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            Une trop bruyante solitude - Pavillons poche

            Robert Laffont
            EAN : 9782221129869
            Façonnage normé : EPUB2
            DRM : DRM Adobe
            Une trop bruyante solitude - Pavillons poche

            Anne-Marie DUCREUX-PALENICEK (Traducteur)
            Collection : Pavillons Poche
            Date de parution : 20/12/2012

            À l'occasion de la sortie inédite en France du film Une trop bruyante solitude de Véra Caïs avec Philippe Noiret, les Éditions Robert Laffont nous font redécouvrir le chef d'oeuvre de Bohumil Hrabal.

            Voilà trente-cinq ans que M. Hanta nourrit la presse d'une usine de recyclage où s'engloutissent jour après jour des tonnes de livres interdits par la censure, et jusqu'aux chefs-d'oeuvre de l'humanité. « Ce genre d'assassinat, ce massacre d'innocents, il faut bien quelqu'un pour le faire. » Hanta travaille, boit de la bière,...

            Voilà trente-cinq ans que M. Hanta nourrit la presse d'une usine de recyclage où s'engloutissent jour après jour des tonnes de livres interdits par la censure, et jusqu'aux chefs-d'oeuvre de l'humanité. « Ce genre d'assassinat, ce massacre d'innocents, il faut bien quelqu'un pour le faire. » Hanta travaille, boit de la bière, déambule dans les rues de Prague, lit, et ressasse la mission dont il s'est investi : sauver la culture en arrachant à la mort des trésors si injustement condamnés. Il en sauve jusqu'à deux tonnes qu'il entasse au-dessus de son lit. Mais à ce jeu de cache-cache, son rendement baisse. Rejeté, abandonné de tous, il ne lui reste plus qu'à rejoindre ses livres bien-aimés.
            Le lecteur suit les pensées de Hanta à travers un long monologue obsessionnel et émaillé d'images singulières. Hanta revient sans cesse sur son travail, son passé et, sans le dire réellement, sur la solitude qui le mine. C'est le destin d?un homme, un ouvrier, rattrapé par une modernité assassine.
            Publié d'abord en 1976, traduit dans plus d'une dizaine de langues, ce soliloque, révélant l'absurdité tragicomique du quotidien, à propos duquel Hrabal disait : « Je ne suis venu au monde que pour écrire Une trop bruyante solitude », est un splendide apologue de la « normalisation », machine à broyer l'esprit, dont Hrabal fut lui-même la victime.

            Jusqu’alors inédit en France, Une trop bruyante solitude sort le 16 novembre 2011 dans de nombreuses salles. La réalisatrice sera en tournée à Paris et en Province pour rencontrer le public. Co-écrit par Bohumil Hrabal, le film de Véra Caïs bénéficie d’un casting prestigieux avec Philippe Noiret et Jean-Claude Dreyfus dans les rôles titre.

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            EAN : 9782221129869
            Façonnage normé : EPUB2
            DRM : DRM Adobe
            Robert Laffont
            5.99 €
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            Ce qu'en pensent nos lecteurs sur Babelio

            • christinebeausson Posté le 29 Mai 2019
              Suite à ma lecture de Jonas Fink tome 2 : le libraire de Prague, il m'a été suggéré de relire "Une trop bruyante solitude" de Bohumil Hraba, un livre lu il y a une petite quarantaine d'années. J'avoue que mes souvenirs étaient plutôt très flous. Cette lecture est une vraie redécouverte. Prague, les sous sols de Prague où dans les égouts, deux clans se repoussent en une guerre absurde, des mots qui claquent, qui font très mal et qui sont toutefois écrits "des anges déchus travaillent dans les caves, des hommes cultivés, vaincus dans une bataille qu'ils ne menèrent jamais, mais qui, malgré tout, ne cessent de perfectionner la description du monde". Prague, les sous sols de Prague où des tombereaux de livres juste édités sont détruits dans la machine à pilonner, des accusations implacables contre la bêtise : "ces œuvres là, pourtant, quelqu'un avait dû les écrire, quelqu'un les corriger, les lire, les illustrer, puis les faire imprimer avant de les relier; et quelqu'un d'autre avait dû décider qu'elles n'étaient pas lisibles, les censurer, les expédier à la décharge". Prague, les sous sols de Prague où une gigantesque machine prenait la ville dans sa