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            La Leçon d'allemand

            Robert Laffont
            EAN : 9782221129111
            Façonnage normé : EPUB2
            DRM : DRM Adobe
            La Leçon d'allemand

            Bernard KREISS (Traducteur)
            Collection : Pavillons Poche
            Date de parution : 01/09/2015

             

             

            Enfermé dans une prison pour jeunes délinquants située sur une île au large de Hambourg, Siggi Jepsen est puni pour avoir rendu une copie blanche lors d'une épreuve de rédaction. Ce n’est pas qu’il n’ait rien à dire sur le sujet « Les joies du devoir », au contraire…
            Bientôt lui...

            Enfermé dans une prison pour jeunes délinquants située sur une île au large de Hambourg, Siggi Jepsen est puni pour avoir rendu une copie blanche lors d'une épreuve de rédaction. Ce n’est pas qu’il n’ait rien à dire sur le sujet « Les joies du devoir », au contraire…
            Bientôt lui reviennent à la mémoire les événements qui ont fait basculer sa vie. Son père, officier de police, est contraint en 1943 de faire appliquer la loi du Reich et ses mesures antisémites à l’encontre de l’un de ses amis d’enfance, le peintre Max Nansen (derrière lequel on peut reconnaître le grand Emil Nolde). À l’insu de son père, Siggi devient le confident de l’artiste et va l’aider à mettre en sécurité ses toiles clandestines. Sa passion pour l’oeuvre le conduit ainsi au refus de l’autorité paternelle et à une transgression (un vol dans une galerie) qui lui vaudra d’être condamné. Mais aux yeux de Siggi, le châtiment porte l’empreinte du zèle coupable de son géniteur. Avec ce roman d’une grande puissance éthique et affective à la fois, qui fit le bruit que l’on imagine lors de sa publication, Siegfried Lenz a rejoint d’emblée les figures majeures du Groupe 47, ces écrivains allemands – parmi lesquels on comptait Günter Grass, Heinrich Böll et Ingeborg Bachmann – qui ont assuré le « redressement » intellectuel de leur pays.

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            EAN : 9782221129111
            Façonnage normé : EPUB2
            DRM : DRM Adobe
            Robert Laffont
            10.99 €
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            Ce qu'en pensent nos lecteurs sur Babelio

            • DanD Posté le 4 Janvier 2019
              “Il valait - il vaut toujours la peine chez nous - de suivre des yeux quelqu'un qui s'eloigne et dont la silhouette se decoupe dans le ciel. C'est tout naturellement qu'on fait halte dans ces cas-la pour concentrer son attention sur les rapports de l'espace et du mouvement. Et chaque fois, on peut se convaincre de la superiorite ecrasante de l'horizon.” Siegfried Lenz reussit a merveille a reproduire ce plat pays ou il nous transporte. L'Elbe arrivant en mer du Nord par un estuaire ou l'eau et la terre se melangent. L'eau partout et de partout. Les hautes vagues de la mer, blanches sous un ciel noir. Les canaux sous les digues. La pluie qui enfange les sols. Et le vent, le vent qui force a avancer penche, qui s'infiltre entre les couches de vetements et les rainures des murs. Ces descriptions de paysages, de leur nature, auraient suffi a me faire apprecier le livre. Mais il y a plus. Beaucoup plus. 1944. La machine de guerre nazie croule. La fin est previsible, sinon carrement visible. Mais en ses territoires, propres ou conquis, le regime s'acharne. Lenz ecrit l'acharnement contre les artistes “degeneres”. On interdit a un peintre de continuer a peindre.... “Il valait - il vaut toujours la peine chez nous - de suivre des yeux quelqu'un qui s'eloigne et dont la silhouette se decoupe dans le ciel. C'est tout naturellement qu'on fait halte dans ces cas-la pour concentrer son attention sur les rapports de l'espace et du mouvement. Et chaque fois, on peut se convaincre de la superiorite ecrasante de l'horizon.” Siegfried Lenz reussit a merveille a reproduire ce