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Il faut qu'on parle de Kevin
Françoise Cartano (traduit par)
Date de parution : 07/09/2006
Éditeurs :
Belfond
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Il faut qu'on parle de Kevin

Françoise Cartano (traduit par)
Date de parution : 07/09/2006

Avec une effrayante lucidité, Lionel Shriver dresse le portrait inoubliable d’une mère confrontée à la monstruosité de son fils. Un sujet d’une brûlante actualité, doublé d’une vision au vitriol de l’american dream. Un roman coup de poing, violent, complexe, qui s’attaque au dernier des tabous. Le film magnifiquement réalisé par Lynne Ramsay, avec Tilda Swinton et Ezra Miller dans les rôles principaux, a été présenté à Cannes en 2011, avant de sortir sur les écrans le 28 septembre 2011.

À la veille de ses seize ans, Kevin Khatchadourian a tué sept de ses camarades de lycée, un employé de la cafétéria et un professeur. Dans des lettres adressées au...

À la veille de ses seize ans, Kevin Khatchadourian a tué sept de ses camarades de lycée, un employé de la cafétéria et un professeur. Dans des lettres adressées au père dont elle est séparée, Eva, sa mère, retrace l’itinéraire meurtrier de Kevin.

Elle se souvient qu’elle a eu du mal...

À la veille de ses seize ans, Kevin Khatchadourian a tué sept de ses camarades de lycée, un employé de la cafétéria et un professeur. Dans des lettres adressées au père dont elle est séparée, Eva, sa mère, retrace l’itinéraire meurtrier de Kevin.

Elle se souvient qu’elle a eu du mal à sacrifier sa brillante carrière pour devenir mère. Qu’elle ne s’est jamais faite aux contraintes de la maternité. Que dès la naissance elle s’est heurtée à un enfant difficile. Que l’arrivée de Celia, petite sœur fragile et affectueuse, n’a fait que creuser le fossé entre mère et fils. Qu’elle aura passé des années à scruter les agissements de Kevin sans voir que son ambivalence envers lui n’avait d’égale que la cruauté et la malveillance du rejeton. Et, quand le pire survient, Eva veut comprendre : qu’est-ce qui a poussé Kevin à commettre ce massacre ? Et quelle est sa propre part de responsabilité ?

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EAN : 9782714441188
Façonnage normé : BROCHE
Nombre de pages : 492
Format : 140 x 225 mm
Belfond
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EAN : 9782714441188
Façonnage normé : BROCHE
Nombre de pages : 492
Format : 140 x 225 mm

Ils en parlent

« Un livre qui vous plonge dans l’effroi jusqu’à vous couper le souffle. […] Impitoyable et impressionnant. »
Olivia de Lamberterie - Elle

« Il faut qu'on parle de Kevin provoque et dérange par son acuité à poser les questions qui font mal. Refusant le manichéisme et les idées reçues, Lionel Shriver secoue le lecteur dès les premières pages en exposant la situation de crise (la tuerie) et parvient à le garder en éveil jusqu'à la dernière, tout en se contentant d'un seul point de vue. Le pari est difficile et le résultat, à la fois explosif et profond, inquiétant et réfléchi, laisse le lecteur groggy après une ultime révélation. »
Christine Ferniot - Lire

« Un livre dur, brillant, souvent insupportable [...] mais qui vaut vraiment la peine. Accrochez-vous. »
Stéphane Hoffmann - Le Figaro Magazine

« Ce thriller dérangeant [...] pose avec une crudité caustique la question de la maternité dans des sociétés où l'enfant est roi. On n'en sort pas indemne. »
Evelyne Bloch-Dano - Marie Claire

« Ce roman est plus percutant qu’une leçon de pédopsychiatrie, porté par la force de la fiction et une écriture limpide. Il n’apporte aucune réponse, sinon un dénouement magistral et bouleversant. »
Karine Papillaud - Le Point

« On n’est pas prêt d’oublier ce récit intense, dénué de sensiblerie et captivant comme un thriller. On peut y lire une charge contre un certain idéal éducatif américain. Il s’avère surtout une méditation intemporelle et sans tabou sur les ambivalences de la maternité. »
Claire Julliard - Le Nouvel Observateur

« Attention le cœur ! Cette histoire dérange, choque, bouleverse, fait mal. Impossible de rester indifférent. Qu’on aime ou qu’on déteste on ne peut qu’applaudir la performance littéraire. »
Daphné de Saint Sauveur - Madame Figaro