gueule, une machine qui avec ses mâchoires gigantesques dévoraient... Suite à ma lecture de Jonas Fink tome 2 : le libraire de Prague, il m'a été suggéré de relire "Une trop bruyante solitude" de Bohumil Hraba, un livre lu il y a une petite quarantaine d'années. J'avoue que mes souvenirs étaient plutôt très flous. Cette lecture est une vraie redécouverte. Prague, les sous sols de Prague où dans les égouts, deux clans se repoussent en une guerre absurde, des mots qui claquent, qui font très mal et qui sont toutefois écrits "des anges déchus travaillent dans les caves, des hommes cultivés, vaincus dans une bataille qu'ils ne menèrent jamais, mais qui, malgré tout, ne cessent de perfectionner la description du monde". Prague, les sous sols de Prague où des tombereaux de livres juste édités sont détruits dans la machine à pilonner, des accusations implacables contre la bêtise : "ces œuvres là, pourtant, quelqu'un avait dû les écrire, quelqu'un les corriger, les lire, les illustrer, puis les faire imprimer avant de les relier; et quelqu'un d'autre avait dû décider qu'elles n'étaient pas lisibles, les censurer, les expédier à la décharge". Prague, les sous sols de Prague où une gigantesque machine prenait la ville dans sa gueule, une machine qui avec ses mâchoires gigantesques dévoraient les immeubles, "écrasaient, détruisaient, rejetaient devant elles tout ce qui pouvait leur barrer la route". Mon édition datant de 1983, propose des versions différentes de la fin ... curiosité mais je crois que la fin d'une histoire n'est pas le plus important ... c'est plutôt le contenu de ce qui c'est passé qui lui, ne change pas ... et c'est certainement ce qui fait le plus de mal !
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            • Warrenbismuth Posté le 25 Janvier 2019
              Bien curieux petit roman que cette « Trop bruyante solitude » de l’écrivain tchèque Bohumil HRABAL (1914-1997) dont j’ai découvert l’existence grâce au très joli « L’ultime parade de Bohumil Hrabal » du grand Jacques JOSSE, ce dernier paru en 2016 chez La Contre Allée. Dans son livre, JOSSE insiste sur ce roman aujourd’hui présenté en nos colonnes, le présentant comme une relique, un mal nécessaire et un chef d’oeuvre. Écrit en 1975, ce bouquin sort en 1976 en Tchécoslovaquie sous forme de samizdat (dans la clandestinité). HRABAL a régulièrement été atteint par la censure, considéré comme dangereux aux yeux du pouvoir communiste. Hanta, le personnage central de cette histoire, travaille dans un atelier de destruction de papiers en tout genre depuis 35 ans à Prague : livres, toiles de peintres, journaux, emballages de boucheries souillés de sang, etc. Il utilise une presse pour son travail dans une cave infestée de rats et de souris. Seulement, il voit passer beaucoup de livres près d’être pilonnés, il décide d’en sauver quelques-uns, lui l’illettré. Comme les papiers détruits forment de grosses balles, il décide de placer au centre, en leur noyau, un livre indemne, comme un coeur qui bat. Un bouquin par... Bien curieux petit roman que cette « Trop bruyante solitude » de l’écrivain tchèque Bohumil HRABAL (1914-1997) dont j’ai découvert l’existence grâce au très joli « L’ultime parade de Bohumil Hrabal » du grand Jacques JOSSE, ce dernier paru en 2016 chez La Contre Allée. Dans son livre, JOSSE insiste sur ce roman aujourd’hui présenté en nos colonnes, le présentant comme une relique, un mal nécessaire et un chef d’oeuvre. Écrit en 1975, ce bouquin sort en 1976 en Tchécoslovaquie sous forme de samizdat (dans la clandestinité). HRABAL a régulièrement été atteint par la censure, considéré comme dangereux aux yeux du pouvoir communiste. Hanta, le personnage central de cette histoire, travaille dans un atelier de destruction de papiers en tout genre depuis 35 ans à Prague : livres, toiles de peintres, journaux, emballages de boucheries souillés de sang, etc. Il utilise une presse pour son travail dans une cave infestée de rats et de souris. Seulement, il voit passer beaucoup de livres près d’être pilonnés, il décide d’en sauver quelques-uns, lui l’illettré. Comme les papiers détruits forment de grosses balles, il décide de placer au centre, en leur noyau, un livre indemne, comme un coeur qui bat. Un bouquin par