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La Découverte
EAN : 9782707149428
Façonnage normé : BROCHE
Nombre de pages : 624
Format : 155 x 240 mm

La condition littéraire

La double vie des écrivains

Collection : Textes à l'appui / Lab. Sciences Sociales
Date de parution : 31/08/2006

En mettant au jour leurs conditions d'existence sociales et économique, cette enquête exceptionnelle permet de pénétrer les aspects les plus concrets du travail de dizaines d'écrivains contemporains.

Bien que les écrivains soient l'objet d'une grande attention publique, force est de constater qu'on les connaît en réalité très mal. Faute d'enquêtes sérieuses, on se contente bien souvent de la vision désincarnée d'un écrivain entièrement dédié à son art. Et l'on peut passer alors tranquillement à l'étude des textes...

Bien que les écrivains soient l'objet d'une grande attention publique, force est de constater qu'on les connaît en réalité très mal. Faute d'enquêtes sérieuses, on se contente bien souvent de la vision désincarnée d'un écrivain entièrement dédié à son art. Et l'on peut passer alors tranquillement à l'étude des textes littéraires en faisant abstraction de ceux qui les ont écrits. Ce livre fait apparaître la singularité de la situation des écrivains. Acteurs centraux de l'univers littéraire, ils sont pourtant les maillons économiquement les plus faibles de la chaîne que forment les différents « professionnels du livre ». À la différence des ouvriers, des médecins, des chercheurs ou des patrons, qui passent tout leur temps de travail dans un seul univers professionnel et tirent l'essentiel de leurs revenus de ce travail, la grande majorité des écrivains vivent une situation de double vie : contraints de cumuler activité littéraire et « second métier », ils alternent en permanence temps de l'écriture et temps des activités extra-littéraires rémunératrices. Pour cette raison, Bernard Lahire préfère parler de « jeu » plutôt que de « champ » (Pierre Bourdieu) ou de « monde » littéraire (Howard S. Becker) pour qualifier un univers aussi faiblement institutionnalisé et professionnalisé. Loin d'être nouvelle, cette situation de double vie – dont témoignaient Franz Kafka et le poète allemand Gottfried Benn - est pluriséculaire et structurelle. Et c'est à en préciser les formes, à en comprendre les raisons et à en révéler les effets sur les écrivains et leurs œuvres que cet ouvrage est consacré. Il permet de construire une sociologie des conditions pratiques d'exercice de la littérature. En « matérialisant » les écrivains, c'est-à-dire en mettant au jour leurs conditions d'existence sociales et économiques, et notamment leur rapport au temps, il apparaît que ni les représentations que se font les écrivains de leur activité ni leurs œuvres ne sont détachables de ces différents aspects de la condition littéraire.

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EAN : 9782707149428
Façonnage normé : BROCHE
Nombre de pages : 624
Format : 155 x 240 mm

Ils en parlent

Les 619 pages consacrées par Bernard Lahire à La condition littéraire, impressionnent par leurs nombres, leurs poids, le sérieux de l'information, la rigueur de l'enquête, la patience de l'enquêteur, sa méthodologie, etc. [...] Cette vaste étude, (est) appelée à faire date, par l'analyse sociologique et économique des situations de ceux qui souhaitent, ou souhaiteraient, se consacrer à la littérature, situations assez semblables finalement, mais aussi parce qu'elles induisent sur le contenu même des livres qu'écrivent nos contemporains, nos semblables, nos frères...
BBF

