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Belfond
EAN : 9782714441188
Façonnage normé : BROCHE
Nombre de pages : 492
Format : 140 x 225 mm

Il faut qu'on parle de Kevin

Françoise CARTANO (Traducteur)
Date de parution : 07/09/2006

Avec une effrayante lucidité, Lionel Shriver dresse le portrait inoubliable d’une mère confrontée à la monstruosité de son fils. Un sujet d’une brûlante actualité, doublé d’une vision au vitriol de l’american dream. Un roman coup de poing, violent, complexe, qui s’attaque au dernier des tabous. Le film magnifiquement réalisé par Lynne Ramsay, avec Tilda Swinton et Ezra Miller dans les rôles principaux, a été présenté à Cannes en 2011, avant de sortir sur les écrans le 28 septembre 2011.

À la veille de ses seize ans, Kevin Khatchadourian a tué sept de ses camarades de lycée, un employé de la cafétéria et un professeur. Dans des lettres adressées au père dont elle est séparée, Eva, sa mère, retrace l’itinéraire meurtrier de Kevin.

Elle se souvient qu’elle a eu du mal...

À la veille de ses seize ans, Kevin Khatchadourian a tué sept de ses camarades de lycée, un employé de la cafétéria et un professeur. Dans des lettres adressées au père dont elle est séparée, Eva, sa mère, retrace l’itinéraire meurtrier de Kevin.

Elle se souvient qu’elle a eu du mal à sacrifier sa brillante carrière pour devenir mère. Qu’elle ne s’est jamais faite aux contraintes de la maternité. Que dès la naissance elle s’est heurtée à un enfant difficile. Que l’arrivée de Celia, petite sœur fragile et affectueuse, n’a fait que creuser le fossé entre mère et fils. Qu’elle aura passé des années à scruter les agissements de Kevin sans voir que son ambivalence envers lui n’avait d’égale que la cruauté et la malveillance du rejeton. Et, quand le pire survient, Eva veut comprendre : qu’est-ce qui a poussé Kevin à commettre ce massacre ? Et quelle est sa propre part de responsabilité ?

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EAN : 9782714441188
Façonnage normé : BROCHE
Nombre de pages : 492
Format : 140 x 225 mm

Ils en parlent

« Un livre qui vous plonge dans l’effroi jusqu’à vous couper le souffle. […] Impitoyable et impressionnant. »
Olivia de Lamberterie - Elle

« Il faut qu'on parle de Kevin provoque et dérange par son acuité à poser les questions qui font mal. Refusant le manichéisme et les idées reçues, Lionel Shriver secoue le lecteur dès les premières pages en exposant la situation de crise (la tuerie) et parvient à le garder en éveil jusqu'à la dernière, tout en se contentant d'un seul point de vue. Le pari est difficile et le résultat, à la fois explosif et profond, inquiétant et réfléchi, laisse le lecteur groggy après une ultime révélation. »
Christine Ferniot - Lire

« Un livre dur, brillant, souvent insupportable [...] mais qui vaut vraiment la peine. Accrochez-vous. »
Stéphane Hoffmann - Le Figaro Magazine

« Ce thriller dérangeant [...] pose avec une crudité caustique la question de la maternité dans des sociétés où l'enfant est roi. On n'en sort pas indemne. »
Evelyne Bloch-Dano - Marie Claire

« Ce roman est plus percutant qu’une leçon de pédopsychiatrie, porté par la force de la fiction et une écriture limpide. Il n’apporte aucune réponse, sinon un dénouement magistral et bouleversant. »
Karine Papillaud - Le Point

« On n’est pas prêt d’oublier ce récit intense, dénué de sensiblerie et captivant comme un thriller. On peut y lire une charge contre un certain idéal éducatif américain. Il s’avère surtout une méditation intemporelle et sans tabou sur les ambivalences de la maternité. »
Claire Julliard - Le Nouvel Observateur