plat pays ou il nous transporte. L'Elbe arrivant en mer du Nord par un estuaire ou l'eau et la terre se melangent. L'eau partout et de partout. Les hautes vagues de la mer, blanches sous un ciel noir. Les canaux sous les digues. La pluie qui enfange les sols. Et le vent, le vent qui force a avancer penche, qui s'infiltre entre les couches de vetements et les rainures des murs. Ces descriptions de paysages, de leur nature, auraient suffi a me faire apprecier le livre. Mais il y a plus. Beaucoup plus. 1944. La machine de guerre nazie croule. La fin est previsible, sinon carrement visible. Mais en ses territoires, propres ou conquis, le regime s'acharne. Lenz ecrit l'acharnement contre les artistes “degeneres”. On interdit a un peintre de continuer a peindre. Mais il ne peut s'arreter. Peut-on arreter de respirer? Il peint alors des “peintures invisibles”. Et meme celles-la on les lui prendra, volera, brulera. Lenz s'est inspire de la vie et des vicissitudes d'un artiste reel, Emil Nolde. Nolde avait adhere au parti nazi, c'etait un anti-semite notoire, mais ses oeuvres, expressionnistes, grotesques, aux couleurs truculentes, avaient fini par le designer comme “degenere”. Elles sont confisquees et nombreuses d'elles detruites. Il se retire alors a Seebull dans le nord et produit en cachette des aquarelles qu'il appelle “ses tableaux non-peints”. Dans le livre, Seebull deviendra Rugbull, et Nolde sera denomme Nansen (recouvrant le vrai nom de Nolde, Hansen). Par le personnage du peintre, Lenz rapporte les vacillations de l'artiste, ses deliberations interieures, ses doutes, et nous dispense une etude de la couleur et de la lumiere, a travers les legeres differences de tons, a travers les contrastes de couleurs qui les marient en fin de compte. Comment un artiste se debat pour exprimer son monde, comment il arrive a faire surgir un monde ou personne n'est a sa place, ou les heros ne sont jamais vainqueurs, mais toujours souffrants ou faisant souffrir. Un monde ou les couleurs peuvent donner des frissons. Cette reflexion sur l'art et les debats interieurs de l'artiste suffirait a me faire gouter ce livre. Mais il y a plus, beaucoup plus. Un peintre est interdit de peinture. C'est un policier rural qui doit le lui annoncer, et le controller, s'assurer qu'il n'enfreint pas l'interdiction. Dans cette region rurale, dans ces petits patelins, tout le monde se connait. le peintre et le policier sont amis, ils ont grandi ensemble et le peintre a meme, dans leur jeunesse, sauve la vie au policier. Mais celui-ci a recu un ordre, et il a le sens du devoir, il s'acharnera a remplir cet ordre a la lettre. Son “devoir”, il l'accomplira fanatiquement. Cela comptera plus que tout, que l'amitie, que la logique, au prix de detruire sa propre famille. Il l'accomplira avec une tenacite aveugle, une obstination rageuse qui continuera meme apres la chute du regime. Il ne peut questionner ses ordres, son “devoir”, qui deviendra sa maladie. Par l'entremise du policier Lenz s'attaque a la responsabilite non du regime, non de l'Allemagne, mais de chaque allemand. Il pose le grand dilemme, universel, de tous ceux qui recoivent un ordre, de tous ceux qui accomplissent une mission: ne se doivent-ils pas de jauger cet ordre a l'aune d'une ethique humaine, de valeurs morales? Et comment le faire? Et quel en est le prix? Comment mettre ce prix envisage dans la balance? Qui est capable de peser cela? Combien en seraient, en sont capables? Combien en seraient, en sont capables de l'assumer? Quand et comment l'indifference, l'inconstance, deviennent lachete? Et est-ce que la faiblesse humaine peut faire pardonner, absoudre, l'abandon moral? Lenz nous force a reflechir aux responsabilites de chaque homme, qui redoublent en temps de crise. Il suffirait de cela pour me pousser a louanger ce livre. Mais il y a plus. La lecon d'allemand est la punition d'un jeune delinquant, Siggi (diminutif de Siegfried...), enferme dans une maison de re-education au bord de l'Elbe, en 