Lisez! icon: Search engine
Perrin
EAN : 9782262072711
Façonnage normé : CARTONNE
Nombre de pages : 584
Format : 154 x 240 mm

Clemenceau

Date de parution : 26/10/2017
L’édition de prestige du centenaire.
L’édition de prestige du centenaire.

Il y a cent ans, le président de la République Raymond Poincaré nommait son vieil adversaire Georges Clemenceau à la présidence du Conseil. La Révolution russe privait la France de son principal allié sur fond de mutineries et de rupture de l’« union sacrée ». Avec...
L’édition de prestige du centenaire.

Il y a cent ans, le président de la République Raymond Poincaré nommait son vieil adversaire Georges Clemenceau à la présidence du Conseil. La Révolution russe privait la France de son principal allié sur fond de mutineries et de rupture de l’« union sacrée ». Avec son célèbre mot d’ordre, « Je fais la guerre », le Tigre allait jouer un rôle majeur pour renverser une situation qui conduirait un an plus tard à l’armistice puis à la paix victorieuse contre l’Allemagne.
Ce sacre éphémère couronne une carrière exceptionnelle, longue d’un demi-siècle, qui voit le « tombeur de ministères » chuter avec Panama pour se redresser avec l’affaire Dreyfus avant de devenir le « premier flic de France » et parachever sa métamorphose en « Père la Victoire ». Clemenceau incarne plus largement les évolutions de la gauche, de l’opposition radicale à la culture de gouvernement, réconciliant la Révolution avec l’exercice du pouvoir.

Il fallait à ce républicain capital une biographie d’exception. Michel Winock a relevé le gant en conjuguant la fluidité du style avec la finesse de l’analyse. Couronnée par le prix Aujourd’hui, unanimement saluée par la critique et plébiscitée par le public, elle a été revue, actualisée et augmentée pour cette édition de luxe, reliée et enrichie d’un cahier iconographique supplémentaire.

« Tout est époustouflant dans ce livre qui fait revivre bien des aspects oubliés
d’un parcours politique unique en son genre. »
Edmonde Charles-Roux.
 
Lire la suite
En lire moins
EAN : 9782262072711
Façonnage normé : CARTONNE
Nombre de pages : 584
Format : 154 x 240 mm
Perrin

Ce qu'en pensent nos lecteurs sur Babelio

  • AlphaGrisby Posté le 24 Février 2020
    Merci à l'auteur de nous faire découvrir la personnalité de Clémenceau et la politique de son époque, d'une façon aussi agréable et fluide. Parmi les biographies que j'ai pu lire, celle-ci est peut-être la mieux écrite. Clémenceau a traversé de nombreuses crises, quels que soient les postes qu'il a pu occuper, de maire à Président du Conseil. S'il s'est toujours raccroché à ses convictions socialistes et qu'il a cherché à améliorer le quotidien des français, il sera obligé d'affronter une violence extrême et irrationnelle, venant de tous les côtés, y compris de son propre camp. Clémenceau affrontera tout et tiendra bon. Il ira jusque dans les tranchées, où sa présence fera énormément de bien au moral des troupes. Son rôle a aussi été déterminant dans la signature de la paix avec l'Allemagne, qui a été en réalité beaucoup plus compliquée que ce qu'on nous a appris à l'école. A lire absolument.
