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Bouquins
EAN : 9782221090411
Façonnage normé : BROCHE
Nombre de pages : 1140

Chroniques de La Montagne - Tome 1

1952-1961

Charles DANTZIG (Préface)
Date de parution : 05/10/2000

« Je n’ai jamais le temps de dégorger le vingtième de ce que j’accumule, et plus tard, ce sera trop tard. » C’est pour répondre à cette urgence qu’Alexandre Vialatte (1901-1971) a créé un genre littéraire à lui : la chronique.
De sa vingtième année jusqu’à sa mort, il en a...

« Je n’ai jamais le temps de dégorger le vingtième de ce que j’accumule, et plus tard, ce sera trop tard. » C’est pour répondre à cette urgence qu’Alexandre Vialatte (1901-1971) a créé un genre littéraire à lui : la chronique.
De sa vingtième année jusqu’à sa mort, il en a composé par centaines, pour La Revue rhénane, Le Crapouillot, L’Intransigeant, Le Moniteur, L’Époque, La Nouvelle Revue française, Marie-Claire, Le Journal de l’Est, Le Petit Dauphinois et pour La Montagne. Ce quotidien auvergnat lui offre toutes les semaines une colonne et lui laisse une totale liberté pour parler de tout, sauf de politique.
Ainsi, pendant dix-huit ans, tous les dimanches soirs, Vialatte porte sa copie au wagon postal du train de vingt-trois heures quinze. Ce n’est que deux ou trois fois qu’il a manqué à son rendez-vous. De quoi parle-t-il ? De tout, de rien. Tantôt il aborde un roman, tantôt une pièce de théâtre ou un recueil de poèmes, il évoque un film, se gausse d’une vérité première, approfondit un lieu commun, commente un proverbe. La chronique c’est l’œuvre d’un promeneur, d’un flâneur, d’un philosophe. « Une chronique – disait Alexandre Vialatte –, il faudrait la faire pousser comme une herbe dans les fentes d’un mur, dans les pierres de l’emploi du temps. Pierre Vialatte, à sa manière, nous restitue le temps perdu. Il appartient à la famille des Saint-Simon et des Proust.
Robert Kopp.

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EAN : 9782221090411
Façonnage normé : BROCHE
Nombre de pages : 1140

Ils en parlent

« Si vous n’achetez qu’un livre cette année, je vous en conjure, que ce soit celui-là : l’intégrale des chroniques de Vialatte est la Merveille des Merveilles. »
Frédéric Beigbeder, Voici.


« Cinquante ans après leur naissance, ces Chroniques n’ont pas pris une ride. Elles font s’envoler de La Montagne une poussière de petits riens qui donnent les larmes aux yeux, et le sourire aux lèvres. »
Bertrand de Saint-Vincent.


"Vialatte : le Saint-Simon du minuscule"

Il aura fallu trente ans pour que l’écrivain Alexandre Vialatte nous apparaisse dans toute sa dimension. Vialatte ne fit guère de son vivant la promotion de son œuvre : il l’écrivait, cela prenait tout son temps. […] L’édition que vient d’établir Charles Dantzig, avec l’aide de Pierre Vialatte, prend un autre parti, que Vialatte mérite bien : l’intégrale. Elle comporte, dans l’ordre de leur première publication, toutes les chroniques de La Montagne, dont environ 300 restées inédites en volume, accompagnées d’un index et des notes indispensables. Ce que la lecture chronologique permet de découvrir est passionnant. On y voit de quelle façon, très vite, l’intérêt se déplace des sujets traités vers la manière de les traiter ; comment le lecteur, censé lire une rubrique d’information culturelle, est bientôt charmé par une voix, et quel que soit le sujet, ravi par l’entretien malicieux, surprenant, émouvant, de cet inconnu qui s’adresse à lui chaque semaine.
François Taillandier, Le Figaro littéraire.


