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        L'Olympe des Infortunes

        Julliard
        EAN : 9782260018223
        Façonnage normé : BROCHE
        Nombre de pages : 234
        Format : 130 x 205 mm
        L'Olympe des Infortunes

        Date de parution : 07/01/2010

        « Khadra peut dire l'homme partout où il est. » The New York Times

        L'Olympe des Infortunes est un terrain vague coincé entre une décharge publique et la mer, où se décomposent au soleil des dieux déchus. Il y a Ach le Borgne, qui sait mieux que personne magnifier les clochards ; Junior le Simplet ; Marna la Fantomatique ; le Pacha et sa cour de...

        L'Olympe des Infortunes est un terrain vague coincé entre une décharge publique et la mer, où se décomposent au soleil des dieux déchus. Il y a Ach le Borgne, qui sait mieux que personne magnifier les clochards ; Junior le Simplet ; Marna la Fantomatique ; le Pacha et sa cour de soûlards, et bien d'autres personnages encore, aussi obscurs qu'attachants. C'est un pays de mirages et de grande solitude où toutes les hontes sont bues comme sont tus les plus terribles secrets.
        À travers ce voyage philosophique, Yasmina Khadra nous propose une escale dans l'univers des paumés ; un univers fait de tendresse et de cocasseries, de rêves invraisemblables et de possessions abusives où surgissent, parfois, de cuisantes questions sur le Mensonge et la Culpabilité.

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        EAN : 9782260018223
        Façonnage normé : BROCHE
        Nombre de pages : 234
        Format : 130 x 205 mm
        Julliard
        18.50 €
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        Ce qu'en pensent nos lecteurs sur Babelio

        • aouatef79 Posté le 30 Novembre 2017
          " l'' Olympe des infortunes " est un livre du prolifique et talentueux écrivain algérien , Yasmina Khadra . C' est un romancier incontournable de la littérature de son pays . Il décrit dans son livre les laissés- pour-compte ou les marginaux ,et nous révèle de quoi est faite leur vie quotidienne . " C est une bande de terre délaissée , un terrain vague . Entre le chaos de la ville et le silence de la mer . C ' est un havre et une remise -le royaume des laissés -pour-compte . Là règnent les oubliés volontaires , ceux dont on ne veut plus, qui fuient et chantent le bonheur d' être hors du monde : ivrognes , sans grades , les clochards célestes ... Ach le Borgne est leur Poète , leur philosophe , leur musicien .Ses histoires ravissent les oreilles du petit peule venu l ' écouter ? Et Junior le Simplet l' accompagne , extatique . Il s ' est créé ici une communauté de fortune , une famille . Ni anges , ni démons, ces réprouvés ont eu leur part de mensonges et de vices , leur part de crime . Et les tentations,... " l'' Olympe des infortunes " est un livre du prolifique et talentueux écrivain algérien , Yasmina Khadra . C' est un romancier incontournable de la littérature de son pays . Il décrit dans son livre les laissés- pour-compte ou les marginaux ,et nous révèle de quoi est faite leur vie quotidienne . " C est une bande de terre délaissée , un terrain vague . Entre le chaos de la ville et le silence de la mer . C ' est un havre et une remise -le royaume des laissés -pour-compte . Là règnent les oubliés volontaires , ceux dont on ne veut plus, qui fuient et chantent le bonheur d' être hors du monde : ivrognes , sans grades , les clochards célestes ... Ach le Borgne est leur Poète , leur philosophe , leur musicien .Ses histoires ravissent les oreilles du petit peule venu l ' écouter ? Et Junior le Simplet l' accompagne , extatique . Il s ' est créé ici une communauté de fortune , une famille . Ni anges , ni démons, ces réprouvés ont eu leur part de mensonges et de vices , leur part de crime . Et les tentations, trop humaines ,sont partout . Ici comme ailleurs , la vie suit son court , chaotique , drôle et surprenant"... ( 4 e de couverture ) Yasmina Khadra sait nous tenir en haleine et le lire est toujours un vrai plaisir .