« Avec un humour corrosif et un masochisme cinglant, [Lionel Shriver] s'attaque aux tabous de la maternité. Et ça secoue. »
Isabelle Bourgeois - Marie France

« Un roman choquant, au vrai sens du terme. Le lecteur en ressort ébranlé, moins par le sujet que par l'exigence de vérité avec laquelle il est traité. La plume acérée de Lionel Shriver ne devrait pas rester inconnue bien longtemps. »
Alexandra Lemasson - Le Magazine Littéraire

« Corrosif, impitoyable, y compris dans son humour, ce roman est le récit d'une descente, les yeux grands ouverts, dans les abysses les plus insondables de la maternité. [...] Rarement, un roman aura exploré avec autant de complexité cette substance ténébreuse qui unit une mère à son enfant. »
Véro,nique Rossignol - Livres Hebdo

« En suivant d'une plume propre, incisive, cette femme qui tente d'isoler sa part de responsabilité dans un effroyable massacre, l'écrivaine Lionel Shriver signe une œuvre d'une force peu commune [...] Nous laissant le souffle court, elle écrit ce qu'aucune mère ne s'accorde jamais de le droit de dire. »
Adélaïde de Clermont-Tonnerre - Point de Vue

« Un roman coup de poing, riche de multiples rebondissements, d’un suspense implacable. De ces lectures qui vous coupent le souffle et hantent vos nuits. Un livre exceptionnel, à lire absolument. »
Laurent Fialaix - Questions de femmes

« Gare aux effets secondaires implacables de ce roman terrible. »
Astrid Eliard - Le Figaro littéraire

« Avec le personnage d'Eva, Lionel Shriver réussit un petit exploit : permettre à son lecteur de s'identifier à cette femme, aussi meurtrie que sarcastique et souvent très drôle, alors qu'elle explore un tabou extrêmement fort, celui de haïr le fruit de ses entrailles. »
Raphaëlle Leyris - Les Inrockuptibles

« De la première à la dernière ligne, Lionel Shriver construit un suspense formidable. La maîtrise inouïe avec laquelle la romancière dissèque cette histoire effarante et la lucidité de son analyse des sentiments rangent Il faut qu'on parle de Kevin parmi les livres qui bousculent autant qu'ils bouleversent. Lionel Shriver possède une voix dont l'écho se propage longtemps. »
Frédérique Bréhaut - Le Maine Libre

« Avec une lucidité effrayante, Lionel Shriver dresse le portrait troublant d’une mère confrontée à la monstruosité de son enfant. Un roman coup de poing, violent, complexe, servi par une écriture et une construction parfaitement maîtrisées. »
La Marseillaise

« Un roman souvent éprouvant, écrit avec beaucoup d’humour et encore plus de lucidité, 480 pages haletantes au dénouement fracassant. »
Odile Wassmer - Le Populaire du Centre

« Lionel Shriver explore jusqu'au tréfonds la maternité, la culpabilité, l'autorité, l'égoïsme, la façon dont l'être humain emmure l'interdit dans ce récit éminemment subjectif, d'une lucidité exemplaire. »
Geneviève Simon - La Libre Belgique

« Déroutant, lucide et dérangeant, ce roman décrit avecune force inouïe le portrait d’une mère confrontée à la monstruosité de son fils. »
Zohra Karmass - Edelweiss (Suisse)

« Il faut qu’on parle de Kevin trouble par une sincérité viscérale qui ne s’embarrasse guère de conventions. […] Lionel Shriver dégoupille les arguments avec une subtilité rare, renvoie les responsables dos à dos, décrypte les psychologies et les enjeux dans un déluge de précisions qui glace. Surtout, et ce n’est pas la moindre émotion dégagée par ce roman atypique, elle dose les révélations dans un crescendo puissant. Le thème de la manipulation poussé dans ses retranchements… De quoi parler longtemps de Kevin. »
Cécile Lecoultre - 24 Heures (Suisse)

« Il faut qu’on parle de Kevin est un livre sur la dangereuse distance qui sépare ce que nous ressentons au plus profond de nous-mêmes de ce que nous nous autorisons à admettre dès qu’il s’agit de la famille. C’est un livre sur ce qui arrive lorsque le produit suprême de nos sociétés occidentales ? l’enfant ? apprend qu’il n’y a aucune limite à l’exercice de sa liberté. C’est un livre sur ce dont nous devons, mais ne pouvons parler. »
The Guardian

