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Les Escales
EAN : 9782365694209
Façonnage normé : BROCHE
Nombre de pages : 560
Format : 140 x 225 mm

Les Optimistes

Caroline BOUET (Traducteur)
Collection : Domaine étranger
Date de parution : 16/01/2020
Du Chicago des années 1980 au Paris d'aujourd'hui, une épopée puissante sur le pouvoir de l'amitié face à la tragédie.
À Chicago, dans les années 1980, au coeur du quartier de Boystown, Yale Tishman et sa bande d’amis – artistes, activistes, journalistes ou professeurs… – vivent la vie libre qu’ils s’étaient
toujours imaginée. Lorsque l’épidémie du sida frappe leur communauté, les rapports changent, les liens se brouillent et se transforment. Peu...
À Chicago, dans les années 1980, au coeur du quartier de Boystown, Yale Tishman et sa bande d’amis – artistes, activistes, journalistes ou professeurs… – vivent la vie libre qu’ils s’étaient
toujours imaginée. Lorsque l’épidémie du sida frappe leur communauté, les rapports changent, les liens se brouillent et se transforment. Peu à peu, tout s’effondre autour de Yale, et il ne lui reste plus que Fiona, la petite soeur de son meilleur ami Nico.

Révélant un immense talent, Rebecca Makkai brosse le sublime portrait de personnages brisés qui, au milieu du chaos, n’auront pourtant de cesse de trouver la beauté et l’espoir.

Lauréat de la Andrew Carnegie Medal et finaliste du National Book Award et du prix Pulitzer, Les Optimistes a déjà conquis des dizaines de milliers de lecteurs aux États-Unis et ailleurs.

« Rebecca Makkai met en lumière cette tragédie de l’Amérique moderne que beaucoup
cherchent à oublier. Un roman habile, puissant et d’une grande beauté. »
Chicago Review of Books
« Un voyage saisissant… Rebecca Makkai livre une réflexion inoubliable, non sur la mort, mais sur le pouvoir de la vie. » Publishers Weekly
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EAN : 9782365694209
Façonnage normé : BROCHE
Nombre de pages : 560
Format : 140 x 225 mm

Ils en parlent

« Rebecca Makkai déploie, tout au long de cet épais roman, un savoir-faire romanesque impressionnant, qui jamais n'écrase sa puissance émotionnelle, ni la subtilité des sentiments éprouvés par ses personnages. »
RAPHAËLLE LEYRIS / Le Monde des Livres

Ce qu'en pensent nos lecteurs sur Babelio

  • dannso Posté le 24 Août 2020
    Rebecca Makkai nous raconte dans ce roman le début des années Sida à Chicago, à travers les ravages que l'épidémie va causer dans la communauté homosexuelle de la ville de 1985 au début des années 90. S'intercalent avec ce récit une partie contemporaine, où Fiona, soeur et amie de nombreuses victimes de l'époque, vient à Paris à la recherche de sa fille, et va y vivre les attentats de Novembre 2015. J'ai beaucoup aimé ce livre. L'auteure peint avec beaucoup d'empathie la difficulté de cette époque pour les homosexuels, leurs questions sur cette maladie peu connue, les tests fiables ou non, leur rejet et systématisation par l'Amérique bien-pensante (C'était à peine mieux en France). Sa peinture de ce groupe de jeunes hommes m'a profondément émue : leurs réactions si différentes envers la maladie, l'amitié entre eux et avec Fiona, les nombreuses personnes qui vont graviter autour des personnages principaux. L'alternance avec l'époque actuelle est la bienvenue, elle permet de souffler et nous permet de comprendre petit à petit à quel point cette époque a pu influencer la vie de Fiona, en particulier dans la relation avec sa fille. J'ai trouvé cependant certains passages un peu longs : je pense à la... Rebecca Makkai nous raconte dans ce roman le début des années Sida à Chicago, à travers les ravages que l'épidémie va causer dans la communauté homosexuelle de la ville de 1985 au début des années 90. S'intercalent avec ce récit une partie contemporaine, où Fiona, soeur et amie de nombreuses victimes de l'époque, vient à Paris à la recherche de sa fille, et va y vivre les attentats de Novembre 2015. J'ai beaucoup aimé ce livre. L'auteure peint avec beaucoup d'empathie la difficulté de cette époque pour les homosexuels, leurs questions sur cette maladie peu connue, les tests fiables ou non, leur rejet et systématisation par l'Amérique bien-pensante (C'était à peine mieux en France). Sa peinture de ce groupe de jeunes hommes m'a profondément émue : leurs réactions si différentes envers la maladie, l'amitié entre eux et avec Fiona, les nombreuses personnes qui vont graviter autour des personnages principaux. L'alternance avec l'époque actuelle est la bienvenue, elle permet de souffler et nous permet de comprendre petit à petit à quel point cette époque a pu influencer la vie de Fiona, en particulier dans la relation avec sa fille. J'ai trouvé cependant certains passages un peu longs : je pense à la partie sur le legs des tableaux et l'histoire de Nora. Pour moi l'ampleur donnée à cette partie nuit un peu au roman, en nous détournant de ce qui pour moi reste sa force : la description de l''impact du sida que ce soit dans les années 80 ou encore aujourd'hui pour les heros du roman. Merci à NetGalley et aux éditions Les escales pour l'envoi de ce roman #LesOptimistes #NetGalleyFrance
