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Robert Laffont
EAN : 9782221112571
Façonnage normé : EPUB2
DRM : Watermark (Tatouage numérique)

Villa des hommes

Date de parution : 30/09/2010

Bonjour, Herr Singer, comment allez-vous aujourd'hui ? Ce matin-là, il faisait atrocement chaud. La pièce à moitié vide réverbérait l'écho de la voix du Directeur. ? Je vous présente M. Matthias Dutour, fit-il en s'avançant vers le lit de Singer et en désignant un homme planté sur le pas de la porte....

Bonjour, Herr Singer, comment allez-vous aujourd'hui ? Ce matin-là, il faisait atrocement chaud. La pièce à moitié vide réverbérait l'écho de la voix du Directeur. ? Je vous présente M. Matthias Dutour, fit-il en s'avançant vers le lit de Singer et en désignant un homme planté sur le pas de la porte. C'est un soldat français. Il va passer quelque temps avec nous ici. Et, si vous le voulez bien, il partagera votre Caverne, comme vous avez l'habitude de la nommer. Vous êtes le seul parmi nos patients à manier la langue de Voltaire, proclama-t-il avec une affectation un peu ridicule. Ainsi, vous pourrez parler ensemble. C'est important. Sur le seuil de la chambre, le soldat français n'avait pas bougé. Très grand, très maigre, des cheveux d'un blond incendiaire, drôlement attifé, il regardait fixement devant lui. ? Kommen, kommen, monsieur Dutour ! l'encouragea le Directeur en unissant le geste à la parole. L'homme avança de trois pas et s'immobilisa au milieu de la pièce. Histoire de briser la glace entre les deux hommes, le Directeur bonimenta le nouveau venu. ? Vous auriez été russe, monsieur Dutour, je vous aurais placé dans cette chambre. Anglais ? Également. Italien ? Également. Herr Singer parle toutes ces langues ! Turc ? Ah, là, je ne sais. Vous parlez turc, Herr Singer ? Herr Singer lui aurait bien répondu que si cela pouvait améliorer les conditions de vie à l'hôpital, il s'y mettrait, au turc. Cela n'aurait pas manqué de faire plaisir à feu son père. Mais il ne répondit rien. Il se contenta de se lever pour ouvrir la fenêtre. Un peu plus de chaleur pénétra dans la pièce. Il la referma. Le Directeur continua de soliloquer. Remarquant quelques papiers sur la table de Herr Singer, il l'interrogea. ? Avez-vous recommencé à travailler ?... Un peu ? Et à lire ?... Un peu ? Herr Singer est un grand mathématicien, l'un de nos meilleurs, expliqua-t-il à Matthias avant d'ajouter : Monsieur Dutour, vous informerez vous-même Herr Singer, si vous le désirez, bien sûr, de ce que vous faisiez en France, dans le civil.

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EAN : 9782221112571
Façonnage normé : EPUB2
DRM : Watermark (Tatouage numérique)

