Lisez! icon: Search engine
Pocket
EAN : 9782266135467
Code sériel : 202
Façonnage normé : POCHE
Nombre de pages : 384
Format : 108 x 177 mm

LTI, la langue du IIIe Reich

Elisabeth GUILLOT (Traducteur)
Collection : Agora
Date de parution : 06/11/2003

Le philosophe allemand Victor Klemperer s’attacha dès 1933 à l’étude de la langue et des mots employés par les nazis. En puisant à une multitude de sources (discours radiodiffusés d'Adolf Hitler ou de Joseph Paul Goebbels, faire-part de naissance et de décès, journaux, livres et brochures, conversations, etc.), il a...

Le philosophe allemand Victor Klemperer s’attacha dès 1933 à l’étude de la langue et des mots employés par les nazis. En puisant à une multitude de sources (discours radiodiffusés d'Adolf Hitler ou de Joseph Paul Goebbels, faire-part de naissance et de décès, journaux, livres et brochures, conversations, etc.), il a pu examiner la destruction de l’esprit et de la culture allemands par la novlangue nazie. En tenant ainsi son journal, il accomplissait aussi un acte de résistance et de survie.
En 1947, il tirera de son travail ce livre : LTI, Lingua Tertii Imperii, la langue du IIIe Reich, devenu la référence de toute réflexion sur le langage totalitaire. Sa lecture, à près de soixante-dix ans de distance, montre combien le monde contemporain a du mal à se guérir de cette langue contaminée, et qu'aucune langue n’est à l’abri de nouvelles manipulations.

Lire la suite
En lire moins
EAN : 9782266135467
Code sériel : 202
Façonnage normé : POCHE
Nombre de pages : 384
Format : 108 x 177 mm

Ce qu'en pensent nos lecteurs sur Babelio

  • karmax211 Posté le 5 Octobre 2020
    Victor Klemperer naît un peu avant la fin du XIXe siècle dans cette Pologne qui fait partie de l'Empire Allemand. Philologue, il participe à la Grande Guerre, enseigne, écrit des ouvrages sur la littérature française, se convertit au protestantisme avant d'opter pour l'athéisme. C'est un Allemand, bourgeois, marié à Eva, qui mène une vie confortable et épanouie jusqu'au mois de janvier 1933 et l'arrivée d'Hitler et des nazis au pouvoir. Lui qui a toujours été Allemand et peu soucieux des affaires de la religion, se retrouve soudain aux prises avec sa judaïté d'origine, qui fait une quasi- irruption dans sa vie et la fait basculer. Il perd d'abord sa chaire à l'université, ne peut plus enseigner, n'a plus accès aux livres, subit toutes les lois de Nuremberg liées aux Juifs, mais marié à une Aryenne, n'est pas déporté mais relégué dans une Judenhaus, une maison pour Juifs, doit travailler 10 heures par jour dans une usine, subir les brimades, le harcèlement, les menaces et les humiliations de la Gestapo. Car sa vie ne tient qu'à un fil. Un petit faux pas, une humeur amère d'un nazillon, et c'est le camp et la mort. Dans ce contexte, l'homme "asservi" reste libre... Victor Klemperer naît un peu avant la fin du XIXe siècle dans cette Pologne qui fait partie de l'Empire Allemand. Philologue, il participe à la Grande Guerre, enseigne, écrit des ouvrages sur la littérature française, se convertit au protestantisme avant d'opter pour l'athéisme. C'est un Allemand, bourgeois, marié à Eva, qui mène une vie confortable et épanouie jusqu'au mois de janvier 1933 et l'arrivée d'Hitler et des nazis au pouvoir. Lui qui a toujours été Allemand et peu soucieux des affaires de la religion, se retrouve soudain aux prises avec sa judaïté d'origine, qui fait une quasi- irruption dans sa vie et la fait basculer. Il perd d'abord sa chaire à l'université, ne peut plus enseigner, n'a plus accès aux livres, subit toutes les lois de Nuremberg liées aux Juifs, mais marié à une Aryenne, n'est pas déporté mais relégué dans