« Attention le cœur ! Cette histoire dérange, choque, bouleverse, fait mal. Impossible de rester indifférent. Qu’on aime ou qu’on déteste on ne peut qu’applaudir la performance littéraire. »
Daphné de Saint Sauveur - Madame Figaro

« Avec un humour corrosif et un masochisme cinglant, [Lionel Shriver] s'attaque aux tabous de la maternité. Et ça secoue. »
Isabelle Bourgeois - Marie France

« Un roman choquant, au vrai sens du terme. Le lecteur en ressort ébranlé, moins par le sujet que par l'exigence de vérité avec laquelle il est traité. La plume acérée de Lionel Shriver ne devrait pas rester inconnue bien longtemps. »
Alexandra Lemasson - Le Magazine Littéraire

« Corrosif, impitoyable, y compris dans son humour, ce roman est le récit d'une descente, les yeux grands ouverts, dans les abysses les plus insondables de la maternité. [...] Rarement, un roman aura exploré avec autant de complexité cette substance ténébreuse qui unit une mère à son enfant. »
Véro,nique Rossignol - Livres Hebdo

« En suivant d'une plume propre, incisive, cette femme qui tente d'isoler sa part de responsabilité dans un effroyable massacre, l'écrivaine Lionel Shriver signe une œuvre d'une force peu commune [...] Nous laissant le souffle court, elle écrit ce qu'aucune mère ne s'accorde jamais de le droit de dire. »
Adélaïde de Clermont-Tonnerre - Point de Vue

« Un roman coup de poing, riche de multiples rebondissements, d’un suspense implacable. De ces lectures qui vous coupent le souffle et hantent vos nuits. Un livre exceptionnel, à lire absolument. »
Laurent Fialaix - Questions de femmes

« Gare aux effets secondaires implacables de ce roman terrible. »
Astrid Eliard - Le Figaro littéraire

« Avec le personnage d'Eva, Lionel Shriver réussit un petit exploit : permettre à son lecteur de s'identifier à cette femme, aussi meurtrie que sarcastique et souvent très drôle, alors qu'elle explore un tabou extrêmement fort, celui de haïr le fruit de ses entrailles. »
Raphaëlle Leyris - Les Inrockuptibles

« De la première à la dernière ligne, Lionel Shriver construit un suspense formidable. La maîtrise inouïe avec laquelle la romancière dissèque cette histoire effarante et la lucidité de son analyse des sentiments rangent Il faut qu'on parle de Kevin parmi les livres qui bousculent autant qu'ils bouleversent. Lionel Shriver possède une voix dont l'écho se propage longtemps. »
Frédérique Bréhaut - Le Maine Libre

« Avec une lucidité effrayante, Lionel Shriver dresse le portrait troublant d’une mère confrontée à la monstruosité de son enfant. Un roman coup de poing, violent, complexe, servi par une écriture et une construction parfaitement maîtrisées. »
La Marseillaise

« Un roman souvent éprouvant, écrit avec beaucoup d’humour et encore plus de lucidité, 480 pages haletantes au dénouement fracassant. »
Odile Wassmer - Le Populaire du Centre

« Lionel Shriver explore jusqu'au tréfonds la maternité, la culpabilité, l'autorité, l'égoïsme, la façon dont l'être humain emmure l'interdit dans ce récit éminemment subjectif, d'une lucidité exemplaire. »
Geneviève Simon - La Libre Belgique

« Déroutant, lucide et dérangeant, ce roman décrit avecune force inouïe le portrait d’une mère confrontée à la monstruosité de son fils. »
Zohra Karmass - Edelweiss (Suisse)

« Il faut qu’on parle de Kevin trouble par une sincérité viscérale qui ne s’embarrasse guère de conventions. […] Lionel Shriver dégoupille les arguments avec une subtilité rare, renvoie les responsables dos à dos, décrypte les psychologies et les enjeux dans un déluge de précisions qui glace. Surtout, et ce n’est pas la moindre émotion dégagée par ce roman atypique, elle dose les révélations dans un crescendo puissant. Le thème de la manipulation poussé dans ses retranchements… De quoi parler longtemps de Kevin. »
Cécile Lecoultre - 24 Heures (Suisse)

