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Par Fleuve éditions, publié le 18/05/2022

« Le pire est peut-être à venir. » Stéphane Marchand

À l’occasion de la publication chez Fleuve Éditions de son nouveau roman, Jusqu’en enfer, un thriller aussi puissant que réaliste et pointu, Stéphane Marchand répond à nos questions.

Jusqu'en enfer : Roman d'espionnage - Nouveauté 2022
Après Face Mort, retrouvez Maxime Barelli et entrez dans un monde où la haine se cultive en laboratoire !

Dans une planque djihadiste en Syrie, Maxime Barelli, capitaine au sein des forces spéciales, découvre une drogue inconnue, la drogue de la sauvagerie. À Paris, le lieutenant Yann Braque enquête sur la mort d’une femme dont le crâne a littéralement implosé alors qu’elle se livrait à un jeu sexuel en ligne. À des milliers de kilomètres de là, dans une forêt africaine, une section de paras est anéantie.
Des événements que rien ne semble relier. Du moins en apparence… Car cette violence sans précédent qui déferle sur le monde a peut-être une seule et même origine. Et si, à force d’aller toujours plus loin, la science finissait par fabriquer la haine et semer la mort ?

Votre roman est porté par des personnages très forts, et notamment par Maxime Barelli, cette femme capitaine des forces spéciales que la vie n’a pas épargnée. Pourriez-vous nous parler un peu d’elle, de ce qu’elle incarne pour vous ?

Au fond, je ne sais pas exactement qui est Maxime, mon personnage, et surtout où j’ai été la chercher. Ce dont je suis sûr, en revanche, c’est qu’elle est au carrefour de plusieurs lignes importantes pour moi. On m’a souvent demandé si elle était une sorte de Lara Croft ou une Nikita, mais Maxime est très différente. D’abord, elle est militaire, officier, comme je le fus brièvement quand j’avais 20 ans. Elle vit et elle incarne une aventure nécessaire et brutale. Elle est animée par un fort sentiment patriotique. Elle se fait une image très originale de la guerre. Pour elle, celle-ci commence dans le cerveau, c’est pourquoi Maxime est devenue une spécialiste reconnue de la psychologie djihadiste. Cela reflète bien sûr sa propre fragilité psychique, liée à sa jeunesse, aux fautes qu’elle s’attribue et qu’elle veut expier, mais aussi à la nature de son travail : elle pourchasse les ennemis de la France, et la violence a fini par déteindre sur elle. Son visage anguleux et son regard en portent les traces. La vie « normale » lui pèse. Elle est assez solitaire parce que partager tout ça n’est pas simple. Maxime n’est pas une bavarde. C’est un leader, elle est une sorte de paratonnerre qui absorbe la violence du monde et en protège les autres. Finalement, c’est une femme assez pure, engloutie dans un torrent de guerre et de terreur, et qui accepte de pactiser avec l’horreur pour combattre les ennemis qu’on lui désigne.

Jusqu’en enfer est un thriller qui s’inspire de la réalité, de la course au progrès que l’homme mène depuis longtemps maintenant, de manière effrénée et parfois peu lucide. Vous vous servez de la fiction pour pousser l’exercice un peu plus loin, pour nous inviter dans un monde où la science a dérapé vers le pire. Pourquoi ce sujet ?

Ultra-connectés, nous avons souvent le sentiment de perdre le contrôle à cause des instruments du monde numérique, et en particulier des réseaux sociaux qui nous bercent dans nos préjugés. Mais ce monde inquiétant où tout se fragmente est-il le pire ? Bien sûr que non. Le pire est peut-être à venir. Pour l’instant, ce sont nos ordinateurs et nos téléphones qui sont en ligne et reçoivent des mises à jour. Imaginez qu’on en fasse autant avec nos organes. Nos cœurs, nos sexes, nos cerveaux. Et qu’ils soient modifiables à distance. En fait, inutile d’imaginer, car c’est déjà vrai.

Certaines maladies neurologiques sont soignées avec des électrodes connectées implantées dans le cerveau. Or, qui peut garantir la sécurité d’un tel système ? Qui peut le protéger des hackers ? Et si des groupes terroristes le manipulaient ? Vous l’aurez compris, Jusqu’en enfer est loin d’être un livre de science-fiction. Il anticipe simplement un peu l’histoire qui vient et téléporte ces techniques dans la sphère djihadiste pour montrer à quoi un pays comme la France devrait faire face si celles-ci devenaient disponibles à tous. J’ai moi-même une formation d’ingénieur, je suis fasciné par les technologies, par le bien ou le mal qu’elles peuvent faire. Grâce à ce roman, je veux inquiéter pour alerter.

Dans vos livres, il y a toujours une dimension très internationale, et celui-ci n’échappe pas à la règle puisqu’il nous conduit de la France à la Norvège, en passant par la Syrie ou encore la République centrafricaine. Est-ce important, pour vous, de construire une intrigue qui dépasse les frontières ?

Dans ma carrière de journaliste, j’ai été basé au Moyen-Orient et aux États-Unis. J’ai toujours beaucoup voyagé sur les cinq continents. Selon moi, il n’existe aucun autre moyen de comprendre à quel point les positions et les idées des autres sont différentes des nôtres, et pourquoi. De ce fait, j’ai le sentiment d’étouffer au contact des réalités purement franco-françaises.

Ma vocation de journaliste est née quand je lisais les reportages sur la guerre du Viêtnam, puis sur celle qu’a connue le Liban pendant les années 1970. Ma vocation d’écrivain, elle, est née en lisant Rimbaud, Kessel, puis Robert Littell, Tom Clancy, Robert Ludlum et les grands auteurs de thrillers géopolitiques. En combinant ces deux domaines, je peux aujourd’hui placer mes personnages dans des situations crédibles. Et je m’appuie beaucoup sur les décors, qui sont des personnages en tant que tels, évocateurs d’aventure ou de danger. En plus, il y a chez moi une certaine forme de patriotisme à vouloir prêter à la France un rôle international important. Sans compter que, loin de ses bases, seule face au danger, Maxime est encore plus impressionnante.

Bien qu’ils se lisent de manière totalement indépendante, Jusqu’en enfer est l’occasion, pour vos lecteurs, de renouer avec un univers qu’ils avaient pu découvrir dans Face Mort (Fleuve éditions, octobre 2020). Est-ce que ce sera à nouveau le cas avec votre prochain polar ?

Oui, l’univers est le même : le monde, ses atrocités et le combat d’une femme française pour défendre son pays. J’ai vraiment envie de suivre Maxime sur le long terme. Elle correspond bien à mes mythes d’écrivain. J’envisage aussi de maintenir à ses côtés le policier Yann Braque et peut-être quelques agents de la DGSE. Mais, finalement, seule Maxime est certaine de rester. Elle est un peu la vigie qui tient bon dans les tourmentes qui s’annoncent. En revanche, je bouge beaucoup : Face Mort se déroulait en Libye, Jusqu’en enfer en Syrie et au Congo, mon prochain roman commencera au Pakistan et en Ukraine pour m’emmener jusqu’à Pékin. Dans le fond, il ne s’agit pourtant que de suivre la dislocation du monde en compagnie d’un personnage récurrent qui est exceptionnel et que nous connaissons malgré tout intimement.

Fleuve éditions
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