grosse boule, comme un livre caché qui pourra être miraculeusement retrouvé plus tard pour continuer à circuler, on pense ici bien sûr au « Fahrenheit 451 » de Ray BRADBURY. Devant sa presse, Hanta tue le temps en vidant force cruches de bière, sorte d’élixir lui faisant tenir le coup, puisqu’il magnifie ces bouquins que pourtant il détruit, tout comme il en détruit l’encre par des procédés chimiques, rendant impossible l’héritage tant désiré. Parfois il enrobe les balles de toiles de peintres, pour les habiller, les rendre plus jolies. Hanta chérit « ses » livres, leur propose une deuxième vie, une résurrection (on croise régulièrement les visages de Jésus et Lao-Tseu), il en garde d’ailleurs une belle quantité par-devers lui. Seulement, son monde va s’écrouler, ce monde où il allait à son rythme, lent (provoquant le mépris de son supérieur), ce monde onirique provoqué par des vues de couvertures de livres, un monde certes cloisonné mais figure d’un certain espace sécurisé. En effet, une presse hydraulique géante va remplacer celle de son atelier, sur laquelle il suffira d’actionner quelques leviers et boutons pour accomplir en un temps record une tâche bien supérieure que celle de Hanta jadis. De nouveaux ouvriers, jeunes et dénués de sentimentalisme pour le monde de la lecture, vont à leur tour actionner la machine infernale sans même penser à leurs gestes. Désespéré, Hanta va mettre en scène sa propre mort, comme HRABAL a peut-être mis la sienne propre en scène. Dans ce livre, le monstre totalitaire est plus que sous-jacent. Il côtoie pourtant les anges, les anciennes amours du narrateur Hanta. Ce roman est un long monologue, fait de rires et de désillusions, de farces et de désenchantements. HRABAL dépeint le système communiste par allégories, l’absence de liberté, le productivisme à outrance, l’impossibilité d’aimer, l’individualisme provoqué par la folie du système en place. Il se rapproche beaucoup de l’atmosphère de l’un de ses maîtres et concitoyens, KAFKA. L’influence d’un ORWELL de « 1984 » ou d’un ZAMIATINE de « Nous » est très prégnante dans cette espèce de bureaucratie contrôlant tout. Quant aux passages plus absurdes, ils semblent extirpés de pages de Samuel BECKETT. Le rendu est profondément dystopique, et sa brièveté le rend encore plus puissant et saisissant, Hanta pouvant être vu comme une sorte de résistant à la machine totalitaire. Il y laissera sa peau. « Une trop bruyante solitude » est typiquement le genre de bouquins où l’on ne comprend pas tout, par son immense richesse, ses images nombreuses, un bouquin duquel on ressort secoués et emplis de questionnements. Il est indéniable qu’une nouvelle lecture sera nécessaire, elle permettra d’entrouvrir de nouvelles portes dans un monde du plausible. https://deslivresrances.blogspot.fr/
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            • Pandorra Posté le 16 Janvier 2019
              D'une étonnante poésie, non pas douce, agréable mais brutale, déroutante. Durant ma lecture je me demandais si c'était autobiographique tellement Hanta me semblait être réel, racontant son histoire, comme un acteur sur une scène de théâtre qui soliloque, avec quelques cruches de bières en plus. Alors nous le suivons à travers ses souvenir, parfois gênant mais amusant, parfois d'une grande tristesse et parfois un peu... dégoûtant [masquer] comme le passage sur les restes de son Oncle [/masquer]... et toujours présente cette trop bruyante solitude le ronge, heureusement les livres, des trésors qu'il doit hélas détruire, lui apportent un certain réconfort, il se cultive presque malgré lui, admiratif, il en sauve quelques uns et les emportent chez lui. Cela me faisait penser à un enfant qui aurait trouvé un animal blessé et l'aurait ramené chez lui pour en prendre soin. Et naïvement, humainement, il rêve qu'il pourra racheter sa vieille presse, l'installer chez lui et faire de la destruction une oeuvre d'art. Mais la vie est dure, cruelle et les hommes le sont davantage, son supérieur le rabaisse, le monde change il le voit, il ne trouve plus sa place, les choses évolues et cela l'abîme profondément, il l'accepte... D'une étonnante poésie, non pas douce, agréable mais brutale, déroutante. Durant ma lecture je me demandais