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EAN : 9782266296090
Code sériel : 6023
Façonnage normé : POCHE
Nombre de pages : 304
Format : 108 x 177 mm

Le père Goriot

Date de parution : 16/05/2019

LES GRANDS TEXTES DU XIXe SIÈCLE

Tous les chemins de la Comédie humaine partent du Père Goriot et de la sinistre pension Vauquer. La grande saga de l’Occident dont rêve Balzac commence par le martyre d’un père éperdu d’amour pour ses deux filles qui le bafouent, le torturent et le ruinent....

LES GRANDS TEXTES DU XIXe SIÈCLE

Tous les chemins de la Comédie humaine partent du Père Goriot et de la sinistre pension Vauquer. La grande saga de l’Occident dont rêve Balzac commence par le martyre d’un père éperdu d’amour pour ses deux filles qui le bafouent, le torturent et le ruinent. Témoins de cette tragédie, le jeune Rastignac, qui va défier Paris, et le fabuleux Vautrin, ancien forçat, que l’on recroisera ultérieurement dans d’autres œuvres.
Un galérien des Lettres criblé de dettes imagine et crée sous nos yeux une fresque éternelle avec une puissance de visionnaire. Mystère du génie car personne, depuis, n’a réussi à démoder Balzac.

@ Disponible chez 12-21
L'ÉDITEUR NUMÉRIQUE

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EAN : 9782266296090
Code sériel : 6023
Façonnage normé : POCHE
Nombre de pages : 304
Format : 108 x 177 mm

