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Par Pocket jeunesse, publié le 15/04/2020

Suzanne Collins : l'interview du 10ème anniversaire

À l’occasion du dixième anniversaire de la publication d’Hunger Games et en attendant la sortie prochaine du tome 4, La ballade du serpent et de l'oiseau chanteur, l’auteur Suzanne Collins et l’éditeur David Levithan ont discuté de l’évolution de l’histoire, du processus éditorial et des dix premières années d’existence de la trilogie, en parlant aussi bien des livres que des films. Voici un extrait de la transcription de leur conversation. 

David Levithan : Commençons par le moment où vous avez eu l’idée d’Hunger Games. Vous étiez en train de regarder la télé un soir...

Suzane Collins : C’est ça, je zappais entre différents programmes de téléréalité et des émissions consacrées à la guerre en Irak, et c’est là que l’idée m’est venue. À l’époque j’étais en train de terminer le cinquième volume de ma série Gregor et j’étais déjà en train de réfléchir à mon projet suivant. J’avais une vague idée mais je n’arrivais pas à la mettre en forme. Je savais que je voulais continuer à écrire sur la guerre pour un jeune public. Dans Gregor, j’avais abordé la notion d’une guerre injuste qui devenait juste en raison de l’avidité, de la xénophobie et de haines ancrées depuis longtemps dans le cœur des gens. Pour ma prochaine série, je souhaitais un monde complètement nouveau afin d’envisager la question de la guerre sous un angle différent.

Pouvez-vous m’expliquer ce que vous entendez par "guerre juste" et en quoi cette notion s’applique-t-elle au développement de votre trilogie ?

La notion de guerre juste s’est développée au cours des millénaires pour tenter de définir les circonstances dans lesquelles vous avez le droit moral de déclarer la guerre, et les limites de ce que vous pouvez faire pendant et juste après. Le pourquoi et le comment. Cela permet d’opérer une distinction entre guerre nécessaire et guerre inutile. Dans la trilogie Hunger Games, les districts se rebellent contre leur propre gouvernement à cause de sa corruption. Les citoyens des districts ne bénéficient pas des droits les plus élémentaires, sont traités comme des esclaves et soumis chaque année aux Hunger Games. Je crois qu’aujourd’hui, la plupart des gens y verraient un motif légitime de révolution. Leur cause est juste, mais la nature du conflit soulève toute une série de questions. Les districts ont-ils l’autorité de déclencher une guerre ? Quelles sont leurs chances de réussite ? En quoi la réapparition du district Treize modifie-t-elle la donne ? Au début de l’histoire, Panem ne demande qu’à exploser et Katniss représente l’étincelle qui va mettre le feu aux poudres.

Comme pour la plupart des romanciers que je connais, une fois que vous tenez le concept de base – généralement la rencontre entre deux éléments, ici, la guerre et l’industrie du spectacle – le nombre de liens ne tarde pas à se multiplier à mesure que d’autres éléments de l’histoire se mettent en place. Je sais qu’un autre lien qui vous est venu très tôt tenait à la mythologie, et plus particulièrement au mythe de Thésée. Parlez-nous un peu de ça.

Enfant, j’étais complètement mordue de mythologie grecque et cela se ressent inévitablement dans mes histoires. Le lien avec le mythe de Thésée m’est apparu immédiatement. Alors qu’il est prince d’Athènes, il doit participer à un tirage au sort destiné à envoyer sept jeunes garçons et sept jeunes filles en Crète, pour y être jetés en pâture au Minotaure. Selon une version du mythe, les Athéniens sont soumis à ce châtiment excessivement cruel à la suite d’une défaite militaire contre la Crète. Les jeunes gens se retrouvent parfois dans un dédale, parfois une arène. Durant mon adolescence, j’ai lu La Danse du taureau de Mary Renault, où ils doivent subir une épreuve redoutable. Ils suivent un entraînement pour se produire avec un taureau sauvage devant l’aristocratie crétoise, qui place des paris. Thésée et ses compagnons doivent danser et bondir par-dessus l’animal. On en trouve encore la trace sur des sculptures et des poteries de l’Antiquité. Le spectacle s’achève par l’épuisement du taureau ou la mort d’un des participants. Après avoir lu ce livre, je ne pouvais plus me représenter le labyrinthe comme un simple dédale, sauf peut-être sur le plan métaphorique. Ce sera toujours une arène pour moi.

Sauf que dans ce cas précis vous vous êtes dispensée du Minotaure, non ? Votre arène évoque plutôt les combats de gladiateurs que la rencontre entre des danseurs et un taureau. D’où vous est venue cette construction ?

D’une fascination pour les films de gladiateurs de mon enfance, et principalement de Spartacus. Je restais rivée devant chaque fois qu’il repassait. Mon père ressortait les Vies parallèles de Plutarque et me lisait certains passages de la Vie de Crassus, puisque Spartacus, en tant qu’esclave, n’avait pas pu écrire son propre livre. C’est l’histoire d’une personne qu’on a jetée dans l’arène, et qui s’en échappe pour prendre la tête d’une rébellion et devenir la figure emblématique d’une guerre. Voilà en quelques mots la ligne directrice de la troisième guerre servile et de la trilogie Hunger Games.

Toute l'interview est à lire dans l'Intégrale d'Hunger Gameshttps://bit.ly/hungergamesintegral

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