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  • metteholl Posté le 18 Août 2020
    Le récit s'ouvre sur une fête donnée en mémoire de Nico, 24 ans. Sont réunis ses amis, exclus des funérailles officielles. Pourquoi exclus ? Parce que nous sommes en 1985 à Chicago, parce que Nico était homosexuel et parce qu'il est mort du sida. Sa famille, exceptée sa sœur Fiona, l'avait rejeté quand à 15 ans il avait dévoilé son homosexualité. Le frère et la sœur sont toujours restés proches et elle l'a entouré jusqu'à la fin. Leurs amis, Yale, Charlie, Julian, Richard, sont là, avec Fiona, en ce jour de deuil et de fête. Ils représentent une génération de jeunes hommes homosexuels qui a commencé sa vie d'adulte sans pouvoir profiter longtemps des acquis de la libération des mœurs des années 70 en raison du sida. Alors certes dans ces années 80, ils sont encore condamnés par beaucoup pour leur sexualité, certes ils vivent dans les parages de la mort, mais ils sont bel et bien là, incarnés, bouillonnants, tellement vivants. Ce qui frappe c'est l'intensité de leurs liens, exacerbée par les épreuves qu'ils subissent. Tout au long de cet ample roman qui nous emmène du Chicago des années 80 jusqu'au Paris contemporain, nous allons suivre le destin de... Le récit s'ouvre sur une fête donnée en mémoire de Nico, 24 ans. Sont réunis ses amis, exclus des funérailles officielles. Pourquoi exclus ? Parce que nous sommes en 1985 à Chicago, parce que Nico était homosexuel et parce qu'il est mort du sida. Sa famille, exceptée sa sœur Fiona, l'avait rejeté quand à 15 ans il avait dévoilé son homosexualité. Le frère et la sœur sont toujours restés proches et elle l'a entouré jusqu'à la fin. Leurs amis, Yale, Charlie, Julian, Richard, sont là, avec Fiona, en ce jour de deuil et de fête. Ils représentent une génération de jeunes hommes homosexuels qui a commencé sa vie d'adulte sans pouvoir profiter longtemps des acquis de la libération des mœurs des années 70 en raison du sida. Alors certes dans ces années 80, ils sont encore condamnés par beaucoup pour leur sexualité, certes ils vivent dans les parages de la mort, mais ils sont bel et bien là, incarnés, bouillonnants, tellement vivants. Ce qui frappe c'est l'intensité de leurs liens, exacerbée par les épreuves qu'ils subissent. Tout au long de cet ample roman qui nous emmène du Chicago des années 80 jusqu'au Paris contemporain, nous allons suivre le destin de ce petit groupe de jeunes gens prometteurs, galeriste, professeur, avocat, journaliste, photographe … Avec beaucoup de pudeur, l'auteure, Rébecca Makkai, dit les choses autour de cette maladie à cette époque-là : la panique, le déni, le courage des malades et de certains soignants. Mais elle dit aussi le sentiment amoureux toujours vibrant, l'amitié réconfortante, l'humour, politesse du désespoir, et l'optimisme, chevillé au corps car "oui, sans être naïf, il y a de l'espoir …" La fidélité de ceux qui restent consiste à continuer à avoir des projets, à travailler, à sortir, à se retrouver et à s'aimer sans délai. Et puis aussi à militer car, bien évidemment, le sida est une maladie et non un destin, mais à cette époque le VIH est aussi "politique". Face à l'indifférence, comme à la stigmatisation, les premiers mouvements, comme Actup, militent pour l'élaboration d'une politique de la santé autour de ce fléau passant par la prévention et l'accès aux soins pour tous alors que les premiers traitements sont prohibitifs. Rebecca Makkai possède un savoir-faire romanesque impressionnant. "Les optimistes" est un magistral roman d'amour et de ténèbres aux propos universels. Il y a une montée en puissance, une urgence à la vie, qui rend la lecture de son roman addictive. Le ton est juste, sans pathos. L'écriture rend compte de la force et de la subtilité des émotions éprouvées par les personnages. C'est un bel hommage à ceux qui ont disparu, emportés par la maladie, et à ceux qui ont survécu, continuant à chercher en toutes choses des éclats de lumière. Aux USA, l'auteure a reçu un prix d'une association LGBT, le Stonwall Book Award. Mais elle avoue que rien ne l'a plus émue que de voir des hommes âgés d'une soixantaine d'années venir lui demander une signature pour des exemplaires destinés à des amis ou des compagnons plus jeunes. Pour que ceux-ci comprennent ce qu'ils avaient vécu ...