« Il faut qu’on parle de Kevin est un livre sur la dangereuse distance qui sépare ce que nous ressentons au plus profond de nous-mêmes de ce que nous nous autorisons à admettre dès qu’il s’agit de la famille. C’est un livre sur ce qui arrive lorsque le produit suprême de nos sociétés occidentales ? l’enfant ? apprend qu’il n’y a aucune limite à l’exercice de sa liberté. C’est un livre sur ce dont nous devons, mais ne pouvons parler. »
The Guardian

« Ce livre témoigne de ce que beaucoup de femmes craignent mais n’expriment jamais : la peur de devenir mère et la terreur de découvrir le genre d’enfant que l’on pourrait mettre au monde. »
Le jury de l’Orange Prize

« En septembre 2001, Mrs. Shriver envoie son roman à son agent de l’époque, qui est horrifiée par son contenu (et refuse d’y associer son nom). [...] Selon son agent, ce roman la met dans une position de dilemme moral : et si les enfants imitaient Kevin ? Qu’en penserait l’auteur ? Elle conseille à sa cliente d’arrondir les angles, de faire allusion à la tuerie en la plaçant « hors-champ », d’ajouter plus d’humour ? ou bien de supprimer carrément le massacre. [...] Voici ce que Mrs. Shriver lui a répondu : « Si les romanciers et leurs agents partent du principe que les lecteurs vont forcément reproduire les intrigues des romans dans la vraie vie et que ce sont les auteurs et leurs représentants qui seront tenus moralement responsables de ces actes, alors la seule chose que les écrivains pourraient autoriser leurs personnages à faire serait d’aider les vieilles dames à traverser la rue. »
The New York Observer

« En ces temps libérés, il est néanmoins des choses que l’on ne peut dire ; des choses que l’on est moins libre de dire qu’auparavant. Par exemple que le fait d’être parents ? d’être mère ? n’est pas une vocation suprême, mais plutôt une injonction péremptoire purement biologique, et ce malgré l’évolution du débat public sur la sexualité. »
Rachel Cusk - The Gardian

« Il y a peu de romans qui vous laissent le souffle coupé à la dernière page, comme si vous n’aviez absolument plus d’oxygène. C’est pourtant l’effet que produit Il faut qu’on parle de Kevin, de la romancière américaine Lionel Shriver. C’est un livre provocant et sans complaisance, une histoire forte qui ne manquera pas de captiver ses lecteurs, dont certains seront à coup sûr exaspérés, voire choqués. »
The Bookseller

« De nombreuses fictions ont essayé de décrire ce qui peut pousser un adolescent à assassiner ses camarades de classe ou ses professeurs, mais celle de Lionel Shriver est la plus réussie, et de loin. […] Elle apporte à son livre une analyse claire et acérée de la complexité des relations maritales et parentales, servie par un rythme narratif implacable et ingénieux. [...] Un roman poignant d’une grande finesse psychologique, dont la clairvoyance, l’humour noir et la dureté disent bien toute la difficulté de l’aventure humaine. »
Publisher’s Weekly

« Petites natures s’abstenir. »
Kirkus Review

« Au moyen de phrases acerbes et ciselées qui dissèquent ses impressions sur la maternité, l’ambition, la famille, et ce que fait que la culture américaine engendre des enfants meurtriers, Lionel Shriver baladele lecteur entre condamnation et compassion, châtiment et pardon. Sans jamais relâcher la pression, elle fait en sorte que, comme Eva, le lecteur se débatte avec ses blessures jamais cicatrisées. »
Booklist