« Ce livre témoigne de ce que beaucoup de femmes craignent mais n’expriment jamais : la peur de devenir mère et la terreur de découvrir le genre d’enfant que l’on pourrait mettre au monde. »
Le jury de l’Orange Prize

« En septembre 2001, Mrs. Shriver envoie son roman à son agent de l’époque, qui est horrifiée par son contenu (et refuse d’y associer son nom). [...] Selon son agent, ce roman la met dans une position de dilemme moral : et si les enfants imitaient Kevin ? Qu’en penserait l’auteur ? Elle conseille à sa cliente d’arrondir les angles, de faire allusion à la tuerie en la plaçant « hors-champ », d’ajouter plus d’humour ? ou bien de supprimer carrément le massacre. [...] Voici ce que Mrs. Shriver lui a répondu : « Si les romanciers et leurs agents partent du principe que les lecteurs vont forcément reproduire les intrigues des romans dans la vraie vie et que ce sont les auteurs et leurs représentants qui seront tenus moralement responsables de ces actes, alors la seule chose que les écrivains pourraient autoriser leurs personnages à faire serait d’aider les vieilles dames à traverser la rue. »
The New York Observer

« En ces temps libérés, il est néanmoins des choses que l’on ne peut dire ; des choses que l’on est moins libre de dire qu’auparavant. Par exemple que le fait d’être parents ? d’être mère ? n’est pas une vocation suprême, mais plutôt une injonction péremptoire purement biologique, et ce malgré l’évolution du débat public sur la sexualité. »
Rachel Cusk - The Gardian

« Il y a peu de romans qui vous laissent le souffle coupé à la dernière page, comme si vous n’aviez absolument plus d’oxygène. C’est pourtant l’effet que produit Il faut qu’on parle de Kevin, de la romancière américaine Lionel Shriver. C’est un livre provocant et sans complaisance, une histoire forte qui ne manquera pas de captiver ses lecteurs, dont certains seront à coup sûr exaspérés, voire choqués. »
The Bookseller

« De nombreuses fictions ont essayé de décrire ce qui peut pousser un adolescent à assassiner ses camarades de classe ou ses professeurs, mais celle de Lionel Shriver est la plus réussie, et de loin. […] Elle apporte à son livre une analyse claire et acérée de la complexité des relations maritales et parentales, servie par un rythme narratif implacable et ingénieux. [...] Un roman poignant d’une grande finesse psychologique, dont la clairvoyance, l’humour noir et la dureté disent bien toute la difficulté de l’aventure humaine. »
Publisher’s Weekly

« Petites natures s’abstenir. »
Kirkus Review

« Au moyen de phrases acerbes et ciselées qui dissèquent ses impressions sur la maternité, l’ambition, la famille, et ce que fait que la culture américaine engendre des enfants meurtriers, Lionel Shriver baladele lecteur entre condamnation et compassion, châtiment et pardon. Sans jamais relâcher la pression, elle fait en sorte que, comme Eva, le lecteur se débatte avec ses blessures jamais cicatrisées. »
Booklist