si c'était autobiographique tellement Hanta me semblait être réel, racontant son histoire, comme un acteur sur une scène de théâtre qui soliloque, avec quelques cruches de bières en plus. Alors nous le suivons à travers ses souvenir, parfois gênant mais amusant, parfois d'une grande tristesse et parfois un peu... dégoûtant [masquer] comme le passage sur les restes de son Oncle [/masquer]... et toujours présente cette trop bruyante solitude le ronge, heureusement les livres, des trésors qu'il doit hélas détruire, lui apportent un certain réconfort, il se cultive presque malgré lui, admiratif, il en sauve quelques uns et les emportent chez lui. Cela me faisait penser à un enfant qui aurait trouvé un animal blessé et l'aurait ramené chez lui pour en prendre soin. Et naïvement, humainement, il rêve qu'il pourra racheter sa vieille presse, l'installer chez lui et faire de la destruction une oeuvre d'art. Mais la vie est dure, cruelle et les hommes le sont davantage, son supérieur le rabaisse, le monde change il le voit, il ne trouve plus sa place, les choses évolues et cela l'abîme profondément, il l'accepte finalement, résigné [masquer]en se donnant la mort dans cet endroit, le seul pour lui, qui était sa place, avec sa presse, les souris et le vieux papier... [/masquer] C'est comme une cycle, la boucle est bouclée, tout n'est que répétition, un mouvement de va-et-vient, éternel recommencement auquel les nombreuses répétitions font échos, jusqu'à la fin. C'est une lecture qui me laisse perplexe, je crois qu'il faut un certain temps pour en saisir la porté, la profondeur.
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            • Erik35 Posté le 1 Octobre 2018
              LE TROP BRUYANT RIRE DE BOHUMIL HRABAL... Une fois n'est pas coutume, la critique qui suit n'est pas, pour une assez large part, de votre humble serviteur mais tirée sans autre forme de procès d'un site canadien un peu confidentiel nommé "érudit". le nom ne doit pas effrayer. C'est plutôt "intelligent" ou "sensible" ou encore "pertinent" qu'il aurait du se nommer. Seule cette rapide introduction et quelques brefs mots de conclusion sont strictement personnels. Et parce que la chronique qui suit, oeuvre d'une grande finesse d'analyse de l'autrice et critique dramatique québécoise Josée Bilodeau, est en tout point parfaite, que ce texte "Une trop bruyante solitude" n'a de cesse de m'écraser de son génie (quelque chose au-delà de la claque : un pur coup de poing dans mes "humeurs" comme l'auraient écrit nos vieux classiques) depuis trois semaines révolues que je l'ai, enfin, découvert - encore l'un de ces ouvrages dont on sait pertinemment qu'ils vous attendent, sans bien savoir pourquoi, sans bien savoir comment, mais dont vous différez sans cesse l'approche, parce que quelque chose en eux vous fiche la trouille... Et, dans une certaine mesure, vous aviez raison d'avoir les pétoches ! -, que j'ai beau tourner et retourner... LE TROP BRUYANT RIRE DE BOHUMIL HRABAL... Une fois n'est pas coutume, la critique qui suit n'est pas, pour une assez large part, de votre humble serviteur mais tirée sans autre forme de procès d'un site canadien un peu confidentiel nommé "érudit". le nom ne doit pas effrayer. C'est plutôt "intelligent" ou "sensible" ou encore "pertinent" qu'il aurait du se nommer. Seule cette rapide introduction et quelques brefs mots de conclusion sont strictement personnels. Et parce que la chronique qui suit, oeuvre d'une grande finesse d'analyse de l'autrice et critique dramatique québécoise Josée Bilodeau, est en tout point parfaite, que ce texte "Une trop bruyante solitude" n'a de cesse de m'écraser de son génie (quelque chose au-delà de la claque : un pur coup de poing dans mes "humeurs" comme l'auraient écrit nos vieux classiques) depuis trois semaines révolues que je l'ai, enfin, découvert - encore l'un de ces ouvrages dont on sait pertinemment qu'ils vous attendent, sans bien savoir pourquoi, sans bien savoir comment, mais dont vous différez sans cesse l'approche, parce que quelque chose en eux vous fiche la trouille... Et, dans une certaine mesure, vous aviez raison d'avoir les pétoches ! -, que j'ai beau tourner et retourner mes envies d'en dire quelque chose d'un tant soit peu à la hauteur : cette