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Par Cherche midi, publié le 18/05/2021

Olivia Koudrine : « Ce qui est passionnant dans l'écriture, c'est de pouvoir changer de rôle »

Récit à la fois terrible, drôle et intime conté par une jeune femme de vingt ans, L'Homme battu s’intéresse au père de celle-ci, figure effacée sous les railleries et la violence d’une épouse vindicative. Au fil de souvenirs coupables, Justine nous fait vivre son aveuglement face au comportement de sa mère et l’univers de faux-semblant dans lequel elle devient femme. Rencontre avec Olivia Koudrine, auteur de ce roman sans concession.

Quelle est la genèse de ce nouveau roman ? D’où la thématique a-t-elle émergée ?

Les violences conjugales sont un sujet dont on débat beaucoup aujourd’hui, et heureusement. Les maltraitances faites aux femmes, nous en avons hélas de tristes exemples tous les jours. On parle moins des hommes maltraités et pourtant ils existent. Je me suis inspirée de l’histoire familiale d’une de mes amies qui, à l’âge de vingt ans, m’avait confié qu’elle détestait sa mère. Les explications de cette détestation m’ont inspiré ce roman. Sa mère était enseignante, faisait du bénévolat dans des associations caritatives et inspirait le respect. Pourtant elle maltraitait et humiliait son mari. L’empathie dont elle faisait montre à l’extérieur de son foyer se transformait en sadisme à l’intérieur.

Justement, parlez-nous des recherches que vous avez entreprises dans la préparation de L’homme battu.

Mon expérience personnelle m’a beaucoup aidée. J’adore observer les gens, les écouter me parler de leur vie. J’ai souvent constaté, dans les couples, qu’un certain nombre d’hommes acceptait sans broncher d’être humilié pour ne pas envenimer une situation. J’ai bien sûr contacté des associations qui défendent les hommes battus. J’ai pu en interroger quelques-uns mais seulement par téléphone ; la plupart des concernés ne veulent pas se montrer à visage découvert parce qu’ils ont honte. Ils redoutent les moqueries et portent rarement plainte. Je me suis aussi rendue sur des forums pour tenter de comprendre ce qui empêchait ces hommes de fuir leur bourreau. La problématique est exactement la même que pour les femmes. La crainte des réactions du partenaire, et en même temps la crainte de perdre ses enfants, de se retrouver seul, de manquer d’argent, la crainte du dehors… Mais également le manque de confiance en soi et l’enfermement dans le rôle de la victime.

Qu’est-ce qui vous intéressait dans le personnage, complexe, de Justine, dans ses questionnements ?

J’étais intéressée par la parole de l’enfant car, dans tous les cas de figures, il est victime. Justine doit grandir entre une mère autoritaire, cruelle, et un père faible et peureux. Elle ne peut et ne veut s’identifier ni à l’un ni à l’autre et pourtant elle est le fruit de cette union. Alors, qui est-elle ?

La parole des femmes se libère depuis quelques années et c’est peut-être précisément ce qui permet à Justine de parler pour quelqu’un qui n’a pas pu s’exprimer… Écrire, pour vous, est-ce aussi cela ?

Justine refuse d’être une victime. Elle le crie haut et fort jusqu’à se faire mal, ce qui semble contradictoire. Bien qu’elle en veuille terriblement à ses parents et qu’elle soit sans nuance comme on l’est souvent à cet âge, c’est une femme instinctive qui a compris que le monde n’est pas binaire, avec les gentils d’un côté et les méchants de l’autre. Et c’est surtout cela qu’elle exprime. J’aime les personnages authentiques, lucides sur eux-mêmes. Si chacun avait l’honnêteté de se confondre, il s’apercevrait qu’il n’est pas l’humain parfait qu’il croit être. Pour que le monde progresse, il faut apprendre à se regarder en face.

À la lecture, on pense parfois au théâtre – qui est un domaine que vous connaissez également. Qu’est-ce qui vous guide dans votre choix quant à la forme à adopter pour les récits que vous avez en tête ?

C’est vrai que j’adore le théâtre et que j’ai écrit quatre pièces. Quand j’écris, je vis mon histoire. Le temps du livre ou de la pièce, j’ai le rôle principal, comme une actrice. Je m’inspire de gens que j’ai rencontrés pour les personnages qui gravitent autour d’elle (de moi) pour m’approcher au plus près du réel, même s’il n’existe pas, car nous jouons tous un rôle dans la vie : celui que nous avons choisi sans souvent en avoir conscience. Ce qui est passionnant dans l’écriture, c’est de pouvoir en changer, quelques heures par jour. Ça repose !


L'Homme battu
Une mère autoritaire et manipulatrice, un père faible et effacé…

Justine plonge dans ses souvenirs et tente de trouver sa place dans un monde de faux-semblants, abruti par le prêt-à-penser.

Surprenante, insaisissable, attachante, la jeune femme incarne, sans le revendiquer et peut-être sans le savoir, la figure d’un féminisme éclairé.

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