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Par Cherche midi, publié le 05/10/2020

Negzzia : une lutte inaltérable pour la liberté

Après l’obtention du droit d’asile en France en juin 2019, la mannequin iranien Negzzia raconte aujourd’hui sa trajectoire dans une biographie troublante, pleine d’un feu qui ne recule devant rien pour gagner sa liberté. Dis adieu à ton corps s’impose aussi comme un vibrant plaidoyer féministe.

Ce sont des fragments de vie où se joue toute une histoire, des souvenirs constitutifs d’un parcours terriblement difficile. À chaque nouveau chapitre de son livre, la photographe et mannequin Negzzia révèle un peu plus la personne qu’elle est dorénavant, construite au fil d’expériences marquantes, d’abord en Iran, puis en Turquie, et enfin en France. Biographie fragmentée, Dis adieu à ton corps dresse le portrait d’une féminité bafouée par les hommes et la politique, mais offre surtout le témoignage d’une femme à l’irréductible volonté.

« Je conçois mon métier comme un art, alors j’ai fait de mon corps une œuvre. J’ai révélé mes tatouages et ma nudité devant les objectifs et sur les réseaux sociaux, dans le milieu underground iranien. Traquée par la « Police de la vertu », menacée du fouet des mollahs, j’ai tout laissé derrière moi – ma famille, mes amis, ma jeunesse. À mon arrivée à Paris, j’ai caressé l’espoir d’exercer ma profession librement. Mais ici je ne suis qu’une réfugiée et, pendant des mois, j’ai mené un long combat pour obtenir l’asile politique.
Des podiums à la rue, je n’ai cessé de me battre pour la liberté. » C’est ainsi que Negzzia dit sa soif d’indépendance, son désir profond de s’affirmer comme un être libre, loin des carcans de l’Iran et du sexisme ordinaire qu’elle côtoie en France. C’est cette femme en lutte perpétuelle que l’on suit au fil des différents chapitres où se racontent des histoires de répression, de violences, de précarité mais aussi de réussite et de joie.

De sa plume simple et percutante, Negzzia retrace son parcours avec force détails, ne laissant aucun mot au hasard, retrouvant des émotions vives et traumatisantes. Elle se fait la voix des femmes dont la parole est encore tue, réprimée, mais aussi de celles dont on ne regarde que le corps, qu’on instrumentalise et humilie. Dis adieu à ton corps n’a jamais peur d’exprimer la rage qui gronde chez son auteure, cette volonté inaltérable d’offrir à ses semblables plus de liberté, plus d’appartenance vis-à-vis de leur propre corps.


« Dis adieu à ton corps »
« Je marche longtemps, jusqu’à l’entrée d’un parking. Je soulève ma valise et descends les escaliers. La lumière m’agresse, la musique est assourdissante. Je m’assieds derrière un véhicule, mon sac à mains sur les genoux, la couverture sur les épaules. Personne ne m’a vue. J’appuie ma tête contre le mur derrière moi et ferme les yeux.
J’éclate en sanglots. Comment en suis-je arrivée là ? »


J’ai 29 ans, je suis iranienne. Mannequin et photographe dans mon pays, j’ai dû fuir Téhéran : la police religieuse punit l’atteinte à la pudeur d’au minimum 148 coups de fouet. Autant dire une condamnation à mort.
Je conçois mon métier comme un art, alors j’ai fait de mon corps une œuvre. J’ai révélé mes tatouages et ma nudité devant les objectifs et sur les réseaux sociaux, dans le milieu underground iranien.
Traquée par la « Police de la vertu », menacée du fouet des mollahs, j’ai tout laissé derrière moi – ma famille, mes amis, ma jeunesse. À mon arrivée à Paris, j’ai caressé l’espoir d’exercer ma profession librement. Mais ici je ne suis qu’une réfugiée et, pendant des mois, j’ai mené un long combat pour obtenir l’asile politique.
Des podiums à la rue, je n’ai cessé de me battre pour la liberté.
 

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