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EAN : 9782266199278
Code sériel : 6005
Façonnage normé : POCHE
Nombre de pages : 320
Format : 108 x 177 mm

Eugénie Grandet

Date de parution : 09/10/2009

Édition présentée et commentée par Pierre-Louis Rey, professeur de littérature française à l’université de la Sorbonne Nouvelle (Paris III)

 

Balzac pense qu’Eugénie Grandet est « une bonne petite nouvelle facile à vendre ». Pour ce chef-d’œuvre, la postérité en décidera autrement et Balzac finira pas égaler Molière.

Le père Grandet, comme toute...

Édition présentée et commentée par Pierre-Louis Rey, professeur de littérature française à l’université de la Sorbonne Nouvelle (Paris III)

 

Balzac pense qu’Eugénie Grandet est « une bonne petite nouvelle facile à vendre ». Pour ce chef-d’œuvre, la postérité en décidera autrement et Balzac finira pas égaler Molière.

Le père Grandet, comme toute son époque, adore l’argent. Avare ? Pas seulement. Viticulteur, usurier, marchand de bois, promoteur immobilier, il est avant tout un spéculateur, et un milliardaire dirait-on aujourd’hui. L’or stimule son intelligence et son imagination, et le rend étranger à Eugénie, sa fille qu’il adore sans la voir. Dans le dénuement volontaire de la maison Grandet, seule à sa fenêtre devant un paysage immobile, la jeune femme, comme un fantôme, attend un fiancé, un amour, une vie qui ne viendront peut-être jamais…


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avec Les clés de l’œuvre
17 pages pour aller à l’essentiel
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EAN : 9782266199278
Code sériel : 6005
Façonnage normé : POCHE
Nombre de pages : 320
Format : 108 x 177 mm