Vialatte, avec ses chroniques, a tenu le journal d’un esprit, d’un cœur, d’une sensibilité, d’une fantaisie intellectuellement unique. Il a trouvé une modulation inédite en parlant de tout et de rien, il a fait de lui, en 2000 pages, un portrait que je garantis, moi qui l’ai connu, être la ressemblance même.
Jean Dutourd, de l’Académie française, La Montagne.


Aujourd'hui, les amateurs de Vialatte reçoivent enfin ce dont ils rêvaient depuis longtemps - et qui leur permettra de gagner un espace non négligeable dans leur bibliothèque - : une édition intégrale et chronologique des "Chroniques de La Montagne". On espère que toutes les autres chroniques (Spectacle du Monde, Marie-Claire, etc.) seront elles aussi bientôt rassemblées avec un tel soin. […]

La France de Vialatte, ce n'est pas celle des manchettes des grands journaux ni celle des manuels, qu'ils concernent l'Histoire ou la littérature. C'est celle de tous les jours, celle des ménagères qui lisent des auteurs aujourd'hui oubliés, celle de l'"homme qui attend l'autobus 21 au coin de la rue de la Glacière". Il parle de l'esprit de Noël, des Auvergnats qui vendent des marrons au coin des rues, et de la grande place de Clermont-Ferrand. […]

Pour jouir de cet ensemble, il faut le feuilleter et revivre vingt ans de préoccupations quotidiennes dans une France rassurante et disparue, dans la France d'avant McDonald's et l'Internet. […]

Ou se demander ce que nous faisions quand, dans la France profonde, dont il est le miroir, les choses étaient ce qu'en dit Vialatte. Mieux que la madeleine de Proust, ces "Chroniques" sont une usine à réminiscences. […]
Christophe Mercier, Le Point (17 novembre 2000)


Jamais pédant ou jargonneux, toujours drôle et ultra-lucide, le grand Alexandre décrypte son monde comme on regarderait le spectacle d'un vieux cirque en tournée. Avec tendresse et circonspection.
Olivier Le Naire, L'Express


Ses " Chroniques " enfin rassemblées en deux volumes valent le déplacement. C'est le bréviaire d'une vie. " La Montagne " a accouché d'un éléphant.
Fabrice Gaignault, Elle


Poésie, humour. Il surprend, émerveille, enchante. Il excelle dans le jeu des mots et des idées, se plaît à souligner la cocasserie des situations. S'amuse et amuse. Tout y passe. Sujets graves et légers, grand et petits événements.
Jean-Jacques Mourreau, Le Spectacle du Monde


Comme Voltaire, qui fut l'un de nos plus grands journalistes, Vialatte a le cœur triste et l'esprit gai. Il ne semble guère excessif de voir dans ces " Chroniques de La Montagne " une malle aux trésors où plonger des yeux éblouis. Ont-elles vieilli ? Pas le moins du monde. Vialatte lisait clair dans le monde de l'an 2000 : " L'humanité, remarquait-il dès 1970, n'est plus qu'une clientèle. "
Domnique Mondoloni, Nice-Matin


Ces chroniques parlent de tout sans être un fourre-tout. Elles sont des choses vues, des nouvelles quand [Vialatte] rapporte un fait-divers dans un esprit où Aymé se confond avec Allais, des critiques littéraires, cinématographiques, théâtrales, des portraits où se manifeste son don de la formule.
Pierre-Robert Leclerq, Le Monde


Des chroniques de ce genre, on voudrait en lire, aujourd'hui. Mais… on ne trouve pas tous les jours un Alexandre Vialatte. […]
Guy Konopnicki, Marianne