fois, je me sens dépassé : il me manque encore certainement plusieurs relectures de ce bref mais dévastateur monument d'humour grinçant et de vérités cruciales pour vraiment pouvoir en exprimer quelque chose de respectueux du texte et du bonhomme Hrabal (je pense que ce genre d'attitude l'aurait infiniment fait pouffer de rire... Et il m'aurait certainement proposé de m'enfiler une pinte de bière pour faire passer cela, mais qu'importe, je n'y reviendrai pas ! Pas cette fois, en tous les cas.) Voici donc cette chronique, dont le prétexte fut celui d'une mise en scène de l'oeuvre par un certain Téo Spychalski. Les références à cette pièce sont donc régulières mais n'enlèvent rien, au contraire, à la critique profonde et lumineuse du texte de Bohumil Hrabal : «Téo Spychalski proposait l'automne dernier son adaptation théâtrale d'un des chefs d'oeuvre de l'écrivain tchèque Bohumil Hrabal (1914-1997), Une trop bruyante solitude (1975). le directeur artistique du Groupe de la Veillée a déclaré en entrevue vouloir depuis longtemps porter à la scène ce petit roman de quelque cent vingt pages, reconnaissant dans la confession directe de l'antihéros de Hrabal une riche matière dramaturgique. Le personnage central de cette oeuvre tragicomique, Hanta, est un homme simple qui, depuis trente-cinq ans, pilonne livres, vieux papiers et oeuvres d'art dans une cave humide infestée de souris. « Instruit malgré [lui] », l'ouvrier veut offrir des tombeaux uniques aux livres qu'il chérit, pensant longuement quels éléments seront mis dans la presse avant de la mettre en marche. « [...] c'est une messe pour moi, un rituel de lire ces livres avant d'en placer un dans chaque paquet que je fais, car j'ai besoin, moi, d'embellir tous mes paquets, de leur donner mon caractère, ma signature. » Il accumule aussi dans son appartement les ouvrages condamnés, sauvant du pilon des trésors de la culture mondiale et se mettant, du coup, en constant danger de mort par ensevelissement. Grand buveur de bière, Hanta se fait également avaleur de grands textes. Il s'imbibe et s'«encrasse de lettres », si bien qu'il dit n'avoir qu'à se pencher pour que se déverse un flot de belles pensées ingurgitées avec des litres de bière. Un jour, dépassé par la modernisation du monde du travail, Hanta décide de suivre le chemin des livres et de disparaître, broyé dans sa presse. Le roman prend la forme d'un monologue très dense, déconstruit selon une technique de "cut-up" chère à l'auteur et de montage intuitif où la pensée en mouvement semble toujours en train de déborder, de déraper. On bifurque vers un souvenir, une anecdote, on repart, on revient en arrière, c'est parfois vertigineux. La mémoire circule dans le flot des paroles, et de l'ivresse naissent des personnages, des figures importantes, Jésus, Lao-Tseu... L'Histoire s'inscrit en contrepoint des destins individuels, donnés en une somme d'anecdotes. On dit que Hrabal invitait ses amis à poursuivre le découpage de ses romans après sa mort pour les garder en vie. L'oeuvre n'est donc pas intouchable, et d'autres se sont aussi livrés au travail d'adaptation. Une trop bruyante solitude a notamment été portée au cinéma et a fait l'objet d'une bande dessinée. Je ne sais pas pour le film, qui n'est pas distribué au Québec, mais dans la bande dessinée, tout comme dans l'adaptation théâtrale de Téo Spychalski, on a évacué les passages trop manifestement comiques du texte, sans doute pour ne pas trahir, ou amoindrir, son côté tragique et la grandeur qui s'en dégage. le comique, comme le dit si justement Milan Kundera, « est plus cruel : il nous révèle brutalement l'insignifiance de tout». Il s'agit de la fin d'un monde, après tout, et c'est à sa mort que le spectateur est convoqué. Mais le rire de Bohumul Hrabal, il me semble, doit résonner quelque part là derrière pour que demeure vivant tout l'esprit (tchèque) de l'oeuvre. Le sacrifice : « le kitsch, par essence, est la négation absolue de la merde [...]» Milan Kundera (dans "L'art du roman) Entre autres sacrifices qu'il a dû faire, Spychalski a évincé de son adaptation un personnage important, celui de Marinette. Cet amour de jeunesse, la jolie Marinette qui détestait les livres, Hanta la perd à deux reprises pour des histoires de