Ce qu'en pensent nos lecteurs sur Babelio

  • monocle Posté le 30 Octobre 2020
    La vie d'Eugénie Grandet est bien curieuse. Son père, un despote gère sa maison et ses affaires avec une rigueur militaire. Un horaire et une vie dignes d'un monastère cistercien. Eugénie a 22 ans au début du roman. Sa vie, dans cette maison froide et sombre, est dédiée aux travaux, à la prière, à l'amour de sa mère et au respect de son père. La famille a une domestique NANON, courageuse et dévouée. Elle partage tous les secrets de la famille. Le père détient tous les pouvoirs, chaque matin il distribue la quantité de pain, de beurre, d'aliments et de bois pour la journée. Le chauffage n'est autorisé qu'à partir du premier de novembre. La rigueur du quotidien est soudain bouleversée par la venue du cousin d'Eugénie. Un parisien dandy dont le père (frère du père Grandet) s'est suicidé pour éviter la honte de la banqueroute. La belle ordonnance imposée par le père va s'effriter dans la douleur. Balzac arrive à composer un roman haletant. En composant le père Grandet il crée l'avarice sous son état le plus vil. Grandet ne recule devant rien pour satisfaire sa faim d'or et de possession. Il réduit son entourage à l'esclavage, profite sans remord de la... La vie d'Eugénie Grandet est bien curieuse. Son père, un despote gère sa maison et ses affaires avec une rigueur militaire. Un horaire et une vie dignes d'un monastère cistercien. Eugénie a 22 ans au début du roman. Sa vie, dans cette maison froide et sombre, est dédiée aux travaux, à la prière, à l'amour de sa mère et au respect de son père. La famille a une domestique NANON, courageuse et dévouée. Elle partage tous les secrets de la famille. Le père détient tous les pouvoirs, chaque matin il distribue la quantité de pain, de beurre, d'aliments et de bois pour la journée. Le chauffage n'est autorisé qu'à partir du premier de novembre. La rigueur du quotidien est soudain bouleversée par la venue du cousin d'Eugénie. Un parisien dandy dont le père (frère du père Grandet) s'est suicidé pour éviter la honte de la banqueroute. La belle ordonnance imposée par le père va s'effriter dans la douleur. Balzac arrive à composer un roman haletant. En composant le père Grandet il crée l'avarice sous son état le plus vil. Grandet ne recule devant rien pour satisfaire sa faim d'or et de possession. Il réduit son entourage à l'esclavage, profite sans remord de la situation de son neveu et devient l'incarnation du démon. Autour de lui papillonnent les saintes femmes, épouse asservie, fille apeurée, domestique dévouée. Une fois encore, après Ursule MIROUET, Eugénie est décrite comme la femme parfaite acceptant les ordres et les désirs des éléments mâles et les conventions sociales Elle reste fidèle à ses engagements et prend l'image d'une sainte ! Excellent roman construit avec maitrise. Le lecteur est happé. De la grande littérature. HISTOIRE DU ROMAN. En 1833 Balzac rédige ce qui sera le premier chapitre intitulé PHYSIONOMIES BOURGEOISES" dans une revue nommée "L'Europe littéraire". Une suite est annoncée mais ne sera jamais publiée En 1834 Balzac signe l'édition originale chez BECHET et comporte six chapitres. En 1839 Seconde édition chez CHARPENTIER. Le texte est revu et augmenté. En 1842 et 1849 Deux tirages Le roman connaît un succès exceptionnel En 1882 Le manuscrit original est vendu. Gabriel Wells l'acquiert pour la Pierpont Morgan Library de New York en 1925. Il y est toujours actuellement. LIEU DE L'INTRIGUE : ANGER, SAUMUR (commune où habitent les GRANDET) PERSONNAGES : Aucun personnage important d'Eugénie Grandet ne se retrouve ailleurs, sauf Charles Grandet qui reparaît brièvement sous un autre nom dans "La Maison Nucingen" La chronologie romanesque comporte deux invraisemblances résultant des derniers remaniements opérés par Balzac. La première a trait à la date de mort de Mme Grandet : dans les éditions antérieures au Furne, Mme Grandet meurt en octobre 1820, et non en 1822 ; la deuxième concerne la mort de Félix Grandet, qui, dans l'édition définitive, meurt après le retour de Charles. Dans les éditions antérieures au Furne, Félix Grandet, ainsi que l'indique le manuscrit, mourait en