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Belfond
EAN : 9782714481009
Façonnage normé : BROCHE
Nombre de pages : 288
Format : 134 x 190 mm

J'ai cru qu'ils enlevaient toute trace de toi

Collection : Belfond Pointillés
Date de parution : 04/04/2019
Printemps 1994. Le pays des mille collines s’embrase. Il faut s’occuper des Tutsi avant qu’ils ne s’occupent de nous.
Rose, jeune Tutsi muette, écrit tous les jours à Daniel, son mari médecin, souvent absent. Elle lui raconte ses journées avec leur fils Joseph, lui adresse des lettres d’amour… Jusqu’au jour où...
Printemps 1994. Le pays des mille collines s’embrase. Il faut s’occuper des Tutsi avant qu’ils ne s’occupent de nous.
Rose, jeune Tutsi muette, écrit tous les jours à Daniel, son mari médecin, souvent absent. Elle lui raconte ses journées avec leur fils Joseph, lui adresse des lettres d’amour… Jusqu’au jour où écrire devient une nécessité pour se retrouver. Obligée de fuir leur maison, Rose continue de noircir les pages de son cahier dans l’espoir que Daniel puisse suivre sa trace.
Sacha est une journaliste française envoyée en Afrique du Sud pour couvrir les premières élections démocratiques post-apartheid. Par instinct, elle suit les nombreux convois de machettes qui se rendent au Rwanda. Plongée dans l’horreur et l’indicible, pour la première fois de sa vie de reporter de guerre, Sacha va poser son carnet et cesser d’écrire…
 
Dans ce premier roman bouleversant d’humanité, Yoan Smadja raconte le génocide des Tutsi du Rwanda à travers le regard de deux femmes éblouissantes, Rose et Sacha qui, sans le savoir, et par la seule force de leur plume, vont tisser le plus beau des liens, pour survivre à l’inhumain.
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EAN : 9782714481009
Façonnage normé : BROCHE
Nombre de pages : 288
Format : 134 x 190 mm
Belfond

Ils en parlent

La fiction est affaire de musique. J'ai cru qu'ils enlevaient toute trace de toi est un roman sur l'impossible devenu possible. Et le rythme, le tempo qui a permi à l'horreur d'advenir. Au centre, l'insupportable question posée par le génocide rwandais : comment hommes et femmes ont-ils basculé dans le meurtre collectif de huit cent mille hommes, femmes, enfants ? A  cette question, à laquelle Jean Hatzfeld a répondu par la puissance du livre documentaire, Yoan Smadja répond par la fiction.
Oriane Jeancourt Galignant / TRANSFUGE
Dans ce remarquable premier roman, Yoan Smadja nous parle de résilience, de reconstruction et de la puissance de l'écriture.
Ariane Bois / PSYCHOLOGIES MAGAZINE

Ce qu'en pensent nos lecteurs sur Babelio

  • lipinha Posté le 5 Décembre 2019
    Ce roman est beau et fort. Yoan nous raconte le génocide au Rwanda et il fallait une grande qualité d’écriture pour nous raconter cette sombre partie de l’histoire. Le roman alterne entre journal intime d’une femme rwandaise et l’histoire vécue par une journaliste française. Le destin de ces deux femmes va se lier même si au début ce lien n’est pas si évident pour le lecteur. Yoan réussit très bien à décrire l’horreur et la violence de la situation dans laquelle vivent un très grand nombre de rwandais à cette époque. Mais il arrive également à décrire l’amour, la compassion et à nous faire ressentir plein d’émotions. Ce livre est une très belle réussite qui aura réussi à me toucher.
