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10/18
EAN : 9782264036827
Code sériel : 3633
Façonnage normé : POCHE
Nombre de pages : 640
Format : 108 x 177 mm

Le déclin de l'empire Whiting

Jean-Luc PININGRE (Traducteur)
Date de parution : 22/01/2004

Bienvenue à Empire Falls, autrefois puissant centre industriel du Maine, à présent livré à la faillite et l’ennui. Miles Roby est gérant d’un snack. Sa femme l’a quitté, leur fille fait sa crise d’adolescence, Max, son père, est un profiteur excentrique, et Mrs Whithing, sa patronne, le tyrannise. Coincé dans...

Bienvenue à Empire Falls, autrefois puissant centre industriel du Maine, à présent livré à la faillite et l’ennui. Miles Roby est gérant d’un snack. Sa femme l’a quitté, leur fille fait sa crise d’adolescence, Max, son père, est un profiteur excentrique, et Mrs Whithing, sa patronne, le tyrannise. Coincé dans cette vie misérable, hanté par le souvenir d’une mère dévouée, Miles veut comprendre.

Entre secrets et mensonges, drames et joies, les histoires se mêlent dans cette fresque romanesque, prix Pulitzer 2002, où Richard Russo dresse avec humour et tendresse le portrait de l’Amérique d’aujourd’hui.

Traduit de l’anglais (Etats-Unis)
par Jean-Luc Piningre

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EAN : 9782264036827
Code sériel : 3633
Façonnage normé : POCHE
Nombre de pages : 640
Format : 108 x 177 mm

Ils en parlent

... étrangère

« Pas une seule fausse note... Russo fait preuve d'une éblouissante habileté pour restituer le meilleur de ses personnages et suggérer une atmosphère. »
Newsday

« Russo écrit avec une humanité chaleureuse et vibrante... Un mélange extraordinaire d'émotions, de drames et de joies. »
The Washington Post

« Un roman exceptionnel, profond et divertissant. »
USA Today

« Un chef-d'œuvre tout simple empreint d'une profonde sagesse qui s'exprime avec humour, grâce et pudeur. Les personnages de Russo sonnent juste parce qu'ils sont vrais. »
The Boston Globe

... française

« Il y a une grâce narrative chez Richard Russo, une générosité et une puissance compassionnelle sans beaucoup d'exemples chez ses plus illustres contemporains. »
Frédéric Vitoux, Le Nouvel Observateur

« Russo est un subtil pointilliste des âmes, un virtuose de la psychologie qui transforme la banalité en légende. »
André Clavel, L'Express

« C'est tout le talent d'un prix Pulitzer pétri d'humanité, capable en deux, trois dialogues bien sentis de délivrer cette leçon merveilleuse : même les ratés ont un destin. »
Christophe Ono-Dit-Biot, Elle

« Un roman presque parfait qui se lit avec passion. »
M.V., L'Est Républicain

« L'humour de l'auteur est décapant, l'Amérique du pire - et rarement du meilleur - est dépeinte dans une fresque grandiose qui ne laisse pas insensible. »
M.-A. C., Haute-Marne Dimanche