Ce qu'en pensent nos lecteurs sur Babelio

  • LesPetitesAnalyses Posté le 14 Septembre 2020
    Le carillon sonne les treize heures quand mon corps s’allonge dans l’herbe touffue. Les doigts de pieds en éventail, je sombre dans une délicieuse sieste aidé par la caresse du soleil et la berceuse du vent. Le cri de la ville est maintenant bien loin. Mes rêves m’emportent en bord de mer, où les embruns me chatouillent le nez. Les vagues déroulent leur tapis d’écume et je dors profondément au rythme des ressacs. Je m’imagine en photographe sur une plage déserte, l’objectif de mon appareil tourné vers la mer. Tout en glissant un œil dans le viseur je zoome lentement et vois apparaître, dans l’ordre: le sable détrempé, l’incessant va-et-vient de la mer, un paquebot, les grandes profondeurs et puis les falaises blanches de la côte anglaise qui s’effritent devant mes yeux. L’effet d’optique immersif du zoom me donne l’impression que ce phénomène est à portée de doigts, alors qu’en réalité, il se trouve à des dizaines de kilomètres de là. Dans Le Père Goriot, Honoré de Balzac utilise un procédé similaire pour mettre en place le décor de son roman. Tel l’objectif d’un appareil photographique, il nous emmène dans les rues parisiennes, s’arrête devant la façade d’une maison, nous fait passer... Le carillon sonne les treize heures quand mon corps s’allonge dans l’herbe touffue. Les doigts de pieds en éventail, je sombre dans une délicieuse sieste aidé par la caresse du soleil et la berceuse du vent. Le cri de la ville est maintenant bien loin. Mes rêves m’emportent en bord de mer, où les embruns me chatouillent le nez. Les vagues déroulent leur tapis d’écume et je dors profondément au rythme des ressacs. Je m’imagine en photographe sur une plage déserte, l’objectif de mon appareil tourné vers la mer. Tout en glissant un œil dans le viseur je zoome lentement et vois apparaître, dans l’ordre: le sable détrempé, l’incessant va-et-vient de la mer, un paquebot, les grandes profondeurs et puis les falaises blanches de la côte anglaise qui s’effritent devant mes yeux. L’effet d’optique immersif du zoom me donne l’impression que ce phénomène est à portée de doigts, alors qu’en réalité, il se trouve à des dizaines de kilomètres de là. Dans Le Père Goriot, Honoré de Balzac utilise un procédé similaire pour mettre en place le décor de son roman. Tel l’objectif d’un appareil photographique, il nous emmène dans les rues parisiennes, s’arrête devant la façade d’une maison, nous fait passer par le jardin, avant d’entrer dans chacune des pièces intérieures et nous dépose à table avec les protagonistes… 😉 Comme d’habitude, je vous propose ci-après, une brève analyse de ce classique de la littérature française Ce roman polyphonique se déroule en 1819, dans une pension miteuse où plusieurs locataires se côtoient. Parmi les principaux intervenants il y a Eugène de Rastignac le jeune étudiant ambitieux, Vautrin la brute épaisse et enfin Goriot, ce vieil homme esseulé qui a fait fortune pendant la Révolution française et qui donne le moindre de ces centimes à ses deux filles afin qu’elles puissent mener la grande vie parisienne. “ Eh bien ! Oui, leur père, le père, un père, reprit la vicomtesse, un bon père qui leur a donné, dit-on, à chacune cinq ou six cent mille francs pour faire leur bonheur en les mariant bien, et qui ne s’était réservé que huit à dix mille livres de rente pour lui, croyant que ses filles resteraient ses filles, qu’il s’était créé chez elles deux existences, deux maisons où il serait adoré, choyé. En deux ans, ses gendres l’ont banni de leur société comme le dernier des misérables … “ Cette oeuvre de Balzac est découpée en trois parties distinctes et chacune représente la trajectoire d’un personnage. On y suit d’abord les traces d’Eugène qui découvre avec naïveté la vie mondaine parisienne et son désir ambitieux de s’y faire une place au chaud. L’auteur ne laisse planer aucun doute quant aux moyens que devra utiliser Eugène de Rastignac pour entrer dans cette société privilégié: il devra parvenir ! Vient ensuite le cas de Vautrin, ce bandit démasqué qui fait une lecture mémorable et cynique de la vie. Chaque personne en prend pour son grade et il sait tirer sur les cordes sensibles du jeune Rastignac: tu domineras ou tu seras dominé. Goriot, lui, est la figure du sacrifice paternel jusqu’à l’excès. Sa vie en tant qu’être humain n’existe pas. Il n’est qu’un père et … rien d’autre. Il se complaît à se saigner afin de garder, croit-il, ce lien d’amour envers ses filles alors que ces dernières n’en veulent qu’à son argent afin de garder encore un peu leur train de vie. Le sursaut lucide du Père Goriot quant à son rapport maladif vis-à-vis de ses enfants arrivera. Oui. Trop tard. “ Elles se sont bien vengées de mon affection, elles m’ont tenaillé comme des bourreaux. Eh bien ! Les pères sont si bêtes ! Je les aimais tant que j’y suis retourné comme un joueur au jeu. Mes filles, c’était mon vice à moi ; elles étaient mes maîtresses, enfin tout ! Elles avaient toutes les deux besoin de quelque chose, de parures ; les femmes de chambre me le disaient, et je les donnais pour être bien reçu ! “ En conclusion, le Père Goriot est un classique de la littérature car il est l’exemple du roman balzacien par excellence: abouti – immersif – initiatique – descriptif – dramatique – parfois rocambolesque – reprenant des personnages d’autres romans, etc. Certes l’histoire a pris les poussières de presque deux siècles mais la fine analyse de la cruauté qui peut exister dans les rapports humains demeure plus que jamais d’actualité. 😉