PRESSE

Ce qu'en pensent nos lecteurs sur Babelio

  • struffieux 08/11/2022
    JEUDI Kevin a commis l'innommable. Eva, sa maman revient sur les 16 années qui on séparé sa naissance de ce JEUDI. Avec en toile de fond la culbabilité, celle de n'avoir rien vu venir, celle de n'avoir pas été la mère aimante qu'elle aurait dû être, celle de n'avoir jamais vraiment désiré cet enfant. Cet enfant est-il né avec avec cette nature ou l'a-t-il acquise? Au fil du récit sous forme de lettres au père de Kevin, on retrace ces années de doutes, de découragement face à un enfant bien particulier. Très loin d'un récit feel good, un livre dense, très bien construit, qui nous capte et nous vide de toute joie de vivre.
  • Mousse74 14/10/2022
    Voilà un roman que j'ai découvert lors de son adaptation cinématographique : j'adore Tilda Swinton et l'affiche m'avait forcément tapé dans l'oeil ! le thème abordé dans ce roman n'est pas un sujet facile et en tant que mère, j'avoue qu'il m'attirait autant qu'il m'effrayait. Il m'aura fallu un peu de temps et une critique enthousiaste de Stoner pour me décider à le lire enfin ! Car dans ce roman, l'auteure se penche sur un thème difficile : les tueries commises par des adolescents, notamment aux Etats-Unis. L'angle d'approche de ces drames est dur et sans concession puisque le récit nous est conté au travers de lettres écrites par Eva Khatchadourian, la mère de Kevin, jeune adolescent incarcéré pour une de ces tueries. Et dans ses lettres, Eva va remonter le fil du temps, s'interroger sur le pourquoi de ce drame, les raisons, les signes, les erreurs. Elle se pose la question de ses sentiments à l'égard de son fils et sans doute n'a-t-elle pas été une mère aimante et attentive. Mais cela peut-il suffire à expliquer l'horreur commise par son fils ? Je trouve que ce qui fait la force et l'intensité de ce livre est le style, la plume de... Voilà un roman que j'ai découvert lors de son adaptation cinématographique : j'adore Tilda Swinton et l'affiche m'avait forcément tapé dans l'oeil ! le thème abordé dans ce roman n'est pas un sujet facile et en tant que mère, j'avoue qu'il m'attirait autant qu'il m'effrayait. Il m'aura fallu un peu de temps et une critique enthousiaste de Stoner pour me décider à le lire enfin ! Car dans ce roman, l'auteure se penche sur un thème difficile : les tueries commises par des adolescents, notamment aux Etats-Unis. L'angle d'approche de ces drames est dur et sans concession puisque le récit nous est conté au travers de lettres écrites par Eva Khatchadourian, la mère de Kevin, jeune adolescent incarcéré pour une de ces tueries. Et dans ses lettres, Eva va remonter le fil du temps, s'interroger sur le pourquoi de ce drame, les raisons, les signes, les erreurs. Elle se pose la question de ses sentiments à l'égard de son fils et sans doute n'a-t-elle pas été une mère aimante et attentive. Mais cela peut-il suffire à expliquer l'horreur commise par son fils ? Je trouve que ce qui fait la force et l'intensité de ce livre est le style, la plume de Lionel SHRIVER. Je suis admirative de la façon avec laquelle l'auteure a été capable d'imaginer et de restituer les pensées et les sentiments d'Eva. C'est magnifiquement bien écrit, empli d'une tension sous-jacente mais bien palpable, d'une émotion juste et mesurée, d'une tristesse et de regrets à peine voilés. Je retiens la lucidité et l'honnêteté avec lesquelles Eva revient sur les faits, sur son histoire et celle de son fils, comment elle perçoit Kevin, la méchanceté, la duplicité, la froideur et l'intelligence qu'elle pressent en lui dès son plus jeune âge, sans toutefois aller jusqu'à imaginer ce dont il finira par se rendre coupable. Et à l'inverse, l'aveuglement dont est capable Franklin, le père, son impossibilité à croire Eva dans l'analyse de différents événements impliquant Kevin, dont certains sont pourtant graves. Tout cela est magnifiquement mis en scène par l'auteure qui livre dans cette série de lettres écrites par Eva, les souvenirs, les anecdotes, les incidents, les réflexions, le tout raconté avec le recul du crime commis par Kevin bien sûr, mais avec une sincérité et une clairvoyance émouvantes. La fin, la véritable fin se laisse deviner ; elle est évidemment terrible et ce qui en ressort est que Kevin n'était vrai et sincère qu'avec sa mère, et que c'était là, l'expression, la preuve de ses sentiments pour elle, de l'amour qu'il lui portait, malgré elle et peut-être même malgré lui. Un seul petit bémol : le dernier tiers, voire le dernier quart, du livre m'a semblé un peu long et certains passages, très détaillés, un peu redondants, auraient pu être raccourcis sans nuire à la qualité et à l'émotion du récit. Mais exception faite de ce bémol, c'est un livre choc mené par une écriture puissante et vraie ; une lecture qui m'a un peu malmenée, beaucoup interrogée et qui m'a beaucoup plu ! Bref, c'est un livre à lire !
