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Par Cherche midi, publié le 20/03/2020

Une nouvelle collection fait son arrivée au cherche midi

Portée par deux grands noms de la pensée contemporaine, la nouvelle collection « Homo Ludens » fait du sport son vaste sujet d’étude et s’interroge autant sur le sportif que sur le corps humain, toujours plus performant(s). Boris Cyrulnik et Edgar Morin offrent, pour ce lancement, de passionnantes réflexions à parcourir entre deux matchs.

Longtemps délaissé par les milieux intellectuels, le sport retient aujourd’hui toute leur attention car il offre une façon d’éclairer notre société. Dirigée par Benjamin Pichery, en co-édition avec l’Insep (Institut national du sport, de l’expertise et de la performance), « Homo Ludens » donne la parole à des intellectuels mais aussi à des scientifiques pour évoquer le « corps en jeu » et comprendre, par le prisme du sport, les enjeux autour de ce corps humain qui ne cesse de s’améliorer. Les premiers volumes, nourris d’entretiens avec Boris Cyrulnik et Edgar Morin, seront suivis de rencontres avec Michel Serres et Pascal Picq à la rentrée.

« Le sport est comme un point d'un hologramme qui porte le tout de la société en lui, mais aussi sa singularité : le jeu, dont le péril de la dégénération en violence est contrôlé par l'arbitre. Il en est de même de la démocratie, contrôlée par le vote. » C’est en prenant comme point d’ancrage le peuple dans sa relation au sport que le sociologue et philosophe Edgar Morin aborde l’entretien réalisé à l’INSEP. Face à une vision économique et sociale qui veut faire du sport une aliénation, il rappelle dans Le sport porte en lui le tout de la société que l'un des caractères fondamentaux de l'être humain, c'est d'être homo ludens, soit l'homme du jeu. Le penseur s’exprime également sur le culte de la jeunesse, l’identité nationale et l’idéologie de la performance.

Le neuro-psychiatre et éthologue Boris Cyrulnik – dont le dernier ouvrage, La nuit, j'écrirai des soleils, a paru chez Odile Jacob en 2018 – nous éclaire, lui, sur la condition humaine. À ses yeux, le sport constitue en effet un excellent terrain de reconstruction pour les personnes handicapées. Il retrouve notamment dans J’aime le sport de petit niveau le concept de résilience, qu’il a popularisé. « La résilience par le sport, c'est la métamorphose du handicap auquel on ne se soumet pas, et qui nous conduit ainsi à la réparation narcissique. Au concept de "morale sportive", je préfère celui d'empathie, dans lequel je me représente le monde de l'autre. » Des réflexions nourries de l’amour que porte l’intellectuel à la pratique sportive.

 Espace de pensée et de libre parole, la collection « Homo Ludens » permet une ouverture de la pensée contemporaine à des lecteurs férus de sport, de philosophie et curieux d’un regard différent sur le monde.

 

Le sport porte en lui le tout de la société
« Le sport est comme un point d’un hologramme qui porte le tout de la société en lui, mais aussi sa singularité : le jeu, dont le péril de la dégénération en violence est contrôlé par l’arbitre. Il en est de même de la démocratie, contrôlée par le vote. Tout système vivant démocratique vit à la limite du danger. La démocratie elle-même manque du système qui lui permettrait d’empêcher un parti totalitaire de prendre le pouvoir. Nous sommes certes dans un monde où la violence délirante s’accroît, et il est curieux que le sport n’y soit pas plus entraîné. On ne lance pas des bombes dans les stades. »
 
Edgar Morin aime le sport en tant qu’il procure de la joie au « peuple ». Il connait la liesse des stades, et particulièrement celle du Maracanã. Mais c’est en sociologue qu’il nous livre son analyse critique du phénomène sportif. Infatigable combattant de la cause des opprimés, le penseur de la complexité s’exprime ici sur l’idéologie de la performance, le culte de la jeunesse et l’identité nationale.
Face à une vision économique et sociale regrettable, qui peut faire du sport une aliénation, Edgar Morin nous rappelle que l’un des caractères fondamentaux de l’être humain, c’est d’être Homo ludens, l’homme du jeu.

J'aime le sport de petit niveau
« La résilience par le sport, c’est la métamorphose du handicap auquel on ne se soumet pas, et qui nous conduit ainsi à la réparation narcissique. Au concept de "morale sportive", je préfère celui d’empathie, dans lequel je me représente le monde de l’autre. Même sans loi, quelque chose m’empêche. Dans le sport, c’est le règlement qui freine, et non le sujet lui-même. L’empathie est plus morale que le sport.
J’aime le sport de “petit niveau” parce qu’il socialise, il moralise, il produit une relation humaine, et fait naître une épopée. »
 
Par le prisme du sport, qu’il a pratiqué jeune adulte, Boris Cyrulnik nous entretient de la « condition humaine », avec la bienveillance qui le caractérise.
Phénomène social majeur du xxe siècle, le sport constitue à ses yeux un magnifique terrain de reconstruction. Le concept de résilience, qu’il a fait connaître, trouve dans le sport une application exemplaire.
Son approche anthropologique le conduit aussi à former l’hypothèse de la naissance des conventions de jeux dès l’avènement de la conscience de l’autre chez l’enfant, et du plaisir qui jaillira de se mesurer à lui. Ainsi, ce « protosport » de l’Homo ludens s’enracinerait dans l’être en devenir dès les premiers temps de l’humanité.

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