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  • Gwen21 Posté le 10 Septembre 2020
    "Le Père Goriot" a la réputation d'être l'un des romans les plus accessibles de Balzac ; de là sans doute vient le fait qu'on le donne facilement à lire à l'école. Pourtant, je n'avais jamais eu l'occasion de le lire, ne comptant pas parmi les fervents admirateurs de l'auteur. Je suis heureuse de l'avoir découvert adulte car je ne pense pas qu'adolescente, en pleine période de rébellion contre l'autorité parentale, j'en aurais apprécié toute la finesse. La subtilité et la beauté de ce portrait de père est remarquable et nécessite, de mon point de vue, le recul que donne la maturité pour bien saisir la notion de sacrifice qui est au cœur du roman. Le terme "Père" du titre désigne à la fois une civilité familière et un statut sociologique et social. M. Goriot devient, au fil des pages, une figure archétypale, quasi allégorique de la paternité avec une dimension christique : l'homme qui donne tout à ses enfants, aux êtres qui lui sont le plus chers, sans en attendre de reconnaissance, l'homme qui se sacrifie avec abnégation jusqu'à l'abandon et la misère, celui qui pardonne sans conditions et qui se réinvente au service du bien-être et du bonheur de ses... "Le Père Goriot" a la réputation d'être l'un des romans les plus accessibles de Balzac ; de là sans doute vient le fait qu'on le donne facilement à lire à l'école. Pourtant, je n'avais jamais eu l'occasion de le lire, ne comptant pas parmi les fervents admirateurs de l'auteur. Je suis heureuse de l'avoir découvert adulte car je ne pense pas qu'adolescente, en pleine période de rébellion contre l'autorité parentale, j'en aurais apprécié toute la finesse. La subtilité et la beauté de ce portrait de père est remarquable et nécessite, de mon point de vue, le recul que donne la maturité pour bien saisir la notion de sacrifice qui est au cœur du roman. Le terme "Père" du titre désigne à la fois une civilité familière et un statut sociologique et social. M. Goriot devient, au fil des pages, une figure archétypale, quasi allégorique de la paternité avec une dimension christique : l'homme qui donne tout à ses enfants, aux êtres qui lui sont le plus chers, sans en attendre de reconnaissance, l'homme qui se sacrifie avec abnégation jusqu'à l'abandon et la misère, celui qui pardonne sans conditions et qui se réinvente au service du bien-être et du bonheur de ses petits. Face à l'image du père, Balzac nous offre une autre image forte, celle d'un fils sous les traits d'Eugène de Rastignac, jeune arriviste déchiré entre son ambition et sa probité. Les scènes d'intérieure de la pension Vauquer annoncent le courant réaliste teinté de naturalisme précoce et sont admirables de véracité. Balzac aurait pu titrer son roman "Splendeurs et misères des Parisiens". Le roman est foisonnant de personnages, tant d'hommes que de femmes même si une réelle féminité s'en dégage ; le rythme que j'ai d'abord trouvé lent et alourdi de descriptions mobilières s'est finalement accéléré au gré d'une action chargée d'émotions. Le fait qu'une grande partie du récit se déroule dans le huis-clos de la pension Vauquer n'a pas été sans m'évoquer le futur "Pot-Bouille" de Zola, bien plus crû mais tout aussi insolent et voyeur. Logique puisque "Le Père Goriot" fait partie des scènes de la vie privée de la "Comédie humaine". Challenge XIXème siècle 2020 Challenge des 50 objets
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  • PtitVincent Posté le 30 Juillet 2020
    Dès le départ (une pension où sont représentés les différents acteurs d’une société), Balzac nous décrit les arcanes de la France à l’époque de la Restauration : une noblesse qui tente de retrouver sa situation d’avant la Révolution, une bourgeoisie qui prend ses aises, un monde marchand qui domine l’économie mais est encore mal considéré par ailleurs, une administration qui se développe, créant ainsi une nouvelle classe sociale, les ronds-de-cuir… Ce roman est l’un des plus célèbres de l’auteur où le père Goriot du titre partage la vedette avec deux autres personnages marquants. Tout d’abord Eugène de Rastignac, jeune noble d’une famille désargenté, venu finir ses études dans la capitale et espoir pour toute sa famille de retrouver un jour une meilleure aisance financière. Il comprend que son travail ne lui apportera guère, mais que son succès auprès des dames du monde peut l’amener