  • ABEDFranck Posté le 22 Janvier 2020
    Pour le centenaire de l’année 1917, les éditions Perrin ont publié en fin d’année dernière une magistrale biographie de Georges Clemenceau écrite par Michel Winock. Celle-ci était initialement parue en 2007. Elle a été revue, actualisée et augmentée pour cette édition de luxe, reliée et enrichie d'un cahier iconographique fort utile et très intéressant. Michel Winock est professeur émérite à l’Institut d’études politiques de Paris. Il est l’auteur de nombreux ouvrages, parmi lesquels La Fièvre hexagonale, Les grandes crises politiques 1871-1968, Le Siècle des intellectuels, ainsi que de plusieurs biographies remarquées : Pierre Mendès France, Mme de Staël, Flaubert et François Mitterrand. Winock, dans ce livre dense de 584 pages, revient sur le parcours de Clemenceau qui fut selon lui, le porte-drapeau de la gauche républicaine : « Le nom de Georges Clemenceau doit aussi être associé à celui de la République, dont il a été l’un des soutiens les plus ardents. Charles de Gaulle fut un républicain de raison : parce que la République était le régime voulu par les Français. Georges Clemenceau fut un républicain de naissance et de conviction. » Winock délivre plusieurs anecdotes savoureuses sur Clemenceau et présente ses nombreux atouts. Toutefois, il ne tombe... Pour le centenaire de l’année 1917, les éditions Perrin ont publié en fin d’année dernière une magistrale biographie de Georges Clemenceau écrite par Michel Winock. Celle-ci était initialement parue en 2007. Elle a été revue, actualisée et augmentée pour cette édition de luxe, reliée et enrichie d'un cahier iconographique fort utile et très intéressant. Michel Winock est professeur émérite à l’Institut d’études politiques de Paris. Il est l’auteur de nombreux ouvrages, parmi lesquels La Fièvre hexagonale, Les grandes crises politiques 1871-1968, Le Siècle des intellectuels, ainsi que de plusieurs biographies remarquées : Pierre Mendès France, Mme de Staël, Flaubert et François Mitterrand. Winock, dans ce livre dense de 584 pages, revient sur le parcours de Clemenceau qui fut selon lui, le porte-drapeau de la gauche républicaine : « Le nom de Georges Clemenceau doit aussi être associé à celui de la République, dont il a été l’un des soutiens les plus ardents. Charles de Gaulle fut un républicain de raison : parce que la République était le régime voulu par les Français. Georges Clemenceau fut un républicain de naissance et de conviction. » Winock délivre plusieurs anecdotes savoureuses sur Clemenceau et présente ses nombreux atouts. Toutefois, il ne tombe jamais dans l’hagiographie. Effectivement, Winock s’arrête sur les travers de son sujet d’étude : agressivité, brutalité, procédés tortueux voire despotisme, non pour l’accabler mais avec l’objectif de nous offrir une vision complète de Clemenceau. Nous pouvons écrire sans flagornerie aucune, qu’il a atteint son objectif. Etudier la vie, le parcours, l’oeuvre politique et intellectuelle de Clemenceau, revient en réalité à se poser la question de savoir qui il fut réellement : « Clemenceau est l’homme aux quatre têtes, tour à tour ou tout à la fois le Tigre, le dreyfusard, le premier flic de France, le Père de la Victoire ». Revenons quelques instants sur cette appellation de Tigre : « Le Tigre est le surnom que son ami Emile Buré lui donne en 1903 et qui fut repris par tout le monde : il s’applique rétrospectivement bien au tombeur de ministères, au député implacable dont les discours griffent ». Il y a une formule, parmi d’autres, de Winock qui a retenu notre attention. Elle explique l’idée suivante : l’événement a créé Clemenceau. L’auteur écrit : « Georges est né le 28 septembre 1841 à Mouilleron-en-Pareds en Vendée, Clemenceau, à Paris en 1870, quand les Prussiens assiégeait la capitale. » Effectivement, sans cette guerre perdue par Napoléon III, puis le siège de Paris, la Commune, qu’aurait-il mené comme vie ? Sûrement une carrière de médecin, étant donné que ses idées politiques - principalement