1954. le pensum qu'il doit ecrire sur “les joies du devoir”. Il ecrit et ecrit, et n'arrete pas d'ecrire. Ses souvenirs. Lenz melange en virtuose ce que Siggi ecrit et ce qui se passe reellement pendant sa detention. le lecteur finira par savoir, en fin de livre, pourquoi il est detenu, quelle est sa faute. Mais le gros des armees de Cesar, le gros du livre, sont les souvenirs d'enfance et de jeunesse que Siggi couche sur le papier. A Rugbull, pres de la mer du Nord, pres de la frontiere danoise. Dechire entre un pere autoritaire a l'extreme, policier imbu de la superiorite de sa charge et mu par un sens du “devoir” exacerbe, jamais mis en cause, jamais mis en question, et un “oncle” peintre, qu'il admire et qui lui octroie le peu de chaleur humaine dont il a besoin. Son pere le somme d'espionner le peintre, alors que ce dernier representera pour lui la generosite, un certain altruisme, et s'aidera de lui pour cacher ses oeuvres. Il l'introduira aux mysteres de la couleur, a la valeur de l'art, et Siggi deviendra un amateur inspire, puis un collectionneur enflamme, frenetique, developpant une phobie malsaine l'amenant apres la fin de la guerre a voler des oeuvres d'art et les cacher, de peur qu'elles ne soient detruites. Siggi aussi developpera donc, malgre lui, un sens de la responsabilite, du devoir, qui annihilera tout concept de faute, toute pensée de culpabilite. Arrete, juge, inculpe, enferme, il ecrira des cahiers entiers sur “les joies du devoir”, beaucoup plus que ne lui demandaient ses maitres, ses geoliers, pour essayer de comprendre ce qu'a signifie dans sa vie le devoir, les differents sens donnes a ce terme par differentes personnes de son entourage et l'influence que cela a eu sur lui, pour le meilleur et pour le pire. Et le lecteur ne sait si compatir ou accuser. Lenz excelle a nuancer le personnage, ses doutes, ses tergiversations, et en fin de compte son acharnement, sa folie. Il excelle a eveiller notre empathie, malgre tout. C'est une victime, qui nous renvoie a l'ancienne interrogation-indignation soulevee par le prophete Jeremie: “les peres ont mange du verjus et les dents des enfants en sont agacees”. Siggi est le sacrifie qu'ont porte ses parents, la generation de ses parents, sur l'autel du devoir. Oui, il est un personnage touchant. Mais Lenz a fait plus que planter un personnage. Beaucoup plus. Ce livre est l'opus magnum de Lenz. Une des plus grandes oeuvres de la literature allemande d'apres guerre. Une ecriture splendide. Majestueuse dans ses descriptions de l'environnement, de la nature. Admirable dans les questions qu'elle souleve, dans le domaine de l'ethique et dans le domaine de l'art. Fastueuse dans la profusion de details de la vie quotidienne, de gestes qu'on arrive a voir, realistes comme des photos prises a l'insu de leurs protagonnistes. Ce livre ne m'a pas ete qu'un plaisir de lecture. Plus que ca. Beaucoup plus.
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            • tynod Posté le 21 Septembre 2018
              Après la seconde guerre mondiale, enfermé dans une maison de redressement, située le long de l’ Elbe, le jeune Siggi Jepson se confie. Il raconte son village natal, Rugbüll, perdu sur les bords de la mer du Nord, contrée grise, battue par les tempêtes. Il décrit , avec talent, la vie quotidienne , pendant les années de guerre, le bruit des bottes, au loin, les directives berlinoises. Il parle de sa famille et dessine un portrait précis et efficace, de son père, le brigadier de Rugbüll, orgueilleux, intransigeant, possédant un sens aigu du devoir qui frise la bêtise. Opposé au policier, l’ecrivain croque le personnage de Nansen, peintre de renom, libre et tolérant. les deux hommes s’affontent sous le regard du petit garçon. Ce roman de Siegfried Lenz est, comme toute son œuvre, époustouflant et très cinématographique. J ‘imagine un metteur en scène, tel Michael Haneke, s’emparer de cette histoire qui vous poursuit, longtemps, après avoir refermé le livre.