  • mesecritsdunjour Posté le 3 Décembre 2019
    Printemps 1994, Sacha, journaliste française, est envoyée en Afrique du Sud pour couvrir les élections post-apartheid. Un accrochage avec un camion dont le chargement sème le doute chez la jeune femme l’amène à s’intéresser de plus près au véhicule et à ses occupants. Elle suit son instinct et prend la route du Rwanda avec son photographe. Sacha est piégée au milieu du conflit Tutsis et Hutus. En parallèle, il y a les carnets de Rose, Tutsi. Elle parle de son mari, médecin, travaillant à l’ambassade de France. Elle noircit les pages comme une nécessité de survie avec son fils Joseph. T’écrire, c’est me faire la promesse que tu me liras un jour. J’ai cru qu’ils enlevaient toutes traces de toi, vous allez vous dire, encore un roman historique. Il est c’est vrai bien documenté sur le génocide du Rwanda rendant la lecture parfois insoutenable mais ce n’en est pas un roman historique pour autant. Les évènements politiques s’équilibrant avec l’histoire de ces deux femmes, les mots gardant le lien entre elles. Les mots. Jouant le rôle principal de ce roman. Ceux que l’on dit, que l’on pose, que l’on transmet, que l’on oublie, tels un fil rouge. Aussi paradoxal que cela puisse... Printemps 1994, Sacha, journaliste française, est envoyée en Afrique du Sud pour couvrir les élections post-apartheid. Un accrochage avec un camion dont le chargement sème le doute chez la jeune femme l’amène à s’intéresser de plus près au véhicule et à ses occupants. Elle suit son instinct et prend la route du Rwanda avec son photographe. Sacha est piégée au milieu du conflit Tutsis et Hutus. En parallèle, il y a les carnets de Rose, Tutsi. Elle parle de son mari, médecin, travaillant à l’ambassade de France. Elle noircit les pages comme une nécessité de survie avec son fils Joseph. T’écrire, c’est me faire la promesse que tu me liras un jour. J’ai cru qu’ils enlevaient toutes traces de toi, vous allez vous dire, encore un roman historique. Il est c’est vrai bien documenté sur le génocide du Rwanda rendant la lecture parfois insoutenable mais ce n’en est pas un roman historique pour autant. Les évènements politiques s’équilibrant avec l’histoire de ces deux femmes, les mots gardant le lien entre elles. Les mots. Jouant le rôle principal de ce roman. Ceux que l’on dit, que l’on pose, que l’on transmet, que l’on oublie, tels un fil rouge. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, j’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce premier roman, parfois la gorge serrée, les larmes qui coulent. Yoan Smadja a choisi la guerre civile du Rwanda en fond. La violence, la haine, les conflits en font un puissant récit. Et puis, l’amour (parce qu’il en faut bien dans ce monde de brutes !). Celui de Rose fait de fragilité et d’espoir. Sacha et Rose sont liées entre la vie et la mort, entre la belle et la bête. Un livre poignant qui démontre qu’au milieu de cette monstruosité il peut en ressortir de la beauté. http://www.mesecritsdunjour.com/archives/2019/12/03/37835931.html
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  • CalliPetri Posté le 21 Novembre 2019
    "Plutôt que d'entendre raconter, puisses-tu voir toi-même." Proverbe rwandais, "Les proverbes en kinyarwanda" "J'ai cru qu'ils m'étouffaient. J'ai cru qu'ils effaçaient ce que nous avions vécu. J'ai cru qu'ils étaient des dizaines ou des milliers. J'ai cru qu'ils enlevaient toute trace de toi. J'ai cru qu'ils enlevaient toute trace de moi. Peut-être que le Rwanda et moi ne faisions plus qu'un. Ils nous ont violés au même instant." Il est des lectures qui, la dernière page tournée, vous intimident. Voilà une petite quinzaine de jours que je procrastine l'écriture de ma chronique. Comment rendre compte de ce roman sans le trahir ? en parler sans l'écorner ? dire tout le bien que j'en pense sans flagorner ? "Ceux qui ne savent qu'écrire n'ont pas d'issue, car il n'y a pas de mots. Il n'y a pas de mots. Il n'y a pas de mots. Il n'y a pas de mots." Comment avoir les mots, en effet ? Ces mots qu'à la lecture j'ai enfouis en une boule tout au fond de ma gorge et qu'il va bien me falloir faire remonter à la surface pour vous dire combien "J'ai cru qu'ils enlevaient toute trace de toi" est un premier roman d'un souffle rare, bouleversant, puissamment... "Plutôt que d'entendre raconter, puisses-tu voir toi-même." Proverbe rwandais, "Les proverbes en kinyarwanda" "J'ai cru qu'ils m'étouffaient. J'ai cru qu'ils effaçaient ce que nous avions vécu. J'ai cru qu'ils étaient des dizaines ou des milliers. J'ai