républicaine et anti-cléricale - ne lui auraient point permis d’émerger sous le règne du dernier napoléonide. Prenons le temps de nous arrêter sur les origines sociales et politiques de Georges Clemenceau : « Ce n’était pas si fréquent dans la Vendée catholique et royale. A tout le moins dans la paysannerie et dans l’aristocratie, piétaille et chef des Blancs. Dans la bourgeoisie il en allait autrement : les Bleus y abondaient. Or les Clemenceau étaient des bourgeois, de l’espèce éclairée : une lignée de médecins. » L’auteur remonte l’arbre généalogique, et nous apprenons que « son arrière-grand-père, Pierre-Paul, fut nommé médecin des Armées de l’Ouest sous la Révolution, avant d’être sous-préfet de Montaigu, et enfin, en 1805, membre du Corps législatif ». Il est on ne peut plus clair que dans la famille Clemenceau, politique et médecine font bon ménage. Précisons aussi qu’un buste de Maximilien Robespierre trônait sur la cheminée. Cela a du le marquer profondément, lui qui plus tard écrira : « Tous ces empereurs, roi, archiducs et princes sont grands, sublimes, généreux et superbes. Leurs princesses sont tout ce qu’il vous plaira ; mais je les hais d’une haine sans merci comme on haïssait autrefois en 1793, alors qu’on appelait cet imbécile de Louis XVI l’exécrable tyran. Entre nous et ces gens-là, il y a une guerre à mort. » George Clemenceau est le deuxième d’une famille de six enfants. Son père était aussi médecin et avait participé aux Trois Glorieuses en 1830, à peine débarqué à Paris après trois semaines de marche. Benjamin Clemenceau, son père, applaudit des deux mains à la révolution de 1848, mais déchante devant la tournure prise par les événements. Louis-Napoléon n’entendait pas continuer la République, et il restaura l’Empire. Benjamin Clemenceau fut emprisonné, suite au coup d’Etat manqué d’Orsini sur Napoléon III, en vertu de la loi de sûreté générale. Détail amusant et révélateur de l’état d’esprit familial, quand il rend visite à son père en prison et lui annonce fièrement : « Je te vengerai », ce à quoi le père répond : « Si tu veux me venger, travaille ». Effectivement, Georges Clemenceau travaillera dur et longtemps, mais ne mènera pas une longue et belle carrière médicale comme son père l’espérait alors… Selon l’auteur : « Clemenceau est aussi la France. Parisien de Vendée, Vendéen de gauche, homme de gauche détesté par la gauche, athée communiant dans la religion de la République, politicien qui aime les livres et en écrit, frère et admirateur de Claude Monnet qu’il sait pousser jusqu’à la limite de son art ». Il poursuit son analyse : « il ne cesse d’étonner l’historien qui le suit dans les méandres de sa vie pleine, contradictoire, heurtée, traversée d’échecs et promise à la gloire ». L’auteur précise également les idées politiques de Clemenceau : « On ne peut nier qu’il fut un nationaliste. Son nationalisme, cependant, n’avait rien de commun avec celui qui, de son temps, enfiévrait ceux qui se délectaient de ce mot-là et faisaient de leur patrie un territoire interdit aux autres peuples. Purement républicain, son nationalisme ne s’est jamais conçu comme une fermeture aux autres, un rejet de l’étranger, une passion obsidionale d’une identité menacée. Sa haine du racisme, de l’antisémitisme, de la xénophobie, allait de pair avec cette fierté, illusoire ou non, d’appartenir à un grand peuple, celui qui avait allumé pour le monde entier la torche de la liberté ». Clemenceau était littéralement un enfant de 1789 et surtout un héritier de 1793. Au cours de sa longue carrière, Clemenceau eut des amitiés particulières dont certaines peuvent surprendre : « On peut s’étonner de cette amitié et de cette admiration, car Blanqui illustra l’échec permanent de la politique insurrectionnel, opposée à la République démocratique du suffrage universel. » De même, toute sa vie il fut un anti-clérical et ne cessa jamais d’attaquer le catholicisme : « L’Eglise a constitué et constitue encore un parti politique ; elle ne peut se résigner