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10/18
EAN : 9782264071033
Code sériel : 5596
Façonnage normé : POCHE
Nombre de pages : 312
Format : 108 x 177 mm

Slumberland

Nicolas RICHARD (Traducteur)
Date de parution : 09/07/2020
Un roman inclassable, sorte d'épopée musicale décalée et drôle, sur fond de racisme latent.
Doté d'une mémoire phonique hors du commun, le DJ Ferguson Sowell a créé le beat parfait. Ne manque qu'un musicien de génie pour le mettre en valeur. Seul le jazzman d'avant-garde Charles Stone, alias le Schwa, en serait capable. Alors que ce dernier a mystérieusement disparu depuis des années, Sowell... Doté d'une mémoire phonique hors du commun, le DJ Ferguson Sowell a créé le beat parfait. Ne manque qu'un musicien de génie pour le mettre en valeur. Seul le jazzman d'avant-garde Charles Stone, alias le Schwa, en serait capable. Alors que ce dernier a mystérieusement disparu depuis des années, Sowell reçoit un indice de sa présence en Allemagne. C'est le signal de son départ pour Berlin, où il se fait une place au bar le Slumberland. Toujours en quête du Schwa, il arpente les rues de la ville à la veille de la chute du Mur, fait l'expérience des derniers signes de la guerre froide, du relativisme culturel en général, de la musique en particulier et plus encore des limites de l'intégration de l'homme noir.
Dans ce roman traversé par une verve jubilatoire, Paul Beatty distille avec humour une subtile réflexion sociohistorique sur un monde en pleine mutation.

 « Un roman survolté et hilarant. » Yann Perreau, Les Inrocks
 « Culture musicale et critique des discriminations se mêlent dans ce roman revigorant. » Frédéric Potet, Le Monde des livres
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Nicolas Richard
 
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EAN : 9782264071033
Code sériel : 5596
Façonnage normé : POCHE
Nombre de pages : 312
Format : 108 x 177 mm

Ce qu'en pensent nos lecteurs sur Babelio

  • SZRAMOWO Posté le 13 Juillet 2020
    Dans Berlin, se pose la question fondamentale que tout un chacun se pose lorsqu’il visite la ville loin des images touristiques convenues : « JADIS, ET CELA PEUT TRÈS BIEN SE REPRODUIRE DEMAIN, LÀ OÙ VOUS VOUS TROUVEZ, QUELQUE CHOSE S’EST PASSÉ. QUOI QU’IL SE SOIT PASSÉ, IL Y A EU AU MOINS UNE PERSONNE QUI N’EN A PAS EU RIEN À FOUTRE, ET AU MOINS UNE PERSONNE QUI EN A RIEN EU À FOUTRE. LAQUELLE AURIEZ-VOUS ÉTÉ ? LAQUELLE SEREZ-VOUS ? » Le narrateur de Paul Beatty, un jeune afro-américain surnommé Ferguson Sowel, passe en revue, dans un délire parfois féroce, alors qu’il est allongé sur un banc de bronzage dans un solarium de Berlin, les images et les préjugés qui fondent notre pseudo jugement, notre lien avec la réalité et notre relation à autrui. La culture noire, les juifs, les femmes, les banquiers, les managers, les ouvriers, les flics, toutes ces icones que nous portons en nous, réceptacles de notre empathie, de notre colère, de notre dégout, voire de notre haine (et on sait quel résultat cela peut donner), sont là, dans le Berlin de la Chute du Mur qui cristallise « la fin des idéologies », comme les chroniqueurs ont... Dans Berlin, se pose la question fondamentale que tout un chacun se pose lorsqu’il visite la ville loin des images touristiques convenues : « JADIS, ET CELA PEUT TRÈS BIEN SE REPRODUIRE DEMAIN, LÀ OÙ VOUS VOUS TROUVEZ, QUELQUE CHOSE S’EST PASSÉ. QUOI QU’IL SE SOIT PASSÉ, IL Y A EU AU MOINS UNE PERSONNE QUI N’EN A PAS EU RIEN À FOUTRE, ET AU MOINS UNE PERSONNE QUI EN A RIEN EU À FOUTRE. LAQUELLE AURIEZ-VOUS ÉTÉ ? LAQUELLE SEREZ-VOUS ? » Le narrateur de Paul Beatty, un jeune afro-américain surnommé Ferguson Sowel, passe en revue, dans un délire parfois féroce, alors qu’il est allongé sur un banc de bronzage