une Judenhaus, une maison pour Juifs, doit travailler 10 heures par jour dans une usine, subir les brimades, le harcèlement, les menaces et les humiliations de la Gestapo. Car sa vie ne tient qu'à un fil. Un petit faux pas, une humeur amère d'un nazillon, et c'est le camp et la mort. Dans ce contexte, l'homme "asservi" reste libre dans sa tête. L'esclave à la chaîne, obligé de porter à partir du 19 septembre 1941, l'étoile jaune ( " le jour le plus sombre de sa vie" ), tient depuis l'arrivée au pouvoir d'Hitler et de son "clan", un journal, des carnets en fait, où tous les jours ce philosophe philologue, observe, réfléchit, analyse chaque mot, chaque expression de la novlangue au pouvoir. Il se lève à trois heures et demie chaque matin pour accomplir (au péril de sa vie... Eva est chargée de mettre les carnets en lieu sûr)ce travail de témoignage et de résistance avant de se rendre à l'usine. Tous les matériaux dont il peut disposer : ses oreilles à l'usine, dans le tram, la rue, la radio ( peu ), ses yeux et quelques articles de journaux dissimulés, des affiches, des livres clandestins sont la précieuse substance, la matière qui constitue cette extraordinaire somme de résistance, de ténacité, de courage et de volonté que sont ces carnets qui témoignent à travers le temps et pour l'histoire du comment et du pourquoi de ce que fut la LTI ( la Lingua Tertii Imperii ), la langue du troisième Reich... un nouveau langage totalitaire. "Mal nommer les choses, c'est ajouter aux malheurs du monde", disait Camus. C'est ce à quoi se sont employés les nazis durant 12 longues années , avec la volonté de décerveler un peuple et de l'asservir. Nous avons tous des exemples de cette LTI qui nous viennent à l'esprit en pensant à cette période. "La solution finale" est l'un d'eux... une expression à première vue assez "banale" qui servit à cacher le plus monstrueux des crimes commis par l'humain. Le "Stuck"... ce "morceau", qui servait à désigner en les réifiant les déportés. Le " fanatisme" devenu dans la langue totalitaire synonyme d'héroïque et de vertueux. Le peuple "Volk" inlassablement martelé : la fête du peuple, le camarade du peuple, la communauté du peuple, proche du peuple, étranger au peuple, issu du peuple, la voiture du peuple ( la célèbre Volkswagen), et le fameux slogan une nation un empire un chef " ein Volk ein Reich, ein Führer... Et puis il y a aussi et en plus l'usage des superlatifs, des mots étrangers, des prénoms "germaniques ou germanisés" donnés aux nouveau-nés, le langage sportif et plus particulièrement celui de la boxe, le vocabulaire "heureux, héroïque, mythifié" des annonces mortuaires pour les soldats tombés au front, le "Juif" untel qui précède le nom de celle ou de celui qu'on appelle et qui doit répondre par "le juif untel est présent"... vous imaginez les conséquences à terme et pour les malheureux Juifs et pour les Allemands-nazis d'une telle pratique... On pourrait multiplier les exemples, mais votre lecture s'en chargera. Ce qu'il est bon d'ajouter, c'est que ce journal n'est pas un répertoire, mais un travail philologique vécu dans un contexte décrit, expliqué, ressenti. Les mots seuls n'auraient pas suffi sans les grandes messes hitlériennes, sans le rituel, les uniformes, les chants, l'annonce des victoires et celles des défaites et de la capitulation... Victor Klemperer résistant de l'ombre, fait partie intégrante de la grande Histoire et son travail unique et irremplaçable durera plus de mille ans... Oups, voilà que je tombe dans le piège de la LTI. Méfions-nous des mots... ils savent de nous des choses que nous ignorons d'eux, a écrit le Capitaine Alexandre. Un bouquin qu'il est bon d'avoir lu.