à entrer dans la société civile au même titre que d’autres cultes et à y jouer simplement le rôle d’une association parmi d’autres associations ». Avant d’entamer sa grande carrière politique, il se cherche et ne désire pas vraiment devenir médecin comme son paternel. Il se brouille avec son père, au sujet de son avenir. Ce dernier, malgré tout continue de lui envoyer des subsides. Georges veut voir du pays. Il part en Angleterre, puis s’embarque pour les Etats-Unis d’Amérique qui vivent les dernières heures de la Guerre Civile (1). Il y fréquente plusieurs femmes, et l’une deviendra sienne. Cependant ce mariage ne sera pas heureux. Pour gagner sa vie outre-atlantique, il devient journaliste. Il donne également des cours de français et d’équitation. Son voyage au pays de Washington lui fait découvrir la démocratie américaine. Il est fasciné par la procédure d’impeachment (2). A la suite à ce séjour qui lui laisse une passion durable pour la philosophie et la littérature anglo-saxonnes, il maîtrise parfaitement l’anglais, chose rare pour un français de l’époque. D’une manière générale, nous sommes toujours étonnés de constater cette fascination qu’éprouvent les penseurs, les hommes politiques (souvent classés à gauche), les révolutionnaires et autres libéraux français pour les institutions anglo-saxonnes. Le premier événement historique auquel prend part Clemenceau est la Commune de Paris. Winock précise : « Pendant ces semaines tragiques, Clemenceau, dans sa mairie de Montmartre, mit toute son énergie à éviter la guerre civile. » Il n’était pas à proprement parler un communard, mais il regrettait amèrement l’emploi de la force armée, pour régler ce problème éminemment complexe et lourd de conséquences. Winock rappelle : « Il y a donc bien trois camps en présence : Versailles, les insurgés de Paris et le mouvement républicain de province auquel s’est jointe la Ligue républicaine des droits de Paris qu’on peut appeler le parti des conciliateurs. » Clemenceau est à ranger dans cette troisième catégorie, alors que par la suite il ne sera plus jamais considéré politiquement comme un conciliant ou un diplomate. Nous le suivons pas à pas dans son ascension politique, qui le voit passer de maire à Montmartre à représentant (actuel député). Chose intéressante, d’autant plus si nous la mettons en perspective avec notre époque, il se positionne clairement contre le cumul des mandats. En effet, le 24 avril 1876 il écrit à Forest, vice-président du Conseil, pour démissionner du conseil de Paris où il représente le quartier de Clignancourt, afin de se consacrer à sa nouvelle mission. Son premier grand combat national, en tant que député, fut d’obtenir l’amnistie pour les communards, emprisonnés, exilés, déportés et sur le point d’être jugés. Il croise sur sa route dans cette défense des communards Victor Hugo. Hugo et Clemenceau sont les deux poumons de cette bataille pour l’amnistie. Le premier combat au Sénat, la second à la Chambre des députés. Son premier discours remarqué, par ses amis et ennemis politiques, en tant que député date du 16 mai 1876. Il y défend bien évidemment l’amnistie. Hugo l’appuie, le soutien et il écrit même dans la presse : « Si mon nom signifie quelque chose : il signifie amnistie ». Touts les hommes politiques ne désirent pas accéder à ce désir : « Quand me débarrasserez-vous de ce haillon de guerre civile ? » répond Léon Gambetta dans son discours sur l'amnistie à la Chambre des Députés. Finalement, après de nombreuses péripéties, de combats dans la presse et aux Chambres, le gouvernement Frecynet propose une loi sur l’amnistie qui recueille 312 suffrages favorables contre 136. Belle victoire morale et politique pour Clemenceau et Hugo. A la Chambre ou dans les salles municipales, la joute est verbale. Pas de caméra, pas de radio, tout passe par la posture et la voix. A cet exercice-là, Clemenceau est redoutable. Il est vif, concis et percutant. Les observateurs et acteurs politiques de son temps opposent souvent son style avec