cru qu'ils enlevaient toute trace de toi. J'ai cru qu'ils enlevaient toute trace de moi. Peut-être que le Rwanda et moi ne faisions plus qu'un. Ils nous ont violés au même instant." Il est des lectures qui, la dernière page tournée, vous intimident. Voilà une petite quinzaine de jours que je procrastine l'écriture de ma chronique. Comment rendre compte de ce roman sans le trahir ? en parler sans l'écorner ? dire tout le bien que j'en pense sans flagorner ? "Ceux qui ne savent qu'écrire n'ont pas d'issue, car il n'y a pas de mots. Il n'y a pas de mots. Il n'y a pas de mots. Il n'y a pas de mots." Comment avoir les mots, en effet ? Ces mots qu'à la lecture j'ai enfouis en une boule tout au fond de ma gorge et qu'il va bien me falloir faire remonter à la surface pour vous dire combien "J'ai cru qu'ils enlevaient toute trace de toi" est un premier roman d'un souffle rare, bouleversant, puissamment écrit. Voilà, c'est dit. Mais encore… Je remercie les fées des #68premièresfois de l'avoir inclus dans la sélection d'automne alors qu'il a été publié ce printemps et que, pour une raison qui m'échappe tout à fait, il n'était pas apparu sur l'écran de mon radar littéraire. Non, le roman de Yoan Smadja n'est pas un récit de plus, le récit de trop, sur le génocide Tutsi de 1994, même si, bien sûr, viennent à l'esprit "Une saison de machettes" de Jean Hatzfeld, "Petit Pays" de Gaël Faye, "Un dimanche à la piscine à Kigali" de Gil Courtemanche, ou tout récemment "Tous tes enfants dispersés" de Beata Umubyeyi Mairesse embarqué lui aussi dans l'aventure des #68premièresfois, pour ne citer qu'eux. "J'ai cru qu'ils enlevaient toute trace de toi" est un modèle de texte qui entrelace l'intensité de destins personnels et la destinée d'un pays, l'histoire de personnes prises dans la tourmente écoeurante de l'Histoire, sans jamais tomber dans le pathos grandiloquent, l'empathie facile, le voyeurisme gratuit. "C'est en avril 1994 que j'ai demandé à Dieu de divorcer." Cette première phrase – et quelle première phrase ! – est aussi le titre du dernier article qu'écrira Sacha Alona. Sa carrière de reporter de guerre s'arrête à Kigali, au printemps 1994. Elle quittera définitivement les pages internationales du quotidien pour se consacrer aux critiques gastronomiques dans l'espoir d'y trouver une douceur salvatrice. Après avoir couru le globe, l'Afghanistan, la Somalie entre autres, Sacha est envoyée en Afrique du Sud pour couvrir les premières élections post-Apartheid. À peine est-elle descendue de l'avion en provenance de Paris, qu'elle et Benjamin, son photographe, à la faveur d'un accrochage avec un convoi de camions, découvrent une cargaison d'armes à destination de la capitale rwandaise qu'agitent les premiers soubresauts de tensions entre Hutu et Tutsi. "La frontière entre les deux communautés était à l'origine relativement poreuse. Hutu et Tutsi partageaient les mêmes caractéristiques de langue, de civilisation, de coutumes et de religion. La différenciation […] était davantage de type classique, voire sociologique." "Entre les Hutu et les Tutsi, la déchirure est celle du quotidien, elle est intime." Mus par un instinct professionnel aguerri, Sacha et Benjamin décident de partir pour Kigali faisant fi de l'avis de Witz, rédacteur en chef du Temps, journal qui les emploie tous deux. "Nous aurions dû comprendre ce qui se passait au Rwanda bien avant le printemps de cette année-là. Peut-être avions-nous tenté de ne pas voir, de nous rassurer. Peut-être avions-nous baissé la garde. Alors que les Rwandais et la communauté internationale auraient dû ne pas céder un pouce de terrain, ils avaient détourné les yeux, des années durant, face à l'hydre. Jusqu'au naufrage." "J'ai cru qu'ils enlevaient toute trace de toi" raconte en parallèle les massacres atroces de la guerre civile au Rwanda et l'histoire familiale de Daniel Kobeyisi, médecin particulier de Paul Kagame, de Rose, son épouse et fille du commis de cuisine de l'ambassade de France ainsi que de leur unique enfant, Joseph. "Elle est mon sol, il est mon ciel." Ces deux récits, l'un portant le regard extérieur et distancié de la journaliste, "Elle s'envolait, libre, douée d'une faculté rare : la capacité à percevoir le monde avec les yeux de l'autre. Inébranlablement convaincue que la matière dont se compose l'homme est si fragile, si fluide, que l'écoute ne peut que la révéler. Witz attendait d'elle qu'elle raconte les villes, qu'elle en rapporte le crépuscule, les instants précieux et, à travers eux, les affres de l'homme, l'aspérité des âmes, le