    Lire la suite
    En lire moins
  • ThibaultMarconnet Posté le 12 Mai 2020
    Décrypter le mensonge de la langue moderne À l'heure où certains se bouchaient les oreilles, Victor Klemperer, philologue juif allemand marié à une “aryenne”, a décidé de les ouvrir bien grandes. Il a noté, jour après jour, tous les mensonges distillés dans la langue allemande par le régime Nazi ; tous les mots inventés, greffés comme des tumeurs pour mieux empoisonner et tuer la conscience. Il a scruté l'ombre qui prenait de l'ampleur en écrivant, en analysant le virus injecté dans la langue. Son diagnostic : “LTI, la langue du IIIème Reich”. Sa survie en Allemagne fut possible uniquement grâce son mariage avec une femme allemande. Et cette survie fut rude. Son livre est une sorte de journal testamentaire, qui nous exhorte à ne pas sombrer dans la paralysie de l'esprit, à ne pas abandonner l'esprit critique qui fait les consciences libres et lucides. La pensée doit être vive pour contrer le désastre. La langue est changée, la langue change encore. du poison est insufflé en elle. le mensonge court, il grandit de jour en jour. La langue que nous servent nos “flics” de la crasse médiatique, est une langue qui ment, une langue taillée pour les morts. À nous de savoir la décrypter, à... Décrypter le mensonge de la langue moderne À l'heure où certains se bouchaient les oreilles, Victor Klemperer, philologue juif allemand marié à une “aryenne”, a décidé de les ouvrir bien grandes. Il a noté, jour après jour, tous les mensonges distillés dans la langue allemande par le régime Nazi ; tous les mots inventés, greffés comme des tumeurs pour mieux empoisonner et tuer la conscience. Il a scruté l'ombre qui prenait de l'ampleur en écrivant, en analysant le virus injecté dans la langue. Son diagnostic : “LTI, la langue du IIIème Reich”. Sa survie en Allemagne fut possible uniquement grâce son mariage avec une femme allemande. Et cette survie fut rude. Son livre est une sorte de journal testamentaire, qui nous exhorte à ne pas sombrer dans la paralysie de l'esprit, à ne pas abandonner l'esprit critique qui fait les consciences libres et lucides. La pensée doit être vive pour contrer le désastre. La langue est changée, la langue change encore. du poison est insufflé en elle. le mensonge court, il grandit de jour en jour. La langue que nous servent nos “flics” de la crasse médiatique, est une langue qui ment, une langue taillée pour les morts. À nous de savoir la décrypter, à nous de veiller dans la grisaille du siècle, l'esprit alerte et en mouvement - afin de dérégler la fréquence du mensonge. Le sens a pris du plomb dans l'aile. Les chasseurs sont puissants. Mais le gibier du langage ne mourra pas s'il scintille dans nos veines, s'il diffuse du sens, s'il est porteur de chair vivante et non de morte carne. Les loups ont pris possession du bois. Et la forêt moderne en est venue à cacher l'arbre du sens. Le sens des mots est une sève vitale. “La parole est un morceau de chair” ainsi que le disait Rûmî, ce grand savant, poète et mystique persan, fondateur de l'ordre des derviches tourneurs au XIIIe siècle. La langue qu'on nous propose est un fruit vide, une flamme éteinte, une chose désincarnée. Plus que jamais, nous avons besoin d'êtres de feu pour brûler la paille du mensonge. © Thibault Marconnet 30/01/2014
