Lorenzaccio : Le livre de Alfred de Musset
Édition présentée et commentée par Gérard Gengembre (université de Caen) et Emmanuel Martin (université de Paris XIII).
" Le vice a été pour moi un vêtement ; maintenant il me colle à la peau. " Ce Lorenzo de Médicis, jeune noble florentin, le peuple le nomme Lorenzaccio, par mépris pour sa faiblesse et sa lâcheté. Par calcul, il est devenu l'âme damnée de son cousin Alexandre, qui règne sur la ville par la terreur. Corrompu lui-même mais clairvoyant dans son ignominie, Lorenzo entend se racheter par un acte dont il devine à l'avance l'inutilité : assassiner ce tyran.
Les contemporains de Musset ignoraient son théâtre, qu'ils jugeaient frivole ou injouable. Aujourd'hui, Lorenzaccio a presque rejoint Hamlet sur toutes les scènes du monde.
Lire avec le texte intégral et la préface présentant l'œuvre et son auteur.
Comprendre avec " Les clés de l'œuvre " : 26 pages pour aller à l'essentiel ; 62 pages pour approfondir.
De (auteur) : Alfred de Musset
Préface de : Emmanuel Martin
Expérience de lecture
Avis Babelio
AKnatta
• Il y a 2 semaines
"Songes-tu que ce meurtre, c'est tout ce qui me reste de ma vertu ?" Une pièce shakespearienne (l'idée est de George Sand), donc forcément ambitieuse, comportant peut-être trop de longueurs (5 actes), avec beaucoup de personnages (mais ça ne nuit en rien la lecture), ce qui pourrait rebuter le lecteur au départ, mais ce serait une erreur car quelle inspiration ! Je pense que Musset a tout mis dans cette pièce, tout son art, tout son génie, et beaucoup de lui aussi probablement, on sent qu'il y a de l'autobiographique, on sent qu'il parle aussi de sa propre époque mouvementée (1834). Il s'amuse aussi avec quelques anachronismes. C'est évidemment poétique, violent, dramatique. Il prend des libertés avec les faits historiques, il y a deux niveaux de lecture, et on est souvent tenté d'en citer des passages et même des pages entières! C'est sûr: avec autant de pages et d'inspiration il y a de quoi citer. L'édition Flammarion outre la présentation comporte un gros dossier non négligeable contenant : Les énigmes du moi : le cas Lorenzo ; le mal du siècle ; l'artiste et l'homme d'action ; Musset et le drame romantique, Lorenzaccio à la scène ; Aux sources de Lorenzaccio Pour quiconque aime le théâtre classique, romantique, Musset, Lorenzaccio est un incontournable.
oniciatanguy
• Il y a 1 mois
J’ai tout simplement adoré Lorenzaccio ! Les thèmes abordés, l’écriture et le personnage lui-même : tout est génial dans cette œuvre. Le renversement du personnage, ses doutes, sa double-identité, les masques (dans tous les sens du termes) : que de belles surprises. Les intrigues secondaires agrémentent l’intrigue principale qui est déjà bien chargée, elles ne sont pour autant pas « de trop ». Des touches humoristiques appréciables qui allègent un récit globalement tragique. Une remise en question identitaire. Merci Monsieur Musset, un vrai chef-d’œuvre.
melaniedournel
• Il y a 1 mois
Comprendre Lorenzaccio d'Alfred de Musset est une expérience intéressante. J'ai apprécié la profondeur de cette tragédie romantique, mais j'avoue avoir eu du mal avec le grand nombre de personnages, ce qui a parfois rendu l'intrigue un peu floue. Musset nous plonge dans la Florence de la Renaissance avec une richesse incroyable. Le personnage de Lorenzo de Médicis est fascinant, sa transformation d'idéaliste en cynique est très bien dépeinte. La tension est palpable tout au long de la pièce. Cependant, la multitude de personnages secondaires peut être déroutante. Entre les différentes familles et les nombreux courtisans, il faut un effort constant pour se repérer, ce qui nuit parfois à la compréhension. J'ai eu l'impression de manquer certaines subtilités à cause de cette difficulté à identifier chaque acteur de l'histoire.