PRESSE

Ce qu'en pensent nos lecteurs sur Babelio

  • Perlaa Posté le 23 Septembre 2020
    Empire Grill un boui-boui graillonnant à Empire Falls, petite ville du Maine désertée par les industries. La délocalisation au Mexique de ses activités par la puissante dynastie Whiting a entraîné une décrépitude généralisée et l'absence de perspective. Un bourg comme tant d'autres... Et pourtant c'est dans ce grill miteux que l'on se sent bien. Miles, le gérant, est le brave type par excellence. Sa simplicité irradie autour de lui comme s'il y avait un lien d'identité entre le lieu et la personne qui l'occupe. Et justement, voilà que la restauration décolle grâce à l'inventivité culinaire du frère de Miles et qu'elle attire bien au-delà du cercle des habitués. Empire Grill est au centre du roman, c'est aussi là que les scènes les plus réussies prennent place parmi les flemmards du comptoir. de Janine, la future ex-épouse de Miles, à sa fille Tick en pleine crise d'adolescence, de Max le grand-père exaspérant à Walt, le Silver Fox, l'amant qui a séduit la femme de Miles. Lieu de rencontre, de travail, de loisirs ou simple passe-temps on y passe quand on ne sait plus où traîner ses guêtres. Une galerie de losers au caractère bien trempé anime les lieux et, paradoxe, on... Empire Grill un boui-boui graillonnant à Empire Falls, petite ville du Maine désertée par les industries. La délocalisation au Mexique de ses activités par la puissante dynastie Whiting a entraîné une décrépitude généralisée et l'absence de perspective. Un bourg comme tant d'autres... Et pourtant c'est dans ce grill miteux que l'on se sent bien. Miles, le gérant, est le brave type par excellence. Sa simplicité irradie autour de lui comme s'il y avait un lien d'identité entre le lieu et la personne qui l'occupe. Et justement, voilà que la restauration décolle grâce à l'inventivité culinaire du frère de Miles et qu'elle attire bien au-delà du cercle des habitués. Empire Grill est au centre du roman, c'est aussi là que les scènes les plus réussies prennent place parmi les flemmards du comptoir. de Janine, la future ex-épouse de Miles, à sa fille Tick en pleine crise d'adolescence, de Max le grand-père exaspérant à Walt, le Silver Fox, l'amant qui a séduit la femme de Miles. Lieu de rencontre, de travail, de loisirs ou simple passe-temps on y passe quand on ne sait plus où traîner ses guêtres. Une galerie de losers au caractère bien trempé anime les lieux et, paradoxe, on aimerait les connaître et être avec eux. Le roman oscille entre la peinture bienveillante d'une communauté oubliée du rêve américain et la recherche personnelle de Miles sur son passé et sa mère, véritable fil rouge du roman. L'auteur évite soigneusement le piège du misérabilisme. Les personnages sont malins et font face grâce à une carapace forgée par des années d'infortune. le sens de la répartie semble être la chose la mieux partagée à l'exception notable des deux ex-époux, Miles doté de l'esprit d'escalier et de Janine "pas le genre de femmes qui tirait avantage d'une exégèse constante du sarcasme ". Une communauté engluée dans ses difficultés où il ne se passe pas grand-chose mais où le drame n'est jamais très loin. On est loin du roman feel-good et une bonne dose d'humour et de décalage permet d'emporter l'adhésion et de donner au texte du brio quand parfois il tire un peu en longueur.
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  • AnitaMillot Posté le 28 Juillet 2019