dans un solarium de Berlin, les images et les préjugés qui fondent notre pseudo jugement, notre lien avec la réalité et notre relation à autrui. La culture noire, les juifs, les femmes, les banquiers, les managers, les ouvriers, les flics, toutes ces icones que nous portons en nous, réceptacles de notre empathie, de notre colère, de notre dégout, voire de notre haine (et on sait quel résultat cela peut donner), sont là, dans le Berlin de la Chute du Mur qui cristallise « la fin des idéologies », comme les chroniqueurs ont coutume d’écrire, mais pour le héros, le début des désillusions. La chute du mur est-elle le résultat de la volonté du peuple ou, comme l’affirmerait Albert Einstein, dansaient-ils « tous au son d'une musique mystérieuse, jouée à distance par un flûtiste invisible. » ? Qu’ont gagné les Allemands de l’Est à passer à l’Ouest, une domination contre une autre, celle visible et brutal d’une dictature d’un autre âge contre celle plus douce, invisible mais insidieuse de l’argent roi ? Et Ferguson de rajouter : « Comme le Congo belge de Conrad, l’Allemagne des premiers jours de la réunification fut un pays à l’éclairage obscur et où l’obscurité était plus obscure encore. » « L’Allemagne changeait. L’après-chute du Mur m’évoquait la période de la reconstruction de l’histoire américaine, avec ses scallywags, ses carpetbaggers, ses foules réclamant les lynchages, et ceux qui se faisaient misérablement lyncher. » « Les comédiens qui, avant la chute du Mur, avaient supplié et imploré pour jouer des rôles de Juifs aux abois dans de petits films indépendants rêvaient à présent d’incarner des nazis incompris dans des films à gros budgets. » L’Ouest n’est pas tendre pour les Ossies : « Q. : Pourquoi les policiers est-allemands se déplacent-ils par groupes de trois ? R. : Un pour lire, un pour écrire, et un pour avoir à l’œil les deux intellos. » Ferguson est venu à Berlin à la recherche de Charles Stones, Le Schwa, un mystérieux musicien qui faisait partie du grand orchestre de Buddy Rich dans les années 1950. Quand il joue, le public n’applaudit pas à la fin de ses concerts : « Applaudir n’eût pas été un signe d’appréciation suffisant. Les gens appelèrent leurs avocats et le mirent dans leur testament. Un diplomate sud-africain l’approcha pour qu’il se présente aux prochaines élections contre Nelson Mandela. Une veuve de Wilmersdorf lui donna la recette secrète de la choucroute alsacienne qu’elle tenait de sa mère. » La musique est un refuge et un moyen d’action. Ferguson écoute Sun Ra, Undertones, Coleman Hawkins, Joy Division, Van Morrisson, Lee Morgan, mais compose et diffuse sur le Juke-Box du Slumberland des compositions dont les clients pensent : « C’est trop bon, vraiment. Comme une prune tellement sucrée que tu ne peux pas la manger parce qu’elle fait battre ton cœur trop vite et du coup tu finis par la balancer. » Son séjour à Berlin ne lui fait pas oublier qui il est, « Pour le Nègre, ce jour d’hui comme hier est jour nègre. » : « Je songe qu’un jour une sonnerie retentira, ces gens se lèveront tous comme un seul homme en un claquement de talons, poussant un belliqueux « Jawohl ! », et m’ordonneront de monter dans le prochain train. Je sais qu’une telle sonnerie peut retentir dans n’importe quel pays, à n’importe quel moment. Et que certains se lèveront en toute bonne foi, que d’autres se lèveront par peur, et que quelques-uns sortiront grandis de cette épreuve en n’obéissant pas, ils hébergeront leurs semblables, distribueront des tracts, mourront en tentant quelque chose. Mais quand même. » Un roman salutaire, à lire, pour désenvaser nos circonvolutions cérébrales des alluvions que les Spin Doctors politiques, médiatiques, sociaux, et de tout autre acabit, y déversent au quotidien.