    Lire la suite
    En lire moins
  • Cialanma Posté le 26 Décembre 2019
    Je parle, tu parles, nous parlons....On communique, on s'exprime. Nous aime l'argot ou au contraire la belle langue élégante. On a son propre langage issu de son milieu, son quartier, son travail. On argumente car on a le vocabulaire. On imagine car on créée de nouveaux mots ou on introduit des mots étrangers. La langue c'est tout cela et bien au-delà encore. C'est ce que nous montre de façon glaçante V. Klemperer dans LTI. Pourquoi glaçante ? Car les régimes totalitaires et le régime nazi en l'occurence ont compris l'importance de la langue, du langage, de la communication etc...dans l'asservissement des masses, dans leur réduction à rien leur permettant du coup d'organiser le pire. En réduisant la langue, le langage, la communication, ils ôtent toute possibilité de réflexion, de prise de conscience de l'Homme et de la Femme sur ce qui se passe autour d'eux. V. Klemperer en étudiant ces aspects extrêmement négatifs, violents et anéantissant montre combien savoir parler sa langue, maîtriser le langage, savoir communiquer sont vitaux pour chacun d'entre nous, pour notre réalisation, pour notre avancement dans notre condition socio-économique, culturelle, sociale, philosophique etc...etc... D'autres après sont venus et ont confirmé ce que V. Klemperer a réussi... Je parle, tu parles, nous parlons....On communique, on s'exprime. Nous aime l'argot ou au contraire la belle langue élégante. On a son propre langage issu de son milieu, son quartier, son travail. On argumente car on a le vocabulaire. On imagine car on créée de nouveaux mots ou on introduit des mots étrangers. La langue c'est tout cela et bien au-delà encore. C'est ce que nous montre de façon glaçante V. Klemperer dans LTI. Pourquoi glaçante ? Car les régimes totalitaires et le régime nazi en l'occurence ont compris l'importance de la langue, du langage, de la communication etc...dans l'asservissement des masses, dans leur réduction à rien leur permettant du coup d'organiser le pire. En réduisant la langue, le langage, la communication, ils ôtent toute possibilité de réflexion, de prise de conscience de l'Homme et de la Femme sur ce qui se passe autour d'eux. V. Klemperer en étudiant ces aspects extrêmement négatifs, violents et anéantissant montre combien savoir parler sa langue, maîtriser le langage, savoir communiquer sont vitaux pour chacun d'entre nous, pour notre réalisation, pour notre avancement dans notre condition socio-économique, culturelle, sociale, philosophique etc...etc... D'autres après sont venus et ont confirmé ce que V. Klemperer a réussi à expliquer simplement dans LTI. Je pense notamment à George Orwell dans 1984. Comment ne pas penser à LTI et V. Klemperer quand on lit la douloureuse histoire de Winston ? Je pense aussi à orange mécanique d'Anthony Burgess et son travail sur la langue qu'il fait. Alex choisit librement l'ultra-violence notamment par le vecteur de la langue qu'il parle, qu'il maîtrise et qu'il pratique avec ses comparses. Cela ne l'empêche pas de réfléchir, d’assumer son choix et de se projeter mais cela révèle aussi ses limites.