    Empire Falls dans le Maine. Grandeur et décadence de la riche et puissante famille Whiting et du même coup de leur fief … Les hommes y subissent une terrible destinée : ils se marient systématiquement avec une femme qui ne leur convient pas du tout. Charles Beaumont Whiting (CB pour les intimes) n’y échappera pas, tout comme Honus son père et Elijah, son grand-père … Miles Roby, gérant de l’Empire Grill, appartenant à Francine Whiting (qui a promis de le lui léguer à sa mort) tente de garder la tête hors de l’eau. Janine, sa “future ex femme” l’a quitté il y a moins d’un an pour le propriétaire de la salle de sport, Walt, qui vient régulièrement le narguer au grill et que déteste également Tick, leur fille adolescente. Max, le père de Miles, est un voyou, manipulateur égoïste et sans scrupules. Régulièrement, Miles voit son passé revenir lui sauter à la face (notamment les fameuses vacances à Martha’s Vineyard avec sa mère, lorsqu’il avait neuf ans, la jolie Grace sur qui tous les hommes se retournaient … et cette idylle impossible avec un certain Charlie pendant que son père purgeait une peine de prison …) Richard Russo est passé maitre... Empire Falls dans le Maine. Grandeur et décadence de la riche et puissante famille Whiting et du même coup de leur fief … Les hommes y subissent une terrible destinée : ils se marient systématiquement avec une femme qui ne leur convient pas du tout. Charles Beaumont Whiting (CB pour les intimes) n’y échappera pas, tout comme Honus son père et Elijah, son grand-père … Miles Roby, gérant de l’Empire Grill, appartenant à Francine Whiting (qui a promis de le lui léguer à sa mort) tente de garder la tête hors de l’eau. Janine, sa “future ex femme” l’a quitté il y a moins d’un an pour le propriétaire de la salle de sport, Walt, qui vient régulièrement le narguer au grill et que déteste également Tick, leur fille adolescente. Max, le père de Miles, est un voyou, manipulateur égoïste et sans scrupules. Régulièrement, Miles voit son passé revenir lui sauter à la face (notamment les fameuses vacances à Martha’s Vineyard avec sa mère, lorsqu’il avait neuf ans, la jolie Grace sur qui tous les hommes se retournaient … et cette idylle impossible avec un certain Charlie pendant que son père purgeait une peine de prison …) Richard Russo est passé maitre dans l’analyse pointue de la nature humaine - c’est incontestable - et son écriture est indéniablement sublime (ce roman a obtenu le prix Pulitzer 2002) Toutefois, la longueur de certains passages m’a - je dois bien le reconnaitre - un peu lassée … Avis relativement mitigé, donc, en ce qui concerne mon intérêt pour l’intrigue à proprement parler, ce qui ne m’empêche nullement d’admirer le talent de ce grand écrivain !
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  • Ingannmic Posté le 7 Juin 2019
    J'ai récemment évoqué, dans un de mes billets, le "Fusil de Tchekhov", principe dramaturgique selon lequel chaque détail mémorable d'un récit de fiction doit être nécessaire et irremplaçable. Si, au début d'un récit, vous évoquez de manière insistante un fusil, vous êtes ainsi tenu de lui faire jouer, à un moment, un rôle significatif. Lorsque, dans une des scènes du "Déclin de l'empire Whiting", l'une des héroïnes dissimule un cutter dans son sac de classe, j'y ai aussitôt repensé. Richard Russo allait-il respecter le principe de Tchékov ? Avant de le savoir, il vous faudra être patient. Car ce cutter, comme l'épisode qui le met en scène pour la première fois et les personnages qui y sont associés, ne sont que quelques éléments parmi beaucoup d'autres de ce roman suffisamment foisonnant pour vous le faire oublier jusqu'à son éventuelle réapparition... Depuis que ses florissantes usines de textile ont fermé, laissant les résidus de leurs solvants teinter les berges de la rivière Knox, Empire Falls semble vouée à une irrémédiable déréliction. Ses commerces végètent, quand ils n'ont pas baissé le rideau, ses jeunes s'exilent dès qu'ils sont en âge de le faire. Même l'équipe de football de son lycée a depuis longtemps fait... J'ai récemment évoqué, dans un de mes billets, le "Fusil de Tchekhov", principe dramaturgique selon lequel chaque détail mémorable d'un récit de fiction doit être nécessaire et irremplaçable. Si, au début d'un récit, vous évoquez de manière insistante un fusil, vous êtes ainsi tenu de lui faire jouer, à un moment, un rôle significatif. Lorsque, dans une des scènes du "Déclin de l'empire Whiting", l'une des héroïnes dissimule un cutter dans son sac de classe, j'y ai aussitôt repensé. Richard Russo allait-il respecter le principe de Tchékov ? Avant de le savoir, il vous faudra être patient. Car