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Par Presses de la Cité, publié le 14/01/2020

Leni Zumas : qui est l'autrice féministe derrière "La Couleur du trois" ?

Après le très remarqué Les Heures rouges, dystopie sur le droit à l’avortement aux États-Unis, Leni Zumas revient aux Presses de la Cité avec La Couleur du trois. Un roman troublant qui l’impose définitivement comme une grande romancière américaine.

"N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant." Lorsque Leni Zumas a commencé à écrire Les Heures rouges, c’est à se demander si elle n’avait pas cette mise en garde formulée par Simone de Beauvoir dans Le Deuxième Sexe dans un coin de sa tête, tant la phrase – et son roman - résonnent aujourd’hui comme une prémonition.

Une romancière féministe et engagée

Publié en 2018 aux États-Unis et en France aux Presses de la Cité, Les Heures rouges a fait l’effet, au moment de sa sortie, d’une déflagration. Leni Zumas y imagine le destin de cinq femmes dans une Amérique où le droit à l’avortement a été totalement banni et l’adoption réservée aux couples hétérosexuels. Un roman "dans le sillage de La Servante écarlate de Margaret Atwood", écrivait Libération au moment de sa parution, "si réaliste et si plausible", que le Figaro Littéraire se questionnait alors : "de quoi donc sera faite l'Amérique de demain ?".

"Le roman n’est pas une dystopie. C’est une paratopie, c’est-à-dire, une réalité parallèle qui pourrait se produire très prochainement", prévenait Leni Zumas dans une interview accordée à Cheek Magazine. L’avortement est autorisé aux États-Unis. Mais on le tue à petit feu, décision politique après décision politique."

Alors qu’outre-Atlantique, de nombreux États ont fait voter sous la présidence de Trump des lois restreignant le droit des femmes à disposer librement de leur corps, Leni Zumas a voulu faire de cette fiction "un moyen de dévoiler le fonctionnement du système patriarcal". Elle se revendique d’ailleurs fièrement comme une autrice féministe. "C’est une lentille à travers laquelle je vois le monde", explique-t-elle dans la newsletter Les Glorieuses. "Ça permet de le voir avec une conscience aiguë de la manière dont le patriarcat fonctionne, et des intersections avec les autres formes d’oppression. Une fois qu’on a ressenti cela, il n’y a pas de retour en arrière."

Un grand roman sur les traumas du passé

Si Leni Zumas est si engagée en faveur des droits des femmes, cela tient à l’environnement dans lequel elle a baigné dès l’enfance. Née en 1972 d’une mère écrivaine, elle a grandi à Washington D.C., "un endroit où l’on ne peut que s’éveiller à tout ce qui se passe dans le monde". Entourée de livres, elle a été profondément marquée par l’histoire de son père, dont le frère a été tué d’une balle perdue. "Ils étaient tous les deux dans la chambre. La balle est tombée sur lui et l’a tué. Mon père est devenu le survivant, celui qui s’en veut."

Ce traumatisme est le cœur de La Couleur du trois, son roman publié le 16 janvier aux Presses de la Cité. Hypnotique et troublant, il suit la trajectoire de Quinn, trentenaire sans attache, pour qui la musique et la scène ont longtemps servi d’exutoire après la mort de sa sœur cadette, elle aussi victime innocente d’une balle dont elle n’était pas la cible. Douée de synesthésie, qui lui fait "voir" les couleurs des sons qu’elle entend, Quinn ne parvient pas à se détacher des fantômes de son passé. Alors qu’elle s’apprête à perdre son job dans la petite librairie qui l’employait depuis dix ans, elle voit resurgir Cam, son ancien amant dont elle avait préféré oublier l’existence.

Alternant récit au présent et flash-backs, La Couleur du trois est un roman sur la perte de repères, le poids des souvenirs et la meurtrissure qu’ils laissent dans la chair. Écrit d’une plume alerte et incisive, La Couleur du trois fait l’effet d’un rêve éveillé, dont on dont ne peut sortir indemne. Et impose définitivement Leni Zumas comme l’une des grandes autrices contemporaines américaines.

 

 

La Couleur du trois
Quinn, la trentaine passée, est célibataire, sans enfants, et sur le point de perdre son emploi. Comme si sa précarité financière n’était pas suffisamment angoissante, elle doit faire face au retour en ville de Cam, son premier petit ami, dont elle s’est séparée dans des circonstances qu’elle préférerait oublier. Cette réapparition fait remonter à la surface le traumatisme de ses années adolescentes  ̶  la mort violente de sa sœur cadette  ̶ , qu’elle croyait pourtant avoir enfoui au plus profond d’elle-même par des tactiques toutes personnelles…
Hypnotique et dérangeant, La Couleur du trois explore un monde fait de souvenirs chers et de blessures ouvertes qui dessinent la présence vacillante d’un fantôme. Sur fond de musique grunge, ce roman introspectif décalé, à l'héroïne marquée du sceau de la tragédie, nous parle de ce qui est tapi dans l’ombre. Et affirme le talent d’une auteure incandescente, dont l’œuvre est à la fois intime et engagée.

 

 

Les Heures rouges
États-Unis, demain. Avortement interdit, adoption et PMA pour les femmes seules sur le point de l’être aussi. Non loin de Salem, Oregon, dans un petit village de pêcheurs, cinq femmes voient leur destin se lier à l’aube de cette nouvelle ère. Ro, professeure célibataire de quarante-deux ans, tente de concevoir un enfant et d’écrire la biographie d’Eivør, exploratrice islandaise du xixe. Des enfants, Susan en a, mais elle est lasse de sa vie de mère au foyer – de son renoncement à une carrière d’avocate, des jours qui passent et se ressemblent. Mattie, la meilleure élève de Ro, n’a pas peur de l’avenir : elle sera scientifique. Par curiosité, elle se laisse déshabiller à l’arrière d’une voiture... Et Gin. Gin la guérisseuse, Gin au passé meurtri, Gin la marginale à laquelle les hommes font un procès en sorcellerie parce qu’elle a voulu aider les femmes.

Presses de la Cité

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