très vite au sommet du pouvoir et de l’argent. Eugène va se lier très rapidement avec le père Goriot dont le sort l’émeut. Vautrin, homme énigmatique s’il en faut, observe les relations entre les différents personnages, et sous un côté bon vivant, on devine un homme qui sait mener sa barque. Ces trois hommes vivent dans... Dès le départ (une pension où sont représentés les différents acteurs d’une société), Balzac nous décrit les arcanes de la France à l’époque de la Restauration : une noblesse qui tente de retrouver sa situation d’avant la Révolution, une bourgeoisie qui prend ses aises, un monde marchand qui domine l’économie mais est encore mal considéré par ailleurs, une administration qui se développe, créant ainsi une nouvelle classe sociale, les ronds-de-cuir… Ce roman est l’un des plus célèbres de l’auteur où le père Goriot du titre partage la vedette avec deux autres personnages marquants. Tout d’abord Eugène de Rastignac, jeune noble d’une famille désargenté, venu finir ses études dans la capitale et espoir pour toute sa famille de retrouver un jour une meilleure aisance financière. Il comprend que son travail ne lui apportera guère, mais que son succès auprès des dames du monde peut l’amener très vite au sommet du pouvoir et de l’argent. Eugène va se lier très rapidement avec le père Goriot dont le sort l’émeut. Vautrin, homme énigmatique s’il en faut, observe les relations entre les différents personnages, et sous un côté bon vivant, on devine un homme qui sait mener sa barque. Ces trois hommes vivent dans la modeste pension de Mme Vauquer. Et pourtant M. Goriot était un riche marchand peu avant. Mais l’homme, adorant ses filles au-delà de la raison leur a laissé toute sa fortune, se contentant d’une maigre rente. Ses deux filles, égoïstes et superficielles, préfèrent le grand monde de Paris plutôt que l’affection de leur père, ne le contactant que lorsqu’elles en ont expressément besoin. L’homme, aveuglé par son amour paternel, y laissera sa santé après y avoir laissé son argent. Balzac décrit avec minutie, le monde de la Restauration, où le paraître, la posture sociale sont plus importants que d’éventuels talents ou un travail sérieux et continu. En voyant la déchéance du vieil homme, Eugène sera déchiré entre un idéal de jeunesse et les ors du monde, représentés en l’occurrence par Delphine, une des filles du père Goriot. Cet ouvrage n’est pas un des plus célèbres de Balzac par hasard. Tant dans la forme et le rythme que par ses personnages marquants, ce roman nous offre un panorama extrêmement critique de l’époque.
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  • BereniceBMO Posté le 20 Juillet 2020
    Contente d’avoir relu ce classique ; efficace
  • Ingannmic Posté le 18 Juillet 2020
    Honoré de Balzac était l’un de ces auteurs classiques qu’il me restait à découvrir. J’ai bien jadis mis le nez dans une vieille édition des "Chouans" trouvée dans la bibliothèque parentale mais, sans doute l’ai-je fait trop jeune, car j’ai jeté l’éponge après une trentaine de pages, effrayée par ses minutieuses descriptions (c’est en tous la souvenir, très subjectif, que j’en ai gardé…). Maintenant que je suis grande (quoique, ce ne serait sans doute pas l’avis de mes filles, furieuses d’avoir hérité de mon petit mètre 55…), je me suis dit qu’il était sans doute temps de retenter l’expérience, et l’occasion s’est présentée quand j’ai constaté que Le père Goriot figurait dans la PAL d’Electra : c’est toujours plus facile de se lancer un défi lorsqu’on est accompagné… Défi est à vrai dire un bien grand mot… Comme nombre de classiques, Le père Goriot est très accessible, et s’il est riche en descriptions, elles sont plus réjouissantes qu’ennuyeuses. C’est d’ailleurs ce qui m’a d’emblée embarqué dans ce roman, les portraits dessinés d’un trait féroce et drôle, la précision et la cocasserie des images convoquées, qui rendent décor et personnalités palpables. Nous sommes introduits dans le récit par la porte du "respectable" établissement... Honoré de Balzac était l’un de ces auteurs classiques qu’il me restait à découvrir. J’ai bien jadis mis le nez dans une vieille édition des "Chouans" trouvée dans la bibliothèque parentale mais, sans doute l’ai-je fait trop jeune, car j’ai jeté l’éponge après une trentaine de pages, effrayée par ses minutieuses descriptions (c’est en tous la souvenir, très subjectif, que j’en ai gardé…). Maintenant que je suis grande (quoique, ce ne serait sans doute pas l’avis de mes filles, furieuses d’avoir hérité de mon petit mètre 55…), je me suis dit qu’il était sans doute temps de retenter l’expérience, et l’occasion s’est présentée quand j’ai constaté que Le père Goriot figurait dans la PAL d’Electra : c’est toujours plus facile de se lancer un défi lorsqu’on est accompagné… Défi est à vrai dire un bien grand mot… Comme nombre de classiques, Le père Goriot est très accessible, et s’il est riche en descriptions, elles sont plus réjouissantes qu’ennuyeuses. C’est d’ailleurs ce qui m’a