ce cutter, comme l'épisode qui le met en scène pour la première fois et les personnages qui y sont associés, ne sont que quelques éléments parmi beaucoup d'autres de ce roman suffisamment foisonnant pour vous le faire oublier jusqu'à son éventuelle réapparition... Depuis que ses florissantes usines de textile ont fermé, laissant les résidus de leurs solvants teinter les berges de la rivière Knox, Empire Falls semble vouée à une irrémédiable déréliction. Ses commerces végètent, quand ils n'ont pas baissé le rideau, ses jeunes s'exilent dès qu'ils sont en âge de le faire. Même l'équipe de football de son lycée a depuis longtemps fait le deuil de son heure de gloire. La famille Whiting elle-même, propriétaire des usines défuntes, mais aussi d'une bonne partie de la ville, est dorénavant réduite à son strict minimum, représentée par Francine, veuve depuis le suicide du dernier mâle de la lignée, sa fille Cindy, une quadragénaire invalide, et Timmy, leur chatte psychopathe. Drôle de dynastie que ces Whiting, dont les hommes semblaient vouer à une malédiction les condamnant à épouser des femmes insupportables au point de vouloir les trucider, certains ayant même franchi le pas d'une tentative ratée. Pour l'heure, et malgré la progressive extinction de son clan, la cynique et imperturbable Francine Whiting continue d'exercer sur Empire Falls le pouvoir que lui confère sa richesse, et l'autorité que lui vaut son caractère bien trempé. Miles Roby pourrait en témoigner. Ce natif d'Empire Falls a laissé deux décennies plus tôt ses études en plan pour accourir au chevet de sa mère gravement malade, qui lui en a voulu jusqu'à sa mort, prétendant que c'est ce retour qui la tuait, elle dont le principal but dans l'existence était d'éloigner définitivement son fils aîné de leur bourgade natale où il était condamné à une vie médiocre. Miles avait alors conclu un arrangement secret avec Mrs Whiting, reprenant l'Empire Grill, restaurant dont Francine est la propriétaire, qu'elle a promis de lui léguer à sa mort. Les craintes de Grace Roby étaient visiblement justifiées : son fils vivote, végète, n'ayant pour lui que sa réputation d'individu le plus gentil d'Empire Falls, d'homme soigneux et réfléchi mais triste et sans ambition, qui semble se laisser porter par les événements. Il vient de se séparer de sa femme Janine, lassée de cet homme morne et passif. Un bellâtre un peu plus âgé qu'elle, entretenant son apparence en pratiquant la musculation à outrance lui a fait découvrir l'orgasme, l'a convertie au culte d'une minceur dont elle n'avait jamais osé rêver, et la fait se sentir jeune, ce qu'elle n'a jamais réussi à faire quand elle l'était vraiment. Elle a décidé de jouir de l'existence, de penser enfin à elle ; son mariage avec Walt -le bellâtre en question- est déjà planifié, et même si l'idée l'effleure parfois qu'épouser un homme qui se fait appeler THE SILVER FOX n'est pas forcément un choix judicieux, elle est décidée à l'assumer jusqu'au bout. Ce qui n'est pas du goût de Tick, la fille de seize ans qu'elle a eue avec Miles, une maigrichonne intelligente et sensible, pétrie d'angoisses irrationnelles, avec laquelle les rapports sont devenus particulièrement conflictuels. Autour de ce trio orbitent de nombreux autres personnages, touchants ou détestables, désenchantés ou truculents, chacun trouvant naturellement sa place au cœur de cette chronique, et contribuant ainsi à sa densité. On retiendra notamment Max, père de Miles, parasite notoire, parangon de mauvaise foi et de roublardise à l'hygiène douteuse, infatigable et enthousiaste... son fils cadet David, frère de Miles donc, aussi énergique et nerveux que ce dernier est calme et réfléchi... Minty, le policier louche et collant, hâbleur et misogyne... le jeune John Voss, souffre-douleur du lycée, affichant une asociabilité inquiétante... On s'installe, aux côtés de toutes ces figures dont l'auteur orchestre avec maîtrise les interactions, dans une routine jamais ennuyeuse, l'anecdotique et le quotidien se mêlant à l'analyse sans complaisance -bien