PRESSE

Ce qu'en pensent nos lecteurs sur Babelio

  • lebelier Posté le 29 Septembre 2021
    Chaque semaine, Alexandre Vialatte postait une chronique au journal auvergnat, la Montagne. Des années plus tard, les éditions Laffont les réunissent sous forme de deux pavés d’un millier de pages dans leur collection « Bouquins ». Peu de temps après, je me suis fait offrir les deux tomes à deux années d’intervalle pour mon anniversaire. Mais je n’ai encore rien dit de l’ouvrage. En fait je suis venu à Vialatte à cause de (ou plutôt grâce à) Pierre Desproges. L’humoriste (un des rares auteurs dont j’ai lu toute l’œuvre) le citait souvent dans ses propres chroniques de la haine ordinaire … (à relire régulièrement). Or donc, j’ai commencé la lecture de ces chroniques avec parcimonie (mais tout seul) et me voilà seulement au bout du premier tome. J’éviterai soigneusement de révéler l’endroit où je les ai lues ! Cela valait néanmoins un petit retour sur investissement. D’abord, il faut remarquer qu’il y a un ton Vialatte, une ironie toute en distance, toute en références, toute en nuances – je comprends mieux l’admiration que pouvait éprouver Desproges. On y dresse des portraits, figures d’actualité littéraire souvent (Colette, Hemingway, Sagan… ) passant par l’obligatoire obituaire (Colette, Hemingway, Camus),... Chaque semaine, Alexandre Vialatte postait une chronique au journal auvergnat, la Montagne. Des années plus tard, les éditions Laffont les réunissent sous forme de deux pavés d’un millier de pages dans leur collection « Bouquins ». Peu de temps après, je me suis fait offrir les deux tomes à deux années d’intervalle pour mon anniversaire. Mais je n’ai encore rien dit de l’ouvrage. En fait je suis venu à Vialatte à cause de (ou plutôt grâce à) Pierre Desproges. L’humoriste (un des rares auteurs dont j’ai lu toute l’œuvre) le citait souvent dans ses propres chroniques de la haine ordinaire … (à relire régulièrement). Or donc, j’ai commencé la lecture de ces chroniques avec parcimonie (mais tout seul) et me voilà seulement au bout du premier tome. J’éviterai soigneusement de révéler l’endroit où je les ai lues ! Cela valait néanmoins un petit retour sur investissement. D’abord, il faut remarquer qu’il y a un ton Vialatte, une ironie toute en distance, toute en références, toute en nuances – je comprends mieux l’admiration que pouvait éprouver Desproges. On y dresse des portraits, figures d’actualité littéraire souvent (Colette, Hemingway, Sagan… ) passant par l’obligatoire obituaire (Colette, Hemingway, Camus), on se gausse des gloires éphémères : Minou Drouet, la poétesse-enfant, en prend pour son grade et devient presque sa tête de turc. Mais on a aussi ses chouchous : les Auvergnats, bien sûr, Henri Pourrat et Ferny Besson (qui fait visiblement l’objet d’une vaste correspondance avec l’auteur) mais aussi Jean Dutourd . On y fait la description précise des nouveaux auteurs ou de gens dignes d’intérêt ainsi André Parinaud en juin 1953 qui fonda l’Auto-Journal : S’il n’avait pas l’originalité charmante d’écrire le français comme tout le monde, de citer juste des vers classiques et de sauter dans l’autobus sans déraper, on le prendrait pour un agrégé. (30 juin 1953) On égratigne sans cesse le progrès qui rend l’homme un peu ridicule : Il [L’homme] passe son temps avec le bloc-cuisine, le tire-bouchon et la cravate à système, à économiser les secondes grâce à un labeur acharné (22 septembre 1953) Car le sieur Vialatte est un brin philosophe et regarde son époque à la loupe et la décortique au scalpel : Notre civilisation ne cesse pas d’évoluer vers plus de confort et plus d’ennui. L’inconfort préservait de l’ennui. Dans le confort, il faudra qu’on s’adapte. (10 octobre 1961) Souvent, aussi, on y trouve des appréciations presque visionnaires, en tout cas qui prouvent que rien n’est nouveau