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  • Flaubauski Posté le 15 Août 2020
    Chicago, années 1980. Yale et Charlie sont en couple exclusif depuis plusieurs années lorsqu’ils assistent à une soirée rendant hommage à un de leurs amis, Nico, qui vient d’être enterré. Cette soirée est un pied de nez au fait qu’ils n’ont pas pu se rendre à l’enterrement par refus des parents du jeune homme, ne voulant pas faire savoir au monde que leur fils était gay, et qu’il est mort de cette terrible maladie qui commence à faire des ravages un peu partout aux Etats-Unis. C’est par l’intermédiaire de Yale, à partir de cette soirée, que nous suivrons l’irruption brutale du SIDA dans le milieu gay de Chicago, et les tensions, désillusions, drames que cela entraîne, non seulement pour lui, mais aussi pour son entourage proche : Charlie, son compagnon, mais aussi Terrence, Julian, Teddy, Asher… Dans le même temps, nous suivrons Fiona, petite sœur de Nico, très proche des amis de son frère, en 2015, à Paris, alors qu’elle est à la recherche de sa fille, qui est partie sans lui donner aucune nouvelle, et dont elle vient enfin de trouver une trace. Quel lien entre les deux histoires, exceptés Nico et l’amitié entretenue entre Fiona et Yale, me... Chicago, années 1980. Yale et Charlie sont en couple exclusif depuis plusieurs années lorsqu’ils assistent à une soirée rendant hommage à un de leurs amis, Nico, qui vient d’être enterré. Cette soirée est un pied de nez au fait qu’ils n’ont pas pu se rendre à l’enterrement par refus des parents du jeune homme, ne voulant pas faire savoir au monde que leur fils était gay, et qu’il est mort de cette terrible maladie qui commence à faire des ravages un peu partout aux Etats-Unis. C’est par l’intermédiaire de Yale, à partir de cette soirée, que nous suivrons l’irruption brutale du SIDA dans le milieu gay de Chicago, et les tensions, désillusions, drames que cela entraîne, non seulement pour lui, mais aussi pour son entourage proche : Charlie, son compagnon, mais aussi Terrence, Julian, Teddy, Asher… Dans le même temps, nous suivrons Fiona, petite sœur de Nico, très proche des amis de son frère, en 2015, à Paris, alors qu’elle est à la recherche de sa fille, qui est partie sans lui donner aucune nouvelle, et dont elle vient enfin de trouver une trace. Quel lien entre les deux histoires, exceptés Nico et l’amitié entretenue entre Fiona et Yale, me direz-vous ? Et bien Fiona, lorsqu’elle part à Paris, se fait héberger par Richard, ami de la bande et devenu grand photographe vivant désormais outre-Atlantique : elle va, de fait, non seulement rechercher sa fille, mais encore se remémorer son passé, et les années qui ont bouleversé leur univers à tous. Les deux temporalités et narrations vont ainsi se mêler, toujours alternativement, un chapitre après l’autre, tout au long du récit. Les Optimistes est un roman que j’ai trouvé particulièrement réussi en ce qui concerne la description des années 1980-1990. La période est en effet remarquablement campée par le personnage de Yale, tour à tour sensible, touchant, parfois drôle, en tout cas terriblement réaliste, et en tout cela extrêmement attachant, qui permet de raconter avec beaucoup de justesse, sans à aucun moment entrer dans un pathos larmoyant qui aurait pu faire perdre en crédibilité à l’histoire, cette terrible période qui verra la mort, en premier lieu, de nombreux jeunes gays dans le monde entier. J’ai été moins convaincue par la partie concernant Fiona, même si j’en ai bien compris l’intérêt : elle permet, avec une remarquable justesse elle aussi, de mettre en évidence les sentiments complexes des « survivants », ceux qui ont vécu le drame, plus ou moins directement – ici, Fiona s’est occupée, non seulement de son frère malade, mais aussi, ensuite, de certains de ses amis, qui étaient également ses amis, ou encore ceux qui sont séropositifs et vivent depuis de nombreuses années sous trithérapie -, et qui ont parfois du mal à vivre en dehors de celui-ci, malgré les années passées. Une lecture touchante donc, que j’ai vraiment appréciée, même si l’une des deux parties m’a moins intéressée : les plus de 500 pages du roman ont été, malgré tout, lues en seulement quelques jours, preuve de l’intérêt que j’y ai porté. Je remercie les éditions Les Escales et NetGalley de m’avoir permis de découvrir ce roman.