que parfois empreinte d'une certaine tendresse- des manquements, des lâchetés, et des limites des personnages, et ce regard pénétrant porté sur ses héros contribue en grande partie à leur tangibilité, et à créer une réelle proximité avec le lecteur. On est ne même temps porté par la mélancolie qui émane de ces destins plombés de tragédies ordinaires et conscient d'une certaine tension qui laisse soupçonner que le basculement vers le drame n'est jamais vraiment loin. Enfin, et ce n'est pas la moindre des qualités de ce texte, la langue de Richard Russo est drôle et féroce, mise au service de dialogues vifs et ironiques, exprimant avec dérision et intelligence à la fois ce qui freine et ce qui fait avancer ses personnages : les espoirs envolés, la culpabilité, le découragement, mais aussi l'amour et la générosité, la résilience et le pardon. Aussi, malgré une fin à mon avis un peu bâclée, car expéditive et trop providentielle, j'ai vraiment été emballée par cette lecture, par sa richesse narrative et son ton, juste équilibre entre énergie et profondeur.
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  • GeorgesSmiley Posté le 16 Mars 2019
    Formidable ! Allons à l'essentiel. Dans l'Empire Whiting, déclin ou pas, ce sont les femmes qui portent la culotte. De terribles viragos capables de pousser les inconscients ayant osé un jour leur dire « Oui, ma chérie » à les poursuivre pour les trucider à coup de pelle ou bien à se supprimer eux-mêmes comme le regretté (sauf par sa veuve) Charlie. C'est aussi drôle pour le lecteur que tragique pour les infortunés mâles de cette famille fortunée qui possède l'essentiel de la ville d'Empire Falls. " J'ai dit..., avait commencé une troisième fois sa future épouse. _ Oui, ma chérie. Excellente idée", avait convenu Charles Beaumont Whiting, qui, en cet instant fatidique, était devenu Charlie Whiting. Plus tard, bien plus tard dans sa vie, il allait s'amuser de cette remarque, plutôt désabusée, qu'il avait toujours eu le dernier mot lorsque son épouse et lui s'étaient trouvé des opinions divergentes, et que ce dernier mot - il y en avait en fait trois - était : "Oui, ma chérie." S'il avait dû savoir combien de fois il allait répéter cette locution à cette femme, savoir que ces trois mots allaient devenir le mantra de leur mariage, il se serait peut-être rappelé l'invitation... Formidable ! Allons à l'essentiel. Dans l'Empire Whiting, déclin ou pas, ce sont les femmes qui portent la culotte. De terribles viragos capables de pousser les inconscients ayant osé un jour leur dire « Oui, ma chérie » à les poursuivre pour les trucider à coup de pelle ou bien à se supprimer eux-mêmes comme le regretté (sauf par sa veuve) Charlie. C'est aussi drôle pour le lecteur que tragique pour les infortunés mâles de cette famille fortunée qui possède l'essentiel de la ville d'Empire Falls. " J'ai dit..., avait commencé une troisième fois sa future épouse. _ Oui, ma chérie. Excellente idée", avait convenu Charles Beaumont Whiting, qui, en cet instant fatidique, était devenu Charlie Whiting. Plus tard, bien plus tard dans sa vie, il allait s'amuser de cette remarque, plutôt désabusée, qu'il avait toujours eu le dernier mot lorsque son épouse et lui s'étaient trouvé des opinions divergentes, et que ce dernier mot - il y en avait en fait trois - était : "Oui, ma chérie." S'il avait dû savoir combien de fois il allait répéter cette locution à cette femme, savoir que ces trois mots allaient devenir le mantra de leur mariage, il se serait peut-être rappelé l'invitation du fleuve, s'y serait jeté hic et nunc pour suivre en aval l'orignal, en s'épargnant ainsi un monde de souffrances et le prix du revolver qu'il achèterait trente ans plus tard pour mettre fin à ses jours. " Et voudrais-tu éteindre cet immonde cigare, je te prie ?" La veuve possède et régente la petite ville comme la petite vie de beaucoup de ses habitants, en particulier celle de Miles, le gérant du grill qu'elle laisse vivoter avec la plus extrême mesquinerie. Pauvre Miles. Sa femme le quitte pour un bellâtre qui vient