PRESSE

Ce qu'en pensent nos lecteurs sur Babelio

  • Little_stranger Posté le 1 Septembre 2020
    Ce livre est dangereux et fabuleux. Lionel Shriver est un écrivain atypique, dont je n'aime pas tous les livres, mais qui m'a collé au mur avec celui-ci. Ce roman provoque des réactions épidermiques et la mienne a été "whaou". Quand le roman débute, on rencontre une mère qui semble avoir une vie totalement dépourvue d'intérêts, dans un logement pas terrible. Elle écrit régulièrement à son mari et à sa fille, qui est avec lui. Elle semble fuir, être très seule et va régulièrement en prison, voir son fils, Kevin. Kevin qui a tué pour le plaisir une dizaine d'élèves dans le lycée qu'il fréquentait. Cet enfant a été le premier de cette femme et de son conjoint. Ce fut une grossesse totalement idéale avec un mari aux petits soins et une naissance qui n'en fut pas vraiment une : celle qui raconte l'histoire ne ressent rien face à Kevin, le lien ne se noue pas, l'enfant la rejette et très vite, l'enfer commence. J'aime toujours autant ce texte qui parle de la maternité, de la paternité, de la complexité de porter un enfant 9 mois et de le mettre au monde, de ne pas savoir comment faire, de cette dualité haine/amour dont peu... Ce livre est dangereux et fabuleux. Lionel Shriver est un écrivain atypique, dont je n'aime pas tous les livres, mais qui m'a collé au mur avec celui-ci. Ce roman provoque des réactions épidermiques et la mienne a été "whaou". Quand le roman débute, on rencontre une mère qui semble avoir une vie totalement dépourvue d'intérêts, dans un logement pas terrible. Elle écrit régulièrement à son mari et à sa fille, qui est avec lui. Elle semble fuir, être très seule et va régulièrement en prison, voir son fils, Kevin. Kevin qui a tué pour le plaisir une dizaine d'élèves dans le lycée qu'il fréquentait. Cet enfant a été le premier de cette femme et de son conjoint. Ce fut une grossesse totalement idéale avec un mari aux petits soins et une naissance qui n'en fut pas vraiment une : celle qui raconte l'histoire ne ressent rien face à Kevin, le lien ne se noue pas, l'enfant la rejette et très vite, l'enfer commence. J'aime toujours autant ce texte qui parle de la maternité, de la paternité, de la complexité de porter un enfant 9 mois et de le mettre au monde, de ne pas savoir comment faire, de cette dualité haine/amour dont peu de personnes et surtout pas les mères, ne s'avouent facilement. Un livre qui envoie valser les clichés et remet les pendules à l'heure sur le bonheur d'être mère et surtout ses difficultés.
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  • nathiec44 Posté le 7 Août 2020
    J’ignore pour quelle raison me revenait sans cesse en mémoire ce poème de Victor Hugo qui commence ainsi « lorsque l’enfant paraît le cercle de famille applaudit à grands cris. Son doux regard qui brille fait briller tous les yeux ….. l’enfant innocent et joyeux… ». C’est bien étrange car dans ce récit l’enfant qui nait n’a rien d’innocent ou de candide, bien au contraire. J’émerge de ce roman en apnée littéralement bousculée par ce récit dérangeant, effrayant et inoubliable qui remplit la tête d’interrogations. Dès le début, le lecteur fait connaissance avec Kevin, à peine seize ans, qui a perpétré une tuerie au sein de son lycée. Que s’est-t-il passé dans cette famille aisée et éduquée ? L’histoire se déroule sous la plume d’Eva, sa mère, qui écrit des lettres à Franklin, son époux dont elle est séparée. Eva remonte le fil du temps depuis la naissance de Kévin, elle s’interroge, culpabilise, à la fois lucide et horrifiée. « Que ne donnerais-je aujourd’hui pour revenir à ces jours où je n’avais aucune idée de ce qui m’attendait ». Un être humain peut-il naître mauvais ? Quelle est la part de responsabilité des parents, de l’éducation ? Quel chemin d’éducation emprunter ? Sur ce plan