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La Découverte
EAN : 9782707185174
Code sériel : 416
Façonnage normé : EPUB2
DRM : Watermark (Tatouage numérique)

Contre-histoire du libéralisme

Bernard CHAMAYOU (Traducteur)
Date de parution : 13/11/2014
Le libéralisme continue d’exercer une influence décisive sur la politique mondiale et de jouir d’un crédit rarement remis en cause. Si les « travers » de l’économie de marché peuvent à l’occasion lui être imputés, les bienfaits de sa philosophie politique semblent évidents. Il est généralement admis que celle-ci relève... Le libéralisme continue d’exercer une influence décisive sur la politique mondiale et de jouir d’un crédit rarement remis en cause. Si les « travers » de l’économie de marché peuvent à l’occasion lui être imputés, les bienfaits de sa philosophie politique semblent évidents. Il est généralement admis que celle-ci relève d’un idéal universel réclamant l’émancipation de tous et de toutes. Or c’est une autre histoire que nous raconte ici Domenico Losurdo, une histoire de sang et de larmes, de meurtres et d’exploitation. Selon lui, le libéralisme est, depuis ses origines, une idéologie de classe au service d’un petit groupe d’hommes blancs, intimement liée aux politiques les plus illibérales qui soient : l’esclavage, le colonialisme, le génocide, le racisme et le mépris du peuple.
Dans cette enquête historique magistrale qui couvre trois siècles, du XVIIe au XXe, Losurdo analyse de manière incisive l’oeuvre des principaux penseurs libéraux – tels que Locke, Burke, Tocqueville, Constant, Bentham ou Sieyès – et en révèle les contradictions. Assumer l’héritage du libéralisme et dépasser ses clauses d’exclusion est une tâche incontournable. Les mérites du libéralisme sont trop importants et trop évidents pour qu’on ait besoin de lui en attribuer d’autres, complètement imaginaires.
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EAN : 9782707185174
Code sériel : 416
Façonnage normé : EPUB2
DRM : Watermark (Tatouage numérique)

Ils en parlent

Bien connu en Italie, le philosophe Domenico Losurdo ne lâche pas prise : sa Contre-histoire du libéralisme est une charge sans merci contre les pères fondateurs, puis les partisans du libéralisme politique en Angleterre, aux États-Unis et en France jusqu’au seuil du XXe siècle. La conjoncture actuelle pourrait faire penser que l’auteur s’acharne sur un moribond. Pourtant, aussi dense et labyrinthique soit-il, l’ouvrage vaut d’être lu. Il met le doigt sur des crimes historiques : l’extermination des Indiens d’Amérique, la traite atlantique, l’esclavage persistant au XIXe siècle, la condition faite aux Noirs d’Amérique du Nord, l’eugénisme et les aspects les plus sombres de l’hygiénisme social.
Nicolas Journet / Sciences Humaines
A l'horizon de cet ouvrage, la critique d'un mythe contemporain tenant lieu de quasi-vérité officielle. Le libéralisme, synonyme de démocratie et de défense des libertés individuelles, aurait été concurrencé au cours du siècle précédent par deux monstres jumeaux, les totalitarismes communistes et nazis. Le nazisme étant pensé comme une réaction de peur panique face au bolchevisme, ce dernier deviendrait le premier responsable des horreurs de cette époque trouble, le véritable « péché originel du XXe siècle ». Mais la parenthèse ouverte en 1917 serait aujourd'hui heureusement refermée, l'histoire reprendrait le cours naturel qu'elle n'aurait jamais dû quitter : le développement du libéralisme politique et économique.
Domenico Losurdo ne se contente pas de dénoncer l'hypocrisie du discours libéral servant en réalité de couverture idéologique à la domination et à l'exploitation. Son objet n'est pas l'écart entre les principes philosophiques et la réalité. Il montre plutôt, de façon difficilement réfutable, que les fameux principes du libéralisme ne sont pas ceux que l'on croit. La philosophie libérale à partir de John Locke jusqu'à la Grande guerre n'a pas grand chose à voir avec celle d'aujourd'hui. Il faut donc se garder de l'illusion rétrospective consistant à projeter le libéralisme politique actuel dans le passé, transformant le libéralisme en une sorte de doctrine éternelle. Le livre accorde une grande importance à l'esclavage et à la colonisation. Non seulement la philosophie libérale n'a pas fait la critique de ces processus de domination, mais elle en a proposé une justification, très souvent d'ordre racial. En ce qui concerne le traitement de la pauvreté, la plupart des auteurs libéraux envisagent l'incarcération des chômeurs dans les fameuses workhouses ou l'enrôlement forcé des marins au terme de véritables rafles dans les quartiers pauvres. Démocratie et protection des droits individuels n'ont ici aucune place. La liberté théorisée par le libéralisme est d'abord la liberté des dominants. Celle des propriétaires du Sud des États-Unis dénonçant comme un despotisme étatique toute tentative d'améliorer par la loi le sort des esclaves. Celle des colons blancs chassant de leurs terres les peuples autochtones. Celle des employeurs refusant le droit d’association aux « instruments bipèdes » (les ouvriers selon Sieyès) et plus largement à la « multitude porcine » (Burke). Bref, selon Losurdo, si la philosophie libérale est bel et bien associée à l'idée de démocratie, il faut préciser immédiatement qu'il s'agit de « la démocratie pour le peuple des seigneurs ». La lecture du livre modifie profondément la perception de la philosophie libérale. Losurdo fait apparaître une continuité, déjà partiellement aperçue par Hannah Arendt, entre le XIXe et le XXe siècle. Le monde libéral d'avant la première guerre mondiale (les États-Unis en particulier) voit s'accumuler un énorme matériel explosif : déportation, déshumanisation, persécution, extermination et obsession de la pureté raciale. Un livre de 1913 paru à Boston s'intitule même : The Ultimate Solution of the American Negro Problem. On aura compris l'intention de Losurdo : montrer que le nazisme plonge ses racines dans la modernité libérale elle-même. Loin d'en être l'antithèse, il en est l'un des accomplissements possibles. Ce que la rhétorique dépassée du « totalitarisme » occulte complètement. En voulant, quoiqu'il en coûte, assimiler communisme et nazisme, on se prive des moyens de comprendre le siècle qui s'est écoulé ainsi que ses catastrophes. S'agit-il au terme de ce parcours d'abandonner le libéralisme ? Non. Il s'agit de prendre acte du fait que les principes actuels du libéralisme sont en réalité la synthèse du libéralisme pour les dominants et des luttes pour la reconnaissance des dominés (ouvriers, femmes et peuples non-blancs). Il s'agit aussi d'avoir conscience des possibilités de régression du libéralisme vers des stades antérieurs de son développement.
Florian Gulli / L'Humanité