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  • Corboland78 Posté le 14 Juin 2017
    Paul Beatty, né en 1962 à Los Angeles, est un écrivain afro-américain. Diplômé d'un Master of Fine Arts du Brooklyn College en écriture créative, il a également obtenu une maîtrise en psychologie à l'université de Boston. En 1990, il est couronné Grand champion de slam du café des poètes de Nuyoricana et gagne à cette occasion un contrat d'édition pour la publication de son premier recueil de poésie, Big Bank Takes Little Banka. Slumberland, roman paru initialement en 2009, vient tout juste d’être réédité. Si vous n’avez encore pas lu cet écrivain, il serait temps de vous y mettre. American Prophet (2013) et Moi contre les Etats-Unis d’Amérique (2015) m’ont largement convaincu du talent de Paul Beatty. Ferguson Sowell, le narrateur afro-américain, bien qu’ayant obtenu une excellente note à l’examen d’entrée à UCLA n’est pas jugé digne de suivre les cours du programme d’aérospatiale et se voit aiguillé vers une Académie de musique. Doté d’une mémoire phonographique exceptionnelle lui « permettant de répliquer parfaitement n’importe quel morceau de musique », il créé un beat parfait (« la confluence de la mélodie et du groove qui transcende l’humeur et le temps ») mais pour qu’il soit certifié comme tel, il doit... Paul Beatty, né en 1962 à Los Angeles, est un écrivain afro-américain. Diplômé d'un Master of Fine Arts du Brooklyn College en écriture créative, il a également obtenu une maîtrise en psychologie à l'université de Boston. En 1990, il est couronné Grand champion de slam du café des poètes de Nuyoricana et gagne à cette occasion un contrat d'édition pour la publication de son premier recueil de poésie, Big Bank Takes Little Banka. Slumberland, roman paru initialement en 2009, vient tout juste d’être réédité. Si vous n’avez encore pas lu cet écrivain, il serait temps de vous y mettre. American Prophet (2013) et Moi contre les Etats-Unis d’Amérique (2015) m’ont largement convaincu du talent de Paul Beatty. Ferguson Sowell, le narrateur afro-américain, bien qu’ayant obtenu une excellente note à l’examen d’entrée à UCLA n’est pas jugé digne de suivre les cours du programme d’aérospatiale et se voit aiguillé vers une Académie de musique. Doté d’une mémoire phonographique exceptionnelle lui « permettant de répliquer parfaitement n’importe quel morceau de musique », il créé un beat parfait (« la confluence de la mélodie et du groove qui transcende l’humeur et le temps ») mais pour qu’il soit certifié comme tel, il doit obtenir l’aval de Charles Stone (dit le Schwa), un musicien génial ayant disparu de la circulation. Un maigre indice l’envoie à Berlin, faire le DJ dans un bar, Le Slumberland, pour rechercher cet homme, cette légende. Le Berlin de l’époque de la chute du Mur… Dès la première page – comme toujours avec l’écrivain – c’est la claque et j’ai toujours cette image qui me vient en tête, la petite plaque métallique vissée sous la fenêtre des wagons de train de mon enfance, où l’on pouvait lire cette phrase magique « E pericoloso sporgersi » avertissant du danger potentiel à ouvrir la fenêtre. Car ouvrir un bouquin de Paul Beatty, c’est comme ouvrir la fenêtre du train en marche pour y passer la tête, on en prend plein la gueule ! Des phrases comme des torrents en crue, une débauche de vocabulaire, une multitude de références culturelles touchant à tous les genres, une inventivité narrative peu banale, bref le lecteur est immédiatement happé dans l’univers délirant de l’écrivain. Soit il suit tant bien que mal, accordant sa confiance