Eva... J’ignore pour quelle raison me revenait sans cesse en mémoire ce poème de Victor Hugo qui commence ainsi « lorsque l’enfant paraît le cercle de famille applaudit à grands cris. Son doux regard qui brille fait briller tous les yeux ….. l’enfant innocent et joyeux… ». C’est bien étrange car dans ce récit l’enfant qui nait n’a rien d’innocent ou de candide, bien au contraire. J’émerge de ce roman en apnée littéralement bousculée par ce récit dérangeant, effrayant et inoubliable qui remplit la tête d’interrogations. Dès le début, le lecteur fait connaissance avec Kevin, à peine seize ans, qui a perpétré une tuerie au sein de son lycée. Que s’est-t-il passé dans cette famille aisée et éduquée ? L’histoire se déroule sous la plume d’Eva, sa mère, qui écrit des lettres à Franklin, son époux dont elle est séparée. Eva remonte le fil du temps depuis la naissance de Kévin, elle s’interroge, culpabilise, à la fois lucide et horrifiée. « Que ne donnerais-je aujourd’hui pour revenir à ces jours où je n’avais aucune idée de ce qui m’attendait ». Un être humain peut-il naître mauvais ? Quelle est la part de responsabilité des parents, de l’éducation ? Quel chemin d’éducation emprunter ? Sur ce plan Eva et Franklin n’étaient pas en accord ; Eva lucide, terrifiée par le comportement de son fils, Franklin quant à lui jouant au papa complice et bienveillant (naïf certainement aussi). Une foule de questions auxquelles je n’ai aucune réponse sinon l’effroi qui m’a accompagnée et la tension qui monte crescendo jusqu’au final insoutenable. La plume est impeccable, limpide et précise, dissèque le quotidien domestique avec acuité. Un livre qui reste longtemps en mémoire malgré le malaise ressenti.
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  • Lili0000 Posté le 6 Août 2020
    Eva écrit à Franklin, son mari, chaque semaine. Dans chacune de ses lettres, elle décortique tous les éléments de leur vie qui pourraient expliquer que Kevin, leur fils de seize ans, en soit arrivé à tuer une dizaine de ses camarades dans son lycée huppé de la banlieue de New-York. Ce roman est une très belle lecture. En dépit de l’évidence du léger rebondissement final, ma lecture a été palpitante. J’ai une très forte propension à croire que les actes des enfants sont la résultante plus ou moins directe des actes de leurs parents. Je crois à l’enfance qui immunise autant qu’elle anéantit. Ce questionnement de la narratrice sur sa responsabilité dans l’acte extrême de son fils m’a fascinée. D’autant qu’Eva n’est ni une mère aimante ni une femme aimable. Elle est vaniteuse, superficielle (lors d’un voyage en Afrique elle explique « je me serais peut-être sentie mieux en voyageant dans des contrées plus attentives au décor »), peu ouverte aux autres (« chaque fois que je vois des gros, ils sont en train de manger » ou « je n’ai jamais su vraiment si le côté chochotte des homosexuels était inné ou étudié »), sûre de sa supériorité et convaincue... Eva écrit à Franklin, son mari, chaque semaine. Dans chacune de ses lettres, elle décortique tous les éléments de leur vie qui pourraient expliquer que Kevin, leur fils de seize ans, en soit arrivé à tuer une dizaine de ses camarades dans son lycée huppé de la banlieue de New-York. Ce roman est une très belle lecture. En dépit de l’évidence du léger rebondissement final, ma lecture a été palpitante. J’ai une très forte propension à croire que les actes des enfants sont la résultante plus ou moins directe des actes de leurs parents. Je crois à l’enfance qui immunise autant qu’elle anéantit. Ce questionnement de la narratrice sur sa responsabilité dans l’acte extrême de son fils m’a fascinée. D’autant qu’Eva n’est ni une mère aimante ni une femme aimable. Elle est vaniteuse, superficielle (lors d’un voyage en Afrique elle explique « je me serais peut-être sentie mieux en voyageant dans