Ce qu'en pensent nos lecteurs sur Babelio

  • Lybertaire Posté le 1 Mars 2013
    À partir d’une enquête menée auprès d’écrivains de toutes les régions de France, quels que soient leur secteur éditorial et leur notoriété, Bernard Lahire a dressé la sociologie des conditions pratiques de l’écrivain en vue de le « matérialiser ». Dans une société utilitariste, l’écrivain exerce une activité non rémunératrice et pourtant très chronophage : en fait, il est le seul acteur du système à ne pas être considéré comme « professionnel du livre ». Les écrivains, partagés entre un « second métier » pour subvenir aux besoins matériels et une forte disposition à l’écriture, sont frustrés et mènent ce que Bernard Lahire nomme la « double vie ». Or, il apparaît dans les courtes notices biographiques des dictionnaires que l’existence des écrivains se réduit à leur appartenance à l’univers social spécifique de la littérature, sans que les conditions extérieures à l’écriture ne soient prises en compte. Pourtant celles-ci, qu’il s’agisse de répondre à une commande ou de préférer un genre plus rémunérateur qu’un autre, jouent un rôle essentiel dans le métier d’écrivain. Qui sont-ils ? Premier constat, et non pas des moindres, les écrivains sont majoritairement des hommes. Les femmes sont presque totalement écartées des prix littéraires : au prix Goncourt,... À partir d’une enquête menée auprès d’écrivains de toutes les régions de France, quels que soient leur secteur éditorial et leur notoriété, Bernard Lahire a dressé la sociologie des conditions pratiques de l’écrivain en vue de le « matérialiser ». Dans une société utilitariste, l’écrivain exerce une activité non rémunératrice et pourtant très chronophage : en fait, il est le seul acteur du système à ne pas être considéré comme « professionnel du livre ». Les écrivains, partagés entre un « second métier » pour subvenir aux besoins matériels et une forte disposition à l’écriture, sont frustrés et mènent ce que Bernard Lahire nomme la « double vie ». Or, il apparaît dans les courtes notices biographiques des dictionnaires que l’existence des écrivains se réduit à leur appartenance à l’univers social spécifique de la littérature, sans que les conditions extérieures à l’écriture ne soient prises en compte. Pourtant celles-ci, qu’il s’agisse de répondre à une commande ou de préférer un genre plus rémunérateur qu’un autre, jouent un rôle essentiel dans le métier d’écrivain. Qui sont-ils ? Premier constat, et non pas des moindres, les écrivains sont majoritairement des hommes. Les femmes sont presque totalement écartées des prix littéraires : au prix Goncourt, elles représentent 9,8 % des prix entre 1903 et 2004 ; 10,7 % des prix Interallié entre 1930 et 2004 ; 12,7 % des Renaudot entre 1926 et 2004. Et même pour le prix Femina, les femmes ne représentent que 35,6 % des prix entre 1904 et 2001. Par ailleurs, compte tenu de l’âge moyen de publication du premier texte à 33,5 ans, et de la première publication sous forme de livre à 40,7 ans, l’éditeur préfère publier de « jeunes » auteurs dont il pourra suivre les publications futures. D’autre part, les écrivains ont un niveau de diplôme élevé dans l’ensemble. S’il n’existe pas d’école spécialisée de la littérature, à la différence des nombreux autres domaines artistiques majeurs, en revanche une loi tacite du jeu littéraire implique une haute formation. La difficulté de « vivre de sa plume », topoï de la littérature, témoigne d’un grand paradoxe : les écrivains, qui sont pourtant au cœur de la création, sont considérés comme les moins « professionnels » parce qu’ils sont le maillon de la chaîne du livre qui vit le moins de la création. Pour preuve, la répartition du prix du livre illustre ce paradoxe : l’auteur ne perçoit son droit d’auteur que si le livre se vend, tandis que les autres « professionnels » se rémunèrent quel que soit le succès rencontré auprès du public. Cependant, une majorité d’écrivains choisit l’auto-mécénat : en l’absence d’héritage, le second métier permet de vivre économiquement et de se consacrer en toute indépendance à la littérature, sans avoir à se tourner vers l’écriture des genres rémunérateurs. Pour reprendre les propos de Jean-Jacques Rousseau, « rien de vigoureux, rien de grand ne peut partir d’une plume toute vénale ». Gilles Maurice Dumoulin (sous les pseudonymes de G. Morris ou Vic Saint Val), définit explicitement son métier : « Prostitué(e)s, nous le sommes tous, auteurs de romans policiers, d’espionnage, d’action, d’anticipation, de suspense, puisque nous devons pour nous vendre, flatter les goûts de notre clientèle. » Quel est ce second métier ? La plupart des écrivains exercent un métier dans le monde littéraire mais hors jeu littéraire, comme éditeur, directeur littéraire, correcteur, traducteur, responsable de revue ou attachés de presse, ou bien travaillent dans l’enseignement ou le journalisme. Toutefois, la « double vie » s’accompagne souvent d’une certaine précarité. Si Henry Murger considérait la Bohème comme le stage de la vie artistique, ou de toute la vie comme le souligne justement Bernard Lahire, car la Bohème se transforme en précarité si l’écrivain souhaite vivre de sa plume. La situation instable et le manque de certitudes quant aux revenus posent problème en cas de maladie, de décès, de retraite, de chômage… La suite de la critique sur mon blog : http://www.bibliolingus.fr/la-condition-litteraire-bernard-lahire-a80136682
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  • Femi Posté le 26 Mai 2011
    Très bon ouvrage, bien documenté, les témoignages d'écrivains m'ont le plus intéressée. Comment se définit socialement un écrivain? Comment la société le considère? Certains n'osent pas s'appeler eux-mêmes "écrivain", préférant le terme plus modeste selon eux, "d'auteur". Comment fait-il pour vivre (ou survivre)? Le plus souvent en ayant un second métier, d'où le titre "La double vie des écrivains". Pour certains, c'est l'écriture le vrai métier, l'autre n'étant qu'un gagne-pain, pour d'autres c'est d'abord le métier quel qu'il soit (mais souvent en rapport avec les lettres: journaliste, professeur, etc...) et l'écriture est vue comme un délassement. L'auteur aborde également la question des activités annexes de l'écriture, qui peuvent faire gagner (un peu) de l'argent: les séances de dédicace, les prix littéraires, les déplacements dans les collèges ou lycées pour parler du livre, les résidences d'écrivains...
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