Ce qu'en pensent nos lecteurs sur Babelio

  • tolitolu Posté le 22 Novembre 2019
    La villa des hommes m'a bien plu. J'ai tout de suite été happé par les discussions et les questionnements délirants (dans le sens, qui partent dans tous les sens) de nos deux héros. On est évidement tout de suite attendri par Her Singerr, ce professeur dépassé par les mathématiques qu'il a créé. Puis vient le personnage de Matthias qui met un peu plus de temps à se faire apprécier (par le professeur et par le lecteur), mais qui est tout de même intéressant pour son expérience traumatique de la première guerre mondiale. Un aspect vraiment passionnant est la différence entre Singerr et Matthias. Différence d'âge, différence d'origine, différence de métier (mathématicien/cheminot), différence de situation familiale, différence d'expérience (Singerr dispose d'une certaine sagesse que le temps n'a pas encore offerte à Matthias), différence de point de vue... Mais étrangement, c'est différences ne font que souligner les ressemblances entre les deux protagonistes. Ils leur arrivent d'être en osmose sans se parler, de se comprendre sans échange. C'est ce qui fait la richesse de leur association. Denis Guedj a bien travaillé sur les passage mathématiques. Il arrive à les rendre digeste sans nuire à l'exactitude du propos, et à garder une certaine poésie caractéristique... La villa des hommes m'a bien plu. J'ai tout de suite été happé par les discussions et les questionnements délirants (dans le sens, qui partent dans tous les sens) de nos deux héros. On est évidement tout de suite attendri par Her Singerr, ce professeur dépassé par les mathématiques qu'il a créé. Puis vient le personnage de Matthias qui met un peu plus de temps à se faire apprécier (par le professeur et par le lecteur), mais qui est tout de même intéressant pour son expérience traumatique de la première guerre mondiale. Un aspect vraiment passionnant est la différence entre Singerr et Matthias. Différence d'âge, différence d'origine, différence de métier (mathématicien/cheminot), différence de situation familiale, différence d'expérience (Singerr dispose d'une certaine sagesse que le temps n'a pas encore offerte à Matthias), différence de point de vue... Mais étrangement, c'est différences ne font que souligner les ressemblances entre les deux protagonistes. Ils leur arrivent d'être en osmose sans se parler, de se comprendre sans échange. C'est ce qui fait la richesse de leur association. Denis Guedj a bien travaillé sur les passage mathématiques. Il arrive à les rendre digeste sans nuire à l'exactitude du propos, et à garder une certaine poésie caractéristique de Singerr (je pense notamment à la scène où un de ses amis lui conseille de rendre ses traités sur ses mathématiques plus conventionnels, moins "philosophiques", ce qu'il répugne à faire). Étant moi même passionné par les mathématiques, ces quelques moments de théorie m'ont bien plu. La vie de Singerr, inspirée du mathématicien Cantor, est assez fidèle et respectueuse de la réalité. L'auteur a un style littéraire (malgré le thème du livre) bien à lui, très poétique et que j'apprécie énormément. Nous nous identifions très facilement aux personnages, surtout quand ils racontent les moments marquants de leur vie. J'ai ainsi apprécié la Mère et le Père de Matthias, ses participations aux débats socialistes et ses convictions profondes dont il regrette éperdument la perte. Paradoxalement, Her Singerr est assez malicieux. Outre ses berlingots dont il n'a de cesse de vanter les mérites, il organise une petite escapade le temps d'une après midi, une sorte d'école buissonnière, à l'extérieur de l'hôpital psychiatrique, dans la ville voisine. Cela surprend mais ne ternit pas pourtant le portait du mathématicien que l'on se fait au fil du récit. Enfin, le renversement de situation à propos des motivations de l'homme qui a interpellé Matthias alors qu'il allait se suicider est bien trouvé. Même s'ils sont dans des camps opposés, l'un sauve l'autre. Cette fraternité ridiculise la première guerre mondiale en tant qu'il n'y a aucune animosité entre français et allemands. Je suis donc ravi de cette petite pépite et j'ai hâte de lire d'autres livres de Denis Guedj.
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  • gielair Posté le 8 Novembre 2018
