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            Par Cherche midi, publié le 20/03/2019
            Pierre-Louis Basse : l'interview

            Grande figure du journalisme mais également écrivain et ancien conseiller de François Hollande, Pierre-Louis Basse a publié son dernier ouvrage, Je t’ai oubliée en chemin, aux cherche midi éditeur. Rencontre avec ce grand amateur de sport et d’histoire.

             

            Les plus férus de sport connaissent bien votre voix puisque vous avez commenté les plus grands événements sportifs sur Europe 1. Vous avez aussi collaboré avec de nombreux médias comme Canal +, Marianne, Le Figaro, L’Humanité… Et nous pouvons vous retrouver sur le plateau de LCP à depuis le 17 février.

            Votre carrière est polyvalente, quasi complète. Vous êtes de ceux qui « touchent à tout », curieux, volontaire et insatiable lorsqu’il s’agit d’apprendre et de transmettre.

            Alors, devant votre micro avec un casque sur les oreilles, face à une caméra ou tapant sur votre clavier d’ordinateur, quel univers médiatique a votre préférence ? Où vous sentez-vous le plus à votre place ?

            La radio est sans doute mon « habitation » préférée ; au sens où il me semble en connaître les recoins les plus délicieux, les pièges aussi, la liberté. Oui. La radio, beaucoup plus que l’image qui demeure une fabrique à oubli, parfois même à destruction. La radio, malgré tout, demeure une extraordinaire boîte à « imaginaire », à rêverie. J’y ai connu mes plus grandes joies de direct, mes plus belles rencontres, mes plus beaux voyages.

             

            Lors d’une interview dans L’Humanité en 2012, vous affirmiez : « Les journalistes doivent s’engager. »

            Vous-même êtes né dans une famille qui évoluait au cœur même de la notion d’engagement. Votre grand-père, le militant communiste Pierre Gaudin, s’est évadé de son camp d’emprisonnement avant d’être déporté à Dachau puis au Loibl Pass. Votre mère a suivi ses traces. Elle a eu pour mission de récupérer les planches sur lesquelles Guy Môquet et les autres fusillés de Châteaubriant avaient écrit leurs ultimes volontés en 1941.

            Pensez-vous que cet héritage familial, cette transcendance des causes justes, a influencé la personne que vous êtes devenue ? Quelle a été l’expérience d’engagement journalistique dont vous êtes le plus fier ?

            « Les journalistes doivent s’engager. » C’est une phrase, comme toutes les phrases isolées, qui peut surprendre. L’engagement n’est jamais uniquement politique ou sociétal dans mon esprit. Il est aussi poétique, esthétique. Tout doit être lié. Ensemble. Quand Baldwin ou Faulkner décrivent le monde étriqué des Blancs du sud des États-Unis, ils bâtissent à la fois une œuvre politique et poétique. Quand la journaliste Florence Aubenas décrit la souffrance quotidienne d’une femme de ménage, même chose. Bien sûr que d’où je viens a compté dans mon parcours. La transmission. Mais en même temps – et c’est fondamental pour « faire » sa vie –, je suis devenu autre. C’est l’immense écrivain Patrick Modiano qui dit cette chose très belle à propos de la mémoire et de ce que nous en faisons : quelle que soit la longueur de la corde qui nous rattache aux nôtres, nous venons d’un point, d’une histoire, des événements, qui nous engagent dans notre vie future. L’enjeu est donc double : à la fois s’en nourrir et prendre ses distances…

             

            Vous vous illustrez également dans la littérature puisque vous avez publié 19 ouvrages en vingt-six ans. Parmi eux se trouvent une biographie de Guy Môquet et une d’Éric Cantona, plusieurs ouvrages sur le football (notamment le PSG qui semble être votre équipe de cœur), mais aussi sur des événements sportifs comme la demi-finale de la Coupe du monde en 1982, la finale du 200 mètres des Jeux olympiques d’été de 1968 ou encore l’histoire du « match de la mort » en 1942. On ne peut que remarquer votre goût pour le sport et l’histoire… Cette ligne éditoriale se ressent dans chacune de vos œuvres.

            Du journalisme à l’écriture, il n’y a finalement qu’un pas. Comment cette transition s’est-elle déroulée pour vous ?