faire le fier à bras au grill en se moquant de lui. Sa fille, qu'il adore, ne lui adresse la parole que par onomatopées. Son père indigne ne vient le voir que pour lui soutirer ou lui voler le peu d'argent qu'il détient et Charlène, la jolie serveuse dont il est amoureux depuis vingt ans, enchaîne les mariages ratés à peu près au même rythme qu'il retourne ses burgers sur son grill pendant que le flic local ne songe qu'à lui chercher noise. Un loser, un raté ? Non, un homme bien, doté d'une trop mauvaise main pour pouvoir gagner au poker de la vie, mais un personnage finalement très attachant. La tension monte lentement jusqu'à ce que la colère finisse par rattraper certains des personnages en surprenant le lecteur qui ne l'a pas bien vu venir. C'est tellement bien raconté que la vie quotidienne se suffirait à elle-même. On y prend un plaisir étonnant avec une empathie croissante pour les occupants, Walt le frimeur excepté, de l'Empire grill. Amours déçus, occasions ratées, déclin industriel, jeunesse envolée et gâchée. Drôle, tragique, amusant, ironique ou cruel, c'est un récit passionnant où tout est remarquablement dépeint. La lutte déséquilibrée de quelques personnages dignes et courageux par moments, contre la méchanceté, la bêtise et la cruauté qui les cernent. J'ai adoré. Alors, pour convaincre les hésitant(e)s, de découvrir eux-aussi la petite ville d'Empire Falls, à l'opposé des paradis inaccessibles à Miles de Camden ou de Martha's Vineyard, laissons opérer le talent de l'auteur. « La mi-temps terminée, les équipes de Fairhaven et d'Empire Falls reprenaient place sur le terrain. Janine s'efforça de paraître intéressée, optimiste. Pourtant, voyant les cheerleadeers pirouetter en rythme, elle ne put s'empêcher de penser que, plus tôt qu'à leur heure, elles seraient aussi mariées, enceintes de ces garçons casqués ou de ceux d'une ville voisine. Que cette vie, aussi vite, s'abattrait sur eux. La panique, d'abord, d'y être confrontée seule, puis un mariage précoce pour déjouer ce lugubre destin, suivi par les innombrables mensualités de la voiture et de la maison, et les notes du médecin, et le reste. le plaisir qu'ils prenaient à ce sport brutal s'éclipserait lentement. Ils graviteraient dans des bars semblables à celui de Bea pour échapper aux mêmes filles, celles-là sur le terrain, puis aux enfants que, ni eux, ni elles, ne seraient assez intelligents, ou indépendants, pour éviter. Il y aurait la chaîne sportive sur le grand écran TV de la taverne, de la bière en abondance, et ils parleraient encore quelque temps d'aller jouer, mais s'ils le faisaient, ils se blesseraient, et rapidement leurs blessures deviendraient synonymes de leur « état physique » et ça serait terminé. Leurs jobs, leur mariage, leur vie, tout ça, une corvée. Une fois par an, pris d'un coup de folie, ils grimeraient leurs visages, s'entasseraient dans les minivans de leurs femmes, et, s'ils en avaient les moyens, ils prendraient la route pour voir un match des Patriots. le match terminé, à moitié saouls, ils rentreraient chez eux, personne n'ayant assez d'argent pour dormir sur place. C'est-à-dire chez eux à Empire Falls, si cela existait encore. Les plus aventureuses ou les plus désespérées de leurs épouses profiteraient de leur brève absence pour engager une baby-sitter et chercher au Lamplighter Motor Court un autre de ces hommes-enfants, tous plus ou moins bourrés en permanence, au détriment de leurs érections. Elles voudraient trouver un petit aperçu de la route qu'elles n'avaient pas prise, pour découvrir que c'était en fait les mêmes deux voies bitumées et minables qu'elles suivaient depuis le début, excepté ce tronçon-là, méconnu, qui de toute façon menait à une destination semblable. »
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  • liberliber Posté le 12 Juillet 2018