des contrées plus attentives au décor »), peu ouverte aux autres (« chaque fois que je vois des gros, ils sont en train de manger » ou « je n’ai jamais su vraiment si le côté chochotte des homosexuels était inné ou étudié »), sûre de sa supériorité et convaincue que le monde lui est redevable. Elle prend la décision d’avoir un enfant comme un défi qu’elle se lance à elle-même mais sans aucune considération pour l’enfant à venir ni véritable envie (« Avant la maternité, j’avais imaginé qu’avoir un petit enfant, c’était un peu comme avoir la compagnie d’un chien intelligent, sauf que la présence exercée par notre fils était beaucoup plus dense que celle de n’importe quel animal familier. Je sentais lourdement et à chaque instant, qu’il était là. ») Comme si c’était une décision réversible. « En vérité, pour dresser une liste sincère de tout ce que je ne voulais pas élever, depuis le débile des champs jusqu’à l’obèse à la surcharge pondérale grotesque, il risquait de me falloir plus d’une page » Eva donne la sensation qu’un enfant est un produit qui a le devoir de lui apporter des satisfactions. Malheureusement, Kevin, son premier enfant, est trop intelligent et trop lucide pour jouer ce rôle d’entretien de sa vanité. Et, au lieu de l’accepter comme un être à part entière avec ses possibilités et ses limites, elle se formalise de cet enfant difficile. Lorsqu’il est bébé et qu’elle rentre du bureau alors qu’il pleure, elle refuse de le prendre dans ses bras et lui dit « Est-ce que tu sais que, certains jours, elle préfèrerait être morte, Maman ? Plutôt que t’écouter hurler une minute de plus? ». En échangeant avec son mari, elle exprime « Ma mère n’a jamais pris une seule décision majeure en fonction de ce qui était bien pour MOI. Aujourd’hui, je suis parent et c’est les enfants qui font la loi. On se fait baiser à l’aller et au retour. ». Très rapidement, elle instaure un rapport de force avec son fils et imagine que les sentiments de répulsion qu’elle ressent à son encontre sont réciproques (« Dans la mesure où tout ce dont il pouvait avoir envie était aussi quelque chose que je risquais de lui refuser, le moindre désir le rendait tributaire. » ou « Il me refusait manifestement et délibérément toute forme de satisfaction. » ou « Un enfant fait ce que nous disons- pour faire bref- parce que nous avons le pouvoir de lui casser le bras. En faisant usage de la force pure, je m’en étais dépossédée. »). Elle se montre incapable de nouer un lien avec lui et lui en impute la responsabilité (« Trouver quelque chose de sympa à faire avec notre fils, c’était un peu trouver un grand voyage à entreprendre avec son caillou chéri. » « Kevin avait le talent de transformer les plaisirs en dur labeur. » »Toutes les fois où je me suis penchée sur Kevin, après le jardin d’enfants, pour lui demander ce qu’il avait fait ce jour-là, même à cinq ans, il savait que je m’en fichais complètement. » « J’étais certaine qu’il avait appris à lire et à compter volontairement en secret pour me priver de tout sentiment d’être utile en tant que parent ») Quand elle perçoit que les agissements de son fils sont probablement liés à sa détresse, elle préfère ignorer le problème plutôt que de l’aider et, pour enfin obtenir le plaisir d’une maternité épanouie, elle impose à son mari un deuxième enfant. Une petite fille qui, à défaut de lui donner pleine satisfaction (« Elle n’avait que six ans mais je redoutais déjà qu’elle ne soit jamais jolie » « elle était impossible à punir »), lui prouve son attachement et, de par son caractère timoré et son intelligence limitée, est dépendante d’elle. « les enfants étaient une denrée périssable. J’ai carrément abandonné tout effort antérieur pour dissimuler la préférence que j’avais pour un de mes deux enfants. » Une petite fille que, malgré tout, elle ne mettra pas tout en oeuvre pour protéger, malgré les nombreux prémices d’une violence incontrôlée. « Il faut qu’on parle de Kevin » est un long monologue qui tente de comprendre si le drame est la résultante du peu d’amour et d’attention d’Eva pour son fils ou si, au contraire, le comportement d’Eva est justifié par le drame causé par un enfant qu’elle savait impossible à aimer. A lire avant d’avoir des enfants.
