Lisez! icon: Search engine
La Découverte
EAN : 9782707175441
Façonnage normé : BROCHE
Nombre de pages : 300
Format : 135 x 220 mm

Le travail pornographique

Enquête sur la production de fantasmes

Collection : SH / Genre & Sexualité
Date de parution : 03/01/2013

Comment le cinéma X français parvient-il à circonscrire un espace pour son activité ? Quelles formes prennent les relations de travail dans un contexte de professionnalisation de la sexualité ? Comment s’opèrent les partages entre sexualité féminine et masculine, ici un enjeu majeur ?

Depuis les années 1970, la pornographie s’organise comme un monde professionnel, se fixant pour tâche de représenter les désirs des consommateurs, mobilisant des savoir-faire spécifiques pour y parvenir. Alors que l’influence de ces images ou la violence qui les caractériserait sont souvent au centre des débats, ce livre, en s’appuyant...

Depuis les années 1970, la pornographie s’organise comme un monde professionnel, se fixant pour tâche de représenter les désirs des consommateurs, mobilisant des savoir-faire spécifiques pour y parvenir. Alors que l’influence de ces images ou la violence qui les caractériserait sont souvent au centre des débats, ce livre, en s’appuyant sur une enquête de terrain au sein de la production pornographique française, pose d’autres questions : comment les pornographes parviennent-ils à circonscrire un espace pour leur activité ? Quelles formes prennent les relations de travail dans un contexte de professionnalisation de la sexualité ? Comment s’opèrent les partages entre sexualité féminine et masculine, homosexualité et hétérosexualité, et pourquoi sont-ils ici un enjeu majeur ?
Mettant en marché les fantasmes, mobilisant les désirs des actrices et des acteurs, reposant sur des formes spécifiques d’exploitation, le monde de la pornographie permet de saisir certaines évolutions contemporaines du capitalisme, et leurs articulations avec les rapports de genre et de sexualité. Il offre également l’occasion de faire de l’hétérosexualité un objet d’enquête à part entière. Alors que réalisateurs et producteurs se donnent pour tâche de saisir une multiplicité de fantasmes, ils définissent leur métier comme masculin, mais aussi comme hétérosexuel. L’enquête met en évidence une circonscription paranoïaque de l’homosexualité masculine et les contradictions au principe de l’hétérosexualité, dans lesquelles les pornographes sont pris.

Lire la suite
En lire moins
EAN : 9782707175441
Façonnage normé : BROCHE
Nombre de pages : 300
Format : 135 x 220 mm
La Découverte
En savoir plus

Ils en parlent

Le monde de la pornographie est une grande famille. C'est l'image dans laquelle ses professionnels se confortent ; une façon de nier les violences physiques ou psychologiques, la précarité de l'emploi ou encore la fragilité des trajectoires dans un univers dénué de structures protectrices. D'autres préfèrent n'y voir que pur et simple esclavage, s'empêchant du même coup d'en analyser les conditions de protections réelles. L'étude de Mathieu Trachman, qui a choisi de mener l'enquête en sociologue du travail, offre de nouvelles perspectives sur ce sujet débattu. L'un de ses apports concerne les relations de travail et les rapports de domination entre hommes et femmes. Souvent ancien acteur devenu réalisateur, le pornographe typique a développé un rapport riche et spécifique à la sexualité; c'est un expert du sexe. Malgré leur savoir-faire, les actrices, elles, se voient refuser ce statut et, par conséquent, passent rarement de l'autre côté de la caméra. Or, l'enjeu ne serait pas tant économique que sexuel : avant tout, « le contrôle professionnel est un contrôle de la sexualité des femmes ». Qui va de pair avec un réinvestissement du fantasme hétérosexuel masculin.