sous le soleil : Quoi qu’il en soit, le directeur d’une grande école de journalisme vient de me confier que depuis belle lurette ses étudiants ne savent plus le français ; il faut commencer par le leur apprendre (31 octobre 1961) Avec génie et gourmandise, le chroniqueur manie le coq-à-l’âne, campe une ambiance, nous emmène en amnésie où l’on assiste aux obsèques de Colette, la naissance de Sagan en tant qu’écrivain, où l’on voit rouler les 4Cv et les Arondes, où l’on n’est pas encore né mais où l’on guette quand même la chronique autour de sa date naissance. On lit une chronique par jour, à dose homéopathique, on a souvent peur que ça s’arrête. Alors on fait traîner. Et c’est ainsi qu’Allah est grand, comme il disait à chaque fin de chronique. Ça aussi Desproges se l’est approprié.
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  • lehibook Posté le 24 Janvier 2020
    Il y a eu le Sermon sur la montagne…. Important mais pas très rigolo . Il y a aussi les chroniques de la Montagne ce travail d’une (presque) vie que Vialatte a accompli pour notre plus grand bonheur . Heureux les lecteurs du quotidien auvergnat qui découvraient au jour le jour ces perles d’humour et de culture.
  • jfcastell Posté le 28 Novembre 2013
    Il faut relire Vialatte Mes activités professionnelles m’amènent de plus en plus à voyager. Ceci m’expose régulièrement au dilemme du choix du moyen de transport : mon engagement contre le changement climatique me conduit souvent à préférer les longs voyages en train aux petits déplacements en avion. Au cours de ces interminables trajets, je travaille un peu. Malheureusement, le logiciel de billetterie de la SNCF me choisit quasi-systématiquement pour voisine une charmante vieille dame, toujours un peu curieuse et surtout très bavarde, ce qui aide à passer le temps, mais nuit à la concentration. Je ne m’en plains pas : j’en profite pour relire Vialatte. Les chroniques qu’il écrivit jadis pour le journal « La Montagne » sont un véritable régal pour le voyageur. Des textes courts et plaisants, témoignage d’un temps où le charme d’une vie paisible s’écoulant paisiblement dans la belle province d’Auvergne cédait peu à peu la place au rythme de la vie moderne et citadine. Vialatte s’en étonne et feint de s’en amuser. C’est ainsi qu’il joue sur le contraste qui existe entre les conseils d’un vieil almanach du jardinier du dix-neuvième siècle, probablement trouvé dans son grenier, et les contraintes de la vie moderne : « on... Il faut relire Vialatte Mes activités professionnelles m’amènent de plus en plus à voyager. Ceci m’expose régulièrement au dilemme du choix du moyen de transport : mon engagement contre le changement climatique me conduit souvent à préférer les longs voyages en train aux petits déplacements en avion. Au cours de ces interminables trajets, je travaille un peu. Malheureusement, le logiciel de billetterie de la SNCF me choisit quasi-systématiquement pour voisine une charmante vieille dame, toujours un peu curieuse et surtout très bavarde, ce qui aide à passer le temps, mais nuit à la concentration. Je ne m’en plains pas : j’en profite pour relire Vialatte. Les chroniques qu’il écrivit jadis pour le journal « La Montagne » sont un véritable régal pour le voyageur. Des textes courts et plaisants, témoignage d’un temps où le charme d’une vie paisible s’écoulant paisiblement dans la belle province d’Auvergne cédait peu à peu la place au rythme de la vie moderne et citadine. Vialatte s’en étonne et feint de s’en amuser. C’est ainsi qu’il joue sur le contraste qui existe entre les conseils d’un vieil almanach du jardinier du dix-neuvième siècle, probablement trouvé dans son grenier, et les contraintes de la vie moderne : « on peut creuser des fosses de dix-huit pouces de profondeur pour les asperges si on veut les forcer sur place, et leur faire faire de