merde. D'abord à un bal, alors qu'au retour des toilettes, Marinette se met à tournoyer dans les bras de Hanta, ses rubans maculés d'excréments éclaboussant l'assemblée horrifiée. Puis, des années plus tard, quand les amoureux se retrouvent à la montagne pour skier et que Marinette, après un court arrêt derrière un buisson, poursuit sa majestueuse descente vers le chalet, où tout le monde remarque le gros étron posé sur son ski. Dans ce roman où les grands penseurs et les grandes oeuvres n'hésitent pas à fréquenter le monde souterrain lié à la crasse, à l'organique, voire au scatologique, ce personnage est très drôle par le contraste qu'il crée. Marinette représente sans équivoque « l'attitude kitsch7 », considérée par plusieurs romanciers pragois comme étant le contraire de l'art, son ennemi absolu. L'importance du personnage se confirme à la fin du roman, quand Hanta commence à percevoir sa propre fin et qu'il décide de la revoir. L'ouvrier retrouve alors sa Marinette, celle qui a la terreur des livres, qui n'en a jamais lu un seul et qui ne supporte pas la merde, immortalisée sous les traits d'une imposante et virginale statue aux ailes d'ange érigée au coeur d'un jardin. Elle a atteint l'image idéalisée de la beauté et de la jeunesse qui la lavera des épisodes scatologiques entachant sa jeunesse. Elle a assouvi son désir d'éternité. Sa réussite manifeste place Hanta devant son propre échec. « de tous les gens que j'avais rencontrés dans ma vie, c'était elle qui était allée le plus loin, tandis que moi, au milieu des livres où, sans relâche, je cherchais un signe, je n'avais jamais reçu un seul message des cieux. Les livres s'étaient alliés contre moi. » (p. 100) C'est la victoire totale du kitsch sur l'art. de son propre aveu8 , Téo Spychalski trouvait anecdotiques ces passages concernant Marinette. Des représentations du kitsch dans le roman, le metteur en scène a gardé les plus graves, par exemple celle qu'évoque la brigade socialiste du travail formée par les jeunes buveurs de lait en uniformes impeccables. C'est l'arrivée de cette nouvelle armée de travailleurs moderne et performante, avec son immense presse hydraulique, qui signe la fin du monde tel que le connaît Hanta. On parlera ici d'une représentation d'un monde uniformisé et efficace, un autre des nombreux visages du kitsch. Plusieurs passages drôles, bien que de moindre importance, ont aussi été évacués de cette adaptation et, avec eux, une bonne part de la distanciation ironique contenue dans l'oeuvre. Fils entrelacés : le découpage du texte proposé par Téo Spychalski est intelligent et rigoureux. Je succomberai à la tentation de paraphraser le metteur en scène qui disait qu'à l'instar de la presse qui transforme les livres en une autre matière, il lui revenait de mâcher le matériau littéraire pour en faire surgir une autre oeuvre . S'il a sacrifié plusieurs anecdotes et, de façon plus malheureuse, les éléments franchement comiques du roman, il a conservé la richesse de la structure, l'entrelacement - « il faut en faire une tresse », disait toujours Hrabal au réalisateur Jiri Menzel - des fils narratifs entre le passé, le présent et l'imaginaire, qu'il a resserrés autour de quelques histoires avec habileté. Dans le rôle de ce «palabreur» magnifique, le comédien Claude Lemieux manie avec un naturel impressionnant une langue poétique et iconoclaste, empreinte d'ironie, jouant juste ce qu'il faut d'emportement et de retenue pour qu'on le suive dans son délire imaginatif, flirtant par moments avec le grotesque, jusqu'au tragique dénouement, une « véritable ascension dans la chute ». Malgré le niveau de langue très littéraire, on ne cesse jamais de croire qu'il s'agit là d'un homme du peuple. À un moment viennent lui rendre visite dans sa cave deux jeunes Tziganes, interprétées par Tania Duguay-Castilloux et Marie-Daniel Lussier, dont la présence est un peu superflue puisque leur visite est narrée, comme les autres anecdotes. de même l'environnement sonore, accentué, surdimensionné, apporte un côté « supraréaliste » qui fait croire que nous sommes dans la tête du narrateur, au coeur de sa pensée déformée par l'alcool. Ce n'était pas nécessaire, nous y étions déjà. Au milieu du décor encombré de vieux papiers, animé par les