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            Par Lisez, publié le 12/02/2019
            Sarah Sauquet : "Un prénom peut aider à trouver son chemin"

            C’est le livre qui manquait à la bibliothèque des amoureux de littérature. Écrit par Sarah Sauquet et publié aux éditions Le Robert, Un prénom de héros et d’héroïne se penche sur les plus beaux prénoms inspirés des grandes œuvres littéraires. De quoi donner des idées aux futurs parents ou éveiller chez les lecteurs le désir de (re)découvrir certains romans. L’autrice a répondu à nos questions.

            Professeure de lettres, créatrice de l’application mobile Un texte un jour (qui propose quotidiennement un court texte d’un auteur français de littérature classique, ndlr), également autrice, Sarah Sauquet est comme elle l’écrit elle-même : "une lectrice invétérée doublée d’une incorrigible curieuse". Tombée dans la marmite de la littérature classique quand elle était petite, elle s’est rapidement passionnée pour les prénoms des personnages qui vivaient mille aventures devant ses yeux. C’est ainsi qu’est née l’évidence : un jour, son enfant portera l’un de ces prénoms romanesques.

            Depuis, Sarah Sauquet est devenue mère et son attachement aux noms de baptême littéraires n’a fait que croître. Un attachement qui s’est mué en projet : publier un dictionnaire des prénoms inspirés par la littérature. Le Robert a dit oui, et c’est ainsi qu’est né Un prénom de héros et d’héroïne. Un ouvrage qui réunit 244 prénoms (122 masculins, 122 féminins) et qui puise aussi bien dans les classiques français que dans les grandes œuvres de la littérature mondiale. D’Alexandre Dumas à Daphné du Maurier, de Jane Austen à Léon Tolstoï, ce dictionnaire permet de plonger autrement dans les romans qui ont modelé – et modèlent encore – la littérature. Un bel objet au caractère hautement pratique qui ravira les lecteurs, qu’ils attendent un enfant ou pas.


            Dans la préface de votre livre, vous expliquez avoir toujours su que vous vouliez donner un prénom de héros littéraire à votre enfant "dans l’espoir qu’il trouve son chemin". Vous croyez au pouvoir de la prédestination d’un prénom ?

            Je ne crois pas forcément à la prédestination mais je pense qu’un prénom peut aider à trouver son chemin. Si on porte le même prénom qu’un personnage de roman et que ce personnage nous intéresse, on va pouvoir trouver chez lui une trajectoire qui nous plaît. Mais je ne pense pas que parce que l’on s’appelle Gaspard, on va avoir le même destin que Gaspard Caderousse (personnage du Comte de Monte-Cristo, ndlr). Le prénom peut-être un appui, un envol, mais il ne faut surtout pas que ça enferme.

            Comment avez-vous sélectionné les prénoms ?

            J’ai établi plusieurs listes. La première comprenait une centaine de prénoms très littéraires et que l’on attendait forcément comme Ariane, Ulysse ou Solal. Je souhaitais que le livre s’adresse aux parents d’aujourd’hui, donc j’ai pris la liste des prénoms les plus donnés en France en 2017. Dans les tous premiers, on retrouve par exemple Jade, Hugo, Louise ou Lucas. Là, j’ai fait la démarche inverse : j’ai cherché des œuvres littéraires dans lesquelles je pourrais trouver ces prénoms. Ça n’a pas été simple. Par exemple, je prenais Jean-Paul Sartre et je passais en revue toutes ses œuvres. C’est comme ça que j’ai établi ma deuxième liste. Enfin, je voulais aussi mettre en valeur des prénoms étrangers. J’ai fait appel à la littérature sénégalaise, américaine, russe, canadienne. Je voulais que le livre soit un panorama de la littérature mondiale, qu’il sorte du registre littérature française classique. Mais je mûris ce projet depuis des années. Il y a un an et demi, ma liste était déjà très étoffée.

            Avoir le prénom pour point de départ et non l’œuvre littéraire a-t-il été plus compliqué ?

            Oui. Par exemple, je voulais absolument mettre un Louis dans mon livre mais je me suis rendu compte que c’était un prénom finalement peu donné en littérature. J’ai fini par en trouver un chez Balzac. J’ai aussi eu du mal avec Lucas. C’est en lisant un roman d’Arturo Pérez-Reverte – un auteur espagnol que je ne connaissais pas – que je suis tombée sur un Lucas. Donc j’ai fait pas mal de recherches, je me suis appuyée sur des articles du type "1000 livres qu’il faut avoir lus dans sa vie". Ça a été un travail d’écriture de dix mois mais sur ces dix mois, la liste a évolué. Au départ j’avais quelques 200 prénoms. Il y en a auxquels j’ai renoncé, d’autres que j’ai ajouté. La liste n’était pas du tout figée et a évolué avec le temps.

            Au-delà de la littérature, la signification et l’origine des prénoms sont-elles des choses qui vous ont toujours intéressées ?

            On ne se lance pas dans une aventure comme celle-ci quand on aime pas les prénoms. J’aime la littérature mais j’aime aussi les gens et j’aime les mots. Je me suis très tôt intéressée à ce sujet : pourquoi vos parents vous ont-ils donné ce prénom ? Pourquoi portez-vous ce prénom et pas un autre ? Très vite, très jeune, j’ai été très attentive aux prénoms donnés dans les romans. Je suis capable d’oublier l’histoire et de me rappeler quinze ans après le prénom d’un personnage très secondaire. C’est quelque chose qui me frappe beaucoup. Quand on aborde la littérature, on se rend compte que les personnages qui portent le même prénom ont des points communs. Si on prend Cécile de Volanges dans Les liaisons dangereuses et Cécile dans Bonjour tristesse, on se rend compte qu’elles ont beaucoup de points communs à quatre siècles d’écart. Quels ont été les choix de Françoise Sagan ? A-t-elle voulu rendre hommage à Laclos ? Ce sont des questions que soulève le livre.

            En effectuant vos recherches, avez-vous remarqué si certains prénoms revenaient souvent ?

            Du côté des hommes, c’est le cas. Il y a par exemple beaucoup de Pierre, de Jacques ou d’Edmond. Chez les femmes, j’ai remarqué que plus je remontais loin dans le temps, moins elles étaient nommées. Au 16e et 17e siècles, de nombreux personnages féminins n’ont pas de prénom. Mais quand elles en ont, ce sont des prénoms très singuliers. Je pense à Natacha ou Anna.

            Atteindre la parité a-t-il été facile ?

            Peut-être parce que je suis une femme et que j’y suis plus attentive, j’ai l’impression que ça a été plus facile de trouver des prénoms féminins. Concernant les prénoms masculins, l’écriture de ce livre m’a permis d’aller vers des œuvres auxquelles je n’aurais jamais pensé. Quand mes éditrices ont lu le livre, elles m’ont dit qu’elles avaient appris pas mal de choses sur les prénoms masculins et leurs personnages.

            Quels sont vos héros et héroïnes littéraires favoris ?

            Depuis que j’ai réalisé cet ouvrage, j’ai de nouvelles préférences. Chez les hommes je dirais Pierre Bézoukhov de Guerre et paix, que je trouve extraordinaire d’humanité. J’aime quand les personnages masculins sont un peu vulnérables. Chez les femmes, j’apprécie beaucoup Pélagie-la-Charrette du roman éponyme d’Antonine Maillet. Ce roman a reçu le prix Goncourt en 1979 et a été écrit par une Québécoise. C’est un roman magnifique qui met en scène une héroïne très courageuse.

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