            • JeanPierreV Posté le 28 Juin 2018
              Siggi Jepsen devait rédiger un devoir sur le thème "Les joies du devoir"... Il rend une copie blanche. Non pas par manque d'inspiration, mais il a tant de choses à dire. Alors il est puni, il restera enfermé dans sa chambre du centre de redressement où il se trouve, tant qu'il n'aura pas achevé son devoir. Siggi se met alors à écrire, écrire, sans jamais s’arrêter. Cahier après cahier, jour après jour, mois après mois il raconte le plat pays, les brumes et le froid de cette Allemagne du Nord, son père policier, son ami peintre, les derniers mois de guerre, l'après guerre. Personne en peut l'arrêter. Jens Ole Jepsen, son père, était le responsable du poste de Police de Rugbüll. A vélo il effectuait son travail de policier de l'Allemagne nazie, surveillait les gens, et surtout faisait respecter sans état d'âme les décisions prises par le régime. Toutes les décisions, même celles qui touchaient ses amis. Il eut notamment à notifier l'interdiction de peindre à son ami Max Ludwig Nansen peintre sans doute considéré comme dégénéré car non conformiste par le régime. "....il provoquait sur sa toile des hémorragies de gris étain, quand il recourait au violet furieux et au... Siggi Jepsen devait rédiger un devoir sur le thème "Les joies du devoir"... Il rend une copie blanche. Non pas par manque d'inspiration, mais il a tant de choses à dire. Alors il est puni, il restera enfermé dans sa chambre du centre de redressement où il se trouve, tant qu'il n'aura pas achevé son devoir. Siggi se met alors à écrire, écrire, sans jamais s’arrêter. Cahier après cahier, jour après jour, mois après mois il raconte le plat pays, les brumes et le froid de cette Allemagne du Nord, son père policier, son ami peintre, les derniers mois de guerre, l'après guerre. Personne en peut l'arrêter. Jens Ole Jepsen, son père, était le responsable du poste de Police de Rugbüll. A vélo il effectuait son travail de policier de l'Allemagne nazie, surveillait les gens, et surtout faisait respecter sans état d'âme les décisions prises par le régime. Toutes les décisions, même celles qui touchaient ses amis. Il eut notamment à notifier l'interdiction de peindre à son ami Max Ludwig Nansen peintre sans doute considéré comme dégénéré car non conformiste par le régime. "....il provoquait sur sa toile des hémorragies de gris étain, quand il recourait au violet furieux et au blanc froid pour peindre ce vent de nord-ouest". Alors avec zèle il le surveillera, confisquera ses œuvres, les détruira, faisant fi de leur amitié passée ! Un ordre est un ordre ! Zu Befehl ! Le gamin assiste à cette violence, mais ne reste pas impuissant. Il fait ce que sa conscience lui impose et enfreint les ordres de son père. Un devoir bien différent de celui de son père... Je n'en dirai pas plus. Les mois se succèdent, l'Allemagne est délivrée du régime nazi. Mais toutes les consciences ne le sont pas. Le devoir tourne à l'obsession, à la folie. Les cahiers s'empilent et la gamin raconte cette atmosphère pesante, ces manteaux de cuir, ces tempêtes de vent, cette amitié avec le peintre, ces conversations entre deux amis le peintre et le policier qui, par devoir, deviendra son ennemi, la folie de l'un, l'extravagance artistique de l'autre rejetée par le régime, l'amitié du gamin pour le peintre, le regard du gamin sur son père.... On découvre au fil des pages Un autre devoir, celui du gamin....devoir des uns, devoir des autres...une notion bien personnelle. Cette présentation de l'Allemagne nazie, de l'oppression du régime modelant les idées et les pensées, imposant ce qu'est le beau m'a séduit. L'auteur n'évoquera jamais ce qui fait le sujet de la quasi totalité des autres romans ayant pour thème cette période, les Juifs, les camps...Pas ou très peu de violence physique, la seule violence exercée par ou sur les personnages est la violence exercée sur les esprits par ce régime. Une violence qui oppresse les hommes. Un peu comme ce ciel gris, ces tempêtes, ce vent contre lequel on doit lutter pour avancer, ce froid de cette Allemagne du Nord. Belle découverte de cette auteur. "Ce qu'il y a dans la tête, vous ne pouvez pas le confisquer." (P. 173)......s'il n'y avait qu'une phrase à retenir, ce serait celle que je retiendrais Merci à toi, mon ami Bernard, toi qui avant de partir, vaincu par le crabe, as souhaité me laisser cet ouvrage. Tu aimais l'Allemagne, la liberté, l'art. Tu détestais les cons et le prétentieux. Tu aimais les gens simples. Tu me manques.
