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Plon
EAN : 9782259193313
Façonnage normé : BROCHE
Nombre de pages : 312
Format : 140 x 225 mm

Jeannot, mémoires d'un enfant

Date de parution : 31/08/2000

"Ce livre s'arrête quand j'ai treize ans. Treize ans est l'âge où finit l'enfance, où l'on devient adolescent, c'est-à-dire homme, et où l'on perd mystérieusement toute l'intelligence dont on jouissait jusque-là."

Jean Dutourd

« La plupart des gens ont oublié quelle sorte d'âme on possède à six ans, à huit ans, à douze ans. On tient pour acquis que l'enfant n'est que l'esquisse de l'homme. Or ce n'est pas vrai : l'enfant est un être complet en soi et très différent de l'adulte....

« La plupart des gens ont oublié quelle sorte d'âme on possède à six ans, à huit ans, à douze ans. On tient pour acquis que l'enfant n'est que l'esquisse de l'homme. Or ce n'est pas vrai : l'enfant est un être complet en soi et très différent de l'adulte. Il a ses idées propres, sa morale, ses désirs, ses amours, sa philosophie et enfin, les armes appropriées à son état. Comme il est le plus faible, la plus utilisée de ces armes ne peut être que le mensonge. Les enfants mentent sans cesse, pour la tranquillité, pour couper au plus court de la vie. Dans les romans ou dans les mémoires, les enfants sont, pour ainsi dire, anthropomorphiques. J'ai tâché au contraire, ici, de peindre un enfant totalement enfantin, à la manière dont Jack London peignait les chiens de traîneau, en me mettant dans sa peau, qui n'est pas la mienne. Ou plutôt qui n'est plus la mienne, car Jeannot, le héros de ce livre, c'est moi, de six à treize ans. Je n'ai rien oublié de ce temps, et ce que je croyais avoir oublié a ressurgi, intact, dans ma mémoire, c'est-à-dire non seulement les péripéties de mon enfance, mais encore les idées, les sentiments, les passions, l'expérience que j'avais alors. Certains épisodes ont été des tragédies, comme la mort de ma mère lorsque j'avais sept ans ; d'autres des comédies, comme la période militaire de mon père, mes relations huppées avec le roi de Roumanie en exil à Paris, ma mise à la porte du catéchisme, la description de l'Exposition coloniale, grande fête de la IIIe République. Ce livre s'arrête quand j'ai treize ans. Treize ans est l'âge où finit l'enfance, où l'on devient adolescent, c'est-à-dire homme, et où l'on perd mystérieusement toute l'intelligence dont on jouissait jusque-là. J'ai eu très nettement, alors, un sentiment de régression intellectuelle et sentimentale. Bref, je suis devenu bête. Peut-être n'est-ce qu'aujourd'hui que je suis enfin redevenu Jeannot ? Il aura fallu du temps ! »

Jean Dutourd

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EAN : 9782259193313
Façonnage normé : BROCHE
Nombre de pages : 312
Format : 140 x 225 mm
Plon