    Lire la suite
    En lire moins
  • Jeannepe Posté le 30 Décembre 2017
    Dès 1933, le philologue allemand Victor Klemperer s’est employé à décortiqué la langue utilisée par les Nazis, langue qu’il nommera LTI, la Lingua Tertti Imperii. Car s’il s’agit toujours de l’allemand, son vocabulaire, sa syntaxe, ses expressions et son intention se modifient peu à peu pour former un véritable langage totalitaire, appareil d’une propagande globale qui, peu à peu, s’insinue dans les esprits et le quotidien, modifiant peu à peu et discrètement, toute une manière de considérer le monde et les hommes. Ce texte est écrit à partir des journaux de Klemperer et s’appuie sur nombre de sources (discours officiels d’Hitler, Goebbels et autres dignitaires nazis, faire-part de naissance et de décès, journaux, livres, brochures, conversation…). À première vue, il est assez compréhensible, écrit de manière accessible. Mais il est intimement lié à l’histoire d’un pays que je ne connais que partiellement, et toujours d’un point de vue extérieur et français – orienté en définitive. J’ai donc parfois manqué de références, mais cela ne m’a pas empêchée d’appréhender globalement le propos de l’auteur. De même, la non-maîtrise de la langue allemande a parfois entravé ma compréhension : mes huit ans de cours paraissent bien loin et ne m’aident pas beaucoup pour... Dès 1933, le philologue allemand Victor Klemperer s’est employé à décortiqué la langue utilisée par les Nazis, langue qu’il nommera LTI, la Lingua Tertti Imperii. Car s’il s’agit toujours de l’allemand, son vocabulaire, sa syntaxe, ses expressions et son intention se modifient peu à peu pour former un véritable langage totalitaire, appareil d’une propagande globale qui, peu à peu, s’insinue dans les esprits et le quotidien, modifiant peu à peu et discrètement, toute une manière de considérer le monde et les hommes. Ce texte est écrit à partir des journaux de Klemperer et s’appuie sur nombre de sources (discours officiels d’Hitler, Goebbels et autres dignitaires nazis, faire-part de naissance et de décès, journaux, livres, brochures, conversation…). À première vue, il est assez compréhensible, écrit de manière accessible. Mais il est intimement lié à l’histoire d’un pays que je ne connais que partiellement, et toujours d’un point de vue extérieur et français – orienté en définitive. J’ai donc parfois manqué de références, mais cela ne m’a pas empêchée d’appréhender globalement le propos de l’auteur. De même, la non-maîtrise de la langue allemande a parfois entravé ma compréhension : mes huit ans de cours paraissent bien loin et ne m’aident pas beaucoup pour saisir les nuances entre les termes. Nuances qui pourtant sont essentielles, car ce sont elles qui sont constitutives de l’évolution profonde et insidieuse de la langue du Troisième Reich. En dépit des difficultés que j’ai pu rencontrer, cette lecture a été riche et, plus de quatre-vingts ans après, elle ne peut qu’appeler à la vigilance face à la manipulation des mots – par les médias, les grands groupes et les politiques notamment – car le monde contemporain n’est certainement pas à l’abri.
    Lire la suite
    En lire moins
  • luocine Posté le 6 Octobre 2017
    ’il faut lire ce livre car il nous en apprend tant sur une période qu’on voudrait à jamais voir bannie et fait réfléchir sur la langue du monde politique qui veut manipuler plus que convaincre. Rosa Montero dans « la folle du logis« en parlait et elle m’a rappelé que je voulais le lire depuis longtemps. À mon tour de venir conseiller cette lecture à toutes celles et tous ceux qui se posent des questions sur le nazisme en particulier sur l’antisémitisme des Allemands. Ce pays hautement civilisé qui en 1933 permit que l’on inscrive à l’entrée de l’université de Dresde où Victor Klemperer enseignait la philologie : « Quand le Juif écrit en allemand, il ment. » Comment cet homme qui se sent tellement plus allemand que juif peut-il comprendre alors, qu’aucun de ses chers confrères n’enlèvent immédiatement cette pancarte ? Cet homme qui a failli laisser sa vie pour sa patrie durant la guerre 14-18 ne peut accepter le terrible malheur qui s’abat sur lui. Pour ne pas devenir fou, il essaie d’analyser en bon philologue la langue de ses bourreaux. Il