battement des coeurs." l'autre offrant à lire ce que Rose perçoit dans sa chair-même sont d'une justesse rare. Les événements innommables de ce printemps rwandais sont consignés soigneusement et simultanément dans deux petits carnets qui ne quittent jamais, ou presque, leur propriétaire. le premier a toutes les qualités de l'écrit journalistique, nerveux et concis, basé sur des faits réels et vérifiés. le second, noirci des lettres que Rose écrit journellement et vainement à son mari, est émouvant, empreint d'un lyrisme contenu. Il porte la parole de Rose, muette de naissance, il est son témoignage. Elle y confie d'abord ses inquiétudes, avant d'y consigner l'horreur et la fuite éperdue pour tenter d'échapper à la pire des barbaries où les amis d'hier se muent en tortionnaires sanguinaires. Les mots, voilà ce qui lie Rose et Sacha. Le carnet noir, "sale et élimé" de Rose se retrouve dans les mains de Sacha, quelque vingt ans plus tard, un lundi d'avril 2017 et déclenche a posteriori le compte-rendu de l'horreur absolue qu'elle a vue ce printemps-là au pays des mille collines et qu'un passage à lui seul résume : "Benjamin posa son appareil photo, Sacha posa son carnet, son stylo. […] Sacha songea que ça ne lui était jamais arrivé. Quoi qu'elle ait vu, quoi qu'elle ait entendu, elle n'avait jamais posé son carnet. Ni en Afghanistan, ni en Somalie, ni ailleurs. Elle n'était jamais intervenue. Elle n'avait jamais saisi la main d'un enfant. Et elle comprit, quoique leur geste fût spontané, instinctif, irrémédiablement humain, que quelque chose s'était brisé." Ce moment où la journaliste chancelle pour laisser enfin affleurer la femme. Le dernier tiers du livre est terrible, à la limite du supportable avant que la fin, poignante, ne vienne rallumer une parcelle d'espoir. Impossible d'en rendre compte sans en déflorer ce qui en fait le sel et que je ne veux pas gâcher. Reste la beauté des mots pour dire autant la bestialité la plus immonde que l'amour le plus pur de deux femmes pour un jeune garçon. "À ce moment précis et pour la première fois de ma vie professionnelle, j'aurais voulu être à Paris. Je l'ai voulu obstinément, déraisonnablement. Échapper à cette laideur, dire « Désolée je n'ai rien vu », faire comme si je n'étais jamais venue puis refermer la porte, me retirer sur la pointe des pieds, me rassurer, me dire que de toutes façons je n'aurais rien pu faire." Raconter, ne jamais cesser de raconter. La mémoire est là pour ne pas perdre le fil, le récit est le plus sûr moyen de ne pas oublier, de se ressouvenir, et dire l'histoire d'un passé qui heureusement n'est plus et ne doit jamais se reproduire. Ce livre est lauréat du #prixHonorédeBalzac. 1er roman, Lu pour la session automne des #68premieresfois
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  • goury Posté le 20 Novembre 2019
    pemu et boulevrse par petit pays, ,je ressors aneanti par la lecture de ce roman. en se referant a des faits reels rien ne nous est epargne, ni la preparation de ce genocide, ni les massacres sous regard indifferent de l armee francaise, du personnel d ambassade, des force de l ONU. j avoue qu apres cette lecture il est difficile de se regarder dans la glace. i have a dream, mais un mauvais dream................ et si dans notre pays, ou la haine de l autre s intalle, ou les discours demagogues fleurissent, je prefere me reveiller et sortir de ce mauvais reve.
  • Isa0409 Posté le 11 Novembre 2019
    « Ils auraient dû m’achever. Et maintenant je dois t’écrire pour ne pas mourir de moi-même ». C’est la gorge serrée et le cœur lourd que je referme ce roman. Certains passages m’ont littéralement coupé le souffle, j’ai du mal à croire que le roman que j’ai lu, que les horreurs qui j’y ai découvertes, que le barbarisme dont j’ai été témoin au fil de ces pages, que tout ceci a existé. « J'ai cru qu'ils enlevaient toute trace de toi. J'ai cru qu'ils enlevaient toute trace de moi. J'ai cru que je ne serais plus que poussière. » Elles s’appellent Rose et Sacha, l’une est Tutsi, muette, elle vit au Rwanda avec son mari et leur fils ; l’autre est reporter, française, elle devait couvrir les élections postapartheid au Cap, mais se retrouve au Rwanda, après un bête accident sur l’autoroute. Tout au fil du roman, leurs récits se suivent, se mêlent, se complètent, à l’image de leurs destins. C’est à travers des lettres qu’elle écrit à son mari que nous découvrons Rose, douce Rose, dont la plume est la seule arme, le seul espoir, la seule lumière. « Où es-tu Daniel ? » résonne comme un cri, une soif de survie, un