Ce qu'en pensent nos lecteurs sur Babelio

  • dictus Posté le 18 Mars 2019
    Plus connu comme homme de médias (chroniqueur de presse, sociétaire des « Grosses Têtes » de Philippe Bouvard), Jean Dutourd prend ici sa plume d'académicien pour confier ses souvenirs d'enfance. Il nous plonge dans l'ambiance de l'entre-deux-guerres et nous fait découvrir comment s'est forgée la personnalité attachante, non-conformiste, d'un homme qui s'est efforcé de construire sa vie selon ses goûts, s'affranchissant, au besoin, des conventions sociales. « Jeannot » nous emmène d'abord dans le Paris de ses premiers pas : le quartier des Ternes (où il est né), le boulevard Magenta (où habitait « la duchesse de Magenta », sa bien-aimée grand-mère maternelle), la Nouvelle Athènes (où allaient s'encanailler les mirliflores de Janson), le XVIe arrondissement (où il croisa des célébrités roumaines, Mistinguett à cheval dans l'avenue Foch). Il n'oublie pas pour autant (sacrée mémoire !) ses expéditions provinciales : Vence (où sa mère tuberculeuse allait en cure), l'Auvergne natale de son père (où il passait ses vacances) et bien d'autres régions. En termes choisis, il nous fait partager ses émotions d'enfant, un rythme de vie disparu (trois jours de route en « De Dion Bouton » pour se rendre de Paris à Vence !), les « grises années d'école » (sujet des remontrances paternelles), les brimades de l'abbé Bottinelli... Plus connu comme homme de médias (chroniqueur de presse, sociétaire des « Grosses Têtes » de Philippe Bouvard), Jean Dutourd prend ici sa plume d'académicien pour confier ses souvenirs d'enfance. Il nous plonge dans l'ambiance de l'entre-deux-guerres et nous fait découvrir comment s'est forgée la personnalité attachante, non-conformiste, d'un homme qui s'est efforcé de construire sa vie selon ses goûts, s'affranchissant, au besoin, des conventions sociales. « Jeannot » nous emmène d'abord dans le Paris de ses premiers pas : le quartier des Ternes (où il est né), le boulevard Magenta (où habitait « la duchesse de Magenta », sa bien-aimée grand-mère maternelle), la Nouvelle Athènes (où allaient s'encanailler les mirliflores de Janson), le XVIe arrondissement (où il croisa des célébrités roumaines, Mistinguett à cheval dans l'avenue Foch). Il n'oublie pas pour autant (sacrée mémoire !) ses expéditions provinciales : Vence (où sa mère tuberculeuse allait en cure), l'Auvergne natale de son père (où il passait ses vacances) et bien d'autres régions. En termes choisis, il nous fait partager ses émotions d'enfant, un rythme de vie disparu (trois jours de route en « De Dion Bouton » pour se rendre de Paris à Vence !), les « grises années d'école » (sujet des remontrances paternelles), les brimades de l'abbé Bottinelli (« le Savonarole de la rue de la Pompe »), les réceptions bienveillantes chez d'accortes douairières, le zèle des « petites gens » (l'assistante du dentiste, la ravaudeuse des jeudis,...). Hermétique aux sciences et techniques (au grand désespoir de son père chirurgien-dentiste), Jeannot clame son aversion pour le Meccano et les trains électriques,... ; il est attiré par le dessin et la peinture, il aime lire (Alexandre Dumas, Anatole France, et les grands auteurs russes), préfigurant sa carrière d'écrivain. Du bel ouvrage.
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  • BVIALLET Posté le 10 Avril 2012
    Le grand académicien nous entraine dans le monde enchanté et disparu à jamais de sa propre enfance dans les années trente . C'est un voyage merveilleux qu'il nous propose . Il entre à l'école " le cours Maintenon pour jeunes filles" à 5 ans , au moment de l'arrivée d'Hitler au pouvoir et nous abandonne l'année de ses 13 ans , l'âge où , selon lui , finit l'enfance , " où l'on perd toute l'intelligence" . Je dirai plutôt toute cette sensibilité particulière , cette formidable capacité d'émerveillement . Le lecteur est étonné , bluffé même . Dutourd doit avoir une mémoire d'éléphant ou d'ordinateur car il n'a rien oublié de cette époque si différente de la nôtre . Il se souvient de tous les plus infimes détails : " le franc-tireur des Ternes" , le " ballon de Gambetta" , la de Dion Bouton de son père et j'en passe . Plus fort encore , il arrive à nous faire vivre de l'intérieur tous les sentiments , les idées , les passions qui l'agitaient alors . Sa mère souffrait de la tuberculose . En raison d'une cure dans le Midi de la France , à Vence , il est... Le grand académicien nous entraine dans le monde enchanté et disparu à jamais de sa propre enfance dans les années trente . C'est un voyage merveilleux qu'il nous propose . Il entre à l'école " le cours Maintenon pour jeunes filles" à 5 ans , au moment de l'arrivée d'Hitler au pouvoir et nous abandonne l'année de ses 13 ans , l'âge où , selon lui , finit l'enfance , " où l'on perd toute l'intelligence" . Je dirai plutôt toute cette sensibilité particulière , cette formidable capacité d'émerveillement . Le lecteur est étonné , bluffé même . Dutourd doit avoir une mémoire d'éléphant ou d'ordinateur car il n'a rien oublié de cette époque si différente de la nôtre . Il se souvient de tous les plus infimes détails : " le franc-tireur des Ternes" , le " ballon de Gambetta" , la de Dion Bouton de son père et j'en passe . Plus fort encore , il arrive à nous faire vivre de l'intérieur tous les sentiments , les idées , les passions qui l'agitaient alors . Sa mère souffrait de la tuberculose . En raison d'une cure dans le Midi de la France , à Vence , il est est séparé très jeune . Elle meurt quand il n'a que 7 ans . Une véritable tragédie pour Jeannot qui l'adorait au point d'être véritablement fusionnel avec elle . Mais le rire ou le sourire n'est jamais loin avec la période militaire de son père ou la description de ses relations avec le roi de Roumanie en exil à Paris . Dutourd nous raconte également l'exposition coloniale , grand évènement de cette époque ainsi que son renvoi du cours de catéchisme , grand évènement de sa jeune vie . Nous découvrons son intérêt pour les Arts Plastiques , il se dit "perverti par Boticcelli" ( quelle jolie époque !) et la littérature , nous permettant ainsi de mieux comprendre la génèse d'un grand écrivain . Lire ce livre c'est revisiter le territoire enchanté de l'enfance . " On tient pour acquis que l'enfant n'est que l'esquisse de l'homme . Or ce n'est pas vrai : l'enfant est un être complet en soi , et très différent de l'adulte ." "J'ai tâché , dit Dutourd , de peindre un enfant totalement enfantin , à la manière dont Jack London peignait les chiens de traineaux , en se mettant dans sa peau , qui n'est pas la mienne ." Et c'est parfaitement réussi .
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