celui de Jaurès. Ce dernier se montre dans ses discours, plutôt long, use et abuse de digressions, de figures de styles et d’images. L’important est de convaincre. Clemenceau maîtrise l’art oratoire au point que ses adversaires le craignent dans le débat. Voici ce que Camille Pelletan écrit en 1883, au sujet des discours de Clemenceau : « Cette discussion serrée, concentrée, rapide, n’a pas besoin d’apprêt et dédaigne toute parure. La parole de Clemenceau est nue, trempée, aiguisée comme un fleuret : ses discours ressemblent à de l’escrime, ils criblent l’adversaire de coups droits. » Homme de gauche, il n’en est pas pour autant collectiviste ou communiste. Il rétorque à ces derniers : « Quant à me prononcer pour votre appropriation collective, du sol, du sous-sol, je réponds catégoriquement : non ! Non ! Je suis pour la liberté intégrale et je ne consentirai jamais à entrer dans les couvents et casernes que vous entendez nous préparer. Le citoyen qui me questionne a dit qu’il n’y avait pas que des jésuites noirs. Il a raison : il y aussi des jésuites rouges ». Clemenceau est ovationné par ses électeurs et ses partisans, mais comme l’écrit Le Temps : « quelque avancé que l’on soit, on se trouve toujours être le réactionnaire de quelqu’un ». Profondément républicain mais impatient, il est pressé que la République devienne réellement… une République. Il déclare et déplore plusieurs fois dans les années 1870 : « Le régime actuel consiste en une République nominale entourée d’institutions monarchiques ». Ces amis, qui considèrent pareillement que les choses avancent trop lentement, disent même : « Que la République était belle sous l’Empire ! ». Clemenceau eut de nombreux adversaires politiques. Nous en retenons principalement deux : Gambetta et Ferry. Leurs différends illustrent parfaitement les oppositions de l’époque. Clemenceau attaque son ancien compagnon de route Gambetta, parce qu’il le trouve lent dans la conduite des affaires, timide voire modéré. Gambetta et ses partisans sont taxés d’opportunisme. Voici la défense que présente Gambetta à ses détracteurs : « Cette politique, on l’a appelée d’un nom mal fait, d’un véritable barbarisme. Pour une chose mal conçue, il fallait un mot mal conçu : on l’a appelée opportunisme. Si ce barbarisme signifie politique avisée, ne laissant jamais passer l’heure propice, les circonstances favorables, mais ne sacrifiant rien, ni au hasard, ni à l’esprit de violence, on pourra tant qu’on voudra appliquer à cette politique une épithète mal sonnante, et même inintelligible, mais je dirai que je n’en connais pas d’autres, car c’est la politique de la raison, et j’ajouterai que c’est la politique du succès. » Et Winock insiste sur un point précis au sujet de Gambetta : « sa réussite est l’instauration et la consolidation de la République, qui a permis à la bourgeoisie de laisser de côté ses frayeurs, et de ne plus confondre le régime républicain avec barricades et incendies ». Une fois arrivé au pouvoir, Clemenceau, à l’instar de Gambetta, subira des critiques de la part de certains anciens amis et d’autres lui voueront même une haine féroce (3). Clemenceau comprendra, à ses dépends, la réalité de gouverner. Pour Jules Ferry, Clemenceau est un homme dangereux, un exagéré comme on disait sous la Révolution en 1793. Selon Clemenceau, Ferry se présente comme un conservateur. Son jugement date du siège de Paris. L’un réclamait une solution pacifique, l’autre entendait la régler à coups de canon. Entre les deux, il ne pouvait y avoir d’entente. L’antagonisme était trop fort, d’un côté le radicalisme, de l’autre l’opportunisme, comprendre l’impatience de la révision constitutionnelle contre la prudence du républicanisme modéré. Pourtant les deux sont des laïcards, mais Clemenceau veut hâter la laïcisation du pays. Clemenceau et ses amis attaquent encore et toujours Ferry pour sa lenteur dans la conduite des affaires politiques. De plus, Clemenceau refuse toute forme d’impérialisme français, comprendre le colonialisme. Il