janvier 1826 et Charles était de retour en juin de la même année. – Eugénie GRANDET : le plus célèbre des personnages éponymes, avec Le Père Goriot. En bonne tradition romancière le titre annonce l'histoire de sa vie. Née en novembre 1796, Eugénie reçoit une pièce d'or de son père, à chacun de ses anniversaires (un placement, non un cadeau). Ses 19 millions de dot lui suscitent un prétendant, Gruchot de Bonfons, le neveu du notaire, dont elle sera veuve au bout d'un an. Il est question d'un remariage pour elle avec le marquis de Froidfond : la famille s'en occupe et commence à la « cerner ». Mais la passion qu'elle a pour Charles restera le seul événement de son existence, fortement marquée par le mimétisme paternel : « elle vit comme avait vécu le père Grandet ». – Félix GRANDET : 40 ans en 1789 Le roman s'égaie des traits de son avarice, souvent cocasses. Mais son dernier geste, « épouvantable », pour saisir le crucifix en vermeil », est aujourd'hui inscrit dans la tradition culturelle. – NANON : un prénom devenu non commun, un personnage à part entière dotée d'une réelle personnalité et qui aura une postérité littéraire, comme l'exemple parfait de la domestication (par assimilation) et comme archétype de « la servante au grand coeur » (Baudelaire, Lamartine, Flaubert, Proust). C'est à 22 ans, avant la naissance d'Eugénie, que la jeune gardeuse de vaches, dite la Grande Nanon à cause d'un physique de « grenadier » entre, pour n'en plus sortir, dans la maison Grandet. Le père Grandet l'exploite « féodalement » ; elle a pour lui reconnaissance et attachement - ils s'aiment à leur manière - Après sa mort, à 59 ans, elle épouse son garde-chasse et reçoit enfin un patronyme : Mme Cornoiller. - Charles GRANDET, cousin d'Eugénie PERSONNAGES AJOUTES A L'EDITION ORIGINALE – Armande-Louise-Marie de CHAULIEU : Balzac raconte sa vie, de sa sortie de pension à sa mort, dans Mémoires de deux jeunes mariées (1842). – Sophie GRIGNOULT (dite Florine) – Guillaume GRANDET – François KELLER. Banquier : Le Député d'Arcis (1854) raconte sa carrière politique. – Clément CHARDIN DES LUPEAULX : il incarne l'intrigant de haut vol. Son ascension sociale est racontée dans Les Employés (1838). – Baron Frédéric de NUCINGEN : banquier juif d'origine allemande et l'une des grandes figures financières de La Comédie humaine. Il apparaît notamment comme mari de Delphine Goriot dans Le Père Goriot (1835). – ROGUIN : banquier, conseiller peu scrupuleux.
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  • Flocava1 Posté le 15 Septembre 2020
    Ah Balzac.... j’apprécie tous les romans de lui que j’ai pu lire si peu en rapport avec sa production, celui-ci étant de nouveau un beau portrait de femme dans un univers d’hommes peu brillants
  • BRIGITTEB Posté le 5 Septembre 2020
    Je viens de lire Eugénie Grandet, que je ne me souviens pas avoir lu en classe, car je pense que je l'aurais trouvé très ennuyeux à l'époque. Plus que le portrait d'un avaricieux, c'est la peinture d'une société, des mœurs d'une époque et d'une classe sociale où les femmes n'ont qu'à obéir et où domine l'intérêt et la bêtise. J'ai trouvé ce roman un peu mièvre par moment et sans surprise. Sans renier Balzac, je préfère Maupassant, pour ses études de personnages et de mœurs beaucoup plus fines et poussées.
  • jullius Posté le 24 Juillet 2020
    « La France a deux Molières, écrit Lamartine en 1866, le Molière en vers et le Molière en prose. Je le dis, je le pense, ouvrons-le : c'est à lui de le prouver. Je commence par son chef-d'oeuvre, Eugénie Grandet ». Sans doute Lamartine ne cite pas Molière, le père de L'Avare, tout à fait par hasard. Car ce père, Félix Grandet en est une figure accomplie, à un point tel qu'une fois encore, j'en viens à me demander si, comme bien des auteurs du XIXe siècle, Balzac n'a pas choisi ce patronyme à dessin, car Grandet résonne comme un paradoxe : affubler à monsieur « fier de sa grandeur » un suffixe qui en dit tout le caractère minable, petit, n'est-ce pas déjà tout dire ? N'est-ce pas tout révéler de cet important qui brille surtout par le ridicule de ses valeurs essentiellement financières ? Son statut il ne le tire que de son argent (et de ce que la « bonne » société de Saumur lui fait la cour pour en tirer également un profit sonnant et trébuchant). Mais s'il a une bourse bien remplie, de grandeur il manque réellement, cruellement, et son bonheur sonne faux comme ce... « La France a deux Molières, écrit Lamartine en 1866, le Molière en vers et le Molière en prose. Je le dis, je le pense, ouvrons-le : c'est à lui de le prouver. Je commence par son chef-d'oeuvre, Eugénie Grandet ». Sans doute Lamartine ne cite pas Molière, le père de L'Avare, tout à fait par hasard. Car ce père, Félix Grandet en est une figure accomplie, à un point tel qu'une fois encore, j'en viens à me demander si, comme bien des auteurs du XIXe siècle, Balzac n'a pas choisi ce patronyme à dessin, car Grandet résonne comme un paradoxe : affubler à monsieur « fier de sa grandeur » un suffixe qui en dit tout le caractère minable, petit, n'est-ce pas déjà tout dire ? N'est-ce pas tout révéler de cet important qui brille surtout par le ridicule de ses valeurs essentiellement financières ? Son statut il ne le tire que de son argent (et de ce que la « bonne » société de Saumur lui fait la cour pour en tirer également un profit sonnant et trébuchant). Mais s'il a une bourse bien remplie, de grandeur il manque réellement, cruellement, et son bonheur sonne faux comme ce prénom qui pourrait vouloir dire heureux s'il était orthographié Félice, s'il n'était pas, encore un hasard ? finalement barré d'une croix : Félix. La richesse, la vraie, est à chercher du côté de la fille, Eugénie, seule dotée de cette « monnaie qui se fabrique elle-même » comme disait Stendhal : la passion amoureuse. Avec Eugénie, l'argent retrouve sa place, son range, sa fonction : un moyen, qu'en aucun cas il ne faut confondre avec la fin ; de même que le salut ne saurait se confondre avec le salaire. Et si elle finit par sacrifier son avenir à l'idée d'un bonheur idéal, au moins ne connaît-elle pas l'infâme destin de périr sans honneur. Car le royaume du père Grandet, ici-bas, rime avec désenchantement et isolement. Il est même si bas qu'il entraine l'homme dans une chute : c'est la démonstration De Balzac, ô combien plus puissante que celle de Molière (et avant les sociologues comme Max Weber par exemple). Un monde ordonné par le dieu argent est un royaume d'illusions, de tromperies, signifiant moins la « mort de Dieu » comme certains le prophétisèrent que la perte de soi pour les Hommes, car « les avares ne croient pas à une vie à venir, le présent est tout pour eux. Cette réflexion jette une horrible clarté sur l'époque actuelle, où, plus qu'en d'autres temps, l'argent domine les lois, la politique et les moeurs. Institutions, livres, hommes et doctrines, tout conspire à miner la croyance d'une vie future sur laquelle l'édifice social est appuyé depuis dix-huit cents ans. Maintenant le cercueil est une transition peu redoutée. L'avenir qui nous attendait par-delà le requiem, a été transposé dans le présent. Arriver per fas et nefas au paradis terrestre du luxe et des jouissances vaniteuses, pétrifier son coeur et se macérer le corps en vue de possessions passagères, comme on souffrait jadis le martyre de la vie en vue de bien éternels, est la pensée générale ! pensée d'ailleurs écrite partout, jusque dans les lois, qui demandent au législateur : que payes-tu ? au lieu de lui dire : que penses-tu ? quand cette doctrine aura passé de la bourgeoisie au peuple, que deviendra le pays ? ». Eugénie Grandet est le premier roman classique que j'ai lu, il y a un tiers de siècle. Je retrouve, à le relire, mes émotions d'adolescent ravi par le style balzacien, impressionné par la force et la noblesse de cette Grande Eugénie. Mais je crois aussi en saisir, aujourd'hui, une leçon importante et peux m'émerveiller de la clairvoyance De Balzac sur ce monde qui naissait alors, dans un contexte de révolution industrielle, de croyance forcenée dans le progrès et d'enthousiasme pour les bouleversements culturels qui l'accompagnaient.
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  • AMR_La_Pirate Posté le 3 Juin 2020