aveugle, soit il abandonne, sort du jeu… et rate un grand moment de littérature. Je ne développe pas plus l’intrigue, elle est trop fournie, trop folle. Quelques indices néanmoins, nous sommes dans le Berlin qui va voir le Mur s’écrouler et il y a un agent de la Stasi se livrant des activités choquantes avec une poule… Chut ! Je ne vous en dis pas plus. Toujours très drôle, maniant toutes les formes de l’humour : noir, corrosif, se moquant du politiquement correct, ça balance pas mal chez Betty, le racisme, les Juifs, les Blacks, les Allemands de l’Ouest ou de l’Est mais aussi le vivre ensemble. Et bien que le roman se déroule à Berlin, on ne peut s’empêcher de voir le narrateur comme un double de l’écrivain, le premier à la recherche du beat et du Schwa prétextes à décrire cette Amérique que peint le second : « Mais en découvrant ce beat l’autre soir (…) J’entends l’Amérique. » Le roman est excellent, même s’il est nettement moins puissant que les deux autres mais par contre il est plus facile à lire. Et je dois préciser pour les éventuels futurs lecteurs, que baignant dans la musique (jazz, blues, funk, pop, rock …) un minimum de connaissances en la matière me semble nécessaire pour en apprécier les moindres références, allusions et piques car Paul Beatty en connait un sacré rayon !
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  • Bartleby Posté le 19 Septembre 2009
    Paul Beatty est un écrivain Américain, né en 1963 à Los Angeles. Il a écrit trois romans dont le dernier, Slumberland, est le premier à être traduit en français dans la collection “Fiction Cie” au Seuil. Disons-le tout de suite : Slumberland est un excellent roman. Ecrivain Afro-Américain, Beatty trace un portrait sans concession du monde moderne à partir d’un questionnement sur l’identité noire. Qu’est-ce qu’être Noir ? Le narrateur, Ferguson Sowell, dit DJ Darky, ne croit pas à la spécificité de la négritude. Beatty analyse sans jamais être théorique cette identité noire à travers la musique, les mécanismes sociaux et surtout le racisme, le tout faisant de Slumberland un livre aussi sérieux que drôle et inventif. Le roman commence à Berlin-Ouest à la fin des années 80. DJ Darky, un Afro-américain originaire de Los Angeles, réfléchit à la condition noire dans un centre de bronzage : « Nous autres, Blacks, nous naguère éternellement dans le coup, le peuple de l’immédiateté par excellence, véritable Temps universel, sommes désormais aussi obsolètes que les outils de pierre, le vélocipède et la paille en papier, les trois roulés en un ? Le Noir est maintenant officiellement humain. Tout le monde le dit, y compris... Paul Beatty est un écrivain Américain, né en 1963 à Los Angeles. Il a écrit trois romans dont le dernier, Slumberland, est le premier à être traduit en français dans la collection “Fiction Cie” au Seuil. Disons-le tout de suite : Slumberland est un excellent roman. Ecrivain Afro-Américain, Beatty trace un portrait sans concession du monde moderne à partir d’un questionnement sur l’identité noire. Qu’est-ce qu’être Noir ? Le narrateur, Ferguson Sowell, dit DJ Darky, ne croit pas à la spécificité de la négritude. Beatty analyse sans jamais être théorique cette identité noire à travers la musique, les mécanismes sociaux et surtout le racisme, le tout faisant de Slumberland un livre aussi sérieux que drôle et inventif. Le roman commence à Berlin-Ouest à la fin des années 80. DJ Darky, un Afro-américain originaire de Los Angeles, réfléchit à la condition noire dans un centre de bronzage : « Nous autres, Blacks, nous naguère éternellement dans le coup, le peuple