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La Découverte
EAN : 9782707159052
Code sériel : 312
Façonnage normé : POCHE
Nombre de pages : 308
Format : 125 x 190 mm

La matrice de la race

Généalogie sexuelle et coloniale de la Nation française

Joan W. SCOTT (Préface)
Date de parution : 26/11/2009

La race a une histoire, qui renvoie à l’histoire de la différence sexuelle. Au XVIIe siècle, les discours médicaux conçoivent le corps des femmes comme un corps malade et l’affligent de mille maux : « suffocation de la matrice », « hystérie », « fureur utérine », etc. Le sain...

La race a une histoire, qui renvoie à l’histoire de la différence sexuelle. Au XVIIe siècle, les discours médicaux conçoivent le corps des femmes comme un corps malade et l’affligent de mille maux : « suffocation de la matrice », « hystérie », « fureur utérine », etc. Le sain et le malsain justifient efficacement l’inégalité des sexes et fonctionnent comme des catégories de pouvoir. Aux Amériques, les premiers naturalistes prennent alors modèle sur la différence sexuelle pour élaborer le concept de « race » : les Indiens Caraïbes ou les esclaves déportés seraient des populations au tempérament pathogène, efféminé et faible. Ce sont ces articulations entre genre, sexualité et race, et leur rôle central dans la formation de la Nation française qu’analyse Elsa Dorlin, au croisement de la philosophie politique, de l’histoire de la médecine et des études sur le genre. La Nation prend littéralement corps dans le modèle féminin de la « mère », blanche et saine, opposée aux figures d’une féminité « dégénérée » – la sorcière, la vaporeuse, la vivandière hommasse, la nymphomane, la tribade et l’esclave africaine. Il apparaît ainsi que le sexe et la race participent d’une même matrice au moment où la Nation française s’engage dans l’esclavage et la colonisation.

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EAN : 9782707159052
Code sériel : 312
Façonnage normé : POCHE
Nombre de pages : 308
Format : 125 x 190 mm

Ils en parlent

À lire une autre spécialiste de l'histoire du rascisme, Elsa Dorlin, maître de conférences en philosophie à l'université Paris 1, les premières "indigénes de la République" seraient d'abord bel et bien les femmes. Pour argument, son dernier ouvrage, La matrice de la race. Généalogie sexuelle et coloniale de la nation française ( La Découverte, 2006), où elle tente de décrypter en quoi les discours sur le genre et la race se modélisent l'un par rapport à l'autre.
Cynthia Fleury / L'Humanité

Ce qu'en pensent nos lecteurs sur Babelio

  • malecturotheque Posté le 7 Septembre 2018
    Durant l’Antiquité, on pensait que la matrice (l’utérus) se promenait dans le corps de la femme, ce qui amenait des douleurs. Pour y remédier, il fallait lester la matrice. Quel meilleur moyen que de tomber enceinte alors ? On pourrait rire de cette croyance si elle n’était pas revenue plus tard, et si elle était unique. En effet, depuis bien longtemps, les hommes tentent de comprendre le corps de la femme en cherchant à en prouver l’infériorité par rapport au corps de l’homme (jusqu’à récemment encore). Vous pensez bien que le fait de saigner tous les mois, ça n’aide pas, mais les médecins n’ont pas manqué d’imagination jusqu’à maintenant ! Si le but d’Elsa Dorlin est ici de nous parler de la construction de la race, de la Nation française, il était essentiel qu’elle revienne sur la perception du corps féminin, notamment au cours des derniers siècles. En effet, c’est par le biais du corps féminin – si fragile mais qui donne la vie – que l’on va créer une Nation forte. La femme se doit alors d’être faible mais pas trop, et surtout d’engendrer des enfants forts. Cela peut bien sûr passer par des métissages, mais pas avec n’importe quel... Durant l’Antiquité, on pensait que la matrice (l’utérus) se promenait dans le corps de la femme, ce qui amenait des douleurs. Pour y remédier, il fallait lester la matrice. Quel meilleur moyen que de tomber enceinte alors ? On pourrait rire de cette croyance si elle n’était pas revenue plus tard, et si elle était unique. En effet, depuis bien longtemps, les hommes tentent de comprendre le corps de la femme en cherchant à en prouver l’infériorité par rapport au corps de l’homme (jusqu’à récemment encore). Vous pensez bien que le fait de saigner tous les mois, ça n’aide pas, mais les médecins n’ont pas manqué d’imagination jusqu’à maintenant ! Si le but d’Elsa Dorlin est ici de nous parler de la construction de la race, de la Nation française, il était essentiel qu’elle revienne sur la perception du corps féminin, notamment au cours des derniers siècles. En effet, c’est par le biais du corps féminin – si fragile mais qui donne la vie – que l’on va créer une Nation forte. La femme se doit alors d’être faible mais pas trop, et surtout d’engendrer des enfants forts. Cela peut bien sûr passer par des métissages, mais pas avec n’importe quel peuple, vous vous en doutez bien… Les experts des siècles derniers ont alors cherché le moindre détail pour argumenter en faveur – ou plus souvent en défaveur – d’un métissage. Cet essai est dense et il a fallu que je sois dans un cadre propice pour le lire, sinon je perdais le fil. C’est assez compliqué de vous résumer tout ce qui y est dit en peu de lignes alors je vous en ai fait une brève introduction. Sachez que La matrice de la race est très intéressant (vraiment, beaucoup) et je ne peux que vous encourager à le lire. En revanche, c’est vrai que, malgré les définitions, les explications, le livre n’est pas abordable pour tout le monde et j’avoue avoir galéré à quelques occasions au début de ma lecture ; une fois lancée, ça allait beaucoup mieux. Je vous laisse un exemple de fait aberrant que l’on trouve dans le livre – il y en a plein, vous êtes prévenu.es : d’après les médecins, un clitoris trop long pouvait mener la femme au tribadisme (relations lesbiennes) et c’est donc l’une des raisons de l’excision ; après tout, pour engendrer, il fallait bien que la femme ne s’intéresse qu’aux hommes (qu’à son mari, en vérité). Ce n’est que l’une des raisons pour laquelle l’excision était pratiquée (et l’est encore aujourd’hui dans certains pays). Voilà. Joie, bonheur, ils sont merveilleux, non ? (si vous n’avez pas saisi, je tiens à souligner que c’est totalement ironique, je suis contre ce genre de pratique que je trouve inhumaine). Si vous n’avez pas peur des essais, je vous conseille vivement La matrice de la race d’Elsa Dorlin. Dans cette chronique, je frôle à peine la surface de ce qui y est dit ; il me faudrait un certain temps pour condenser l’ensemble des propos de Dorlin alors le mieux reste que vous lisiez cet essai. Oui, parfois, vous serez outré.e, choqué.e, et oui, parfois le livre demande de la concentration, mais vous apprendrez pas mal de choses et pourrez avoir un certain bagage pour vous faire votre avis sur les sujets abordés. Sur ce, bonne lecture à vous, et surtout bon enrichissement.
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