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        • mumuboc Posté le 21 Novembre 2017
          Il y a des livres qui se glissent, parfois, dans votre pile, délicatement, une voix amicale qui, l'air de rien, vous dit : tu verras, lis et après tu comprendras pourquoi j'aime autant cet auteur. Je l'ai gardé au chaud tout l'été, la couverture me laissait présager un univers marginal, rude et dur et avec les premiers frimas, j'ai franchi le pas, bien à l'abri, moi qui ai la chance de vivre au chaud, dans le confort d'une maison. On plonge donc dans un monde marginal, une décharge, un terrain vague ou un vague terrain comme on voit tant aux périphéries de nos villes, là se croisent des personnages sans passé mais avec un présent fait de survie, d'alcool, de folie et de luttes. Comme dans toute société, il y a des clans, des rivalités mais on se respecte aussi et parfois on s'aime. Les plus aguerris prennent sous leurs ailes les plus jeunes, les plus faibles, les plus fragiles. Il y a des joies, des peines et il y a au-delà la ville et ses trésors.  Le récit se compose de deux parties : dans la première c'est un état des lieux, un inventaire : les rapports entre chacun, les clans. Celui de Ach,... Il y a des livres qui se glissent, parfois, dans votre pile, délicatement, une voix amicale qui, l'air de rien, vous dit : tu verras, lis et après tu comprendras pourquoi j'aime autant cet auteur. Je l'ai gardé au chaud tout l'été, la couverture me laissait présager un univers marginal, rude et dur et avec les premiers frimas, j'ai franchi le pas, bien à l'abri, moi qui ai la chance de vivre au chaud, dans le confort d'une maison. On plonge donc dans un monde marginal, une décharge, un terrain vague ou un vague terrain comme on voit tant aux périphéries de nos villes, là se croisent des personnages sans passé mais avec un présent fait de survie, d'alcool, de folie et de luttes. Comme dans toute société, il y a des clans, des rivalités mais on se respecte aussi et parfois on s'aime. Les plus aguerris prennent sous leurs ailes les plus jeunes, les plus faibles, les plus fragiles. Il y a des joies, des peines et il y a au-delà la ville et ses trésors.  Le récit se compose de deux parties : dans la première c'est un état des lieux, un inventaire : les rapports entre chacun, les clans. Celui de Ach, le Borgne, le Musicien, la tête pensante qui cohabite et protège Junior, jeune homme simplet mais en demande d'amour, de connaissances et d'attentions, curieux de la vie et du monde. Il y a l'autre bande, celle de Pacha, plus trouble, étrange, violente mais pas moins en souffrance et en quête de bonheur. Pacha lui s'est attaché à Pipo, que l'on croit être son souffre-douleur mais qui se révèle être son amant. Happés par l'amour splendide qui les a conçus, les deux amants se rentrent dedans, pareils à deux étoiles filantes, si fort que leurs corps manquent de se désintégrer.(P84) Dans la deuxième partie, un homme, Ben Adam, débarque parmi eux. Il a l'allure d'un ange, d'un prophète, il parle bien, il connaît tout de leurs passés, de leurs présents et propose à Junior, de rejoindre l'autre monde, celui où il pourra se révéler. Ben Adam va être celui qui va lever le voile qui entoure chacun d'eux, les masques vont tomber et chacun va devoir affronter ses fêlures. La ville est-elle synonyme de bonheur pour ces marginaux, donnera-t-elle une chance à ces exclus. Le rêve est-il accessible pour eux ? Les opinions s'affrontent : doit-on tenter sa chance, doit-on écouter ceux qui savent, les sages ? Et leurs conseils ne sont-ils pas influencés par la peur de l'absence ou par leur propre renoncement à changer ? Et puis, le fossé n'est-il pas trop grand entre la ville et leur territoire ? Ont-ils les clés pour s'y faire une place, n'y laisseront-ils pas une partie d'eux-mêmes ?  Très beau récit à la limite du conte philosophique et du roman sur la marginalité dans notre monde, sur les différences, sur les inégalités et sur le regard que l'on porte sur les exclus. Un regard sans complaisance, lucide et guère optimiste sur les affres de notre société, ses valeurs, ses luttes.C'est doux et violent, ça ne peut laisser indifférent car il y a aussi de beaux moments d'humanité et d'amitié. Agit-on pour le bien d'autrui ou de soi,  pour une lutte de pouvoir ou de possession ? Le fait-on pour l'intérêt de l'autre ou dans son propre intérêt ? C'est magnifiquement écrit, construit et cela monte crescendo. Grâce aux pensées, sentiments et positions de chacun on a en mains tous les ingrédients pour réfléchir à notre monde qui avance mais à quel prix et avec combien d'humains exclus de la marche en avant. Que deviennent-ils, quel est leur avenir ? 