de l’immédiateté par excellence, véritable Temps universel, sommes désormais aussi obsolètes que les outils de pierre, le vélocipède et la paille en papier, les trois roulés en un ? Le Noir est maintenant officiellement humain. Tout le monde le dit, y compris les Britanniques. Et si personne n’y croit vraiment, ça n’a pas d’importance ; nous sommes aussi médiocres et banals que le reste de l’espèce. […] L’identité noire, c’est du passé, et moi, pour ma part, je ne pourrais m’en réjouir davantage, parce que désormais je suis libre d’aller au centre de bronzage si j’en ai envie, et j’en ai envie. » Ce qui n’existe plus, c’est la culture noire. Le Noir n’est plus que noir, il est un homme qui n’est pas blanc, un homme qui ne vaut tout de même pas un Blanc, comme le montre le cinéma américain qui, s’il met en scène des acteurs noirs, fait en sorte qu’ils ne soient « jamais assez futés pour déjouer les entourloupes du mec blanc ou assez sombres pour commettre des crimes vraiment ignobles. » Même si le racisme y est omniprésent, il est tout de même plus facile d’être noir en Allemagne qu’aux Etats-Unis. A Los Angeles, en effet, être noir, c’est craindre en permanence de croiser un flic qui nous trouve une ressemblance avec « un multirécidiviste qui n’a pas été appréhendé, un type deux fois pire que Stagolee et moitié moins sympa, un Négro en cavale genre plus-un-geste-enculé-ou-je-t’explose-la-tronche qui nous ressemble comme deux gouttes d’eau. » De Berlin, DJ Darky pose un regard lucide sur son pays. Il n’y a aucune mise en accusation, mais un constat plutôt ironique. DJ Darky se considère « comme un réfugié politico-linguistique ». L’Amérique est un pays où l’on emploie un mot pour un autre où l’on dit nonplussed (“interloqué”) pour dire “nonchalant” et où on ne parle plus que par euphémismes. Les mots ne sont plus que des coquilles vides, des signifiants sans signifiés : « L’Amérique est perpétuellement en train de composer des formules creuses telles que keeping it real, intelligent design, hip-hop generation et first responders pour travestir le vide et la banalité. » DJ Darky lutte contre cela, ayant gardé pour seul correspondant, le responsable éditorial d’un dictionnaire auquel il propose des mots (« lutter contre la répression linguistique ») hélas refusés pour la plupart, comme celui auquel il tenant tant : “phonographic memory”. Parce que la particularité de DJ Darky est d’avoir une mémoire phonographique exceptionnelle. Il retient tous les sons qu’il entend. Les chansons, bien sûr, mais même les bruits les plus anodins comme le son que fait telle ou telle pièce de monnaie lorsqu’elle tombe sur tel ou tel sol… C’est d’ailleurs ce don exceptionnel qui lui a permis de devenir DJ. Dans le premier chapitre, DJ Darky, dans sa cabine de bronzage, se souvient de son parcours, des aléas burlesques qui, dans une Amérique encore profondément raciste, ont conduit ce brillant étudiant en mathématiques à devenir DJ. Mais, ce qui l’a amené à Berlin, c’est la création d’un beat presque parfait. Pour qu’il devienne une « Joconde sonique », il lui manque un p’tit truc. Voilà ce que lui annoncent ses potes de son collectif musical, les Beard Scratchers (ainsi nommés parce qu’ils se grattent tous la barbe quand ils réfléchissent, sauf DJ Uhuru bien entendu car c’est une femme). Tous, DJ You Can Call Me Ray Or You Can Call Me Jay But Ya Doesn’t Have To Call Me Johnson, DJ Uhuru, DJ Umbra, DJ Skillanator, DJ So So Deaf et DJ Close-n-Play sont d’accord : même si Bitch Please, une rappeuse, est prête à lui acheter 50 000 $ son beat, il faudrait le faire