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Par Cherche midi, publié le 06/11/2020

Sylviane Degunst : « Tout peut arriver, à tout âge, quand on reste curieux et disponible »

Avec un style virevoltant, une énergie contagieuse et un humour décapant, Sylviane Degunst livre le journal de sa vie de mannequin à Londres, haut lieu de la mode décomplexée. Cette sexagénaire enthousiaste aborde l’âge dans toutes ses richesses et possibilités. Rencontre.

Après avoir officié comme éditrice à Paris, auteure jeunesse et professeure de français en Haïti, Sylviane Degunst conte une expérience inattendue : la carrière de mannequin qu’elle mène tambour battant à Londres depuis plusieurs années. Cheveux blancs et silhouette de jeune fille, elle a été repérée lors d’un casting sauvage et enchaîne depuis castings, shootings et défilés dans un grand tourbillon qui célèbre la vie, envers et malgré tout.


Vous avez écrit et participé à de nombreux ouvrages mais Moi, vieille et jolie a une saveur particulière, celle de l’autobiographie. Quel a été le cheminement qui vous a mené à cette forme ?

Lorsque je me suis installée à Londres, en octobre 2011, j’ai découvert cette ville avec une gourmandise insatiable et j’ai souhaité faire partager mes découvertes à ma famille et mes amis. J’ai donc ouvert un Tumblr où je postais mes photos de promenades dans la ville mais aussi mes échappées à travers l’Angleterre à moto, un endroit où je racontais mes impressions. Cela évitait d’écrire des mails à chacun. Ce Tumblr était aussi ma petite boutique d’édition, le travail d’éditrice me manquait… J’ai toujours eu besoin d’écrire et de photographier.

Le livre se lit comme un journal intime, une plongée dans un quotidien survolté, entre deux terres, entre deux langues. Comment avez-vous sélectionné les moments qui figurent dans ce récit ?

Les moments forts se sont imposés d’eux-mêmes. La découverte d’une ville, d’une nouvelle langue, culture et d’un nouveau métier ! Model, ça n’est tout de même pas banal. Sur mon Tumblr, il y avait beaucoup plus de textes concernant mon apprentissage de la langue à City & Islington College mais aussi mes visites médicales au NHS. Il s’agissait de moments de vie cocasses mais mon éditrice a suggéré de resserrer mon histoire autour du mannequinat et de la réflexion sur la vieillesse. Elle a eu raison.

En parcourant les pages, on a l’impression d’une réflexion très apaisée sur l’âge et sur le corps. L’écriture du livre vous a-t-elle aussi permis de faire le point, d’explorer des pistes sur cette vaste question ?

Non, pas vraiment car je n’ai jamais pensé à mon âge. Je n’ai jamais fait un sujet de mes cheveux blancs (que j’ai eu très tôt et n’ai jamais teints), de la ménopause (qui m’est arrivée très tôt aussi et pour laquelle j’ai refusé de prendre un traitement substitutif hormonal), des rides et autres signes de vieillissement. Je ne considère pas ces signes de l’âge comme une catastrophe, mais simplement comme un changement (lent, en ce qui me concerne) que j’accueille avec curiosité. En revanche, voir mon père mourir à petit feu m’a fait prendre conscience de la vraie vieillesse, celle de la maladie et de l’immobilité définitive. 

J’aimerais qu’on arrête de nous matraquer avec ces anti-rides, ces histoires de peaux mâtures, ces senior par-ci, ces troisième ou quatrième âges par-là. Tout peut arriver, à tout âge, quand on reste curieux et disponible.

Au-delà de votre expérience de mannequin à Londres, vous évoquez une sphère plus intime encore, avec l’hospitalisation de votre père…

J’avais un vrai besoin d’écrire cette agonie. J’accompagnais mes parents, comme si je prenais un peu de leur peine et donnais à mon père – qui a demandé à être incinéré – une « sépulture », le livre.

Moi, vieille et jolie se termine sur un clin d’œil à Paris, ville où vous résidez désormais. Quel lien gardez-vous avec Londres et quels espoirs nourrissez-vous vis-à-vis de la capitale française ?

Je garde de nombreux amis à Londres et ils me manquent énormément, tout comme l’énergie de cette ville. J’ai l’impression que là-bas tout est possible et, d’ailleurs, tout a été possible. Paris est plus conservateur, plus triste, plus râleur ! Depuis mon retour dans la capitale, en 2018, je n’ai fait que deux shootings, et encore, avec des créatrices qui sont des amies... À Londres, au même moment, j’étais en vitrine sur Oxford Circus, à la télévision, dans le métro et sur les bus, c’était bigger than life. J’attends que Paris me fasse une place dans la mode…


Moi, vieille et jolie
Je vais être diorisée ! Oui, habillée de Dior. Chignon, make-up, talons. Je tiendrai en laisse un caniche royal et me promènerai au rayon beauté, l’air pimbêche à mort. Mon rêve d’enfant se concrétise : rester enfermée dans un grand magasin. Deux nuits de répétition. Les models, cinq ladies d’âge mûr – comme on dit au rayon fruits et légumes – dont moi, ont passé des heures sur un escalator en marche. Un show somptueux se prépare. Moi qui n’ai jamais fait de spectacle de ma vie, sauf Cendrillon à l’école primaire, j’exulte.

Londres, Upper Street. Sylviane, fraîchement débarquée de France, cinquante-cinq ans, cheveux blancs et silhouette de jeune fille, est repérée lors d’un casting sauvage. Sa vie prend un virage à angle droit.
Castings, shootings et défilés se suivent et ne se ressemblent pas. Désormais model, elle découvre la fashion sphère et ses paillettes. Les excentricités de la capitale britannique, sa population bigarrée et sa liberté face aux conventions l’enchantent : elle s’y sent comme chez elle.
Mais, pendant ce temps, en Sologne, son père se meurt et sa mère s’épuise. La vraie vieillesse tisse sa toile…

Dans Moi, vieille et jolie, Sylviane Degunst dévoile, avec humour, les coulisses du mannequinat, et livre une vision décalée du temps qui passe, sur fond de culture british.
 

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