réfute la thèse de Ferry qui expliquait que les races supérieures devaient éduquer et civiliser les races inférieures, en évoquant le bouddhisme, le confucianisme, la civilisation indienne et chinoise. Ferry finit par démissionner suite à l’affaire du Tonkin… Clemenceau avait encore réussi à faire tomber un adversaire politique. Clemenceau continue sa carrière, qui le voit devenir Ministre de l’Intérieur en 1906. Il dit à ce sujet non sans ironie : « Je suis le premier des flics ». La même année, le pays est frappé par des violentes grèves, dont certaines sont insurrectionnelles. Winock décrit parfaitement tous les procédés (arrestations, révocations et limogeages des fonctionnaires jugés par le régime incompétents, attaques par voies de presse, division des grévistes) par lesquels Clemenceau devient « le briseur de grèves ». Une partie de la gauche et toute l’extrême gauche voient en lui un partisan de l’ordre et donc un ennemi. Le fait de casser les grèves marque le début du divorce entre Clemenceau et la gauche socialiste, révolutionnaire et syndicaliste, qui lui reproche ses actions politiques « anti-ouvrières ». Par la suite, il devient président du Conseil. Il déclare vouloir accomplir la réalisation de la loi sur les retraites ouvrières, la loi sur les dix heures quotidiennes, améliorer la loi Waldeck-Rousseau sur les syndicats, racheter la Compagnie des chemins de fer de l'Ouest en faillite, intervenir dans le contrôle de la sécurité dans les mines avec possibilité de rachat des compagnies houillères par l’Etat ou les particuliers, préparer un projet de loi sur l'impôt sur le revenu… Ce gouvernement ne chôme pas. Sa grande affaire, comme chacun sait, reste l'application stricte de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat. Cet acte républicain fut fermement condamné par Pie X dans l'encyclique Vehementer nos (4). Maurice Allard attaque ouvertement le gouvernement, car il considère - lui aussi - que la mise en place de cette loi se montre beaucoup trop longue. Aristide Briand lui rétorque que « la loi de séparation est une loi d'apaisement », que l'état laïc « n'est pas antireligieux » mais areligieux ». Allard avait dit : « la religion n'est que la caricature de la philosophie » ; « ce que nous poursuivons, c'est la lutte contre l'Eglise qui est un danger politique et un danger social » ; « le christianisme est un obstacle permanent au développement social de la République et à tout progrès vers la civilisation ». Il pensait même que l’éclatement de l’Eglise catholique en plusieurs mouvements schismatiques, devait réduire son influence sur la société, ce à quoi Jaurès le socialiste lui a répondu : « la France n’est pas schismatique mais révolutionnaire… » Comme quoi, la France, fille aînée de l’Eglise ce n’est pas rien, même pour certains socialistes. Cependant la suite des événements, avec les Inventaires, contredisent les affirmations de Briand sur cette loi d’apaisement. Les esprits s’échauffent, les catholiques résistent, s’arment et refusent que les fonctionnaires commis d’office entre dans les lieux saints pour accomplir leurs missions. La force armée est employée mais la situation reste conflictuelle. Un mort à Boeschepe, dans le Nord, lors d’un inventaire met le gouvernement dans l’embarras. Une fois n’est pas coutume, Clemenceau, l’anti-clérical notoire, joue la carte de l’apaisement alors qu’il reste cinq mille sanctuaires à contrôler sur les soixante-dix mille que compte la France. A la Chambre, il déclame avec goguenardise : « Nous trouvons que la question de savoir si l'on comptera ou ne comptera pas des chandeliers dans une église ne vaut pas une vie humaine ». Par une circulaire adressée aux préfets, les Inventaires sont interdits si le recours à la force doit être employé. A ceux qui l’accusent de fléchir il réplique : « ça ne veut pas dire que nous ayons renoncé à l'application de la loi, seulement nous l'abordons à notre manière ». Sa carrière politique le voit redevenir Président du Conseil en 1917, alors