    J’ai vraiment pris un grand plaisir à relire Eugénie Grandet d’Honoré de Balzac… Ce fut une relecture au long cours, à raison de quelques pages quasi quotidiennes pour profiter de ce style balzacien que j’apprécie tant… Félix Grandet campe le type même de l’avare ; cet ancien tonnelier, devenu extrêmement riche à la Révolution, vit à Saumur, où il est devenu une personnalité en vue. On spécule sur sa richesse et deux familles, les Cruchot et les Des Grassins, verraient d’un bon œil une alliance avec lui en mariant l’un des leurs avec sa fille unique, Eugénie. L’héroïne éponyme de ce roman vit petitement sous l’autorité de son père qui impose un train de vie particulièrement frugal à toute la maisonnée, réduite à son épouse, particulièrement effacée, et à Nanon, une servante dévouée corps et âme à la famille Grandet. L’arrivée à Saumur de Charles Grandet, un jeune et beau cousin de Paris, ruiné, va bouleverser l’organisation de la maison Grandet. En quinze jours seulement, Eugénie en tombera éperdument amoureuse… Elle ira même jusqu’à lui offrir son « trésor », c’est-à-dire l’ensemble des pièces d’or que son père lui a offert pour ses anniversaires. Charles s’embarque pour les Indes, promettant d’y faire fortune... J’ai vraiment pris un grand plaisir à relire Eugénie Grandet d’Honoré de Balzac… Ce fut une relecture au long cours, à raison de quelques pages quasi quotidiennes pour profiter de ce style balzacien que j’apprécie tant… Félix Grandet campe le type même de l’avare ; cet ancien tonnelier, devenu extrêmement riche à la Révolution, vit à Saumur, où il est devenu une personnalité en vue. On spécule sur sa richesse et deux familles, les Cruchot et les Des Grassins, verraient d’un bon œil une alliance avec lui en mariant l’un des leurs avec sa fille unique, Eugénie. L’héroïne éponyme de ce roman vit petitement sous l’autorité de son père qui impose un train de vie particulièrement frugal à toute la maisonnée, réduite à son épouse, particulièrement effacée, et à Nanon, une servante dévouée corps et âme à la famille Grandet. L’arrivée à Saumur de Charles Grandet, un jeune et beau cousin de Paris, ruiné, va bouleverser l’organisation de la maison Grandet. En quinze jours seulement, Eugénie en tombera éperdument amoureuse… Elle ira même jusqu’à lui offrir son « trésor », c’est-à-dire l’ensemble des pièces d’or que son père lui a offert pour ses anniversaires. Charles s’embarque pour les Indes, promettant d’y faire fortune et de revenir pour épouser Eugénie. Tous les 1ers janviers, le père Grandet, ayant pour habitude de contempler le trésor de sa fille avant de le compléter, entre dans une terrible colère en apprenant qu’elle ne l’a plus en sa possession ; Eugénie se retrouve consignée dans sa chambre au pain et à l’eau, pour punition de son attitude et de sa prodigalité envers son cousin. Sa mère en mourra de chagrin. Cinq années passent ; le père Grandet meurt à son tour en laissant une belle fortune à sa fille… Eugénie attend toujours le retour de Charles. Mais, ce dernier, revenu au bout de sept ans, préfère épouser un meilleur parti, pour se faire un nom à Paris. Eugénie finira par se marier avec l’un de ses premiers prétendants, bref mariage platonique, qui la laissera veuve et immensément riche. Une intrigue plutôt simple dont l’intérêt, selon moi, réside surtout dans la minutieuse description de la façon de vivre des Grandet : habitudes, repas, habillement, manière de se chauffer, de s’éclairer… L’immense talent de Balzac rend vivante et d’une rare précision cette vie quotidienne où tout est mesuré et calculé depuis les morceaux de sucre jusqu’aux bout de chandelles. La vie de province devient un théâtre dont Saumur est le décor. Les manœuvres des Cruchot et des Des Grassins pour obtenir la main d’Eugénie sont à la fois cocasses, cousues de fil blancs et surtout très populaires dans les diverses sociétés de la ville. Ce roman illustre de manière originale un des thèmes chers à Balzac, la famille, même si l’intimité des Grandet nous apparaît sinistre et froide. Balzac en parle comme d’une « terrible action, une tragédie bourgeoise sans poison, ni poignard, ni sang répandu […] mais, relativement aux acteurs, plus cruelle que tous les drames accomplis dans l'illustre famille des Atrides ». La religion, autre valeur