d’emblée embarqué dans ce roman, les portraits dessinés d’un trait féroce et drôle, la précision et la cocasserie des images convoquées, qui rendent décor et personnalités palpables. Nous sommes introduits dans le récit par la porte du "respectable" établissement de la vieille Madame Vauquer qui tient depuis quarante ans une pension bourgeoise située entre le Quartier Latin et le faubourg Saint-Marceau, morne portion de faubourg délaissé par l’animation parisienne, qui sent la médiocrité, l’ennui, "la vieillesse qui meurt". L’intérieur de la pension Vauquer, règne d’une misère sans poésie, est à l’avenant de ce sordide environnement, avec son odeur rance de renfermé, ses pièces aux murs encrassés et meublées de buffets pourris et démodés, de commodes gluantes et empoussiérées. La maîtresse des lieux y traîne sa silhouette grassouillette et mal mise, rationne les morceaux de pains et compte le moindre sou, veuve plaintive à qui son mari n’a laissé que cette maison pour vivre. Y vit une éclectique compagnie composée d’hommes et de femmes, de jeunes et de moins jeunes, auxquels s’ajoutent aux heures de repas des pensionnaires externes, "abonnés" au dîner. Parmi les internes, une jeune fille rejetée par un père fort riche et la veuve qui l’a prise sous son aile ; une vieille fille aux allures de comploteuse ; le curieux Poiret ; Vautrin, quadragénaire et ancien négociant ; Eugène de Rastignac, étudiant charentais venu faire ses études de droit à Paris, et enfin, le Père Goriot, fabricant de pâtes à la retraite. Le roman tourne autour du drame de ce père de deux filles désormais mariées. Des filles très belles, qu’il a élevées seul, et qu’il a surtout excessivement gâtées. Ayant fait fortune pendant la Révolution grâce à son commerce, il les a couvertes de cadeaux, les a habituées à ne manquer de rien et à désirer le meilleur. L’aînée Anastasie a épousé le comte de Restaud, et Delphine la cadette a dû se contenter d’un baron, par ailleurs banquier. Pour leur permettre de maintenir l’ostentatoire train de vie qu’exige la vie parisienne, le père Goriot vit chichement de ses rentes, se nourrissant à peine. En retour, il voit de temps en temps ses filles, en cachette pour ne pas faire honte à ses gendres, Anastasie et Delphine elles-mêmes préférant limiter les contacts avec ce père qui détonne dans leur nouveau milieu. Si "Le Père Goriot" est l’histoire d’une tragédie personnelle, le roman est aussi le prétexte à dresser un tableau éreintant d’une société parisienne où l’étiquette et l’apparence sont primordiales, et où l’on ne réussit que si on donne l’impression d’avoir de l’argent. Le jeune Eugène de Rastignac, provincial un peu rustre et maladroit, est ébloui par le faste d’un monde où il est introduit par l’entremise d’une cousine vicomtesse très en vue, qui l’initie à ses codes. Il en oublie bien vite ses études pour ne plus se consacrer qu’à un seul but : parvenir, et séduire Anastasie puis Delphine Goriot, dont il est tombé sous le charme. Pris par le démon du luxe et la fièvre du gain, il tombe dans le cercle vicieux de l’endettement, emprunte de l’argent à sa famille pour pouvoir s’habiller à la dernière mode, se déplacer en voiture… C’est ainsi que l’étudiant en droit se rapproche de Goriot, servant d’intermédiaire entre le père et ses filles, abreuvant le premier du récit d’épisodes évoquant la joie, la beauté ou les sourires de cette ingrate progéniture qu’il adore avec démesure. Quant à de Rastignac, approché par le mystérieux Vautrin qui, ayant détecté sa soif d’ambition, tente de l’inciter à quelque mauvais coup dont il pourra lui-même tirer profit, il est peu à peu tiraillé entre ses désirs et ses scrupules, entre les jouissances qu’il a goûtées et auxquelles il se sent incapable de renoncer, et la prise de conscience que pour atteindre son but, il devra boire toute honte, renoncer à toute noblesse d’esprit. Honoré de Balzac est sans pitié pour cette société parisienne de la Restauration qu’il étrille avec un humour mordant mais aussi avec une sorte de tristesse désabusée, lorsqu’il se place du côté de ses victimes -pourtant bien souvent consentantes-. Dans ce milieu où le jugement est prompt, car uniquement basé sur l’apparence -la tenue vestimentaire ou la richesse d’un salon ou d’un boudoir révélant l’âme et les mœurs d’une femme de distinction-, où l’arrivisme légitime toutes les bassesses et toutes les tromperies, il n’y a guère de place pour la compassion, la spontanéité ou la probité. Même l’amour y est soumis à d’officieux et coûteux protocoles. Une lecture passionnante, colorée par l’ironie cynique de l’auteur et la dimension parfois théâtrale dont il dote certains de ses rebondissements, même si j’avoue avoir été agacée par la béate abnégation du pitoyable Père Goriot, complètement dissous dans sa paternité, mais qui après tout ne fait que récolter le résultat d’une éducation qui a fait de ses filles des femmes d’un égoïsme et d’une vénalité détestables…
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