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            Par Lisez, publié le 30/10/2018

            "L'Été des quatre rois" : Grégory Berthier-Gabrièle, éditeur heureux

            L’Académie française vient de décerner son Grand Prix du roman à Camille Pascal pour L’Été des quatre rois, son premier roman publié aux éditions Plon. Une récompense qui met en lumière le travail de l’écrivain mais aussi celui de son éditeur, Grégory Berthier-Gabrièle. Rencontre avec un homme de l’ombre comblé et serein.

            L’Académie française vient de décerner son Grand Prix du roman à Camille Pascal pour L’Été des quatre rois, son premier roman publié aux éditions Plon. Une récompense qui met en lumière le travail de l’écrivain mais aussi celui de son éditeur, Grégory Berthier-Gabrièle. Rencontre avec un homme de l’ombre comblé et serein.

            C’est un roman précis, érudit, qualifié par les critiques d’élégant et d’original. Dans L’Été des quatre rois, Camille Pascal revient sur un épisode unique de l’Histoire de France : la révolution de 1830, quand quatre monarques se sont succédé sur le trône entre les mois de juillet et d’août. Auteur de nombreux essais et documents, ancienne plume de Nicolas Sarkozy, Camille Pascal ne s’était encore jamais essayé à l’écriture de fiction avant ce livre. Un pas de côté remarqué et réussi qui vient de lui offrir le Grand Prix du roman de l’Académie française. Ce succès, l’écrivain le partage avec Grégory Berthier-Gabrièle, son éditeur chez Plon depuis de nombreuses années. Comment vit-on le sacre de son auteur ? Et surtout, comment construit-on une relation avec lui ? Grégory Berthier-Gabrièle a répondu à nos questions.


            Les prix littéraires apportent la reconnaissance aux auteurs. Qu’apportent-ils aux éditeurs ?

            Pour l’auteur, c’est la reconnaissance de son travail. D’autant plus que pour Camille Pascal, il s’agit de son premier roman. Recevoir le Grand Prix de l’Académie française – qui compte parmi l’un des plus prestigieux prix littéraires – c’est une chance, un honneur, une reconnaissance. Comme il l’a dit au moment de recevoir le prix, c’est aussi une pression sur un auteur mais une belle pression. Pour un éditeur et une maison d’édition comme Plon c’est une belle nouvelle car nous n’avions pas reçu ce prix depuis 1960. C’est important pour une maison et ça va de pair avec le souhait qui était le nôtre cette année, à savoir revenir sur le premier plan de la littérature et montrer que Plon est une maison qui a un grand patrimoine littéraire. On a édité Julien Green, Marguerite Duras, Marguerite Yourcenar… On était absent depuis quelques années des grands prix littéraires et avec Thierry Billard, le directeur éditorial de Plon, on a voulu revenir sur le devant de la scène littéraire. Nous avons voulu refaire les couvertures, avec une nouvelle charte graphique, pour être bien dans l’esprit de la littérature comme peuvent l’être Gallimard, Grasset ou Stock. Cela va de la typo, élégante et chic, au choix des titres pour lesquels on pensait qu’ils avaient des chances d’être remarqués et couronnés.

            Quand on est éditeur, est-on parfois face à des livres dont on se dit : "Ceux-là ont le potentiel de recevoir un prix" ?

            Très honnêtement, et c’est assez drôle, à la première lecture du livre de Camille il y a plusieurs mois, quand je l’ai appelé pour lui dire ce que j’en pensais et qu’on a commencé à travailler sur le texte, je lui ai dit : "Tu as fait un roman qui va plaire à l’Académie française". C’était une blague comme ça entre nous. Je n’aurais jamais pensé que ça se concrétiserait en un Prix. Par contre, je pensais qu’effectivement il avait un vrai potentiel parce qu’il est très bien écrit, parce que le sujet est passionnant, parce que sa plume vous emporte sur 670 pages sans s’essouffler. Dans le contexte actuel, on a aussi vu que les romans qui ont plu au public et aux prix ces dernières années sont des romans qui mêlaient faits historiques et littérature. Je me disais qu’il tombait dans un timing qui pouvait lui être favorable.

            Avant d’écrire L’Été des quatre rois, Camille Pascal a publié des essais chez Plon déjà, mais aussi chez Perrin et les Presses de la Renaissance (groupe Editis). Étiez-vous son éditeur sur ses précédents ouvrages ?

            Je travaille avec Camille depuis son premier livre chez Plon qui s’intitule Scènes de la vie quotidienne à l’Elysée et qui a été publié en 2012. Il a été la plume du président Sarkozy et quand ce dernier a quitté le pouvoir, Camille nous a proposé ce livre qui s’intéressait autant à son arrivée dans un petit bureau et aux problèmes informatiques qu’au speed en pleine nuit pour écrire un discours et le retravailler jusqu’à la dernière minute avec Nicolas Sarkozy. Aux Presses de la Renaissance nous avons publié ensuite Ainsi, Dieu choisit la France qui a aussi eu un beau succès. Chez Perrin, il a publié Le Goût du roi, qui est un livre sur Louis XV. Puis chez Plon il y a aussi eu Les derniers mondains qui racontait la société mondaine parisienne. J’ai travaillé avec lui sur tous ces livres-là.

            Quand Camille Pascal est passé à l’écriture de fiction, comment avez-vous accueilli cette décision en tant qu’éditeur ?