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  • MademoiselleBouquine Posté le 8 Août 2020
    The Great Believers (Les Optimistes en VF), c'est une sacrée histoire, du genre qui touche à des dizaines, voire à des centaines d'existences, qui se divise entre deux continents, deux époques et deux urgences, qui cache derrière sa belle couverture jaune pétard une bien sombre histoire, qui aurait pu sombrer dans un certain nombre d'écueils, du misérabilisme au mélodrame, mais qui trouve au contraire son ton propre, subtil et dévastateur. C'est enfin l'un de ces romans américains multi-primés qui chamboulent la critique, qu'on s'attend à trouver surestimés et dont on réalise au contraire combien ils ont mérité toute l'attention qu'ils ont reçue. C'est formidablement réussi, en somme. The Great Believers, c'est ce titre splendide que les éditeurs français ont choisi tout à fait correctement de choisir par Les Optimistes, mais que je préfère encore en anglais, qu'on pourrait transcrire littéralement comme "Les Grands Espéreurs". J’en aime la polysémie du beau mot qu'est "believers", exprimant à la fois un aspect presque religieux, comme des "croyants", mais aussi une idée de détermination, d'assurance, comme des "convaincus". Ces grands espéreurs, ce sont le produit d'années de doute, de perte et d'antagonisation de leur cercle social par le reste du monde, si vicieuse et... The Great Believers (Les Optimistes en VF), c'est une sacrée histoire, du genre qui touche à des dizaines, voire à des centaines d'existences, qui se divise entre deux continents, deux époques et deux urgences, qui cache derrière sa belle couverture jaune pétard une bien sombre histoire, qui aurait pu sombrer dans un certain nombre d'écueils, du misérabilisme au mélodrame, mais qui trouve au contraire son ton propre, subtil et dévastateur. C'est enfin l'un de ces romans américains multi-primés qui chamboulent la critique, qu'on s'attend à trouver surestimés et dont on réalise au contraire combien ils ont mérité toute l'attention qu'ils ont reçue. C'est formidablement réussi, en somme. The Great Believers, c'est ce titre splendide que les éditeurs français ont choisi tout à fait correctement de choisir par Les Optimistes, mais que je préfère encore en anglais, qu'on pourrait transcrire littéralement comme "Les Grands Espéreurs". J’en aime la polysémie du beau mot qu'est "believers", exprimant à la fois un aspect presque religieux, comme des "croyants", mais aussi une idée de détermination, d'assurance, comme des "convaincus". Ces grands espéreurs, ce sont le produit d'années de doute, de perte et d'antagonisation de leur cercle social par le reste du monde, si vicieuse et si durable qu'elle en est presque venue à les empoisonner en leur propre sein et à leur inoculer le virus dévastateur de la méfiance et du silence, fléau contre lequel ils ont fini par opposer leur seule arme, ce fameux mélange de foi et de certitude, mélange bizarre et contradictoire dans lequel on arrive parfois à puiser l'espoir. Ces grands espéreurs, ce sont les personnages que l’on s’apprête à voir traverser toute une vie, et surtout à aimer. Ils s’appellent Yale, Richard, Julian ou encore Charlie, font partie d’une même bande d'amis jeunes, gays, tous plus ou moins artistes, et surtout laminée par le sida qui a fini par atteindre la ville de Chicago en cette fin des années 1980. Ils s’apprêtent à connaître, et ont déjà entamé, des années de douleur indicible, au fil de diagnostics incontrôlables, de traitements inaccessibles, coûteux ou foireux (au choix), d’une valse des enterrements auxquels ils ne seront souvent même pas conviés par la famille, parce que pas assez sophistiqués, fréquentables ou bien portants, parce que c'est comme ça, qu'il est des choses dont on ne parle pas, ou jamais comme il le faut, et que la maladie a toujours été l'une d'entre elles, surtout lorsqu'elle se superpose à l'homosexualité, à la jeunesse et à une soi-disant responsabilité des personnes atteintes, responsabilité