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        • doyoulikefrogs Posté le 29 Juillet 2017
          Des romans qui nous procurent des émotions de chaleur aussi intense ou de tendresse aussi douce, c'est assez rare. Je peux me rappeler avoir ressenti la même chose lors de lectures telles que Grâce et dénuement d'Alice Ferney ou encore Middlesex de Jeffrey Eugenides. Ils nous donnent le sentiment de voir et de comprendre le monde sous un autre jour. Pourtant ce roman est vraiment très court. Il est écrit comme un conte, avec pour personnages, des laissés pour compte, des marginaux, des sans domicile fixe, élevés comme des Dieux sans majuscule sur un mont Olympe fait de déchets et de détritus que le vent essaime de la ville et que la mer rejette du monde dit "civilisé". Et ce conte, magnifiquement raconté par Yasmina Khadra, est une véritable parabole de la société d'aujourd'hui, celle qui s'auto-détruit à petit feu, celle qui broie ses individus, celle qui terrasse des villes entières, celle qui ignore la Nature, celle qui ferme les yeux sur les opprimés et la pauvreté. Dès les premières lignes, il n'y a pas une hésitation: continuer de lire. Que ce conte ne se termine jamais. On tombe follement sous le charme de Junior le Simplet et de son mentor,... Des romans qui nous procurent des émotions de chaleur aussi intense ou de tendresse aussi douce, c'est assez rare. Je peux me rappeler avoir ressenti la même chose lors de lectures telles que Grâce et dénuement d'Alice Ferney ou encore Middlesex de Jeffrey Eugenides. Ils nous donnent le sentiment de voir et de comprendre le monde sous un autre jour. Pourtant ce roman est vraiment très court. Il est écrit comme un conte, avec pour personnages, des laissés pour compte, des marginaux, des sans domicile fixe, élevés comme des Dieux sans majuscule sur un mont Olympe fait de déchets et de détritus que le vent essaime de la ville et que la mer rejette du monde dit "civilisé". Et ce conte, magnifiquement raconté par Yasmina Khadra, est une véritable parabole de la société d'aujourd'hui, celle qui s'auto-détruit à petit feu, celle qui broie ses individus, celle qui terrasse des villes entières, celle qui ignore la Nature, celle qui ferme les yeux sur les opprimés et la pauvreté. Dès les premières lignes, il n'y a pas une hésitation: continuer de lire. Que ce conte ne se termine jamais. On tombe follement sous le charme de Junior le Simplet et de son mentor, Ach, le barde-poète, farfelu et protecteur. Les autres personnages sont incroyablement sublimes dans leur simplicité, leur bêtise parfois et malgré la saleté et l'ignorance, la haine et la peur parfois. Toutes les aventures vécues sur le terrain vague sont formidables comme autant de pierres apportées à une épopée du pauvre. Sur ce terrain, ils ne connaissent aucune limite que la société pourrait leur imposer sauf peut-être celle de ne pas retourner à la ville, de peur d'être de nouveau attiré par l'argent, les femmes, et que sais-je encore. Ce conte semble raconter ce qui est immuable sur Terre : l'humain. Et l'auteur porte le flambeau de la grande tradition humaniste. Il nous emmène dans monde étrange où l'on est riche de rien. Lorsqu'un étrange prophète arrive sur leur terrain, apportant un drôle de message et délivrant de grandes oraisons, Junior se laisse porter par le vent, et le vent tourne pour lui, il serait peut-être temps qu'il aille découvrir la ville, cette limite infranchissable. Il en reviendra, changé à jamais. Ce roman, déchirant par bien des occasions, est un véritable grand huit d'émotions. Je l'ai adoré.