            Pour L’Été des quatre rois le contrat de Camille était pour un récit. A l’époque, le livre s’appelait Le convoi funèbre de la monarchie. Quand il nous a parlé du sujet, il nous a expliqué que ce qui l’avait captivé au départ c’était le long convoi de l’ancien régime qui quittait Paris pour aller en Normandie et partir en bateau pour l’Angleterre. Le sujet était génial, je connaissais la plume de Camille, donc je savais que ça allait être bon. C’est un auteur en qui j’ai confiance. Quand il a écrit Scènes de la vie quotidienne à l’Elysée, il avait eu beaucoup de presse et à l’époque il avait été qualifié de Saint Simon du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Ce talent de plume de conteur, je savais qu’il pouvait le transposer dans la fiction. À la lecture, ce qu’il a fait des personnages, c’est incroyable. Tous les personnages, les faits historiques, les dialogues sont vrais. Il a donné une chair romanesque à des personnages et c’est nous qui lui avons dit : "Mais Camille, c’est un roman, pas un récit". Nous lui avons ensuite proposé de sortir son roman à la rentrée littéraire parce que ça a la qualité d’un roman de rentrée. C’est un roman qui colle à l’image de Plon. Il y a une histoire, du romanesque, de la fiction, un vrai souffle. Par le fait du hasard, les trois romans que nous avions programmé cette rentrée mettent des faits historiques au service de la littérature.

            Avant de recevoir ce prix, le livre avait déjà très bonne presse.

            Oui, il a notamment fait la Une du Figaro littéraire et il a eu des papiers dans des hebdomadaires et des quotidiens. Le prix lui apporte une visibilité nouvelle et encore plus forte. Tout le monde a salué sa qualité de travail et sa façon de mettre en lumière la deuxième révolution française, une période que tout le monde a un peu oublié car le XIXe siècle n’est pas la période que l’on étudie le plus. Et puis c’est un livre qui entre en résonnance avec le présent. Nous avons un roi qui est contraint d’abdiquer parce qu’il a gouverné par ordonnances et que la violence de son exercice a levé contre lui le peuple animé par la presse et les banquiers. C’était la première fois que de nouveaux acteurs dans la vie politique se manifestaient. De nombreux journalistes et libraires ont souligné cette résonnance avec 2018. Le roman a deux aspects : les faits historiques que l’on apprend et la matière à réflexion sur l’exercice du pouvoir.

            Depuis combien de temps êtes-vous éditeur chez Plon ?

            Je suis le plus ancien éditeur de la maison ! J’ai fêté mes 15 ans chez Plon le jour de la sortie de L’Été des quatre rois. Je suis entré chez Plon en 2003, le 30 août exactement. J’ai commencé comme assistant d’édition d’Olivier Orban, alors PDG de Plon et de Perrin. Avec les années, Olivier m’a fait confiance et m’a nommé éditeur. Ensuite j’ai été nommé responsable éditorial adjoint puis directeur éditorial adjoint. En interne, j’ai la chance de coordonner deux collections : Terre humaine et les Dictionnaires amoureux avec Jean-Claude Simoën, qui est le fondateur de la collection. J’ai de la chance car Plon étant un éditeur généraliste, je peux éditer un roman de la rentrée littéraire avec Camille Pascal, faire les mémoires de Johnny Hallyday, faire de la philo, de la politique, ou des romans grand public comme avec Laëtitia Milot. On a un spectre qui est assez large et c’est assez génial pour un éditeur. Quand on aime les romans, les documents, les essais, on est servi car on peut travailler sur tous les types de littérature. Je suis multicarte en fait. Je m’occupe aussi des Presses de la Renaissance avec Thierry Billard, donc là ce sont des titres religieux, spirituels. Avec Robert Laffont, nous avons édité un livre du pape François par exemple. Depuis 15 ans, je suis aussi éditeur chez Perrin. Là il s’agit de livres d’histoire. Je ne m’ennuie jamais ! Mon métier est un tel plaisir que je n’ai pas vraiment l’impression de travailler. À chaque nouveau livre, on apprend quelque chose grâce à l’auteur.

            Comment se construit une relation auteur-éditeur et comment s’entretient-elle ?

            J’aime les livres, j’ai grandi dans la librairie de mes grands-parents. J’ai donc une relation passionnée et intime avec les livres. Mais avec les auteurs, ce qui m’intéresse, c’est l’humain. L’auteur, il est solitaire. Son travail c’est sa page blanche, son écran d’ordinateur. Il passe des heures, des mois, des années à écrire et à être seul. Cette solitude-là, les auteurs ont en besoin mais il faut qu’ils sachent qu’à côté, quoi qu’il se passe, quel que soit le type de question, quel que soit le moment, ils aient quelqu’un qu’ils puissent appeler, une personne avec qui on peut parler sans fard et sans tabou. Ça c’est l’éditeur. Les auteurs avec lesquels je travaille ont mon numéro de portable, ils savent qu’ils peuvent m’appeler le soir, le week-end, à n’importe quelle heure. Si je ne suis pas là alors l’éditeur ne sert à rien, il est juste une boîte postale qui reçoit un texte. Notre valeur ajoutée c’est de travailler avec eux sur le texte et c’est de savoir qu’on les accompagne. L’auteur et l’éditeur fonctionnent comme un tandem, c’est pour ça que des relations d’amitié se nouent avec les années. Tout est basé sur la confiance.

            Les relations peuvent-elles parfois devenir électriques ?

            Oh oui, ça peut être tendu avec certains auteurs. Sur les essais ou les documents par exemple lorsqu’on réoriente certaines choses, lorsqu’on dit "il manque un peu de ci, un peu de ça", l’auteur peut ne pas être d’accord. Mais on trouve toujours un compromis. Sur les romans, c’est un travail qui se fait plus en douceur car c’est plus intime comme écriture. Un document ou un essai est objectif, un roman est subjectif. Là, ça devient délicat de dire à un auteur quand ça ne va pas. Il faut vraiment le faire en douceur parce que le roman vient des tripes.


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