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Par le cherche midi éditeur, publié le 03/11/2021

Stéphane Carlier : « Bien sûr qu'il faut célébrer la mort ! »

Septième roman aux allures de comédie signée par l’auteur des Perles noires de Jackie O. et du Chien de madame Halberstadt, cet Enterrement de Serge voyage entre noirceurs et fulgurances pour dire la vie d’un homme singulier. Rencontre avec Stéphane Carlier, jamais à court de bons mots.

Qu’est-ce qui vous plaisait dans le fait de centrer votre intrigue autour d’un enterrement ?

Un enterrement, c'est un moment où l'on doit se conduire d'une certaine manière et, donc, où nos pensées ont toutes les chances de ne pas être en accord avec notre comportement. C'est ce décalage qu'il m'intéressait d'explorer. Serge est dans son cercueil et son beau-frère se demande comment il va faire pour récupérer les 400 francs qu'il lui a filés en 1998… Ce genre de choses m'amuse beaucoup.

 

L’Enterrement de Serge fait le portrait au vitriol de plusieurs personnages. Comment les avez-vous construits ? Sont-ils purement fictifs ?

Oui, ils sont fictifs et tous sont des patchworks. Brigitte, par exemple, s'inspire de secrétaires que j'ai connues quand je travaillais aux Affaires étrangères mais aussi de Karin Viard dans certains de ses films. Elle doit aussi tenir de moi. Les personnages d'un livre, quels qu'ils soient, tiennent forcément un peu de leur auteur. 

 

On découvre Serge dans ses pires travers mais aussi dans une humanité touchante. Ici, une personne qui n’est plus constitue le personnage principal de l’intrigue. Comment l’avez-vous fait exister ?

Il y a une progression dans le portrait qui est fait de lui. Je voulais qu'il apparaisse au départ comme un type insignifiant. C'est pour cette raison que sa sœur (qui ne l'aimait pas et ne le connaissait pas bien) intervient au début. Puis Dédé et Arlette s'expriment. Ils dévoilent d'autres aspects de la personnalité de Serge et le rendent plus aimable, forcément, puisqu'ils n'avaient que de l'affection pour lui. Je ne veux rien dévoiler mais, quand on referme le livre, on n'a plus en tête l'image du pauvre type dépeint au début par Brigitte. 

 

Au final, un enterrement peut-il être un événement heureux ?

Il le faudrait. Dans ce domaine comme dans tant d'autres, on fait tout à l'envers. C'est le spectacle d'un homme en tuant un autre qui devrait être interdit, pas celui d'un homme qui en embrasse un autre. La mort, c'est la vie qui prend fin, autrement dit le cauchemar qui s'arrête, bien sûr qu'il faudrait la célébrer (rires) !  

 

L’aspect « comédie noire » de votre roman fait penser à des scènes de cinéma à la Bertrand Blier ; est-ce un art qui inspire votre travail d’écriture ?

Cette référence me touche beaucoup. Blier est un des rares cinéastes des années 1970 et 1980 dont les films, selon moi, peuvent encore se regarder. J'ai tellement aimé son travail qu'il inspire forcément le mien. J'ai revu ‘Tenue de soirée’ dernièrement, c'est tellement drôle. Et ‘Beau-père’ est un film magnifique ! Quelle délicatesse, quelle classe ! C'est l'aristocratie du cinéma.  

 

L'Enterrement de Serge
Dans une petite église de Saône-et-Loire, on enterre Serge Blondeau et ils ne sont pas nombreux à avoir fait le déplacement. Il y a Gilberte, sa mère, qui s’apprête à faire une annonce importante, Brigitte, sa sœur, qui compte les heures avant son retour en région parisienne, Bernard, son beau-frère, qui aimerait récupérer les quatre cents francs qu’il a prêtés au défunt en 1998, et une poignée d’autres. Il faut dire que Serge n’avait rien d’inspirant. Un homme qui habite un mobile home et gagne sa vie en conduisant le minibus d’un Ehpad ne peut pas espérer des obsèques grandioses. Celles-ci seront pourtant inoubliables...

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