besoin irrépressible…... « Ils auraient dû m’achever. Et maintenant je dois t’écrire pour ne pas mourir de moi-même ». C’est la gorge serrée et le cœur lourd que je referme ce roman. Certains passages m’ont littéralement coupé le souffle, j’ai du mal à croire que le roman que j’ai lu, que les horreurs qui j’y ai découvertes, que le barbarisme dont j’ai été témoin au fil de ces pages, que tout ceci a existé. « J'ai cru qu'ils enlevaient toute trace de toi. J'ai cru qu'ils enlevaient toute trace de moi. J'ai cru que je ne serais plus que poussière. » Elles s’appellent Rose et Sacha, l’une est Tutsi, muette, elle vit au Rwanda avec son mari et leur fils ; l’autre est reporter, française, elle devait couvrir les élections postapartheid au Cap, mais se retrouve au Rwanda, après un bête accident sur l’autoroute. Tout au fil du roman, leurs récits se suivent, se mêlent, se complètent, à l’image de leurs destins. C’est à travers des lettres qu’elle écrit à son mari que nous découvrons Rose, douce Rose, dont la plume est la seule arme, le seul espoir, la seule lumière. « Où es-tu Daniel ? » résonne comme un cri, une soif de survie, un besoin irrépressible… mais une question sans réponse. Pourquoi tout a changé, cette nuit du 6 avril 1994, pourquoi les amis avec qui l’on a grandi sont-ils devenus les pires ennemis ? D’où a jailli cette haine ? Pourquoi ? « L’enfer, c’est là où il n’y a pas de pourquoi », disait Primo Levi. Le 6 avril, la haine s’est incarnée, elle était aveugle, animale, bestiale, irrationnelle, assassine, irréversible. Le 6 avril a marqué le début d’une fin atroce pour 800,000 personnes. Violée, battue, abandonnée, Rose n’a de cesse de vouloir sauver son fils des griffes de ces hommes armés de machettes qui pénètrent sa maison, feu son havre de paix, et avec leurs armes, ils arrachent la chair, ils tuent les souvenirs, ils écorchent la paix, ils veulent effacer les erreurs, ils veulent exterminer. « Nous aurions dû comprendre ce qui se passait au Rwanda bien avant le printemps de cette année-là. Peut-être avions-nous tenté de ne pas voir, de nous rassurer. Peut-être avions-nous baissé la garde. Alors que les Rwandais et la communauté internationale auraient dû ne pas céder un pouce de terrain, ils avaient détourné les yeux, des années durant, face à l'hydre. Jusqu'au naufrage. » Sacha est journaliste, et, après un accrochage sur l’autoroute avec un camion rempli de machettes, son flair de journaliste se réveille : il se passe quelque chose ailleurs, ce n’est pas au Cap qu’elle doit être, de drôles de choses doivent se passer dans le pays où ces armes sont attendues. Drôles d’armes par ailleurs, pourquoi y a-t-il des lames des deux côtés des manches ? Que se passe-t-il au Rwanda ? Sur leur route, Sacha et son ami photographe vont faire la rencontre de Daniel, qui cherche sa femme et son fils, ils devaient se rendre chez une amie, mais il n’y a personne. Où sont-ils ? J’ai cru qu’ils enlevaient toute trace de toi est un magnifique roman, miroir de destins croisés, de destins brisés ou d’autres qu’on a sauvés. En donnant la plume à ses deux héroïnes, Yoan Smadja permet au lecteur d’appréhender les évènements au cœur du conflit, grâce aux lettres de Rose, mais également d’un point de vue plus objectif, extérieur, à travers le regard, les articles et les recherches de Sacha. « C’est en avril 1994 que j’ai demandé à Dieu de divorcer » est la première phrase du dernier article de Sacha. Comment croire en Dieu, comment poursuivre, comment continuer à vivre face à de tels actes ? On ne peut plus avoir la Foi, ni en Dieu, ni en l’humanité, ni en quoi que ce soit. Comment témoigner, pour ne pas oublier, pour guérir, pour ne pas garder pour soi, pour se « soulager » ? Et quand bien même, il y aurait dans leurs yeux ce noir, ce noir profond, abyssal, reflet de ce que l’homme a fait de pire. (Le génocide rwandais a eu lieu entre le 7 avril et le 17 juillet 1994. Pendant cette courte période, 800.000 personnes ont été assassinées : il s’agit du génocide le plus rapide et de la plus grande ampleur quant au nombre de morts par jours. Ces chiffres sont tragiques. En 1994 et depuis plusieurs décennies, les différentes ethnies du Rwanda se déchirent ; les Tutsi, les Hutu et les Twa. Le 6 avril 1994, l’avion du Président est abattu. Les Hutu sont alors au pouvoir et, alors que les accords d’Arusha sont sur le point d’être signés, la mort du Président marque le début des violences extrêmes, lors desquelles les Tutsi vont être assassinés.)
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