grands nivellements tant que la main d’œuvre est abordable. En dehors des heures de bureau, bien entendu. » C’est dit sur un ton amusé, mais on perçoit en permanence le désabusement, voire le désarroi d’un homme cultivé, qui sait comment arrivent les guerres et où elles mènent : germaniste - c’est lui qui a traduit et fait découvrir en France l’œuvre de Kafka – il a raconté dans les « bananes de Königsberg » sa vision de l’histoire « folle, tragique, invraisemblable et d’un comique ahurissant » de l’Allemagne entre 1922 et 1949. C’est pourquoi Vialatte est un humoriste triste, tout comme le fut Desproges vingt ans plus tard. Ses chroniques sont celles d’un homme de culture qui voit un monde disparaître, et ne se réjouit guère de celui qui naît sous ses yeux. Revenant aux conseils de son vieil almanach, il conclut : « Voilà la civilisation. Elle est faite de cent mille recettes et ne se bâtit pas en un mois. Elle peut, en revanche, disparaître en deux semaines. Chaque jour, depuis vingt ans, elle s’en va un peu plus ». Qu’importe le sujet de la chronique (comme celui de ses romans, d’ailleurs) : ce n’est qu’un prétexte pour exprimer cette nostalgie. Mais l’intérêt de la chronique, c’est qu’il faut faire court, et donc travailler le texte. Vialatte y excelle, sauf quand il nous prévient : « N’ayant pas le temps d’être bref, je serai peut-être un peu long », montrant par là non seulement que les discours les plus longs sont rarement les meilleurs, mais aussi que les plus courts ne sont pas les plus rapidement rédigés. Il nous donne même des conseils : « Et d’abord, après « après que » ne mettez jamais le subjonctif ». Quel chroniqueur s’en soucierait aujourd’hui ? Et quel lecteur sait encore ce qu'est le subjonctif ? Il faut donc relire l’auteur « notoirement méconnu » qu’était Alexandre Vialatte. C’est nécessaire et pédagogique. D’abord pour passer le temps en voyage sans manquer de respect aux vieilles dames. Ensuite, pour mieux comprendre pourquoi un pays entier peut passer une semaine à discuter de la main d’un footballeur et pourquoi il faut prendre le temps de rédiger ses textes en bon français. Enfin pour mieux comprendre la différence entre l’humain et la civilisation.
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  • MaxSco Posté le 12 Octobre 2012
    Comment cela ?!! Dans mes livres, j'avais oublié de signaler ceux de cet autre grand Alexandre - à ne pas confondre ! "Qui sème les casques bleus récolte la tempête." ! - ce grand et brillant Vialatte. Quelle bourde ! Non, non ! Je ne suis pas régionaliste ! Sur ma voiture, vous ne verrez jamais "Le Cantal aux Cantalous !" mais je suis issue d'une famille originaire depuis des siècles d'une petite ville de ce beau pays et mon oubli n'est pas pardonnable ! Enfant, durant les vacances, La Montagne - pour les connaisseurs, moins feuille de chou que Le Réveil mais feuille de chou malgré tout - finissait, une fois lue, par aider à allumer le feu dans le cantou où nous nous tenions le soir. Je somnolais, bercée par les conversations des "grandes personnes" sans savoir alors qui était ce Vialatte dont le nom était souvent prononcé et qui invariablement faisait secouer les épaules, relever bruyamment les commissures des lèvres de ceux qui partageaient mon nid de coussins et me dé-ran-geait ! Et un cantou pourtant, c'est grand ! Mais je n'y coupais pas ! Un membre de ma famille, pour le bonheur de son auditoire,... Comment cela ?!! Dans mes livres, j'avais oublié de signaler ceux de cet autre grand Alexandre - à ne pas confondre ! "Qui sème les casques bleus récolte la tempête." ! - ce grand et brillant Vialatte. Quelle bourde ! Non, non ! Je ne suis pas régionaliste ! Sur ma voiture, vous ne verrez jamais "Le Cantal aux Cantalous !" mais je suis issue d'une famille originaire depuis des siècles d'une petite ville de ce beau pays et