de naïveté. L’un des principes fondamentaux de l’établissement est : "Nous restons lucides sur le monde qui nous entoure, enthousiastes quant à ses qualités, magnanimes envers ses défauts, intransigeants face à ses dérives." Les fondateurs et les membres de l’Académie se veulent idéalistes mais surtout pas utopistes.

Vous avez déjà publié plusieurs romans avec succès, dont J’aurais préféré vivre, Si tu existes ailleurs, Je n’étais qu’un fou. Cette fois, avec L’Académie des Âmes Abîmées, vous vous adressez à votre public de fidèles lecteurs mais aussi à des lecteurs plus jeunes. Pourquoi ?

Parce que je souhaitais écrire une histoire que mes fils pourraient lire. Comme tous les jeunes, ils passent plus de temps sur leurs écrans qu’avec des livres entre les mains. Les histoires qui leur plaisent sont celles qui se passent dans des mondes imaginaires, voire idéaux, celles où l’aventure les surprend et où les sentiments forts dominent. Je désirais donc aller vers eux, les séduire, les intéresser et leur faire découvrir le bonheur de passer des heures le nez plongé dans un roman.

Entre tous vos livres, il existe des points communs. Lesquels ?

Je crois qu’il s’agit de la transmission, du partage. Mes personnages sont souvent désabusés car victimes de la société, de ses vicissitudes, de la solitude, de la perte de repères. Et quelque chose survient, les bouleverse, une nouvelle chance leur est offerte de donner du sens à leur existence. En fait, donner du sens à sa vie est sans doute ce que recherchent tous mes personnages.

Pensez-vous que la quête du sens soit le principal enjeu pour l’être humain ?

Oui, et les jeunes générations nous donnent une leçon en la matière. Nous avons longtemps cru que la réussite professionnelle était l’objectif suprême, que l’entreprise était le passage obligé pour accéder à l’épanouissement. Beaucoup ont tout sacrifié pour satisfaire leurs ambitions. Mais entre-temps, les relations entre les hommes se sont délitées et l’intérêt s’est mis à dominer les relations. On nous montrait des modèles de réussite, et nous voulions leur ressembler, gagner de l’argent, avoir plus de pouvoir. Progressivement, nous avons réalisé que cette course était vaine. Nous sommes arrivés au terme d’un cycle. Nous voyons bien que le modèle ne tient pas, les dirigeants se sont fourvoyés, la Terre n’en peut plus d’être maltraitée. Or les jeunes, plus lucides, plus responsables, nous proposent de nouveaux modèles. Ils aspirent à un monde meilleur et s’engagent dans différents combats. Ils ont compris qu’on ne bâtit pas sa vie sur les ruines de celle des autres mais en aidant ceux-ci à se construire. Voici l’esprit de l’Académie.

Qu’aimeriez-vous que l’on dise après avoir lu ce roman ?

J’aimerais que mes lecteurs s’échappent un temps de leur routine, de leurs soucis, qu’ils poussent les portes de l’Académie et fassent connaissance avec Lana, Dimitri, Romane, Lia, les aiment, participent à leurs cours, apprennent en même temps qu’eux, vibrent à leurs aventures et referment le roman, un sourire heureux aux lèvres. Et l’espoir qu’un monde solidaire puisse exister.

Une Académie comme celle du roman pourrait-elle exister ?

Pourquoi pas ? Il suffit de quelques fous, parfois, pour mettre en oeuvre les idées les plus originales. Elle devrait exister, en fait ! Aujourd’hui, les jeunes, lorsqu’ils sont victimes des déviances de la société, ont peu de possibilités d’en sortir. À part quelques rares associations, souvent dépassées par l’ampleur de la tâche, personne n’est là pour les accueillir, les aider à reprendre pied. Or, à les voir dériver sans agir, on court le risque qu’ils soient séduits par les vendeurs d’illusions, les exploiteurs de la faiblesse humaine. Ce sont d’ailleurs eux que mes héros combattent dans ce roman. Parce qu’à un idéal trompeur, les fondateurs de l’Académie opposent des valeurs vraies.

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L'Académie des âmes abîmées

J'aurais préféré vivre

Plon