Julie Clarini / Le Monde des Livres

Ce qu'en pensent nos lecteurs sur Babelio

  • Apoapo Posté le 1 Décembre 2021
    Depuis des années, je recherchais une étude sérieuse sur la pornographie, qui évitât le moralisme bancal ainsi qu'une certaine conception du féminisme, complaisante et infantilisante pour les actrices considérées comme des esclaves ou des victimes inconscientes à l'instar les prostituées. Voici une analyse sociologique d'excellente qualité, qui s'inscrit dans la sociologie du travail et identifie en particulier le professionnalisme du pornographe comme une entreprise de production de fantasmes très marqués par l'hétérosexualité masculine, voire par le virilisme dominant. Les relations de domination ne sont pas occultées, loin s'en faut, mais elles se situent à un tout autre niveau que celui qui est dénoncé par les ignares, excusés par l'opacité d'un secteur de l'industrie cinématographique très stigmatisé. Ce système de domination est donc une extension du virilisme dans un cadre où l'hétérosexualité masculine constitue elle-même non pas le reflet d'une forme de sexualité réelle mais un fantasme et le résultat d'une professionnalisation : ainsi, par ex. une véritable hantise de l'homosexualité masculine est revendiquée alors que certaines pratiques, qui dans la sexualité réelle pourraient sembler en relever, sont totalement assumées et revendiquées dans les scripts pornographiques comme hétérosexuelles et viriles. de plus, le cadre systémique des dominations de genre apparaît très opportun... Depuis des années, je recherchais une étude sérieuse sur la pornographie, qui évitât le moralisme bancal ainsi qu'une certaine conception du féminisme, complaisante et infantilisante pour les actrices considérées comme des esclaves ou des victimes inconscientes à l'instar les prostituées. Voici une analyse sociologique d'excellente qualité, qui s'inscrit dans la sociologie du travail et identifie en particulier le professionnalisme du pornographe comme une entreprise de production de fantasmes très marqués par l'hétérosexualité masculine, voire par le virilisme dominant. Les relations de domination ne sont pas occultées, loin s'en faut, mais elles se situent à un tout autre niveau que celui qui est dénoncé par les ignares, excusés par l'opacité d'un secteur de l'industrie cinématographique très stigmatisé. Ce système de domination est donc une extension du virilisme dans un cadre où l'hétérosexualité masculine constitue elle-même non pas le reflet d'une forme de sexualité réelle mais un fantasme et le résultat d'une professionnalisation : ainsi, par ex. une véritable hantise de l'homosexualité masculine est revendiquée alors que certaines pratiques, qui dans la sexualité réelle pourraient sembler en relever, sont totalement assumées et revendiquées dans les scripts pornographiques comme hétérosexuelles et viriles. de plus, le cadre systémique des dominations de genre apparaît très opportun pour analyser les dissymétries entre acteurs et actrices, entre réalisateurs et très rares réalisatrices, entre fantasmes masculins et très rares fantasmes féminins, etc. Quant à l'inscription de l'étude dans la discipline de la sociologie du travail, elle est apte à révéler le système de domination « capitaliste fantasmatique » qui caractérise un secteur soustrait aux conventions collectives, qui peine à se légitimer et évolue dans l'opacité. À cet égard, le rappel historique de la constitution du secteur de la pornographie depuis la moitié des années 70 contenu dans le chap. 1er est très intéressant. J'ai trouvé néanmoins une limite à ce que l'auteur ne mentionne que les films pornographiques et non le nouveau (?) secteur des sites pornographiques qui, je suppose, doit pouvoir offrir une fragmentation du marché et un nouvel espace pour l'auto-entreprise des actrices. La méthodologie de l'enquête, fondée sur une large part d'entretiens avec de nombreux professionnels y compris dans le contexte de tournages, entretiens dans lesquels le positionnement du sociologue en tant qu'homme homosexuel lui a été très facilitateur à l'évidence, a permis à la fois une grande richesse d'informations de terrain, un usage étendu des verbatims mais aussi une remarquable théorisation qui a permis de démythifier autant les idées reçues des profanes que le discours des pornographes eux-mêmes. le travail est très richement sourcé et il est issu d'une thèse dirigée par le grand Éric Fassin et soutenue devant, entre autres, une sociologue féministe que j'estime beaucoup : Sylvie Tissot. Table : Introduction : « Mettre en image les fantasmes des gens » La pornographie comme travail Des hétérosexuels professionnels Enquêter sur la pornographie Première partie : Un capitalisme fantasmatique Chap. I : La ghettoïsation des perversions : La construction d'une catégorie d'État Invisibiliser L'opacification politique de la pornographie Conclusion Chap. 2 : le travail des fantasmes : L'incertitude sur le professionnalisme Le marché des fantasmes Profits sexuels Conclusion Chap. 3 : La mobilisation de l'intimité : Le contrat pornographique La performance de l'hétérosexualité Une intimité professionnelle Conclusion Deuxième partie : Les contradictions de l'hétérosexualité Chap. 4 : Puissance et impuissance des actrices : Dire le travail des acteurs et des actrices Des plaisirs précaires Devenir réalisatrice Reconversion, image publique et contrôle de soi Conclusion Chap. 5 : L'accumulation des débutantes : Salaires pornographiques et valeurs de la sexualité La production des débutantes Avoir et faire jouir Conclusion Chap. 6 : Réitérer l'hétérosexualité Lesbianisme obligatoire, homosexualité masculine interdite ? Hommes entre eux. Carte officielle et pratique de l'hétérosexualité masculine L'érection de l'hétérosexualité masculine en compétence Conclusion Conclusion : Les incertitudes du désir : Travail sexuel, professionnalisation de la sexualité et sexualisation du travail Donner corps à l'hétérosexualité Les images du désir féminin […]
    Lire la suite
    En lire moins
ABONNEZ-VOUS À LA LETTRE D'INFORMATION DE LA DÉCOUVERTE
Nouveautés, extraits, agenda des auteurs et toutes les semaines les sorties en librairie !