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  • alexandra1967 06/10/2022
    (avril 2007) L'histoire commence par un anodin "Je ne sais trop pour quelle raison un incident mineur survenu cet après-midi m'a poussée à t'écrire." et dont on ne comprend la dimension dramatique qu'à la fin du roman. Et je vous avoue dès maintenant que j'ai refermé ce livre la gorge sèche, et tendue, de celle qui accompagne toute "lecture-choc". J'ai aimé l'intensité dramatique de ce livre J'ai même re-pensé à ce jour où, tendant ma main à une bohémienne, celle-ci l'a prise et subrepticement relâchée, comme si elle y avait vu le diable. De son regard inquiet, j'ai conservé un malaise intérieur me disant d'une petite voix "que va-t-il donc t'arriver d'irréversible, d'incontrôlable, d'inexorable …?", comme si le destin pouvait s'imposer à nous avec une force telle que nous ne puissions qu'assister vaincus à notre défaite annoncée …. Tantôt chronologique, tantôt à rebours, Lionel Shriver nous tient en haleine et nous emmène vers le plus probable de l'improbable. L'Amérique dépeinte ici n'est pas celle qui nourrit le "dream", c'est plutôt 'l'enfer du décor". "Il faut qu'on parle de Kevin" s'inspire du très grand émoi provoqué aux États-Unis par la fusillade du lycée Columbine (le 20 avril 1999, deux adolescents perpétrèrent un massacre... (avril 2007) L'histoire commence par un anodin "Je ne sais trop pour quelle raison un incident mineur survenu cet après-midi m'a poussée à t'écrire." et dont on ne comprend la dimension dramatique qu'à la fin du roman. Et je vous avoue dès maintenant que j'ai refermé ce livre la gorge sèche, et tendue, de celle qui accompagne toute "lecture-choc". J'ai aimé l'intensité dramatique de ce livre J'ai même re-pensé à ce jour où, tendant ma main à une bohémienne, celle-ci l'a prise et subrepticement relâchée, comme si elle y avait vu le diable. De son regard inquiet, j'ai conservé un malaise intérieur me disant d'une petite voix "que va-t-il donc t'arriver d'irréversible, d'incontrôlable, d'inexorable …?", comme si le destin pouvait s'imposer à nous avec une force telle que nous ne puissions qu'assister vaincus à notre défaite annoncée …. Tantôt chronologique, tantôt à rebours, Lionel Shriver nous tient en haleine et nous emmène vers le plus probable de l'improbable. L'Amérique dépeinte ici n'est pas celle qui nourrit le "dream", c'est plutôt 'l'enfer du décor". "Il faut qu'on parle de Kevin" s'inspire du très grand émoi provoqué aux États-Unis par la fusillade du lycée Columbine (le 20 avril 1999, deux adolescents perpétrèrent un massacre avec des armes à feu, cette fusillade écolière a été la plus meurtrière de l'histoire des États-Unis jusqu'en 2007). Ce drame créa une psychose sociale sur le terrorisme et souleva de nombreux débats sur le contrôle des armes à feu, la sécurité dans les écoles, l'impact des jeux vidéo, de la musique et des films considérés comme violents aux États-Unis. Lionel Shriver ne nourrit pas les polémiques, et laisse en l'état les nombreuses questions sans réponses certaines. L'auteur se place en tant que mère, en mère ordinaire, en mère même dévouée … Et oui, de l'eau a suffisamment coulé sous les ponts de Lacan et de Bettelheim pour savoir qu'un enfant ne s'explique pas que par sa mère …, que "maternité" rime avec "responsabilité" au même titre que "paternité" et "société" … Et en tant que mère, je le dis sans ambages, cela fait peur. (…) Notre argumentation reposait sur l'idée que j'avais été une mère normale, ayant déployé une affection maternelle normale, et pris les précautions normales pour être sûre d'élever un enfant normal. Déterminer si nous avions été des victimes de la malchance, de mauvais gènes, ou d'une culture fautive relevait de la compétence de chamans, de biologistes ou d'anthropologues, mais pas d'une cour de justice. Harvey cherchait à jouer sur la crainte, latente chez tous les parents, qu'il était possible de faire absolument tout ce qu'il fallait, et de plonger néanmoins dans un cauchemar dont on ne se réveille pas. (…) A aucun moment de lecture ne nous viennent les causes évidentes du drame; de même qu'à aucun moment nous ne sommes en mesure de nous dire que cela ne peut pas arriver chez nous. Toutes les conditions pour que le meilleur advienne étaient réunies : un couple uni d'amour, des moyens financiers, un environnement socio-culturel non carencé, même plutôt favorisé, une mère qui met entre parenthèses son activité professionnelle pour élever ses enfants, et le faire avec motivation … Où le bât a-t-il donc blessé ? Alors je m'interroge sur nos attentes contemporaines de notre société … Le XXème siècle s'est ouvert à la psyché, et l'individu y a gagné la responsabilité de son droit au bonheur. Revers de la médaille