Ce qu'en pensent nos lecteurs sur Babelio

  • Teutraem Posté le 19 Janvier 2021
    Excellent ouvrage qui montre bien le paradoxe entre la liberté d'entreprendre et les respects de droits individuels (notamment en ce qui concerne la protection de la propriété et l'incitation à investir) tels que prônés par la théorie du libéralisme, et l'absence totale de reconnaissance de ces mêmes droits à toutes les populations non-européennes. Intéressante lecture, mais qui doit être complétée, notamment par "Why Nations Fail" qui a une grille d'analyse mondiale et non pas uniquement occidentale.
  • jullius Posté le 25 Juin 2019
    Ces vérités qu'il fallait dire sur l'hypocrisie de nos "grands" penseurs libéraux,, c'est Losurdo qui les a dites.
  • fraxinus Posté le 9 Mai 2015
    Domenico Losurdo "décortique" les grands penseurs du libéralisme à travers l 'histoire. Lecture à la fois salutaire et terrifiante pour meiux comprendre le dogme libéral... "Si les « travers » de l’économie de marché peuvent à l’occasion lui être imputés, les bienfaits de sa philosophie politique semblent évidents. Il est généralement admis que celle-ci relève d’un idéal universel réclamant l’émancipation de tous. Or c’est une tout autre histoire que nous raconte ici Domenico Losurdo, une histoire de sang et de larmes, de meurtres et d’exploitation. Selon lui, le libéralisme est, depuis ses origines, une idéologie de classe au service d’un petit groupe d’hommes blancs, intimement liée aux politiques les plus illibérales qui soient : l’esclavage, le colonialisme, le génocide, le racisme et le mépris du peuple. "
  • esamy Posté le 17 Décembre 2014
    Fantastique. Ce livre montre la manière dont le libéralisme en demandant de "laisser faire" doit permettre aux puissants de maintenir un état à l'instant t, profondément injuste et en totale contradiction avec ce qu'il prétend défendre. Ce qui est donc sidérant c'est le décalage de l'époque, très bien documenté dans ce livre, entre ce discours des défenseur acharné de la liberté et l'esclavagisme ainsi que la soumission des pauvres qu'ils considéraient comme indispensable. On voit ici tous les prémices du "workfare" et de la moralisation sous-jacente du peuple à qui il faut absolument laisser les tâches les plus ingrates. Il faut de l'inégalité, c'est bon pour le business, et il faut bien conserver des hommes libres. Les riches pour bien faire. Les colons esclavagistes voulaient "s'auto-gouverner" au nom de la liberté, pour continuer leurs pratiques inhumaines, . Les Etats-Unis libéral par nature ? Illusoire, mensonger. Tous les premiers présidents ont été des négriers d'envergure. Et la révolution française ? Stigmatisée par les libéraux les plus durs de l'époque, qui ne voyaient là qu'une altération de la hiérarchie entre les hommes, à terme néfaste. Car ce qui fascinait les défenseurs de la liberté, c'était l'économie, notamment celle de l'Angleterre, que même nos Lumières, aveuglés... Fantastique. Ce livre montre la manière dont le libéralisme en demandant de "laisser faire" doit permettre aux puissants de maintenir un état à l'instant t, profondément injuste et en totale contradiction avec ce qu'il prétend défendre. Ce qui est donc sidérant c'est le décalage de l'époque, très bien documenté dans ce livre, entre ce discours des défenseur acharné de la liberté et l'esclavagisme ainsi que la soumission des pauvres qu'ils considéraient comme indispensable. On voit ici tous les prémices du "workfare" et de la moralisation sous-jacente du peuple à qui il faut absolument laisser les tâches les plus ingrates. Il faut de l'inégalité, c'est bon pour le business, et il faut bien conserver des hommes libres. Les riches pour bien faire. Les colons esclavagistes voulaient "s'auto-gouverner" au nom de la liberté, pour continuer leurs pratiques inhumaines, . Les Etats-Unis libéral par nature ? Illusoire, mensonger. Tous les premiers présidents ont été des négriers d'envergure. Et la révolution française ? Stigmatisée par les libéraux les plus durs de l'époque, qui ne voyaient là qu'une altération de la hiérarchie entre les hommes, à terme néfaste. Car ce qui fascinait les défenseurs de la liberté, c'était l'économie, notamment celle de l'Angleterre, que même nos Lumières, aveuglés par sa richesse la considéraient comme la plus libérale de toutes les Nations. Et pourtant, quelle société injuste, liberticide, dans laquelle voler menait très souvent à la pendaison. La liberté, si fièrement défendue, sert la plupart du temps les plus puissants. Mieux vaut s'en souvenir lorsque l'on ne réclame que ça.
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