qui n'est en réalité que le rejet primaire et agressif d'une société qui n'a jamais cherché à comprendre ou prévenir cette crise. Les grands espéreurs ont été jeunes, et beaucoup le resteront pour toujours, mais certains s’en sont réchappés, à commencer par Flora, la petite soeur de l'ancien meilleur ami de Yale, emporté très tôt par la maladie. C’est elle qu’on retrouve dans l’autre versant de l’intrigue, en 2015, à Paris, où Flora se rend pour retrouver la trace de sa fille unique après des années de silence. Ca fait déjà trente ans qu’elle n’a plus vingt ans, qu’elle grandit sans son frère, qu’elle se débrouille comme elle peut, mais quelque part, tout ça la poursuit encore, et il n’est pas exclu que son drôle de voyage expiatoire à Paris soit aussi pour elle l’occasion d’expliquer, de comprendre et de partager cette époque de deuils, de mauvaises nouvelles et de maturité construite bien malgré elle. On alterne ainsi entre ces deux temporalités, ces deux douleurs distinctes, l'une immédiate, brûlante, l'autre mieux comprise, mieux intégrée, mais toujours aussi lancinante. Le roman n'est curieusement pas aussi sombre que ce que l'on pourrait croire après ce résumé : c'est aussi une histoire d'art, de création (à travers le personnage de Yale, galeriste de profession), de transmission (beaucoup), d'amour (surtout), de famille (malgré tout) et de mémoire. On s'y trouve ému, amusé, railleur ou attendri, on y voyage, on y espère, on y apprend l'acceptation. The Great Believers n'est pas l'histoire d'héros, de victimes fauchées en pleine jeunesse, de larmes qu'on arrache aux lecteurs ou de transcendances hypocrites qu'on inventerait à ces jeunes hommes malades. Le récit ne fait pas de mystères, ne ménage pas le moindre faux-semblant, et sans faire dans les présages sombres ou les effets d'annonce, reste toujours honnête avec son lecteur et ne cherche jamais à créer de retournemnt de situation, de suspense insoutenable ou d'une quelconque forme d'intrigue autour du sort de ses protagonistes. On sait ce qu'on lit, on sait où l'on se dirige, on sait à quoi s'attendre, et on n'en est que plus bouleversé par le récit. Le tout témoigne d'une pudeur et d'une délicatesse qui forcent le respect : rien n'est censuré ou retenu, et on a largement de quoi être bouleversé par la réalité de la maladie, du deuil et de l'injustice, mais on n'est pas non plus confronté à des détails inutilement déshumanisants ou humiliants. Yale et ses amis n'existent peut-être pas, mais ils demeurent le reflet de milliers de de malades qui ont aimé, souffert, espéré, patienté, voulu et parfois tout perdu. Et ça, Rebecca Makkai ne l'oublie jamais. C'est une vie, sans destin ultime à achever, sans coïncidences éblouissantes à tout bout de champ, sans plan suprême couvé par une divinité quelconque. Juste une poignée d'être humains tour à tour touchants, égoïstes, faibles, passionnants et menteurs, dont subsiste l'énergie, l'envie et la bienveillance. C'est aussi un sacré long roman, auquel on consacre plusieurs journées, voire quelques semaines, de lecture absorbée, le temps de laisser infuser cette histoire dense et complexe, de s'attacher surtout à toute sa bande de personnages, et de savourer combien l'autrice a su décrire avec intelligence et inventivité la dynamique particulière qu'ont les relations amicales et amoureuses entre de jeunes hommes, cette spontanéité, cette gratuité, cette brusquerie parfois aussi, le tout encore nuancé par le contexte ô combien particulier de l'époque, intensifié par l'urgence propre à ces existences menacées. Un soin tout particulier est en effet porté à l'atmosphère générale de ces années-là, de l'Amérique de Reagan, de ses malaises, de ses termes nouveaux, de ses perspectives en pointillés, pour un résultat aussi subtil que marquant. C'est enfin et surtout un roman qui témoigne d'un travail de recherche tout en profondeur et humilité de la part d'une autrice qui se sait bien éloignée de la réalité qu’elle décrit, comme elle en témoigne à