LaLisiere
• Il y a 3 mois
"Lorenzaccio", pièce écrite en 1834 par Alfred de Musset, s’inscrit dans le courant du théâtre romantique par son sujet historique, sa construction éclatée, son héroïsme paradoxal et sa langue vibrante. S'inspirant d’un fait réel – l’assassinat d’Alexandre de Médicis par son cousin Lorenzo en 1537 –, Musset en fait le support d’une méditation politique, existentielle et esthétique d’une grande profondeur. Écrite pour la lecture plutôt que pour la scène (comme la plupart des pièces de Musset à cette époque), "Lorenzaccio" dépasse le cadre de la reconstitution historique pour interroger les rapports entre l’individu, la société et l’action. Le Florence de la Renaissance devient ainsi un miroir de la France post-révolutionnaire de 1830 : une société gangrenée par la compromission, la peur, le conformisme bourgeois, où la grandeur ne trouve plus sa place. Lorenzo de Médicis, dit « Lorenzaccio », est l’un des personnages les plus complexes du théâtre romantique. À la fois justicier, traître, libertin, patriote, nihiliste, il incarne la figure du héros désabusé, à l’âme déchirée. Pour mieux approcher Alexandre de Médicis et le tuer, il feint la débauche, la compromission, la dissolution morale – jusqu’à ne plus savoir lui-même qui il est. « Je suis le plus lâche des hommes. Mais j’ai tué un tyran. » Par cette phrase emblématique, Lorenzo dévoile la contradiction fondamentale du héros romantique : agir au nom d’un idéal dans un monde qui a perdu tout sens. En adoptant les masques de la corruption, Lorenzo devient lui-même l’instrument du mal qu’il combat. Cette tension entre apparence et vérité, masque et sincérité, structure toute la pièce. Il est un Hamlet italien, mais sans l’élan tragique de la vengeance ni le soulagement de la mort noble. Lorenzo est seul, radicalement. L’assassinat du duc ne déclenche pas la révolte populaire qu’il espérait : la pièce se clôt sur le retour du pouvoir tyrannique, preuve que le geste héroïque est sans conséquence dans une société anesthésiée. Le Florence de "Lorenzaccio" est une cité en ruine morale. Tout y est théâtre : les conspirateurs parlent, les républicains tergiversent, les nobles pactisent. Personne n'agit, sinon pour préserver ses intérêts. Musset dresse ainsi un tableau au vitriol de la société, et de la lâcheté des élites intellectuelles et politiques. La pièce est une critique lucide de l’illusion révolutionnaire : à quoi bon renverser un tyran si le peuple n’est pas prêt à changer ? Musset ne condamne pas la révolte, mais il en révèle l’inanité lorsque le socle moral et collectif fait défaut. Florence devient alors l’allégorie d’une société post-idéaliste, où les mots ont perdu leur pouvoir, où la mémoire des grandes luttes est devenue un discours vide, et où l’action isolée du héros est vouée à l’oubli ou à la récupération. Musset, influencé par Shakespeare, rompt avec l’unité de lieu, de temps et d’action. "Lorenzaccio" offre une structure éclatée, où s’alternent scènes de palais, de rue, de cabarets, de chambres privées. Cette composition en mosaïque renforce la sensation de chaos moral et politique. La langue est à la fois lyrique et ironique, traversée de monologues puissants, de dialogues brillants, de moments de pure poésie. Musset fait de son théâtre un lieu de pensée vivante, où la beauté des mots contraste avec la vacuité des actes. Si la pièce fut d’abord conçue pour être lue, elle s’est imposée au XXe siècle comme un chef-d'œuvre scénique, notamment grâce aux interprétations d’acteurs comme Gérard Philipe ou Francis Huster, qui ont redonné chair à ce Lorenzo hanté par l’impossibilité d’un idéal. "Lorenzaccio" est bien plus qu’un drame historique : c’est une tragédie politique, métaphysique et poétique, qui place Musset au cœur des préoccupations modernes. Il y interroge la vanité de l’action dans une société amorale, la solitude du sujet face à la compromission collective, et le désespoir d’une époque où l’idéal semble n’avoir plus de prise. Cette œuvre fulgurante, nourrie d’une sensibilité romantique intense, reste aujourd’hui d’une actualité saisissante : que peut le geste individuel dans une société désabusée ? Peut-on encore croire en l’héroïsme, ou n’est-il qu’un simulacre ?
Avis des membres
Fiche technique du livre
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- Genres
- Classiques et Littérature , Théatre
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- EAN
- 9782266199841
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- Collection ou Série
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- Format
- Poche
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- Nombre de pages
- 352
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- Dimensions
- 178 x 110 mm
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4,20 € Poche 352 pages