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        • ADAMSY Posté le 25 Mars 2017
          Un groupe d'hommes sans abri est venu investir une plage. Loin de la ville, loin de tous, leur vie s'organise. Chacun a son petit coin, ou choisit de vivre en bande organisée. Ach le Borgne a pris sous son aile Junior le Simplet. Il l'empêche d'aller en ville, sachant qu'il n'y résisterait pas. (On ne peut alors s'empêcher de penser aux deux héros de Steinbeck dans Des souris et des hommes.) C'est d'abord un hymne à la liberté et à l'amour (car il y a une forme d'amour entre tous ces personnages) et ensuite un hymne à la liberté quand celle-ci est menacée par un homme venu d'ailleurs, remettant chacun en question sur leur choix de vie ou sur leur décadence. Très beau récit.
        • dido600 Posté le 27 Novembre 2016
          Ici les dieux déchus et anonymes de Yasmina Khadra font leur résidence dans le paradis improbable de leur songe. Yasmina Khadra se donne, à la fois, une raison de revenir sur son pays qu´il aime de toutes ses fibres et qu´il connaît le mieux, et la verve de ceux qui ont le bon sens, le bon sens paysan de chez nous. Car, historiquement, sociologiquement, traditionnellement, chez nous, le malheur réveille la générosité spontanée, plus que la compassion ou la solidarité des bonnes gens, tandis qu´à notre époque dite moderne, hélas! il semble que l´on favorise le choc des civilisations, non le dialogue des civilisations. Aussi est-il important pour tout écrivain, dont la conscience s´ouvre à la conscience de l´humain, de dire l´homme en quelque lieu qu´il se trouve et de dénoncer toutes les ségrégations qu´il subit, y compris l´intellectuelle. C´est ainsi qu´après avoir écrit, sur des pays en proie au désespoir, des livres comme Les Hirondelles de Kaboul, L´Attentat, Les Sirènes de Bagdad, Ce que le jour doit à la nuit, Yasmina Khadra s´interroge sur la marche de la société mondiale dont l´impotence est manifeste, aggravant inexorablement sa décadence: comment va le monde et où va le monde. L´Olympe des Infortunes pourrait... Ici les dieux déchus et anonymes de Yasmina Khadra font leur résidence dans le paradis improbable de leur songe. Yasmina Khadra se donne, à la fois, une raison de revenir sur son pays qu´il aime de toutes ses fibres et qu´il connaît le mieux, et la verve de ceux qui ont le bon sens, le bon sens paysan de chez nous. Car, historiquement, sociologiquement, traditionnellement, chez nous, le malheur réveille la générosité spontanée, plus que la compassion ou la solidarité des bonnes gens, tandis qu´à notre époque dite moderne, hélas! il semble que l´on favorise le choc des civilisations, non le dialogue des civilisations. Aussi est-il important pour tout écrivain, dont la conscience s´ouvre à la conscience de l´humain, de dire l´homme en quelque lieu qu´il se trouve et de dénoncer toutes les ségrégations qu´il subit, y compris l´intellectuelle. C´est ainsi qu´après avoir écrit, sur des pays en proie au désespoir, des livres comme Les Hirondelles de Kaboul, L´Attentat, Les Sirènes de Bagdad, Ce que le jour doit à la nuit, Yasmina Khadra s´interroge sur la marche de la société mondiale dont l´impotence est manifeste, aggravant inexorablement sa décadence: comment va le monde et où va le monde. L´Olympe des Infortunes pourrait apparaître pour le simple lecteur comme une fable moralisatrice avec quelques idées philosophiques ou comme une forte parabole de la comédie humaine. Mais ici, me semble-t-il, la réalité développe la