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Par Presses de la Cité, publié le 23/09/2019

Rencontre avec Gilles Laporte

Pour la parution de son nouveau roman, Gilles Laporte a accepté de répondre à nos questions. Dans La Fiancée anglaise, le jeune Robert Forester décide de partir sur les pas d’Adolphe Lamesch, quartier-maître canonnier de La Combattante. L’auteur revient sur ce personnage historique lié à son histoire personnelle dans cette interview.


Quelle est la genèse de votre roman ? Vouliez-vous rendre hommage à Adolphe Lamesch ou à un autre membre de votre famille ?

Je portais ce roman en moi depuis ma prime enfance. Les confidences et attentes douloureuses de ma grand-mère, le silence encombré de mes parents et du cercle familial, la fierté d’avoir senti souffler de très près le vent de l’Histoire avec l’approche du général de Gaulle, l’exotisme de l’action basée en Angleterre, l’énigme et le mystère liés à l’aventure résistante d’un jeune ouvrier lorrain ayant décidé de se battre dans les rangs de la France Libre pour rendre à son pays la liberté et la dignité perdues, les élans de générosité, d’amour, les regards bienveillants des femmes… tout cela m’habitait et nourrissait en moi le projet d’un livre témoignage en forme de roman. Adolphe Lamesch et Berthe, sa mère, sont au cœur de cette histoire, avec Clément, Louise, la belle Anglaise Allyson, et le curieux Londonien Robert, arrivé en France en 1997 pour y effectuer une mystérieuse enquête. Adolphe et Berthe étaient… mon oncle et ma grand-mère.

Ce roman est donc lié à votre histoire familiale. Est-ce difficile d’écrire sur ses proches ?

Nul ne peut s’affranchir de son enfance ! La vie entière d’un être est, qu’il l’accepte ou non, sous-tendue par les situations familiales traversées, les valeurs et exemples reçus, les émotions transmises, l’intensité des moments partagés avec les parents, la fratrie, le cercle familial, la communauté sociale et culturelle d’origine. Chacun se construit par rapport à ce vécu originel, par l’adhésion ou l’opposition, jamais l’indifférence ! Je n’échappe pas à cette loi naturelle. Mais, avec ses coups de gomme successifs et répétés, le temps qui passe aide à estomper ce passé, à en faire le terreau fertile du présent, à se projeter vers soi-même en même temps que vers son propre avenir. S’obliger à des regards précis dans le rétroviseur d’une vie, c’est s’exposer à la résurgence de douleurs vives et de joies intenses, à la découverte consciente de son essentiel ; en partager les visions avec des lectrices et lecteurs, c’est prendre le risque de se présenter devant eux nu comme un ver. Angoissant ! Ecrire sur ses proches, c’est écrire sur… soi-même ! Difficile, mais passionnant ; souvent salutaire, autant pour l’auteur que pour ses lectrices et lecteurs.

Le passage à la fiction romanesque facilite-t-il l’écriture de ce genre de sujet, permet-il de maintenir à distance un sujet trop chargé du point de vue affectif ?

Enraciné dans l’Histoire, et la respectant scrupuleusement, le roman donne par sa forme toute liberté de création à l’auteur. Dans La Fiancée anglaise – comme dans mes autres romans –, j’ai libéré mon imagination, rapporté des anecdotes en les enrichissant, associé des personnages fictifs aux personnages historiques, ravivé la mémoire (la mienne et celle de nos contemporains) en décrivant de manière très réaliste des scènes dans ce qu’elles comportaient de plus ordinaire, de plus tragique et de plus heureux, comme les bombardements de 1940, la naissance d’une petite fille chez des réfugiés, les règlements de comptes à la Libération, le bonheur des retrouvailles d’amants séparés par la guerre… Je me suis efforcé de travailler comme un entomologiste qui observe des insectes inconnus de lui, en même temps que comme un homme amoureux et heureux de sa propre histoire. Distance et… intimité !

Votre roman permet-il de mieux comprendre l’Histoire en cette année d’anniversaire du Débarquement ? Avez-vous travaillé à partir d’archives et de documents ?