très beaux éclairages de Mathieu Marcil, trône la presse hydraulique. Et dans ce souterrain devenant par moments une véritable caverne d'Ali Baba, la présence d'une grille d'égout d'où proviennent des bruits de chasse d'eau et de guerre de rats, l'alcool ingurgité et la forte présence du comédien, son jeu corporel appuyé, installent un des pôles importants de l'oeuvre : le corps et ses fonctions organiques. Ainsi, la matérialité du monde s'oppose aux « cieux inhumains», l'ivresse de la bière et la lecture des oeuvres s'opposent à la performance de la brigade socialiste du travail et ses buveurs de lait. La scénographie évoque la beauté et la crasse se fondant l'une en l'autre, comme Hanta entrant dans la presse pour faire corps avec les livres. Vers la fin, le récit qu'il fait de sa relation avec la petite Tzigane déportée vers les camps de la mort se révèle d'une touchante vérité. C'est un des points culminants de ce spectacle, à qui il ne manque, pour être une réelle réussite, que le franchement comique qui s'inscrit en contrepoint des thèmes tragiques de l'oeuvre. En ce sens, il manque un peu de l'esprit tchèque. Il manque le formidable rire de Hrabal. » Josée Bilodeau. Les lecteurs attentifs, courageux, patients et indulgents de mes habituelles chroniques me pardonneront, je l'espère, cette petite incartade (qui n'est pas tout à fait la première, malgré tout). Quant à moi, il ne me reste plus qu'à me replonger, tôt ou tard, dans ce bouquin plutôt effarant, incroyable, à peu près inclassable, kitsch (au sens que lui donne Kundera), dont le style, les sautes d'humeur, les coquecigrues, les références (d'une immense érudition, sans jamais avoir l'air de trop y paraître), le sens inné de la dérision en font un moment rare, tellement rare, de la littérature. Un boulet de canon dont les moments intimes ou politiques sont tous, avec des attentes et des conclusions diverses, d'une complexité rare et pourtant immédiatement audible, par l'usage d'un franc-parler dont ce Hanta nous abreuve, qui semble sorti tout droit d'une conversation de bistrot entre philosophes célestes (et très terrestres aussi) délicieusement avinés. Ce bref roman de Bohumil Hrabal c'est l'absurdité de l'ininterrompue succession des petits instants du quotidien renversée, les quatre fers en l'air, par la puissance tragi-comique incommensurable de cette écriture. Ce bouquin, c'est un rire énorme passé par le tamis d'un coeur monstrueux et d'une insatiable curiosité au regard bleu cristallin dont ne pourrait résulter que le suicide ou la vie éternelle (est-ce si improbable ? Ne fut-ce pas le choix de l'écrivain pour les derniers instants de son existence ? Et même si cette fin n'est qu'accidentelle, les raisons de cet accident sont elles-même source, dramatique, d'un ultime et énorme rire, n'est-ce pas ?). Il faudra donc relire ces cent vingt et quelques pages dévastatrices et créatrices une fois les dernières vagues de ce tsunami apaisées. Lire aussi d'autres titres, tel le roman Moi qui ai servi le Roi d'Angleterre ou encore l'un de ses recueils de nouvelles comme Les Palabreurs. Il faudra aussi aller explorer du côté de l'ami Jacques Josse, grand lecteur de Bohumil Hrabal devant l'éternel, tout particulièrement avec son - semble-t-il - très convaincant essai intitulé L'ultime parade de Bohumil Hrabal. Rendez-vous est donc pris, désormais... Ci- après le lien vers cet excellent site québécois d'où est tiré l'article reproduit plus haut : https://www.erudit.org/fr/revues/jeu/2007-n123-jeu1112999/24222ac.pdf
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            • Medulla Posté le 12 Février 2018
              Un livre incroyable, coup de poing, haletant. Dans une cave, depuis plus de 30 ans, Hanta détruit au pilon des livres. Entre l'alcool et les rats, la chaleur et la mécanique de sa machine monstrueuse, Hanta n'en finit pas de parler dans une urgence, un emballement proche de la folie due à une exigence de rentabilité dans lequel le livre pressé s'agglutine, s'agglomère, se dissout. Cette oeuvre littéraire m'a fait écho à une installation monumentale de l'artiste plasticien Robert Kusmirowski, "Stronghold', et présenté lors de la Biennale de Lyon de 2011.
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