fiction et la fiction conforte la réalité. Avec ce «roman», nous sommes d´une certaine manière en plein dans ce qu´aucun auteur algérien n´a encore dit de son pays, quelque chose qui suscite aussi bien un intérêt sociologique immense (voire citoyen) qu´une admiration pour un talent authentique débridé parce que sincère et complètement enraciné dans sa Terre Maternelle. Certes, raconter son pays n´est pas dévalorisant, mais tout dépend, comme c´est le cas ici, de la qualité de la pédagogie appliquée et de la pertinence du propos. Je crois beaucoup, par le temps qui court, à l´action pédagogique pour éveiller les consciences endormies par les discours soporifiques des clercs en mal d´ambition. Voici donc un thème universel subtilement développé en un drame qui se joue à la surface de la Terre des Hommes. De quoi s´agit-il? Un peuple - au sens de populus - habite un vague territoire sur lequel s´élève une montagne d´immondices, déchets des richesses de la société voisine en déliquescence. Ce peuple constitue une communauté sociale unie par des liens divers et multiples. Mais, réduite à l´infortune, cette communauté prend conscience de l´Absurde de la vie. Un groupe d´êtres humains, des miséreux, des laissés-pour-compte, des parias, des vagabonds, des clochards (et quoi encore d´autres?), se trouvent exilés (ou se sont exilés), face à la mer infinie, la mer aux mille horizons où, peut-être, que de rêves, les solitaires pourraient réaliser! Chacun d´eux est un personnage d´un royaume fantastique et y tient son rang imposé dans la hiérarchie de cette société de va-nu-pieds. Une foule, hors du temps et de l´espace, s´y anime. Il y a des anges et des monstres, des braves et des couards, ceux qui sont nés pour commander, ceux qui sont nés pour être commandés, des poètes et des spirituels, certains fouillent dans les poubelles,...c´est-à-dire une tribu étrange, formée d´étranges individus conçus pour être tous les acteurs d´une histoire vraie: oui même une fable sociale à laquelle on ne croit pas, on ne peut croire, mais que l´actualité, de son plein phare lumineux et brûlant, nous met crûment sous les yeux. Tout devient ombre de corps déformé, sans gloire possible, sauf dans une étourdissante projection d´un réalisme psychologique rare que seule l´imagination transcende en type humain revivant l´humanité disparue et capable d´envisager le futur. Les personnages d´une action qui se déroule en un seul lieu comme dans la tragédie classique française, s´ébauchent dans des situations extraordinairement pathétiques souvent, lyriques parfois, ambiguës la plupart du temps, humaines toujours, et tout leur intérieur, leur fond, l´essentiel de leur réalité, noyés constamment dans l´alcool, - et sans doute dans l´oubli philosophique. Ils s´appartiennent à eux-mêmes, chacun conservant les marques de son individualité singulière; ils constituent la tribu des «Horr», des hommes libres, échappés à tous les pouvoirs. Ce sont des marginaux, si j´ose dire, exemplaires, vivant loin de la ville et de sa civilisation qu´ils ne sentent pas dans leur coeur. Vision de ceux qui, assumant les conditions de leurs tourments avec la fortitude requise, nient tout ce qu´ils ne conçoivent pas librement, sont éternellement insatisfaits, fuient les barbares et leur civilisation rétrograde. Chaque modèle de personnage est une force exceptionnelle; il est créé pour participer à un jeu dramatique universel. L´image pitoyable de chacun d´eux concourt à la vérité d´existence de l´ensemble du groupe: des cas