Ce sont les humbles qui écrivent l’Histoire, avec leur sueur, leur sang, leurs larmes et leurs rires, leurs déceptions et leurs espoirs. C’est donc par l’étude de leur vie au quotidien durant les périodes les plus convulsives de notre évolution politique et sociale que peuvent se comprendre les grandes tragédies dont les prétendus puissants ne sont que de piètres chefs d’orchestre ! Le nazisme n’aurait pas connu sa criminelle fulgurance si les plus humbles citoyens allemands dans leur large majorité n’avaient pas cru à sa terrifiante supériorité. La Résistance n’aurait pas connu ses douloureux succès dans sa lutte contre l’occupant si elle n’avait pas compté dans ses rangs l’ouvrier de filature, le paysan, le cheminot, le secrétaire de mairie du village, le maître d’école, le terrassier, l’éboueur… Fouiller les archives où dorment les trésors de vie de ces petites gens, lire leurs lettres et les journaux qu’ils ont eus sous les yeux, constitue pour le romancier que je suis la seule démarche capable de faire découvrir la vraie nature des grands événements historiques. Le Débarquement de juin 44, et le pilonnage des batteries allemandes par le torpilleur La Combattante sur la côte normande de Courseulles-sur-Mer, baptisée pour la circonstance « Juno Beach », sont de ceux-là. Pour moi, ouvrier des lettres, c’est par le cœur, plutôt que par la tête, que le roman invite à connaître le monde !

L’alternance entre différentes périodes pour raconter cette histoire est plus complexe à articuler. Est-ce une stratégie narrative vous permettant de rendre votre roman plus vivant, plus touchant ?

J’ai écrit ce roman comme s’écrit la vie au quotidien, entre présent et passé, pays des racines et régions du monde où mènent les pas des personnages – dont le héros – bousculés par les mouvements de l’Histoire. De 1937 à 2003 en passant par les années terribles de la Seconde Guerre mondiale, de Lorraine en Angleterre en passant par la Loire de la zone libre, après le franchissement périlleux de la ligne de démarcation qui coupait la France en deux, entre effets de mémoire et moments exaltants de notre temps, c’est le rythme naturel de la vie, l’engagement des hommes, le courage lumineux, la générosité et la bienveillance des femmes qui ont fait de moi ce que je suis, que j’ai voulu retrouver et inviter à partager dans ce livre chargé de notre histoire, La Fiancée anglaise : roman témoignage, hommage, traces de vies discrètes et ordinaires mais essentielles, parfois héroïques, visions d’avenir et, par-delà les rancœurs engendrées par la guerre, dans les pas de Berthe, Adolphe, Allyson, Léone, Louise, Clément, Paule… hymne à l’amour !

Telle était du moins ma volonté d’auteur. Ai-je atteint l’objectif ? Seuls vous, lectrices et lecteurs, pouvez le dire désormais.

Bonne lecture !

 

Découvrez La Fiancée anglaise

 

La Fiancée anglaise
 « S’il m’arrive quelque chose, tu iras leur dire combien je les aimais. »
 
A tous, Adolphe Lamesch a laissé un vide immense. C’est sur ses traces que cinquante ans plus tard Robert Forester part à Châtel-sur-Moselle pour rencontrer les membres de sa famille et leur porter les mots de celui qui accompagna son enfance en Angleterre. Telle une promesse, à la mémoire du jeune Lorrain engagé parmi les premiers dans le sillage du général de Gaulle, disparu en mer à bord du torpilleur des Forces navales françaises libres La Combattante en 1945. 
Pour sa mère Berthe, l’espoir de revoir son fils vivant n’avait jamais vacillé. Elle laissait toujours sa porte ouverte, au cas où…
Parce qu’elle détenait dans ses lettres le secret d’Adolphe. Un secret troublant, plein de vie et de résilience.
Qu’elles étaient deux à partager…
 
Un roman bouleversant qui rend hommage à un héros discret de la Seconde Guerre mondiale, et dans lequel s’impriment la force du souvenir et le courage des femmes.

 

 
 

 
 

Presses de la Cité

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