mon oubli n'est pas pardonnable ! Enfant, durant les vacances, La Montagne - pour les connaisseurs, moins feuille de chou que Le Réveil mais feuille de chou malgré tout - finissait, une fois lue, par aider à allumer le feu dans le cantou où nous nous tenions le soir. Je somnolais, bercée par les conversations des "grandes personnes" sans savoir alors qui était ce Vialatte dont le nom était souvent prononcé et qui invariablement faisait secouer les épaules, relever bruyamment les commissures des lèvres de ceux qui partageaient mon nid de coussins et me dé-ran-geait ! Et un cantou pourtant, c'est grand ! Mais je n'y coupais pas ! Un membre de ma famille, pour le bonheur de son auditoire, finissait toujours par déclamer des extraits monumentaux des oeuvres de ce personnage familier et perturbant de mon environnement auditif de petite fille. Voilà comment j'ai connu Vialatte, maudissant in petto mon oncle dont la mémoire était aussi vaste et lumineuse que son intelligence. A chaque fois, j'y avais droit ! Les rires que ce Vialatte - par lien de sang interposé - engendraient dérangeaient mon confort. "Praco !" comme disait l'une de mes grands-mères, cet homme-là ne m'était pas sympathique ! Imaginez ! J'étais installée dans ce cantou comme dans un cocon, un chat sur les genoux, une main tenant un Oui-Oui que le sommeil parfois m'arrachait ; dans l'autre, une petite boule de poils que je pétrissais et dont les ronronnements ravissaient mon oreille... à l'heure à laquelle les enfants devraient être au lit mais qui réussissent miraculeusement à se faire oublier... Le bonheur ! Je n'avais pas envie d'être bousculée par cette voix virile, grave, forte, de laquelle sortaient les mots d'un autre incontestablement beaucoup trop apprécié par mes parents et leurs amis. Pfff ! A cette époque, Alexandre Vialatte n'écrivait plus de chroniques dans La Montagne. L'aurait-on immolée dans ce cas ? De toute façon, les chroniques étaient rangées dans une partie du vaste cerveau de mon oncle. Je me répète : Vialatte et moi ne nous sommes pas rencontrés sous les meilleurs auspices. Ce ne fut que bien des années plus tard que j'appris que ce rabat-joie avait traduit Kafka et surtout Thomas Mann pour lequel, adolescente, j'ai eu une grande passion littéraire. Vialatte était féru d'allemand. Un Auvergnat qui s'intéresse à "l'Etranger" ?! Cela intrigue ! Pour les natifs du Cantal, la Corrèze, même si elle se situe à moins de dix kilomètres, c'est déjà l'Etranger ! Un de mes arrières-arrières grands-pères, capitaine de vaisseau, participa à la guerre d'indépendance de l'Amérique et revint couler ses vieux jours dans son Cantal natal. J'exagère ! En voici une preuve. Il y en a eu d'autres. Nous ne sommes pas obtus ! Et nous ne sommes plus au 18ème siècle ! Je ne voudrais vraiment pas nous faire passer pour une tribu paysanne de xénophobes bien au contraire ! Mais quand même, dans l'esprit du Cantalou, on se méfie et l'étranger, géographiquement parlant, a des frontières qui lui sont propres. Donc, il pouvait paraître légitime que je pense : "Oh ! Ce Vialatte est intéressant !" ! Dans la foulée, je commençai à lire ses fameuses chroniques en effet brillantes et hilarantes (et là, je n'en admirais que plus mon oncle tout en comprenant ce qui m'avait si longtemps agacée !) et de loin en loin mais jamais trop loin ! son oeuvre injustement longtemps reléguée aux oubliettes exhalant une finesse, une humanité, un humour, une poésie... Et quelle lucidité ! Lisez-le. Vialatte est intemporel. Rabelais l'est également mais Vialatte est auvergnat ! Et au 16ème siècle, on n'avait pas encore inventé le plumeau... Je termine avec un immense et désagréable sentiment d'abuser du talent de ce génial écrivain mais ce n'est encore qu'une citation : "Et c'est ainsi qu'Allah est grand."
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