douloureux, des plaintes émouvantes, des volontés rebelles, des intelligences de talent, tous victimes de la destinée se dressant avec éloquence pour se dire et dire une civilisation sous influence morbide. Le gros de ce peuple se moque de la civilisation d´à-côté, il refuse d´y retourner; il rêve de ne plus y retourner; il rêve d´une utopie transcendantale où l´on ne renonce ni à la poésie ni à l´existence et où l´on ne croise jamais l´enfer sur son chemin de liberté. Or, en fait, ces protagonistes vivent en vase clos, un enfer à leur mesure, ce qui les rend sympathiques, cocasses, truculents, plus d´une fois, et assurément séduisants par bien des aspects. Alors voici quelques personnages qui se débattent dans la solitude du vivre où tous les coups sont permis, sans honte ni regret, complètement fermés sur eux-mêmes, chacun pour soi et sans partage de la Bonne Fortune, même si elle est imaginaire. Il y a, comme dans tout pays souverain, un Chef, ici c´est le Pacha et sa cour qui ne dessoûlent pas. Il y a les deux occupants d´un ancien fourgon de police abandonné: le philosophe Ach le Borgne (appelé aussi «le Musicien», il joue du banjo et fait chanter la lune) et son «souffre-douleur», son cohabitant Junior le Simplet que la Ville attire. Il y a les deux fins rôdeurs Bess le Solitaire avec son chien, Haroun qui fait le sourd pour n´écouter personne, l´énigmatique Mama la Fantomatique et son soûlard de compagnon dont le lien est flou (est-ce son père, son frère ou même son fils?), et bien d´autres personnages aussi obscurs qu´attachants. J´imagine bien le bonheur de Yasmina Khadra à l´instant de faire le portrait de ses personnages, de leur donner une âme et de les faire agir. Ah! quelle vivacité de langage ou plutôt de l´à-propos émaillé de riches proverbes, de répliques mordantes chez ses personnages de grand théâtre populaire! En voici un échantillon: «L´argent est la plus vilaine vacherie.», «Un bon Dieu, c´est comme un préposé aux postes. Si on le charge tout le temps, il finit par péter un câble.». Et ce dialogue entre Ach et Junior? «- Qu´est-ce qu´un Horr, Junior? - Un clodo qui se respecte, Ach. - Il marche comment, un Horr, Junior? - Il marche la tête haute, Ach. - Et toi, comment tu marches, Junior? - Je marche la tête haute. - Parce que tu as choisi de vivre parmi nous. C´est-à-dire: Ici... Dans notre patrie. Où pas une bannière ne nous cache l´horizon. Où pas un slogan ne nous met au pas. Où pas un couvre-feu ne nous oblige à éteindre le feu de notre bivouac à des heures fixes. D´ailleurs, il n´y a pas d´heures chez nous. (p. 20)» Ainsi, Yasmina Khadra revient spécialement à son pays, si tant est qu´il l´ait vraiment quitté, un jour. Il s´y arrête donc librement, afin de poursuivre son aventure littéraire, c´est-à-dire pour essayer de raconter son pays en toute conscience. La parabole qu´il nous propose dans L´Olympe des Infortunes nous incite à la réflexion et nous invite à nous «revoir», et peut-être le travail que nous ferions sur nous-mêmes, nous aiderait-il à nous rencontrer enfin avec nous-mêmes pour une existence humaine, et pourquoi pas hautement poétique. Le talent de conteur de Yasmina Khadra rejoint celui de notre merveilleux meddâh au temps de nos derniers meddâd-ha qui apparaissaient et devinaient nos angoisses et nos espérances et nous aidaient à comprendre et à aimer. Rien des profondeurs de ce drame évoqué dans L´Olympe des Infortunes ne doit échapper à nos regards intelligents.
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