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Par 10/18, publié le 17/12/2019

"The Irishman" : l'adaptation par Martin Scorsese d'un livre-enquête à portée historique

The Irishman, le phénomène cinématographique de la fin 2019, signé Martin Scorsese pour Netflix, repose sur une enquête minutieuse réalisée par Charles Brandt, ancien avocat du tueur à gages de la mafia Frank Sheeran. Cinq ans d'interviews, menées jusqu'à la disparition de ce témoin de premier ordre, et retranscrites dans un ouvrage, initialement intitulé J'ai tué Jimmy Hoffa (Le Masque, 2019). L'occasion, peut-être, de clore enfin l'un des dossiers les plus passionnants de l'histoire du crime et de la pègre aux États-Unis.

En 2004 paraissait aux États-Unis, chez Steerforth Press, I Heard You Paint Houses, signé de l'ex-procureur général du Delaware et avocat Charles Brandt. L'année précédente, son ancien client et ami, l'ancien tueur de la mafia Frank Sheeran, s'était éteint, non sans avoir reconnu au terme de cinq ans d'entretiens sa culpabilité directe dans la disparition et le meurtre non élucidé, en 1975, de Jimmy Hoffa – ancien grand patron du syndicat professionnel des conducteurs routiers, connu pour ses liens troubles avec la mafia italo-américaine de Chicago. Une affaire définitivement abandonnée, irrésolue, par le FBI et l’État du Michigan en 2002, après 27 ans d'enquêtes et de rebondissements.

De quoi attirer tout particulièrement l'attention de Martin Scorsese, notamment connu pour ses films consacrés précisément aux mêmes thèmes, de Mean Streets (1973) aux Infiltrés (2006), en passant par Les Affranchis (1990) ou Casino (1995). Au point d'occasionner une rencontre à New York en 2008 entre l'écrivain/journaliste, le réalisateur et son acteur-culte, Robert de Niro. Puis, dix ans plus tard, la collaboration de Scorsese et de Netflix sur The Irishman, film choral de 3 heures 30, pressenti pour les Oscars, au casting cinq étoiles : Robert de Niro dans le rôle de Sheeran lui-même, Al Pacino, Joe Pesci, Harvey Keitel... 

Avant Charles Brandt, il y avait la fiction selon James Ellroy, qui par exemple dans sa trilogie Underworld USA – et tout particulièrement American Tabloïd – avait clairement mis en scène non seulement le même Jimmy Hoffa, mais son homme de main (imaginaire, cette fois) Pete Bondurant, sur la période 1958-1972. On retrouve d'ailleurs dans The Irishman, forcément, tout l'arrière-plan historique des années 50 et 70 outre-Atlantique : assassinat de JFK, présidences Eisenhower, Kennedy, Johnson, Nixon, Ford.

Mais aussi, de manière nettement plus large, puisque l'on suit toute la biographie de Sheeran, de sa jeunesse badine et galérienne ("J'étais un catholique irlandais de Philly, et avant de rentrer à la maison après la guerre, je n'avais jamais rien fait de vraiment malhonnête, pas même une interpellation pour trouble à l'ordre public") à ses derniers jours, en passant par son expérience traumatisante de la Deuxième Guerre Mondiale ("Cinq cent onze jours passés à tirer et à se faire tirer dessus sur la ligne de front"), puis par son évolution progressive de petit escroc à assassin à la chaîne.

Plus qu'un simple témoignage livré depuis les premières loges, il s'agit là d'un véritable document, augmenté d'un prologue, d'une post-face, d'un épilogue et d'une conclusion ("Histoires qui ne pouvaient pas être racontées jusqu'ici"), désormais disponible chez 10/18.
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