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  • Medulla Posté le 2 Août 2020
    Eva écrit à Franklin pour lui parler de Kevin, leur fils auteur d'une tuerie dans son lycée à trois jours de ses 16 ans. Elle revient sur leur décision d'avoir un enfant, sur ses doutes, son étonnement à ne rien ressentir lors de la rencontre avec cet enfant étrange. Elle écrit longuement et dissèque avec minutie le comportement singulier de ce bébé qui semble en colère permanente, de cet enfant en résistance, de cet adolescent qui ne semble rien ressentir. Eva de sa belle plume décortique son passé et son histoire, de sa superbe raconte ses voyages et sa fierté d'être arménienne dans cette Amérique qu'elle regarde de haut. Son mari Franklin, qu'elle aime profondément, est un de ces citoyens modèles et invente chaque jour sa relation paternelle. L'arrivée de la petite Celia dans cette famille étrange est une bouffée d'amour et de repère. Pas très belle et un peu sotte, elle incarne l'amour filiale pour Eva qui se perd dans les yeux absents de son fils. La longue correspondance sans réponse débouche sur le fameux JEUDI du massacre. Un roman qui aborde de nombreux sujets et problématiques liés au couple, à la maternité, à la violence... De l'inné ou... Eva écrit à Franklin pour lui parler de Kevin, leur fils auteur d'une tuerie dans son lycée à trois jours de ses 16 ans. Elle revient sur leur décision d'avoir un enfant, sur ses doutes, son étonnement à ne rien ressentir lors de la rencontre avec cet enfant étrange. Elle écrit longuement et dissèque avec minutie le comportement singulier de ce bébé qui semble en colère permanente, de cet enfant en résistance, de cet adolescent qui ne semble rien ressentir. Eva de sa belle plume décortique son passé et son histoire, de sa superbe raconte ses voyages et sa fierté d'être arménienne dans cette Amérique qu'elle regarde de haut. Son mari Franklin, qu'elle aime profondément, est un de ces citoyens modèles et invente chaque jour sa relation paternelle. L'arrivée de la petite Celia dans cette famille étrange est une bouffée d'amour et de repère. Pas très belle et un peu sotte, elle incarne l'amour filiale pour Eva qui se perd dans les yeux absents de son fils. La longue correspondance sans réponse débouche sur le fameux JEUDI du massacre. Un roman qui aborde de nombreux sujets et problématiques liés au couple, à la maternité, à la violence... De l'inné ou de l'acquis, Eva se pose la question avec en trame de fond un sujet horrifique : l'enfant maléfique. Ce roman m'a filé la chair de poule et m'a mise très mal à l'aise. Je ne le recommanderai pas même si je salue ses qualités littéraires avec néanmoins un bémol pour la fin. Bonne lecture.
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  • QuandOpheLit Posté le 14 Juillet 2020
    Àla veille de ses seize ans, Kevin Khatchadourian exécute neuf personnes dans son lycée. A travers des lettres au père dont elle est séparée, sa mère retrace l’itinéraire meurtrier de leur fils. Ne vous fiez pas à cette mise en bouche avant de plonger dans ce roman. Lionel Shriver fait bien plus que retracer l’itinéraire meurtrier de Kevin… Au travers des courriers d’Eva à son époux, Lionel Shriver nous parle de maternité, de l’ambivalence et de la complexité des sentiments qui jaillissent dans l’esprit des futures mamans, du fameux « instinct maternel » dont nous ne sommes pas toutes dotées. Elle évoque aussi la douleur de l’enfantement, sauvage et brutal, loin