            C’est votre biographie d’Éric Cantona qui ouvre le bal de vos écrits en 1993. Quel a été l’élément déclencheur qui vous a fait prendre conscience qu’au-delà du journalisme, vous étiez également un écrivain ?

            Parfois – souvent même –, les frontières se troublent, se chevauchent. Ainsi, lorsque j’écris en 2003 Ma ligne 13, j’ai toujours le même sentiment, seize ans après avoir publié ce texte : je suis journaliste, je décris au plus près la réalité de l’exclusion, du repli, des séparations qui montent dans la ville. Et dans un même mouvement, il y a la poésie des rues, des personnages que je croise, des amours, du hasard. C’est sans doute cela, pour répondre au plus près à votre question, le désir d’être écrivain. Être au plus près du réel et, en même temps, parvenir à faire ce pas de côté… André Breton avait cette jolie définition de l’écriture : « Quand ça cogne à la vitre »… Le jour où la réalité, et ma perception des êtres et des choses ne « cogneront plus à la vitre », eh bien, j’arrêterai d’écrire. Je me tairai. Au fond, j’ai toujours écrit. Des poèmes à 16 ou 17 ans… Puis des livres… « On écrit pour ne pas mourir », disait François Mitterrand… C’est très juste.

             

            Parlons maintenant de votre dernier ouvrage que nous sommes très heureux de publier.

            Je t’ai oubliée en chemin raconte l’histoire de Pierre et de sa rupture. Par un simple SMS, la femme pour laquelle il nourrit une passion depuis plus de sept ans lui apprend que tout est fini. En un clic, Pierre est supprimé, disparu. Il n’est plus rien dans la vie de cette femme qu’il a pourtant tant aimée.

            Vous l’écrivez, « sept ans, planqués dans un texto ». La séparation est consommée et c’est sans appel. Derrière l’histoire de cette rupture amoureuse, c’est une réflexion sociétale presque satirique que vous laissez entrevoir. Deux phrases m’interpellent particulièrement : « Les smartphones avaient pris le pouvoir sur la réalité » et « Le geste électronique avait triomphé ». Alors que la lettre manuscrite brille par son humanité et se garde toute une vie, le texto, artificiel et froid, meurt en même temps que la batterie du téléphone.

            Vous semblez avoir conscience d’être complètement immergé dans ce surplus technologique. Ressentez-vous parfois le besoin de bannir ces petits appareils électroniques que nous ne quittons jamais, de revenir à des rapports humains physiques, normalisés ?

            Une satire sociétale… C’est assez juste… On dirait que la réalité n’en finit plus de s’effacer… Voici venu le temps de la fiction généralisée. Distraction, lâcheté, légèreté, empire de l’éphémère… Mais tout n’est pas à jeter… Je ne suis pas adepte du « c’était mieux avant ». Simplement, l’écrivain que je suis devenu et l’être de désir que je suis se confondent toujours. Et le livre se crée. Tout simplement, ce livre est une forme de déclaration d’amour à la littérature, au fait de mettre à distance la seule douleur, et d’essayer d’en faire une œuvre d’art. L’homme qui marche est tout le monde… On marche pour enterrer ses morts ou surmonter son chagrin… Pierre marche pour trouver une sépulture à un adieu qui n’en est pas un… La pichenette électronique ne suffit pas, n’est-ce pas ?

             

            Vous présentez la marche et la littérature comme un exutoire, une manière de dépasser ce chagrin qui détruit le narrateur. Et peu à peu, tel un phœnix qui renaît de ses cendres, Pierre reprend goût à la vie. Alors, bien sûr, ce n’est pas facile, c’est même tout l’inverse. Mais finalement, le temps guérit tout, même les plus gros chagrins d’amour. « Guérir les maux avec les mots » fait-il écho en vous ? Quelle est la part de vous dans ce personnage ? L’écriture est-elle, elle aussi, votre exutoire ?

            « Je est un autre », disait Rimbaud… Je est toujours un autre. Et en même temps, ce je est forcément moi-même. C’est une question qui hante chacun d’entre nous, dès l’instant où nous prenons le risque d’écrire, chanter, peindre… La part biographique… Mais aucune œuvre, quelle que soit son intensité, ne peut échapper à celui ou celle qui la crée. Oui… Le philosophe Sloterdijk dit la plus belle des choses à propos de l’écriture : nous envoyons des lettres, nous, les romanciers. On espère toujours que ces lettres seront lues…

             

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