ratifier par un grand musicien, comme Mick Jagger avait ratifié en son temps You’re so vain de Carly Simon en chantant dans les chœurs. Une seule personne pourrait apporter la touche manquante : Charles Stone, surnommé le Schwa, un jazzman avant-gardiste : « Pour nous, le Schwa est le break beat ultime. Le boum bip. Le ou-ii oo ah ah ting tang walla walla bing bang. Le om. Il est dans Pagliacci le moment où le putain de clown se met à chialer. […] La musique du Schwa, c’est l’anarchie. C’est la Somalie. C’est le bureau de la préfecture qui délivre les cartes grises. C’est la tignasse d’Albert Einstein. » Le problème est que le Schwa a disparu depuis plus de vingt ans et personne ne sait où il se trouve… Les recherches ont à peine commencé qu’une enveloppe attend DJ Darky au studio d’enregistrement où il compose avec la plus grande application des BO de films pornographiques. Expédiée du Slumberland bar de Berlin, l’enveloppe contient une vidéo, celle d’un homme baisant une poule sur une musique inédite de… Charles Stones ! Il n’y a donc aucun doute : un inconnu le met sur la piste du Schwa. Il parvient à se faire embaucher par le Slumberland bar comme « son-melier », c’est-à-dire « caviste pour juke-box » et il s’envole vers la R.F.A. A peine arrivé, DJ Darky se rend compte qu’il ne sait même pas à quoi ressemble le Schwa, celui-ci ne s’étant jamais laisser prendre en photo. Il se peut même qu’il soit blanc ou qu’il soit mort. Si ce n’est pas le cas, il passera au Slumberland qui est le lieu de rendez-vous de tous les Noirs de Berlin. Il n’y a plus qu’à attendre... et à se concentrer sur son boulot : la musique du juke-box : « Je bus ma bière à petites gorgées et me posai la question que tout grand artiste, imaginais-je, se pose avant de se lancer dans le processus de création : “Y a-t-il un dieu ?” Je pesai le pour (le surf hawaïen, je jus de raison Welch, les koalas, les Levi’s usés jusqu’à la corde de mi, la beuh northern light, les breaks Volvo, les femmes avec appareil dentaire, les Rocheuses canadiennes, Godard, les ballons Nerf, le sourire de Shirley Chisholm, les ouvertures de comptes gratuites, et Woody Allen) et le contre (les mouches, l’Alabama, la religion, les chihuahuas, les gens qui ont un chihuahua, la cuisine de ma mère, les turbulences en avion, LL Cool J, les lundis, putain ce que le paradis doit être chiant, et Woody Allen), moins pour démontrer ou réfuter l’existence d’un Tout-Puissant impuissant que pour lancer mon mécanisme mental de plus en plus éméché dans une jacasserie telle qu’une idée pût en jaillir sans que j’y prenne garde. Au bout d’une vingtaine de minutes de cette salade, j’étais aussi près que n’importe quel titulaire d’un DEUG en bibliothéconomie de la réfutation de l’existence de Dieu, mais n’avais pas avancé d’un pouce en matière de programmation du juke-box. Tel est le lot de l’athéologien amateur et néanmoins sonmelier professionnel. » Le déclic va venir grâce à un gamin traçant avec son doigt sur la buée de la vitrine du bar « Ausländer raus ! ». DJ Darky écoute, fasciné, le bruit du doigt contre la vitre, sort, rattrape le gamin qui s’enfuyait de peur de prendre une dérouillée et l’oblige à finir son inscription : il reconnaît alors dans le crissement un do mineur et plus précisément celui du « sax ténor d’Oliver Nelson dans Stolen Moments. J’avais trouvé mon premier morceau pour le juke-box. » Il remercie le môme terrorisé et le laisser filer. La suite ici : http://bartlebylesyeuxouverts.blogspot.com/2009/09/musik-uber-alles-paul-beatty.html
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