des images idylliques véhiculées par un certain pan de la société. Mais elle ne s’arrête pas là (Oui, Lionel Shriver est une femme). Elle interpelle sur la manière dont nous vivons nos grossesses, notre choix d’être ou non maman, sur l’influence que cela peut avoir ou non sur nos enfants. Sous une plume acérée aussi pointue que pointilleuse, elle évoque l’évolution des relations entre un homme et une femme à l’arrivée d’un enfant, les rapports humains, la transformation de nos attributs sexuels en « appareil maternel ». Enfin elle nous parle de... Àla veille de ses seize ans, Kevin Khatchadourian exécute neuf personnes dans son lycée. A travers des lettres au père dont elle est séparée, sa mère retrace l’itinéraire meurtrier de leur fils. Ne vous fiez pas à cette mise en bouche avant de plonger dans ce roman. Lionel Shriver fait bien plus que retracer l’itinéraire meurtrier de Kevin… Au travers des courriers d’Eva à son époux, Lionel Shriver nous parle de maternité, de l’ambivalence et de la complexité des sentiments qui jaillissent dans l’esprit des futures mamans, du fameux « instinct maternel » dont nous ne sommes pas toutes dotées. Elle évoque aussi la douleur de l’enfantement, sauvage et brutal, loin des images idylliques véhiculées par un certain pan de la société. Mais elle ne s’arrête pas là (Oui, Lionel Shriver est une femme). Elle interpelle sur la manière dont nous vivons nos grossesses, notre choix d’être ou non maman, sur l’influence que cela peut avoir ou non sur nos enfants. Sous une plume acérée aussi pointue que pointilleuse, elle évoque l’évolution des relations entre un homme et une femme à l’arrivée d’un enfant, les rapports humains, la transformation de nos attributs sexuels en « appareil maternel ». Enfin elle nous parle de l’Amérique, de son regard sur la politique, les armes, les spécificités de ce pays qui ne ressemble à aucun autre et qui se croit, encore et toujours, LE meilleur pays au monde. Vous l’aurez compris, le fond est riche en thèmes et chacun d’eux est exploité, fouillé, analysé. Mais ce qui rend ce roman aussi inoubliable, c’est aussi sa forme. Eva ne s’exprime qu’au travers des lettres qu’elle écrit à son mari, Franklin. En tant que lectrice, je me suis sentie spectatrice de leur intimité. Bien que la communication soit à sens unique, elle est faite de façon à ce que nous puissions, en tant que lecteur, visualiser leur vie. Nous voilà spectateurs d’un drame familial qui s’est joué en plusieurs temps… L’auteur a su transmettre l’arc-en-ciel émotionnel par lequel passe son personnage. Amour, tristesse, colère, incompréhension, honte, haine, se succèdent au fils des pages, m’emportant avec eux au point d’avoir le cœur serré par endroits, les larmes aux yeux à d’autres. Ce livre a de remarquable qu’il m’a poussé à réfléchir sur moi-même et sur mes propres sentiments face à la maternité. Le style est fluide, enlevé et recherché. Lionel Shriver a une réelle identité de plume que l’on perçoit dans sa manière de placer les pointes d’humour noir, de cynisme, mais aussi dans la franchise de sa pensée et de sa réflexion dont Eva est le vecteur. Ce n’est pas moi qui ai achevé ce roman, c’est lui qui m’a achevé et il entre aujourd’hui au Panthéon de mes lectures. Un livre incontournable que je lirai de nouveau (ce qui est extrêmement rare), parce qu’il me semble que d’autres sentiments m’étreindront. Si vous avez vu le film et que vous l’avez aimé, n’hésitez pas à lire le livre. Si l’histoire ne vous sera pas inconnue, il y a tout un pan émotionnel qui n’est pas traité dans le long métrage. Bien que remarquable, le film est très loin de ce que peut faire ressentir ce roman magistral. Il faut qu’on parle de Kevin est un roman unique, une œuvre remarquable tant sur le fond que sur la forme, un uppercut émotionnel.
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