la fin de l’ouvrage, elle qui est blanche, mariée, hétérosexuelle, que la maladie ne touche pas, et qui fournit donc tous les efforts nécessaires pour donner à son récit l'honnêteté, la spontanéité et la justesse dont il a besoin. The Great Believers frappe par le profond respect que son écrivaine porte de toute évidence à ses personnages, par le soin qu'elle a porté à leur raconter une vie juste, fictive certes, mais à tout instant crédible et bien équilibrée. Tout n'est pas parfait, notamment au niveau des réactions de certains personnages (comme Claire, dont le rejet de sa mère frôle parfois la caricature), mais le roman compense en sincérité et en lucidité ce dont il manque parfois en équilibre. Avec un texte aussi long et aussi riche, il était évident que le rythme ne serait pas égal, mais on ne peut honnêtement que saluer l'effort de cohérence et de stabilité fourni tout au long du texte, qui parvient à capter l'attention du lecteur tout au long de son déroulement. Lisez donc The Great Believers, l’histoire d’une forme d’optimisme et d’énergie qu’on n’a pas l’habitude de voir en littérature, l’histoire de vies qui changent, pour tenir, pour s’émerveiller, pour s’aimer, l’histoire de ce qui demeure, et de tout ce qu’on pourra réinventer.
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  • Allantvers Posté le 15 Juillet 2020
    C'est Philip Roth je crois qui disait qu'il fallait le recul d'une génération pour écrire de manière pertinente sur une époque. Une remarque que m'a évoqué ce roman, qui visite avec beaucoup de pertinence et de sensibilité les "années sida", et les traces que leur ahurissante violence ont laissées. "Les optimistes" s'ouvrent en 1985 dans le milieu gay de Chicago sur une célébration d'enterrement, celui de Nico, frère de Fiona, premier de la bande d'amis à tomber au champ d'horreur dans une guerre sourde qui ébranlera jusqu'au plus stable : Yale, qui voit partir dans la tourmente son couple, ses illusions et son avenir. En parallèle, on suit Fiona trente ans plus tard à Paris, sur les traces de sa fille en révolte contre sa mère car elle porte en elle comme un virus invisible les stigmates de l'engagement sans failles de sa mère auprès de son frère et de ses amis. Certes, il y a des longueurs dans cet épais roman, mais ce sujet me touche particulièrement, et on tient là un de ces romans américains contemporains comme je les aime, qui captent l'air d'un temps, avec des personnages parfaitement incarnés dans des scènes criantes de vérité, souvent poignantes. La tragédie du... C'est Philip Roth je crois qui disait qu'il fallait le recul d'une génération pour écrire de manière pertinente sur une époque. Une remarque que m'a évoqué ce roman, qui visite avec beaucoup de pertinence et de sensibilité les "années sida", et les traces que leur ahurissante violence ont laissées. "Les optimistes" s'ouvrent en 1985 dans le milieu gay de Chicago sur une célébration d'enterrement, celui de Nico, frère de Fiona, premier de la bande d'amis à tomber au champ d'horreur dans une guerre sourde qui ébranlera jusqu'au plus stable : Yale, qui voit partir dans la tourmente son couple, ses illusions et son avenir. En parallèle, on suit Fiona trente ans plus tard à Paris, sur les traces de sa fille en révolte contre sa mère car elle porte en elle comme un virus invisible les stigmates de l'engagement sans failles de sa mère auprès de son frère et de ses amis. Certes, il y a des longueurs dans cet épais roman, mais ce sujet me touche particulièrement, et on tient là un de ces romans américains contemporains comme je les aime, qui captent l'air d'un temps, avec des personnages parfaitement incarnés dans des scènes criantes de vérité, souvent poignantes. La tragédie du sida et ses ravages auprès d'une jeunesse non armée méritait sa fiction. Il y en a eu et il y en aura sans doute d'autres, mais celle-ci me parait particulièrement juste, en ce qu'elle ravive de très mauvais souvenirs.
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