que la Première guerre Mondiale fait rage en Europe depuis 1914. Théophile Delcassé l’avait fait tomber en 1909. Winock décrit de manière pédagogique le mécanisme de cette chute, ainsi que les légèretés de Clemenceau qui ont conduit ses adversaires à l’abattre. Les éléments qui favorisent son retour, parfaitement décrits par l’auteur, permettent de comprendre que nonobstant la vision hostile de Poincaré à son endroit, ce dernier choisit tout de même Clemenceau en vertu de ce qu’il considère comme l’intérêt supérieur de la France. Belliciste et désireux de montrer sa détermination aux Français, aux Alliés et à ses ennemis de l’intérieur et l’extérieur, le Tigre déclare le 20 novembre 1917 à la Chambre : « Nous nous présentons devant vous dans l’unique pensée d’une guerre intégrale ». Pourtant, il avait écrit dans sa jeunesse : « La seule façon dont les questions puissent se supprimer : par la justice et non par la force ». Il refuse la paix séparée qui donnera l’Affaire Sixte (5). Dès janvier 1917, Charles Ier d'Autriche avait entamé des pourparlers de paix secre
    Lire la suite
    En lire moins
  • Diabolo44 Posté le 7 Février 2018
    Une biographie qui fait - à juste titre - autorité sur Clemenceau, dit "le tigre", un personnage incontournable de l'histoire de France de la fin du XIXème et du début du XXème siècle. Un rude personnage, très controversé, bien que rendu presque intouchable par le rôle qu'il a assumé en prenant la direction du conseil des ministres à partir de 1917. À la fois, on loue ses prises de position (son célèbre pamphlet anticolonialiste à l'assemblée nationale par exemple), son courage et sa détermination dans l'adversité (en tant que maire d'arrondissement sous la commune de Paris, ou en tant que premier ministre pendant la grande guerre, allant jusqu'à rendre visite aux poilus dans les tranchées, ou en tant que ministre de l'intérieur quand il créé les "brigades du Tigre"), on rit de ses bons mots (féroces) à l'égard de ses contemporains, mais à la fois aussi, on ne peut qu'être révolté par son attitude lamentable dans sa vie privée, par sa répression excessive des mouvements sociaux (crise du phylloxéra chez les vignerons en 1907), qui pose question pour un radical de gauche, et par son anti germanisme obsessionnel qui le pousse à figurer parmi les jusqu’au-boutistes du traité de Versailles qui nous... Une biographie qui fait - à juste titre - autorité sur Clemenceau, dit "le tigre", un personnage incontournable de l'histoire de France de la fin du XIXème et du début du XXème siècle. Un rude personnage, très controversé, bien que rendu presque intouchable par le rôle qu'il a assumé en prenant la direction du conseil des ministres à partir de 1917. À la fois, on loue ses prises de position (son célèbre pamphlet anticolonialiste à l'assemblée nationale par exemple), son courage et sa détermination dans l'adversité (en tant que maire d'arrondissement sous la commune de Paris, ou en tant que premier ministre pendant la grande guerre, allant jusqu'à rendre visite aux poilus dans les tranchées, ou en tant que ministre de l'intérieur quand il créé les "brigades du Tigre"), on rit de ses bons mots (féroces) à l'égard de ses contemporains, mais à la fois aussi, on ne peut qu'être révolté par son attitude lamentable dans sa vie privée, par sa répression excessive des mouvements sociaux (crise du phylloxéra chez les vignerons en 1907), qui pose question pour un radical de gauche, et par son anti germanisme obsessionnel qui le pousse à figurer parmi les jusqu’au-boutistes du traité de Versailles qui nous précipitèrent tête la première dans un deuxième conflit mondial. C'est peut-être dans ces derniers aspects que le livre de Michel Winock pèche un peu, à la lumière de tout ce que j'ai lu et vu d'autre sur Clemenceau. Non pas que son "Clemenceau" puisse être considéré comme une apologie du personnage, loin de là, mais je trouve quand même qu'il traite les zones d'ombre du tigre avec moins de rigueur que les zones de lumière.