    C'est la rencontre de deux hommes dans un univers clos, celui d'un hôpital psychiatrique en Allemagne en 1917. L'un de ces hommes est un clone de Georg Cantor (mathématicien décédé en 1918, il avait notamment travaillé sur la théorie des ensembles, les ensembles infinis et les nombres transfinis). Guedj, pour se garder la distance voulue pour rédiger un roman, n'a pas mis Cantor en scène, mais son double. La rencontre du mathématicien avec un anarchiste français, soldat par surcroît, n'a peut-être eu lieu que dans l'imagination de l'auteur, mais elle est la source d'une discussion qui prend place lentement dans le roman. Lentement, donc, s'amorcent les préludes d'une histoire de la découverte, ou serait-ce l'invention, des transfinis. Parallèlement, on verra ce qui tourmente ces deux hommes qui, finalement, ont peut-être plus en commun qu'ils ne le croyaient. Guedj atteint ici un niveau d'écriture intéressant qui se dégage suffisamment de l'histoire pour être attrayant.
  • JOE5 Posté le 7 Décembre 2015
    rencontre improbable d'un mathématicien et d'un conducteur de train pendant la guerre 14.18 dans un hôpital psychiatrique en Allemagne. Une relation se construit entre ces deux hommes, relation pudique, respectueuse, intelligente au combien. Un huis clos chambre 14 d'une incroyable richesse tant du cœur que de l'esprit. Un véritable régal de lecture.
  • Aproposdelivres Posté le 10 Octobre 2014
    Denis Guedj est un auteur que j'aime beaucoup et lorsque Livraddict a proposé ce partenariat, j'ai vraiment impatiente de découvrir ce livre et je n'ai pas été déçue ! « La chambre 14 de la Villa des hommes était occupée par deux revenants. L'un revenu de l'au-delà des nombres, y avait tracé son chemin, l'autre, revenu de l'au-delà des ombres, s'y était égaré. », voilà une phrase du livre qui résume bien cette belle histoire. 1917, ils sont deux, très différents, ensemble, ils sont les occupants de la chambre 14, au premier étage de la Villa des hommes de l'hôpital psychiatrique de Luftstadt. Herr Singer est âgé de soixante-douze ans, c'est un vieux mathématicien de renom allemand, il est à l'hôpital pour son neuvième séjour depuis 1884. Matthias est un soldat français de trente-trois ans, suite à son séjour sur le Front, il souffre du « syndrome du vent de l'obus ». Dans le civil, il était conducteur de locomotive. Les journées à l'hôpital sont toutes les mêmes. Ils ont chacun leurs petites habitudes : Matthias commence toujours la journée par une douche quotidienne au aurore. Herr Singer fume des cigares et suce des berlingots, il écrit chaque jour dans un carnet rouge. Les premiers... Denis Guedj est un auteur que j'aime beaucoup et lorsque Livraddict a proposé ce partenariat, j'ai vraiment impatiente de découvrir ce livre et je n'ai pas été déçue ! « La chambre 14 de la Villa des hommes était occupée par deux revenants. L'un revenu de l'au-delà des nombres, y avait tracé son chemin, l'autre, revenu de l'au-delà des ombres, s'y était égaré. », voilà une phrase du livre qui résume bien cette belle histoire. 1917, ils sont deux, très différents, ensemble, ils sont les occupants de la chambre 14, au premier étage de la Villa des hommes de l'hôpital psychiatrique de Luftstadt. Herr Singer est âgé de soixante-douze ans, c'est un vieux mathématicien de renom allemand, il est à l'hôpital pour son neuvième séjour depuis 1884. Matthias est un soldat français de trente-trois ans, suite à son séjour sur le Front, il souffre du « syndrome du vent de l'obus ». Dans le civil, il était conducteur de locomotive. Les journées à l'hôpital sont toutes les mêmes. Ils ont chacun leurs petites habitudes : Matthias commence toujours la journée par une douche quotidienne au aurore. Herr Singer fume des cigares et suce des berlingots, il écrit chaque jour dans un carnet rouge. Les premiers jours de cohabitation se passent, en silence, à s'observer, puis ils vont peu à peu se mettre à échanger en français. Ensemble, ils discutent de leurs vies respectives. Herr Singer parle des mathématiques, en particulier sur l'infini, son sujet de prédilection. Matthias raconte les chemins de fer, la guerre sur le Front... Et peu à peu ces discussions décousues, baroques, parfois sans queue ni tête deviennent des moments de réflexions autour de leurs vies. En évoquant à voix haute, pour l'autre, les pensées qui leur traversent la tête, en se posant mutuellement des questions, ils abordent des sujets qu'ils ne connaissaient pas avant leur rencontre.
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  • kikobaus Posté le 31 Mars 2012
    Voilà un livre très original, puisqu'il s'agit pour Guedj de rendre intéressantes les mathématiques, de montrer combien elles peuvent constituer une passion. Du reste, l'auteur parvient bien nous intéresser à ces énigmes mathématiques qu'il expose. Néanmoins, c'est évident, elles alourdissent un récit déjà bien lent et grisâtre, renforçant ainsi l'idée qu'on se fait d'une matière littéraire aride, alors même que le but était sûrement inverse
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