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            • clairejeanne Posté le 21 Janvier 2018
              Mais quel grand bonheur de lire un livre comme celui-là ! Un bonheur bien trop rare de rencontrer cette littérature qui sort complètement de l'ordinaire, qui comble le lecteur d'une joie sans pareille. Une île sur l'Elbe, tout au nord de l'Allemagne, dans un établissement pour "jeunes délinquants" : le jeune Siggi Jepsen, dont on ne comprend que bien plus tard ce qu'il fait là, est puni parce qu'il a rendu feuille blanche à son devoir d'allemand. Le sujet : "Les joies du devoir" ; pourtant il sait ce qu'il peut écrire, l'histoire de son père correspond exactement. Mais comment mettre de l'ordre dans toutes ses pensées, par où commencer ? Pris par le temps de la réflexion, Siggi n'a pas celui de rédiger. Alors il est enfermé dans une chambre-cellule pour faire ce travail-punition. 1943 sans doute, son père est le représentant local de la police ; de Berlin, un jour, est arrivé un ordre qu'il doit transmettre. Le peintre Max Ludwig Nansen n'a plus le droit de faire des tableaux. Le policier Jens Ole Jepsen - père du narrateur - est ami d'enfance du peintre, mais son devoir est d'appliquer les ordres ; il ira jusqu'à confisquer des feuillets... Mais quel grand bonheur de lire un livre comme celui-là ! Un bonheur bien trop rare de rencontrer cette littérature qui sort complètement de l'ordinaire, qui comble le lecteur d'une joie sans pareille. Une île sur l'Elbe, tout au nord de l'Allemagne, dans un établissement pour "jeunes délinquants" : le jeune Siggi Jepsen, dont on ne comprend que bien plus tard ce qu'il fait là, est puni parce qu'il a rendu feuille blanche à son devoir d'allemand. Le sujet : "Les joies du devoir" ; pourtant il sait ce qu'il peut écrire, l'histoire de son père correspond exactement. Mais comment mettre de l'ordre dans toutes ses pensées, par où commencer ? Pris par le temps de la réflexion, Siggi n'a pas celui de rédiger. Alors il est enfermé dans une chambre-cellule pour faire ce travail-punition. 1943 sans doute, son père est le représentant local de la police ; de Berlin, un jour, est arrivé un ordre qu'il doit transmettre. Le peintre Max Ludwig Nansen n'a plus le droit de faire des tableaux. Le policier Jens Ole Jepsen - père du narrateur - est ami d'enfance du peintre, mais son devoir est d'appliquer les ordres ; il ira jusqu'à confisquer des feuillets blancs où l'artiste Max Nansen aurait pu peindre de l'invisible... A travers le narrateur Siggi, son frère Klaas qui s'est volontairement blessé pour ne pas faire la guerre, le père rigoriste et la figure un peu mystérieuse de la mère - en tout cas vue ainsi par l'enfant d'alors - c'est tout un monde, une époque, des gens, une façon de vivre dont nous parle l'auteur ; l'histoire dans son ensemble est indirectement liée à la guerre et dépasse de beaucoup les circonstances de ce conflit. En parallèle, il y a ce qui se déroule dans l'institution, les responsables qui veulent arrêter la punition au bout d'un certain temps, mais Siggi a tant à dire qu'il doit terminer ce qu'il écrit ; le surveillant, Joswig, celui qui souffre autant que les punis, assure une sorte de réconfort et d'humanité ; et il y a une délégation de psychologues en visite dans l'établissement, dont un, Wolfgang Makkenroth, prend le cas de Siggi comme thème de son rapport pour son diplôme, ce qui fournit un éclairage supplémentaire et un recul intéressants sur la conduite de Siggi par rapport à l'obsession de son père, empêcher le peintre de peindre ou confisquer ses oeuvres, même après la fin de la guerre. Il y a des pages - beaucoup - absolument magnifiques sur la peinture, sur l'enfance et la façon dont elle perçoit les adultes et sur le fait d'écrire, le travail d'écrivain ; la mer du Nord, ses digues, le vent fort sont aussi des personnages à part entière du récit. Un superbe "classique" allemand, à lire absolument ! Extrait (p 40) "... Ces fous-là ; comme s'ils ne savaient pas que c'est impossible : interdiction de peindre. Sans doute, avec de tels moyens on peut faire beaucoup de choses et on peut en empêcher beaucoup d'autres ; mais pas toutes : on ne peut pas empêcher quelqu'un de peindre."