oblige, le XXIème consolide le pourvoi en révision de cette responsabilité individuelle grâce aux découvertes neurobiologiques. Pour caricaturer, nous découvrons que des "légumes" du XIXème , devenus des "malades mentaux" familialement mal entourés au XXème , sont possiblement victimes de prédisposition génétique et/ou de lésion cérébrale au XXIème . Maintenant que nous savons que les maladies ne sont plus purement psychologiques, que nous découvrons la complexité des interactions entre les facteurs de prédisposition génique et des facteurs environnementaux, cela devient tabou. Comment cela se fait-il ? Et ici semble s'opérer comme une distinction entre victimes et bourreaux. Les victimes d'Halhzeimer, de sclérose en plaques, d'épilepsie, de Parkinson, d'autisme sont plus ou moins bien acceptées dans nos sociétés, car l'idée de la "maladie" rend prudent chacun. En revanche, évoquer une prédisposition génétique est très mal vécue s'agissant des bourreaux coupables de troubles du comportement aussi gravissimes que la pédophilie ou les meurtres en série comme ceux commis par ces adolescents de Columbine. Et pourtant … Si, à matériel génétique égal, personnalité et habileté à faire face comparable, c'était la sévérité des stress psychosociaux issus de l’environnement qui déterminerait le risque pour un individu vulnérable de développer une maladie mentale … cela pourrait revenir à dire que nos sociétés sont aussi responsables de leurs maux. Et d'un pas, nos valeurs judéo-chrétiennes a priori culpabilisantes sont déstabilisées en partageant la responsabilité entre l'individu et la collectivité. Et pourtant, cela paraît non seulement acceptable, mais de bon augure pour notre liberté …. Parlons aussi de la violence ordinaire … A plus petite échelle, quand la violence s'est installée dans nos petites écoles d'Europe, les réflexions, les débats, les émois ont tous mené à la même conclusion : "la violence engendre la violence". Et de combattre la violence ordinaire à l'école en interdisant le châtiment corporel dans l'élémentaire et toute forme de sanction en maternelle. Et de prouver que la violence physique peut être, en réalité, plus dangereuse pour la santé de l'individu que la violence morale. L'adulte ignore souvent que le sentiment d'empathie n'est pas expérimenté avant l'âge de 11 – 13 ans. S'il est nécessaire, par l'éducation, d'apprendre aux enfants l'importance de "se mettre à la place de l'autre", ils ne le ressentent que plus tard. Focalisé sur les seules choses qu'il connaît, ses sentiments et ses sensations, l'enfant doit être protégé par l'adulte pour grandir dans la fierté d'être ce qu'il est. Et si tout ceci revenait à rappeler que toute activité intellectuelle, et notamment philosophique, doit s'adapter à la réalité, et non l'inverse ? …. Vous l'aimerez aussi En laissant un instant de côté le tragique dénouement de la déviance, j'ai aimé la description sans concession des pensées – taboues – des femmes actives, libres et modernes, qui enceintes deviennent "habitées", et qui mères ne sont plus femmes. Oui, faire un enfant, c'est aussi perdre un temps un mari. Oui, donner la vie, c'est beaucoup donner de la sienne … Et la reconstruction d'un couple et d'un foyer est un projet en tant que tel, une histoire de vie. Et au nombre de divorces atteint par nos sociétés libres – et il n'y a pas à le regretter, il serait hasardeux d'affirmer que les (+) l'emportent facilement sur les (-) … A noter que cet ouvrage a obtenu le Prix Orange Prize en 2005
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  • stoner 24/08/2022
    Une tuerie commise dans une école par son fils va plonger une femme, mère et (ex) épouse dans l'effroi et l'incompréhension. Ce sont ces trois identités qu'elle va questionner dans le livre afin d'essayer de comprendre l'enchaînement des événements qui ont mené au drame. L'occasion de désacraliser la maternité grâce à un regard sans concession ni tabou sur le rôle attribué à la femme dans nos sociétés et les sacrifices qu'elles exigent d'elles (les lettres sont évidemment adressées à l'ex-mari). "Il faut qu'on parle Kevin" est une introspection au foisonnement incroyable et on se demande comment Lionel Shriver s'y est pris pour donner autant d'épaisseur au personnage. Le livre ne s'attarde pas sur les faits (il y fait juste allusion) mais transforme un fait divers en un miroir de notre société. Une claque !
  • BereniceBMO 08/08/2022
    A 16 ans, Kevin a tué plusieurs personnes lors d’un massacre dans son lycée. Le roman est construit en lettres que Eva, sa mère, adresse à Franklin, son père. Elle raconte les visites au parloir et se souvient de ce qui a mené au drame. Pour ma part, j’ai pris une claque à la lecture de ce remarquable roman de l’Amérique contemporaine. A lire !
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