    Lire la suite
    En lire moins
  • evh138 Posté le 9 Mai 2017
    En cette période d’indigestion électorale, où l’on réinvente la roue et s’étonne de tout, il est intéressant de plonger dans l’Histoire pour prendre du recul, nourrir et poser ses raisonnements et réflexions. La biographie dense et réflexive de Georges Clemenceau (1841-1929) écrite par l’historien de la gauche Michel Winock est passionnante à cet égard. S’éclairer du passé pour mieux comprendre le présent, telle est l’ambition de l’auteur. En parcourant les 50 ans de citoyenneté engagée de Clemenceau, l’auteur retrace ces années folles du début de la Troisième République, en partant de la Commune de Paris (1871) jusqu’à l’organisation de la paix après la Première Guerre Mondiale. Cette période est fondatrice de la France moderne, à travers les débats sur l’instauration de la culture républicaine, l’Affaire Dreyfus, l’institutionnalisation des mouvements ouvriers, la question sociale, la question des coopérations européennes et surtout la laïcité. Comme tous les grands hommes intéressants, Clemenceau a plusieurs facettes – plusieurs contradictions au sein d’une même cohérence. C’est un homme de gauche, profondément républicain, anticolonialiste et laïque, et même considéré d’extrême-gauche avant l’arrivée des révolutionnaires collectivistes. Et au final, un homme haï par la droite réactionnaire et par la gauche pure. Le livre retrace son parcours à l’Assemblée, au... En cette période d’indigestion électorale, où l’on réinvente la roue et s’étonne de tout, il est intéressant de plonger dans l’Histoire pour prendre du recul, nourrir et poser ses raisonnements et réflexions. La biographie dense et réflexive de Georges Clemenceau (1841-1929) écrite par l’historien de la gauche Michel Winock est passionnante à cet égard. S’éclairer du passé pour mieux comprendre le présent, telle est l’ambition de l’auteur. En parcourant les 50 ans de citoyenneté engagée de Clemenceau, l’auteur retrace ces années folles du début de la Troisième République, en partant de la Commune de Paris (1871) jusqu’à l’organisation de la paix après la Première Guerre Mondiale. Cette période est fondatrice de la France moderne, à travers les débats sur l’instauration de la culture républicaine, l’Affaire Dreyfus, l’institutionnalisation des mouvements ouvriers, la question sociale, la question des coopérations européennes et surtout la laïcité. Comme tous les grands hommes intéressants, Clemenceau a plusieurs facettes – plusieurs contradictions au sein d’une même cohérence. C’est un homme de gauche, profondément républicain, anticolonialiste et laïque, et même considéré d’extrême-gauche avant l’arrivée des révolutionnaires collectivistes. Et au final, un homme haï par la droite réactionnaire et par la gauche pure. Le livre retrace son parcours à l’Assemblée, au Senat, à la tête du Ministère de l’Intérieur et comme Président du Conseil. Il termine en Père de la Victoire, après la guerre. Ce qui m’a passionné dans ce livre, ce n’est pas tant le parcours, ni la personnalité – parfois ambiguë et nauséeuse – de Clemenceau, mais plutôt l’univers et les fractures de cette époque-là qui sont les fondements de nombreux débats d’aujourd’hui. Clemenceau est un réformiste pragmatique, au cœur du courant radical et ses joutes oratoires avec Ferry, Jaurès ou Briand sont éclairantes pour mieux comprendre la structure politique actuelle. En fait, rien n’a vraiment changé : il y a des bribes de Valls, de Mélenchon, de Fillon et de Macron dans ces pages, ce qui rend le livre très plaisant.
    Lire la suite
    En lire moins
  • gatechfrog Posté le 3 Avril 2017
    Étonnamment proche mais déjà si loin. J'ai appris dans ce livre beaucoup de choses sur la construction de notre système politique et sur un grand Homme de notre nation
INSCRIVEZ-VOUS À LA NEWSLETTER PERRIN
Recevez toutes nos actualités : sorties littéraires, signatures, salons…