cachera le mieux qu’il peut ses écrits et leur donnera une forme définitive en 1947.... ’il faut lire ce livre car il nous en apprend tant sur une période qu’on voudrait à jamais voir bannie et fait réfléchir sur la langue du monde politique qui veut manipuler plus que convaincre. Rosa Montero dans « la folle du logis« en parlait et elle m’a rappelé que je voulais le lire depuis longtemps. À mon tour de venir conseiller cette lecture à toutes celles et tous ceux qui se posent des questions sur le nazisme en particulier sur l’antisémitisme des Allemands. Ce pays hautement civilisé qui en 1933 permit que l’on inscrive à l’entrée de l’université de Dresde où Victor Klemperer enseignait la philologie : « Quand le Juif écrit en allemand, il ment. » Comment cet homme qui se sent tellement plus allemand que juif peut-il comprendre alors, qu’aucun de ses chers confrères n’enlèvent immédiatement cette pancarte ? Cet homme qui a failli laisser sa vie pour sa patrie durant la guerre 14-18 ne peut accepter le terrible malheur qui s’abat sur lui. Pour ne pas devenir fou, il essaie d’analyser en bon philologue la langue de ses bourreaux. Il cachera le mieux qu’il peut ses écrits et leur donnera une forme définitive en 1947. Comment a-t-il survécu ? contrairement à son cousin Otto le chef d’orchestre, il est resté en Allemagne, marié à une non-juive ; il a survécu tout en subissant les lois concernant les Juifs alors qu’il était baptisé depuis de longues années. La veille des bombardements de Dresde, il devait être déporté avec sa femme, les conséquences tragiques du déluge de feu qui s’est abattu sur sa ville lui ont permis de fuir en dissimulant son identité. Son essai montre de façon très précise comment on peut déformer l’esprit d’un peuple en jouant avec la langue et en créant une pseudo-science . Il semble parfois ergoter sur certains mots qui ne nous parlent plus guère, mais ce ne sont que des détails par rapport à la portée de ce livre. Il est évident que Victor Klemperer réussit à survivre grâce à l’amour de sa femme et le dévouement d’amis dont ils parlent peu. Il est tellement choqué par la trahison des intellectuels de son pays qu’il a tendance à ne rien leur pardonner et être plus attentif aux gens simples, qu’ils jugent plus victimes du régime que bourreaux . Pour ceux qui avaient la possibilité de réfléchir, il démontre avec exactitude qu’ils ont failli à leur mission d’intellectuels. Malheureusement dans un passage dont je cite un court extrait, on voit que sa clairvoyance s’est arrêtée au nazisme et qu’il est lui-même aveuglé par l’idéologie communiste. Le livre se fait poignant lorsque Victor Klemperer se laisse aller à quelques plaintes des traitements qu’il subit quotidiennement. Que ce soit » le bon » qu’il reçoit pour aller chercher un pantalon usagé réservé aux juifs, puisqu’il ne peut plus acheter ni porter des vêtements neufs, ou le geste de violence qui le fait tomber de la plate-forme du bus, seul endroit que des juifs peuvent utiliser dans les transports en commun. Avec, au quotidien, la peur d’enfreindre une des multiples règles concernant les juifs et l’assurance, alors, d’être déporté : avoir un animal domestique, avoir des livres non réservés aux juifs, dire Mendelssohn au lieu du « juif Mendelssohn », sortir à des heures où les juifs n’ont pas le droit d’être dehors, ne pas laisser la place assez rapidement à des aryens, ne pas claironner assez fort « Le juif Klemperer » en arrivant à la Gestapo où de toutes façon il sera battu plus ou moins fortement … un véritable casse-tête qui fait de vous un sous-homme que vous le vouliez ou non. Lors de la réflexion sur le poids des mots et des slogans en politique, j’ai pensé que nous avions fait confiance à un parti qui s’appelle « En marche », et que ces mots creux ne dévoilaient pas assez, à travers cette appellation, les intentions de ceux qui allaient nous gouverner. En période troublée, les mots comme « République » ou « Démocratie » sont sans doute plus clairs mais engagent-ils davantage ceux qui s’y réfèrent ?
    Lire la suite
    En lire moins
Avec la newsletter Pocket, trouvez le livre dont vous rêviez !
Chaque semaine, riez, pleurez et évadez-vous au rythme de vos envies et des pages que nous vous conseillons.