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            • stcyr04 Posté le 14 Avril 2017
              "Les joies du devoir". Pour avoir séché sur ce sujet pris comme argument d'une dissertation, le jeune Siggi Jepsen se trouve consigné dans la chambre qu'il occupe dans un institut insulaire de redressement pour adolescent délinquant. La page demeura blanche non par manque d'inspiration ou de bonne volonté, plutôt parce que le sujet éveillait des images irrépressibles qui, se bousculant dans l'esprit du reclus, rendait toute composition impossible par l’incapacité de ce dernier à les ordonner pour enfin trouver la manière idoine de débuter son essai. Condamné à l'isolement jusqu'à la complète rédaction du sujet imposé, Siggi se laisse emporter par le flux des réminiscences que les "joies du devoir" ont irrésistiblement déclenché chez lui, au point de rester attelé à sa tâche des mois durant. Il se souvient du cadre de son enfance, le Schleswig-Holstein, land le plus septentrional de l'Allemagne, aux paysages de moulins, de dunes, de canaux, de tourbières et de digues battu par les assauts inlassables de la Mer du Nord, parcourus par les vents violents que soulève cette dernière et traversée par le cours majestueux de l'Elbe. Il se rappelle surtout de l'incarnation du devoir que fut pour lui son père, obscur officier... "Les joies du devoir". Pour avoir séché sur ce sujet pris comme argument d'une dissertation, le jeune Siggi Jepsen se trouve consigné dans la chambre qu'il occupe dans un institut insulaire de redressement pour adolescent délinquant. La page demeura blanche non par manque d'inspiration ou de bonne volonté, plutôt parce que le sujet éveillait des images irrépressibles qui, se bousculant dans l'esprit du reclus, rendait toute composition impossible par l’incapacité de ce dernier à les ordonner pour enfin trouver la manière idoine de débuter son essai. Condamné à l'isolement jusqu'à la complète rédaction du sujet imposé, Siggi se laisse emporter par le flux des réminiscences que les "joies du devoir" ont irrésistiblement déclenché chez lui, au point de rester attelé à sa tâche des mois durant. Il se souvient du cadre de son enfance, le Schleswig-Holstein, land le plus septentrional de l'Allemagne, aux paysages de moulins, de dunes, de canaux, de tourbières et de digues battu par les assauts inlassables de la Mer du Nord, parcourus par les vents violents que soulève cette dernière et traversée par le cours majestueux de l'Elbe. Il se rappelle surtout de l'incarnation du devoir que fut pour lui son père, obscur officier de police, représentant modèle de l'ordre, exécutant obéissant et consciencieux des lois de son pays, qui imposa silence à la voix de l'amitié qui le liait depuis l'enfance à Max Nansen, artiste peintre de son état, qui l'avait jadis sauvé de la noyade, pour se faire l'instrument inflexible et aveugle des lois injustes dont l’ostracisme devait frapper son ami. En réaction à la conduite de son père qui agit comme un repoussoir, la personnalité du garçon se forge dans le refus de l'autorité, dans une certaine propension au secret et à l'action subreptice. La figure marquante du père, image de la terrifiante bonne conscience du zélé fonctionnaire, apparaît comme un symbole de ce sur quoi le totalitarisme s'appui - une chaîne ininterrompue de responsabilités limitées mais concretes, pour légitimer et consolider son pouvoir. En parcourant ce roman le lecteur se retrouve naturellement enclin à réfléchir sur la problématique du devoir, sur sa portée. Faut-il absolument et automatiquement se plier au devoir, à l'autorité de principes, d'idéaux, amenés peut-être à évoluer en fonction des changements de gouvernance, de mentalités? Ne devons-nous pas nous révolter faces à des ordres si on les juge injustes, préférer l'intégrité éthique de la fidélité envers sa nature profonde? Un roman bien écrit, relevé d'un humour discret et laissant une image qui perdure des paysages et des habitants de ce land qui confine au Danemark.
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