    Dans la dynastie Whiting, les femmes sont des viragos assumées qui terrorisent leurs maris qui ne pensent qu'à les occire comme le grand-père de Charles Beaumont (C. B.) Whiting, l'héritier malgré lui du groupe textile, qui tenta de tuer son épouse à coups de pelles... Dans « Le déclin de l'Empire Whiting », Prix Pulitzer 2002, Richard Russo, construit une histoire dont la chronologie est décalée : en italique, les retours dans le passé qui expliquent la situation actuelle ; en police romaine, le présent. Miles Roby est le gérant d'un grill d'Empire Falls (sic), une petite ville du Maine qui a connu la prospérité grâce à son industrie. L'opulence n'est plus qu'un lointain souvenir. Il ne reste de cet âge d'or que la terrible Francine Whiting, veuve de C.B ., qui manipule le pauvre Miles en lui faisant miroiter de lui céder le restaurant. Miles se considère comme un raté. Au lieu de poursuivre ses études, il a dû travailler, sa mère, malade, ne pouvant plus les financer. Pour lui, c'est une forme de trahison. Pour se racheter, « l'individu le plus gentil et le plus triste de tout Empire Falls » essaie, comme sa génitrice tant aimée l'a fait avant lui, de faire le bien autour de... Dans la dynastie Whiting, les femmes sont des viragos assumées qui terrorisent leurs maris qui ne pensent qu'à les occire comme le grand-père de Charles Beaumont (C. B.) Whiting, l'héritier malgré lui du groupe textile, qui tenta de tuer son épouse à coups de pelles... Dans « Le déclin de l'Empire Whiting », Prix Pulitzer 2002, Richard Russo, construit une histoire dont la chronologie est décalée : en italique, les retours dans le passé qui expliquent la situation actuelle ; en police romaine, le présent. Miles Roby est le gérant d'un grill d'Empire Falls (sic), une petite ville du Maine qui a connu la prospérité grâce à son industrie. L'opulence n'est plus qu'un lointain souvenir. Il ne reste de cet âge d'or que la terrible Francine Whiting, veuve de C.B ., qui manipule le pauvre Miles en lui faisant miroiter de lui céder le restaurant. Miles se considère comme un raté. Au lieu de poursuivre ses études, il a dû travailler, sa mère, malade, ne pouvant plus les financer. Pour lui, c'est une forme de trahison. Pour se racheter, « l'individu le plus gentil et le plus triste de tout Empire Falls » essaie, comme sa génitrice tant aimée l'a fait avant lui, de faire le bien autour de lui. Une attitude qu'il tente de transmettre à son ado de fille qui prend sans enthousiasme sous son aile un certain John Voss, un gamin psychopathe... Miles a bien du courage car il n'est vraiment pas servi par son entourage. Janine, sa femme stupide, qu'il n'a jamais aimée (il est secrètement amoureux de Charlène, sa serveuse), l'a quitté pour un patron de club de gym. Elle découvre enfin l'orgasme. A 40 ans, il était temps ! Max, son père, « coupe-faim sur deux pattes » est tellement égocentrique et cynique qu'on le trouve attachant. Avec ses dialogues et ses personnages épatants, Richard Russo fait le portrait plein d'humanité et de lucidité d'une communauté en perte de vitesse qui a perdu ses illusions. Il ne se passe pas grand chose dans « Le déclin de l'Empire Whiting ». Tout passe par l'analyse psychologique des protagonistes et des sentiments. L'auteur a l'art de saisir les individus ordinaires dans leur vie quotidienne et d'en faire des moments de grâce. Du grand art ! EXTRAITS - Les hommes de la famille Whiting, tous nés apparemment avec un solide sens des affaires, avaient invariablement gravité, comme des papillons vers la lumière, vers la seule et unique femme au monde qui épouserait avec eux la noble mission de leur pourrir la vie. - Pourquoi le monde était-il tombé dans les mains de vieilles femmes folles de pouvoir ? - Après tout, le monde entier était-il autre chose que l'endroit où les gens brûlent de répondre aux souhaits impossibles, où leurs désirs se terrent au défi de toute logique, de toute vraisemblance, même du passage du temps, aussi éternels qu'un marbre poli ? - Si Janine avait eu un cerveau, elle aurait pu comprendre pourquoi il aimait tant faire l'amour avec elle. Parce que ça ne lui coûtait rien.
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    16 livres qui racontent l'Amérique

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