de l’auteur, y apparaît plus comme un ensemble de sophismes qui aident Eugénie et sa mère à affronter le quotidien ; leur vie est d’ailleurs souvent qualifiée de « monastique ». Balzac compare Eugénie à la Vierge Marie, en Immaculée Conception quand elle tombe amoureuse de Charles puis l’attend, puis en Mater Dolorosa quand il revient et en épouse une autre. Certains passages sont drôles et même ironiques. Je pense à des réflexions qui échappent à Mme Grandet ou à la servante, au bégaiement et à la surdité feints par Grandet en certaines occasions, à la course des rumeurs dans Saumur ou encore à de fines analyses du narrateur omniscient… L’étude des personnages est savoureuse. Eugénie Grandet est l’un des plus célèbres personnages féminins éponymes de La Comédie Humaine, bien qu’elle n’y réapparaisse dans aucun autre livre. L’histoire de sa vie pourrait tenir en quelques lignes car sa passion pour son cousin est le seul fait marquant de son existence. Finalement, elle deviendra, par hérédité ou mimétisme, un pendant, certes plus humain, de son père. En effet, elle sera à l’écoute des pauvres et ouvrira davantage son salon… Balzac insuffle à la description de ses émois amoureux une aura de fatalisme qui annonce le fiasco, même si Charles est tout aussi sincère qu’Eugénie au début, du moins pendant les quinze jours que le jeune homme passe chez les Grandet. L’évolution de son personnage est très intéressante car elle va finir par tenir tête à son père, porter un jugement sur ses actes et apprendre à dissimuler ses sentiments. Cependant, sa vie est si vide qu’elle a tout le temps de se complaire dans l’attente, puis le regret et le chagrin, sans échappatoire. Félix Grandet devient le type même de l’avare de province. Ses faits et gestes font l’objet d’une étude minutieuse. Ses pensées et réflexions en disent long sur ses manigances et sa connaissance du genre humain. Son avarice est telle que les cadeaux en pièces d’or faits à sa fille sont considérés comme des placements dont elle ne peut disposer à son gré, même quand elle atteint sa majorité. Son amour pour sa fille est très égoïste ; tout ce qu’il fait est motivé par l’intérêt et l’amour-propre. D’une manière générale, il est incapable de la moindre compassion et toutes ses actions sont minutieusement calculées et préparées. Dans son système de valeurs, la faillite est le pire déshonneur qui puisse arriver à un homme. Il exploite littéralement sa servante ; son lien avec Nanon a quelque chose de féodal. Mme Grandet, quant à elle, n’existe qu’en tant que mère et épouse. Son lien avec sa fille est si profond que Balzac les compare à des sœurs siamoises… Elles passent presque la totalité de leur temps ensemble, se comprennent d’un regard, ont les mêmes intuitions. Charles Grandet a tout du dandy. Les détails de sa toilette en donne une image particulièrement apprêtée, tout en opposition avec le dénuement et la simplicité de la maison des Grandet de Saumur. Félix Grandet parle de lui en le traitant de « mirliflor ». Même s’il a le mauvais rôle dans l’histoire, on ne peut que reconnaître sa grande sincérité du début quant la candeur d’Eugénie avait su le troubler alors qu’il pleurait la mort de son père. Ensuite, il s’endurcit en faisant des affaires dans les zones intertropicales, dans la traite des esclaves et le commerce des marchandises les plus avantageuses à échanger sur les divers marchés où l'amènent ses intérêts. Contrairement à Eugénie qui a tout son temps pour se morfondre, il n’a pas un seul instant pour repenser à elle. L’atavisme des Grandet va le rendre dur en affaires et peu scrupuleux. Il apprend aussi à connaître toutes sortes de femmes qui lui font oublier l’unique baiser échangé avec Eugénie. Enfin, Nanon la servante, taillable et corvéable, bonne et intelligente, donne à ce roman une touche de bon sens et de profonde humanité. Ce roman a été publié en 1833 et participe du jaillissement créateur de l’auteur qui s’affirme comme le maître du roman réaliste, créant des personnages particulièrement typés et puissamment travaillés. J’ai adoré cette relecture. https://www.facebook.com/piratedespal/
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