Lisez! icon: Search engine
La Découverte
EAN : 9782707175595
Façonnage normé : BROCHE
Nombre de pages : 400
Format : 135 x 220 mm

La chair de l'empire

Savoirs intimes et pouvoirs raciaux en régime colonial

Sébastien ROUX (Traducteur)
Collection : SH / Genre & Sexualité
Date de parution : 28/03/2013

Quelle place ont occupée les arrangements sexuels et les liens affectifs dans la fabrique des empires et des métropoles ? Un magistral travail d’archive, qui plonge au cœur des Indes néerlandaises et de l’Indochine française pour saisir, en actes, le gouvernement colonial de l’intimité.

« L’homme reste homme tant qu’il est sous le regard d’une femme de sa race. » Dans les colonies, cette phrase n’a rien d’un paisible constat. Comme le montre avec force l’historienne et anthropologue états-unienne Ann Laura Stoler, c’est une injonction qui trahit une inquiétude, inséparablement raciale et sexuelle, sur...

« L’homme reste homme tant qu’il est sous le regard d’une femme de sa race. » Dans les colonies, cette phrase n’a rien d’un paisible constat. Comme le montre avec force l’historienne et anthropologue états-unienne Ann Laura Stoler, c’est une injonction qui trahit une inquiétude, inséparablement raciale et sexuelle, sur l’ordre du monde colonial.
Du ventre des maîtresses au sein des nourrices, l’Empire (qu’il soit français, britannique, néerlandais, ou autre, en Afrique, en Asie et ailleurs) est obsédé par la police de l’intimité : il régule les relations sexuelles, entre prostitution, concubinage et mariage, en même temps que la reconnaissance des enfants métis et l’éducation des enfants blancs. Car, au moins autant que des « autres » racialisés, c’est bien de « blanchité » qu’il s’agit.
Mais ce que le colon savait, les études coloniales l’avaient oublié. Telle est la leçon coloniale que nous offre Ann Laura Stoler, relisant la biopolitique selon Michel Foucault à la lumière crue de l’Empire : les savoirs sexuels du colonisateur sont aussi des pouvoirs raciaux, tant la mise en ordre est également un rappel à l’ordre.
Cet ouvrage déjà classique participe d’un renouveau des études coloniales, qui nous invite à penser ensemble le colonisateur et le colonisé, mais aussi la métropole et l’outre-mer. Ainsi, sa traduction aujourd’hui en français ne nous parle pas seulement d’ailleurs – mais pas uniquement non plus d’hier : si notre présent est travaillé par l’histoire, c’est que les « débris d’empire » continuent de joncher notre actualité.

Lire la suite
En lire moins
EAN : 9782707175595
Façonnage normé : BROCHE
Nombre de pages : 400
Format : 135 x 220 mm

Ils en parlent

On peut se féliciter de la traduction en français d'un livre d'Ann Laura Stoler qui donne à voir, en six chapitres denses, l'essentiel des propositions avec lesquelles cette chercheuse a bousculé notre regard sur les sociétés impériales. Elle invite à comprendre comment se construit l'évidence d'un monde divisé entre "colonisés" et "colonisateurs", entre "Européens" et "indigènes". Les empires coloniaux avaient besoin de ces catégories qu'elle débusque comme autant d'instruments participant du pouvoir, un pouvoir qui s'exerce d'abord sur les corps et par les corps. Ce sont eux qui forment les objets privilégiés d'Ann Laura Stoler. C'est là qu'elle identifie les sites de production privilégiés du politique, se demandant ce que c'était d'être un "Blanc", un "métis", une "bonne ménagère", un "bon père" en situation coloniale, alors même que se jouaient, à travers chacun et chacune, le présent et l'avenir d'un monde précaire et inquiet. Cette dynamique de formation politique reposait sur une série de hiérarchies, ancrées dans les différences raciales et pénétrant au plus intime de la vie des individus. Ce livre propose plusieurs "micronoeuds de gouvernance" nichés dans le quotidien  d'une relation père/fils ou mère/enfants, dans l'encadrement législatif des mariages mixtes, dans la recherche effrénée de la propreté d'une domestique indonésienne ou encore dans la qualité de la nourriture donnée aux nourrices d'enfants néerlandais à Java. Ann Laura Stoler a, depuis la parution américaine en 2002, approfondi sa réflexion dans de nombreux travaux qu'un appareil critique, présent an préface et en postface, permet de repérer avant de les lire... dans une prochaine traduction ?

Raphaëlle Branche / Le Monde des Livres

Dans ce livre pionnier, enfin traduit en France, Ann Laura Stoler nous entraîne dans l'univers complexe et passionnant de l'Indonésie coloniale. Centrée sur la problématique de l'intime - ce qu'elle appelle de belle manière "la chair de l'empire", catégorie qu'elle a en grande partie permis de légitimer dans le champ historique des études coloniales - , l'auteur nous amène à réfléchir à partir du cas indonésien, sur une série de questions essentielles pour repenser l'histoire des colonisations européennes. En mettant en évidence d'abord les liens consubstantiels entre le "centre" (la métropole coloniale) et ses "périphéries" (les territoires colonisés), battant en brèche, au passage, l'idée encore fort répandue que l'histoire de l'une serait "étanche" par rapport à celle des autres, Ann Laura Stoler procède à un sain décloisonnement tant historique que politique. Ce faisant, elle déconstruit aussi les catégories binaires, notamment celle de colon/colonisé en rappelant par exemple que la question de la classe impacte de manière extrêmement forte celle de la domination raciale. Attentive, y compris dans les plis de l'archive, aux interfaces, et donc aux hybridations qui en découlent, l'auteur nous parle alors de sociétés coloniales où interagissent des individus-frontières, notamment les métis de sang et/ou de culture. Elle nous rappelle que "le personnel est toujours politique". Pour ce faire, elle place la question des femmes, du genre et de la sexualité au coeur de son livre, notamment à travers son analyse du concubinage dans l'Indonésie coloniale, y compris quand celui-ci sera officiellement interdit dans tout l'empire britannique, à partir de 1910. Ainsi établit-elle, dans de fort belles pages, le rôle central, pour l'équilibre sexuel de la société blanche à Sumatra et à Java au XIX° siècle et au début du XX° siècle, de la huishoudster (domestique/maîtresse) autochtone. On sort de ce livre plus que jamais convaincu de l'importance de la catégorie de l'intime pour revisiter l'histoire coloniale (et postcoloniale).

Les collections de l'Histoire
ABONNEZ-VOUS À LA LETTRE D'INFORMATION DE LA DÉCOUVERTE
Nouveautés, extraits, agenda des auteurs et toutes les semaines les sorties en librairie !